
PUVIRNITUQ — Ce matin, Charlie a pu aller voir son anaana (sa mère, qui s’est heureusement ressaisie pour cette visite), et j’en ai profité pour me balader un peu dans le village encore tout endormi.
L’air était sec et clair, la neige croustillait sous mes pas, le soleil paresseux faisait briller la glace neuve d’un éclat métallique. Quelques chiens allaient leur chemin, sur des pistes maintes fois empruntées. De temps en temps, un VTT passait en pétaradant, conduit par un petit vieux édenté, la cigarette au bec, ou par une ado dans son beau parka orné d’une luxuriante fourrure.
Le village était probablement un peu « lendemain de veille » — c’était la folie hier soir au magasin de la Coop. Pensez: un vendredi soir, lendemain du jour de paie et surlendemain du premier du mois (jour des chèques d’aide sociale)… Ajoutez à cela qu’on ne vend pas d’alcool les samedis et dimanches, vous voyez le tableau.




Les VTT rouges allaient et venaient devant le magasin dans un bourdonnement continu. Ça s’interpellait, ça rigolait, tout le monde repartait avec le maximum de bières permis (c’est très réglementé, ce qui n’empêche pas les excès), les caisses de Budweiser et de Molson sortaient à pleines portes.
Mais ce matin — toute la journée, en fait — on sentait le village un peu engourdi.
Cet après-midi, à l’ouverture de la Coop, c’était corvée de canettes pour les enfants, et je suppose que ce rituel se reproduit tous les samedis: ils s’amènent à la Coop avec d’immenses sacs-poubelles remplis de canettes vides qu’ils enfilent avec régularité dans les trois gobeuses alignées à l’entrée du magasin.
C’est triste, comme beaucoup de choses ici.
Je suis ressortie au coucher du soleil, hypnotisée par la lumière malgré le froid mordant qui menaçait de me couper les doigts.
Je vous laisse là-dessus.

