L’art de la fugue

Hello.

Je prends le temps de t’écrire même si j’suis complètement à boutte, épuisée, fatikée-morte.

Aujourd’hui, la tatie a fait ce qu’elle appelle du «ménage». Essentiellement, d’habitude, ça veut dire qu’elle s’agite dans toutes les pièces avec une estie de machine à roulettes qui fait un bruit d’enfer, et puis elle met plein de vêtements et de linge dans une autre machine dotée d’une petite fenêtre ronde où on peut les voir tourner et brasser, et caetera. Bref, elle s’agite.

Aujourd’hui, elle a fait beaucoup moins de choses, supposément parce qu’elle a toujours terriblement mal à son épaule. Donc, à un moment donné, elle s’est reposée sur son lit pour lire un peu. Mais oh! Ah! Elle avait entrouvert la porte-fenêtre de sa chambre (toujours aussi ridiculement rose) pour aérer. Pas la première fois qu’elle fait ça, mais j’avais jamais pu y glisser plus que mon nez pour humer toutes les odeurs démentes qui montent jusqu’ici.
J’sais pas ce qui s’est passé (ou pas) dans son petit cerveau d’humaine, mais aujourd’hui, elle a ouvert ça juste assez pour que j’y passe mon magnifique petit corps de liane.

Elle n’a rien vu.

Je suis sortie, j’ai parcouru le balcon, aucun danger à l’horizon.

J’ai descendu l’escalier pas à pas, en tout anonymat. Un autre balcon, toujours rien, j’ai poursuivi jusqu’en bas.

Et là! LÀ! J’me suis retrouvée dans un endroit de fou, débile, vaste, avec de l’herbe partout, des parfums qui venaient de partout, des sons inconnus…. et j’ai capoté complètement. J’avoue, j’ai eu un peu peur. Je marchais style commando, ventre au sol, toutes moustaches déployées, les oreilles tellement pointues que j’savais même pas que ça se pouvait. Heureusement, y avait plein de cachettes pour me mettre à couvert et analyser le terrain en attendant de poursuivre ma progression.

Pis là, au bout d’un certain temps (je sais pas combien de temps! J’t’ai déjà dit que j’suis pas bonne pour mesurer le temps, arrête de me tanner avec ça!) bref, au bout d’un moment, la tatie est sortie sur le balcon. Elle s’est mise à m’appeler par mon nom (auquel je mets un point d’honneur à ne pas répondre). Moi, je restais bien cachée, j’avais peur de me faire chicaner, tu penses bien!

C’est là que je me suis fait trahir. Une madame qui lisait dehors m’a dénoncée: «Une belle petite chatte tigrée, là? Avec des pattes blanches? Je l’ai vue passer, elle allait par là! Mon doux, si j’avais su!» Quoi, madame, si t’avais su? Tu penses que t’aurais pu m’approcher? Elle est bonne, celle-là!

En tout cas, à force de beugler mon nom, la tatie a ameuté tout l’immeuble. Crisse! Elle a descendu l’escalier en agitant sa boîte de super-croquettes (j’les aime même pas tant que ça, ses maudites croquettes), elle avait même sorti Ratatouille dans l’espoir de m’amadouer. Pauv’tite Ratatouille! Elle a dû geler! Pis moi, dans tout ça, j’avais l’air de quoi, hein?

Je dois dire que, rendue là, j’avais réalisé mon erreur. Le Grand Dehors, finalement, c’est pas si l’fun que ça. Y fait frette. Les cachettes sont sombres, souvent ça sent pas super bon. Y a des gros chats que j’connais pas pis que j’ai pas envie de connaître.

Ça fait que, après avoir changé d’abri en chatimini une couple de fois, j’me suis finalement roulée en petite boule derrière une poubelle tout en laissant stratégiquement dépasser juste un micro-bout de mon admirable postérieur. Quand la tatie m’a eu trouvée, j’ai émis quelques miaulements de détresse, pour l’attendrir. Et là, VLAN! Elle s’est saisie de moi presque aussi vite que quand je capture Ratatouille. J’ai été impressionnée.

J’me suis quand même débattue comme la diablesse que je peux être, j’ai miaulé comme une désespérée pour qu’on appelle la SPCA, les pompiers, la police, la DPJ, que sais-je. Mais au fond, si j’avais vraiment voulu lui échapper, je lui aurais arraché les bras. Je te dis ça à toi, répète jamais ça à personne.

Bref, je suis de nouveau dans ma belle maison, pis va pas t’imaginer que j’vais être plus fine que d’habitude avec la tatie.

J’ai ma fierté.

Mais là, franchement, j’suis vraiment à boutte de toute, pis la tatie aussi. On dirait que le stress a aggravé sa douleur à l’épaule. Pour un peu, je la plaindrais.

C’est lourd

C’est ce qu’elle me dit souvent, quand je la harcèle pour jouer (et je suis championne toutes catégories pour ça), ou quand je m’enfuis devant ses tentatives de caresses après que je me suis roulée par terre comme une estie de dépendante affective.
Mais c’est lourd? Kessé qui est lourd au juste?
C’est-tu elle qui me fuit quand je veux jouer et qui me tanne pour me toucher?
Ou c’est moi qui veux juste vivre en paix ma vie de chatte: manger, jouer, dormir?
VOYONS!
Amène-la, ta balance, on va ben voir ce qui est le plus lourd. Mais j’suis p’tite, pis je suis l’impératrice, fait que c’est moi qui gagne anyway.
En tout cas. Ce soir, on a quand même eu un rare moment d’harmonie. Je sais pas ce qui s’est passé, mais j’me suis blottie en p’tite boule tout près d’elle, et je l’ai laissée me caresser le menton, le dessus de la tête, les joues et même les pattes, et j’ai ronronné comme quand j’étais vraiment p’tite et que ma mère me léchait partout pour me réconforter.
Je veux pas faire trop de liens, mais j’ai cru voir la tatie mettre des gouttes sur notre couverture préférée (quand c’est pas elle qui y est, c’est moi, mais jamais les deux ensemble, j’ai ma fierté). Ça s’est soudain mis à sentir le bonheur. Le souvenir de ma mère et de mes p’tits frères m’est revenu… J’étais vraiment petite dans ce temps-là, pis j’ai été abandonnée vraiment trop tôt, mais c’est le genre de chose qu’on n’oublie jamais.
Bref, j’ai pas pu me retenir.
Pis je dois te dire que, en fin de compte, c’était pas mal le fun. J’en ai profité à plein.
J’suis en train de la mettre à ma main, hahaha!

Y en aura pas de facile

Je sais que j’ai rien écrit depuis longtemps, pis c’est pas faute de vouloir. J’ai plein de choses à raconter. Sauf que, depuis quelque temps, la tatie me dit souvent qu’a «file un mauvais coton». Je sais pas exactement ce que ça signifie, mais j’peux voir qu’est à boutte.

Dès qu’a lève le bras pour jouer avec moi, a sacre: «AYOYE, CRISSE!» (Dire qu’a me demande d’améliorer mon vocabulaire, estie!)

Y paraît que la madame a mal à l’épaule.

Ça fait qu’on a encore beaucoup de chemin à faire avant de devenir vraiment amies parce que, pendant ce temps-là, moi, j’ai mal à ma Ratatouille.

OK, j’ai du bon manger (mais pas à volonté, contrairement à ce que je t’ai déjà raconté), pis la tatie continue de recueillir religieusement mes cacas et mes pipis (cré-moé ou pas, elle fait ça avant même de prendre son estie de café, alors que moi, j’veux juste jouer! Youhou? Les priorités?)

J’ai des spots de fou pour observer les oiseaux, j’ai des jouets en masse pis toute. En principe, j’ai pas à me plaindre.

Mais j’aime trop Ratatouille.
Pis Ratatouille, sans la tatie, c’est pas pareil.

Ça fait que je harcèle la tatie sans répit dès son lever, et je fuis toutes ses tentatives de caresse jusqu’à la fin du jour, et là, au moment où j’en peux pu moi-même, je deviens la plus câline des minettes. Elle fond, elle me grattouille le menton, je ronronne à mort, elle pense que ça y est, pis BAM! Je la laisse là comme une vieille guenille. Je t’ai déjà expliqué que c’est la méthode des pushers, non?

Ça s’appelle du conditionnement, pis cré-moé, j’sais comment ça marche.
Elle m’aura pas avec ses friandises. I KNOW BETTER, hahahaha!

Grosse fatigue (Sissi, chapitre 28)

Estie que j’suis tannée.

Elle arrête pas de me dire que je grossis.

Là, elle m’assomme avec un bol supposément interactif qui m’oblige à puiser mes croquettes une à une avec ma patte au lieu de m’en mettre plein la gueule quand j’en ai envie.

Mon calvaire n’aura donc jamais de fin? J’vais porter plainte!

À BAS LA GROSSOPHOBIE!

La tatie est une tortionnaire!

Mais elle a pas fini avec moi: la soirée commence, la nuit m’appartient, hahaha! Déjà, j’apporte tous mes jouets dans sa chambre la nuit, juste au cas où ça éveillerait quelque chose dans son cerveau embrumé, mais jusqu’ici, par pure pitié, je faisais pas trop de bruit.

Là, si elle continue de m’affamer, elle va savoir comment j’m’appelle.

Sinon, hier, on a quand même passé un p’tit boutte de soirée l’fun. Elle regardait un immense truc lumineux avec plein de choses qui bougeaient, j’avais jamais remarqué ça ici. Wow!

Elle m’a dit que c’était les élections américaines. J’ai pas compris ce que ça voulait dire au juste, mais j’peux te dire que ça la stressait au boutte. J’ai senti ça très bien à cause des hormones qu’a dégageait. Estie! WOW! Comme moi quand elle essaie de me prendre dans ses bras! La même crisse d’affaire! Hahahaha! J’espère que ça va lui servir de leçon. Mais ça m’étonnerait, sa courbe d’apprentissage est remarquablement longue.

Pis nous autres, les félins (et surtout les félines), on a le nez fin, au cas où tu saurais pas.

Ça fait que, à un moment donné, la tatie en a pu pu et elle a éteindu tout ça. (Oui, je dis «éteindu» parce que ça me tente. J’fais c’que j’veux.)

J’dois aussi reconnaître, dans un autre ordre d’idée, que je commence à aimer ses caresses. J’suis vraiment pas au point de les quémander (est-ce qu’une impératrice devrait même «demander» quoi que ce soit?), mais le jour où j’vais les exiger, hahaha! JUST WATCH ME!