Dubrovnik

Ah, mes amis, quelle beaute! Quelle douceur de vivre, quel charme (quel manque de vocabulaire)!

Nous avons pris le bateau et navigue toute la nuit, puis une partie du jour. Nous nous sommes leves a 6h pour voir la cote de Zadar, puis nous avons fait escale a Korčula, la ville natale de Marco Polo (c’est du moins ce que se plaisent a dire les Croates). Chaque fois, notre coeur s’est arrete en meme temps que le navire. Nous avons d-barque a Dubrovnik en fin d’apres-midi, et nous avons ete assaillis par une horde de locaux qui louent des chambres chez eux. Nous avons jete notre devolu sur Ivana, robuste infirmiere d’une cinquantaine d’annees, qui occupe une maison non loin du port. 

Notre fenetre donnait sur un jardin ou nous prenions l’apero en fin de journee, au milieu d’une invraisemblable quantite de chats de toutes les tailles et de toutes les couleurs, dont un nombre intdetermine de chatons qui tetent indifferemment une mere ou l’autre, selon celle qui se trouve a proximite au moment voulu.

Dubrovnik est splendide, mais j’aime autant ne pas penser au nombre de touristes qui doivent se bousculer dans les murs de la vieille ville en haute saison. Nous ne sommes que fin mai, et c’est deja bourre de monde, des groupes d’Italiens ou d’Anglais qui suivent leur guide comme des moutons leur berger, des Francais tout contents d’etre eux-memes, des Americains en bermuda et des Croates qui boivent de la biere des 10h du matin.

Nous avons deguste hier un plat de poisson et de fruits de mer tellement frais et delicieux que j’ai bien peur de ne plus jamais aimer celui qu’on mange chez nous. Le vin local a la couleur et le parfum du miel, nous l’avons deguste en compagnie de Luka, le frere d’Ivana, un homme de 51 ans qui a fait la guerre contre les Serbes en 90 et qui en a vu de toutes les couleurs. On voit des traces des combats partout sur les murs — les Serbes ont carrement tente de detruire Dubrovnik, selon ce que disent les Croates — et il est raisonnable de croire que ces traces restent aussi dans la tete et le coeur des habitants. 

Hier, nous avons passe l’apres-midi au bord de l’Adriatique, dont la couleur atteint une perfection de bleu que je ne crois pas avoir jamais vue. Tout juste a la sortie de la vieille ville, on a amenage quelques terrasses de beton au milieu des rochers; c’est la que les locaux viennent prendre le frais. Il y a un estaminet ou des messieurs jouent aux cartes en buvant du vin blanc coupe d’eau minerale, des filles qui soignent leur bronzage et de beaux grands ados jouent dans l’eau comme de jeunes chiens, avec une vigueur et une bonne humeur qui fait plaisir a voir. Quand ils se sont mis a se jeter a la mer depuis des hauteurs de fou, je me suis rejouie de n’etre pas leur maman… Je l’ai dit a l’un d’eux, qui m’a repondu dans un grand sourire que sa mere non plus n’aimerait pas le voir faire.

Nous irons tout a l’heure dans l’ile de Lopud, a quelques minutes d’ici, puis nous prendrons un car en fin de journee qui nous emmenera a Split, seconde ville en importance de Croatie, ou se trouve le palais d’ete de Diocletien. 

Budapest

Telle que vous ne me voyez pas, c'est la premiere fois de ma vie que je gueris normalement d'une grippe, c'est-a-dire sans me bourrer d'antibiotiques pour terrasser une bronchite avant qu'elle ne devienne pneumonie et ne me terrasse elle-meme.

J'en benis les eaux thermales de Budapest, dans lesquelles nous avons longuement marine a deux reprises au milieu d'une quantite remarquable d'eclopes de tout acabit - bossus, boiteux, ventrus, manchots et autres vieillards cacochymes. C'etait chouette, parce que, au milieu de cette faune, nous nous trouvions vachement beaux, mon homme et moi!

Budapest ne se laisse pas aimer au premier abord -- il nous a fallu y mettre quelque effort. On voit bien que la ville et ses habitants ont beaucoup souffert de la guerre et du regime communiste. Mais, curieusement, un serveur nous a affirme que ses parents, qui sont a l'aube de la soixantaine, eprouvent de la nostalgie pour les annees sovietiques. Cela donne une ville qui se cherche, entre des jeunes tres dynamiques qui demarrent de petites entreprises, ou on les voit travailler tard le soir, et une generation pour ainsi dire perdue, ceux qui avaient toujours ete completement pris en charge par l'Etat et qui ont ete abandonnes.

L'architecture baroque est ternie par des annees de pollution et de negligence, mais je prefere encore ces immeubles patines et decatis aux maisons de poupee pragoises, comme trop belles pour etre vraies. Nous logions dans une auberge de jeunesse (pas du tout reservee aux jeunes, contrairement a ce qu'on pourrait croire, mais dans tous les cas bon marche et impeccable), au milieu du quartier juif - a mon avis le plus interessant de Budapest. Un matin, nous avons atterri dans un minuscule cafe tenu par Micklos, un tres beau jeune juif au regard incroyablement franc et chaleureux, et nous avons mange les meilleurs strudels aux cerises de toute la Hongrie, j'en mettrais ma main au feu. 

Nous avons bien sur marche dans Buda, la partie plus bourgeoise et plus calme de la ville, mais elle nous a paru un peu desincarnee, une sorte de Westmount refaite apres la guerre et la revolution de 1956. En fait, le clou de notre sejour est sans conteste Memento Park, un lieu fantastique ou les Hongrois ont eu l'intelligence de conserver les icones du communisme deboulonnees en 1990. Il y a la de gigantesques statues de Lenine et de Marx, des oeuvres celebrant la gloire du proletariat ou les "martyrs de la contre-revolution" de 1956 (comme quoi tout est toujours une question de point de vue!) et autres chef-d'oeuvre du realisme socialiste. Tres instructif, et tout cela sans une once d'ironie: c'est un temoignage historique, un desir de ne pas tout effacer, en fait l'exact contraire du revisionnisme historique si cher aux apparatchiks, et c'est par la meme une entreprise remarquable.

Aujourd'hui, je vous ecris de Croatie, plus precisement de Rijeka, une ville portuaire au bord de l'Adriatique, ou nous sommes arrives hier apres une journee a Zagreb, dont nous sommes tombes raides amoureux apres la grisaille hongroise. Zagreb, tout en pentes, recele des jardins secrets, des coins invisibles, des venelles envahies de lierre et de fleurs echevelees, des terrasses ombragees, de vieilles pierres comme on les aime. Nous logions dans une tres ancienne maison dont la proprietaire n'occupe plus que deux pieces. Elle loue les autres aux voyageurs. La collection de portraits qui orne la piece centrale donne a croire qu'elle vient d'une grande famille bourgeoise qui a perdu sa fortune, peut-etre a cause des guerres, allez savoir... 

De la ville haute, ou se trouve cette maison, le regard embrasse une cascade de toits de tuiles rouges piquetee de clochers de toutes les formes qui, en ce dimanche, sonnaient a l'unisson l'heure des messes (les Croates sont tres pratiquants). Nous ne manquons pas, tout mecreants que nous soyons, de visiter toutes les eglises que nous croisons. Cela nous emerveille, nous emeut, nous touche toujours d'une manniere ou d'une autre.

Nous sommes arrives a Rijeka hier soir apres avoir traverse en car des montagnes semees de hameaux proprets, que nous avons ensuite devalees vers la mer par des chemins sinueux dans lesquels le car ne se faufilait qu'au prix de mille precautions. Ici, il y a des cafes partout, les Croates parlent italien (o joie!), mangent des glaces, font des plats de poisson divins (comment vous decrire sans vous faire pleirer notre repas d'hier, pris dans le seul restaurant de Rijeka ouvert un dimanche soir?). La mer est a deux pas, nous la prenons ce soir a bord du Marco Polo, qui nous emmenera a Dubrovnik, a l'autre bout de la cote dalmate. De la, nous remonterons tranquillement jusqu'a Zadar, d'ou nous prendrons l'avion qui nous ramenera vers Londres. Mais il ne faut pas que j'y pense trop, je vais pleurer. Carpe diem, comme on dit.

Auschwitz

Bon, vous excuserez le decrochage chronologique, mais il me fallait prendre le temps de decanter tout cela…

Nous sommes donc alles a Auschwitz lundi. 

A l’arrivee, les batiments de brique rouge, les allees bordees de grands arbres peignes par le vent, les oiseaux qui chantent nous font presque oublier ce qui s’est passe ici. Chaque baraque est consacree a un aspect de la vie du camp ou a ce qui s’est passe dans certains pays en particulier (Belgique, Pays-Bas, etc.). Quand on a beaucoup lu sur le sujet, on n’est pas etonne – juste un peu plus profondement enfonce dans l’incomprehension. Car enfin, s’il ne s’etait agi « que » de detruire un peuple, on aurait pu le conduire a l’abattoir directement, comme on le fait avec le betail. C’aurait deja ete affreux, mais au moins n’y aurait-il pas eu toutes ces souffrances infinies… Mais non. Il fallait encore l’humiliation, l’abjection, la negation de toute humanite, la lente agonie dans le froid et les privations.

Comment toute une societe en est arrivee a cautionner cette entreprise dementielle, comment on est parvenu a deshumaniser autant de soldats pour qu’ils jouent le sinistre role qu’on avait planifie pour eux, cela me depasse encore plus qu’avant, je crois bien.

Ce qui frappe, quand on visite tous ces lieux commemoratif, ce sont les listes. Listes soigneusement dactylographiees des noms de ceux qu’on envoie a la mort, listes des biens qu’on leur a pris, listes des morts du jour, listes des objets envoyes en Allemagne pour reutilisation… Cela confine a la schizophrenie, une sorte d’obsession compulsive qui doit bien, quelque part, hanter la memoire collective des Allemands.

Et puis on prend une navette qui nous emmene a Birkenau, la ou on a porte la mecanique de mort a un sommet de cynisme et d’efficacite. Il reste peu de chose de cette section du camp, les Allemand en ayant dynamite une bonne partie dans l’espoir d’effacer les traces les plus compromettantes de leurs crimes. Le batiment des douches, intact, laisse neanmoins voir a quel point tout etait pense pour tuer un maximum de gens en un minimum de temps. 

Et puis il reste les ruines des fours crematoires, pres desquelles on a edifie un monument commemoratif. Ce jour-la, un groupe d’Israeliens se recueillaient, et il y avait dans un coin plusieurs adolescents assis tout pres les uns des autres, mais sans se toucher, le long d’une serie de marches. De temps en temps, un garcon detournait la tete pour ecraser une larme, une fille se tamponnait les yeux. Cela sans effusions, sans un mot, presque sans un geste, dans un grand silence consterne. Il y avait aussi un vieil homme coiffe d’une kippa, tres beau et tres digne, mais comme ecrase de peine. 

Nous avons repris le chemin du batiment principal, et il s’est mis a pleuvoir. D’abord doucement, une belle et bonne pluie d’ete. Puis de plus en plus fort. Pierre a eu l’idee de couper a travers une section du camp fermee par une chaine cadenassee. Je l’ai suivi. Il s’est mis a tomber des clous, des cordes, des chiens et des chats, name it. Mes sandales ne m’ont bientot plus ete d’aucune utilite dans ce chemin pierreux et vaseux; j’etais trempee comme une soupe et je sacrais comme une diablesse en maudissant mon amoureux, qui a toujours des plans sans bon sens (parce que, evidemment, si c’etait ferme, ce n’etait pas pour qu’on y entre; apres avoir traverse tout le champ, nous nous sommes retrouves pieges par les barbeles).

Et j’ai soudain pense aux millions de personnes qui ont vecu tellement, tellement pire dans ces lieux memes, dans le froid de l’hiver, sans espoir d’en sortir un jour, et je me suis mise a rire de moi-meme.

J’ai seche mon pantalon dans la salle des toilettes, nous sommes rentres en silence.


Un train de nuit vers Budapest

Les compagnies de chemin de fer se suivent et ne se ressemblent pas (comme les villes, les jours et les claviers d’ordinateur, d’ailleurs celui sur lequel je vous ecris est magyar, comme le clament les Hongrois avec fierte, et j’aime autant vous dire que c’est pas de la tarte). Le train dans lequel nous avons voyage datait sans doute de l’ere communiste. Rien ne fonctionnait normalement, le controleur avait une tete de chien enrage, mais tant pis: nous avons tout de meme dormi comme des bebes. 

Bref, a cote de la Hongrie (ou du moins de Budapest), la Pologne (ou du moins Cracovie) est une contree de richesses, de joie de vivre et d’abondance. 

Enfin. Il est vrai qu’il pleut a verse et que nous sommes tous les deux malades comme des chiens (jamais vu Pierre aussi mal en point – en fait, je ne l’avais jamais vu malade!), mais notre premier contact avec la ville n’a pas provoque de coup de foudre. 
Pourtant, il y a ici de fort bons vins (on dit beaucoup de bien du fameur Tokaj), la cuisine sort enfin de l’eternelle equation cotelette panee-patates-chou, l’architecture est completement delirante… Mais il regne une sorte de morosite qui se lit sur pratiquement tous les visages. C’est tout de meme curieux que les Hongrois ne soient pas parvenus a se sortir de cette grisaille. Nous sommes parvenus a la conclusioin qu’ils doivent commencer a sourire apres cinq heures… ou cinq bieres.

On voit beaucoup de personnes ravagees par l’alcool, ou par une vie difficile, ou les deux (a Cracovie aussi, remarquez). Les immeubles baroques portent eux aussi les cicatrices des annes noires du regime sovietique, qui les a laisses a l’abandon pour cause de beaute. La lepre les a gagnes depuis longtemps et ils montrent tristement ce qu1il reste des splendeurs de leur gloire passee. Cela a quelque chose de poignant et de choquant tout a la fois. Quand je pense qu’il s’est trouve autant de gens en Amerique pour cautionner ce regime, j’en rougis.

Demain nous irons soigner notre grippe dans un bain thermal, je mise beaucoup la-dessus parce que, apparemment, le lampion que j’ai allume a l’eglise Notre-Dame, a Cracovie, ne semble pas avoir emu les Plus Hautes Autorites.

Je ne vous parle pas de notre visite a Auschwitz, ce serait trop long et j’ai la tete comme une citrouille, m’en vais m’etendre un peu. Demain, je vous raconterai.

Grippe tchèque

Il fallait s’y attendre: nous avons attrape le virus de Laima. Mais non, ce n’est pas une nouvelle souche de grippe du poulet! Laima, c’etait notre hotesse pragoise, qui avait une grippe d’enfer quans nous y sommes alles, et nous voila malades comme des chiens. Pierre a tellement de fievre qu’il brille dans le noir. S’il se jette dans la Vistule, il va tout faire sauter (on dit que cette riviere a ete affreusement polluee par les acieries que le regime communiste avait implantees non loin d’ici). Pour ma part, je prie saint Stanislas, patron de la Pologne (ou est-ce saint Wenceslas?), pour qu’il m’epargne la pneumonie.

Nous avons tout de meme pu nous balader encore dans Cracovie aujourd’hui, qui a acheve de nous seduire. Curieux, quand meme, apres la perfection de Prague, mais c’est comme ca: j’aime bien ce qui est imparfait, en fin de compte. Ici, les immeubles portent les traces de leur age, mais la splendeur de leur architecture n’en parait que plus authentique. La difference, disons, entre Jeanne Moreau et Catherine Deneuve. Il faut toutefois faire bien attention, quand on leve le nez pour admirer une frise baroque, a ne pas se tordre la cheville dans un des innombrables trous des trottoirs, sur lesquels, par ailleurs, se garent systematiquement les voitures. Cela ne laisse qu’un mince corridor aux pietons, mais qu’a cela ne tienne: les Polonais sont des conducteurs fort courtois. D’ailleurs, c’est la une autre agreable surprise: ici, les gens sourient, rigolent et vous aident volontiers – radical changement par rapport aux Tcheques, lesquels, je regrette d ‘avoir a le dire, se comportent encore comme si un indic allait les denoncer aux autorites s’ils fraternisent avec un etranger. 

Le regime sovietique a laisse de nombreuses traces ici, dont les Polonais tirent parti avec un humour bien particulier. Par exemple, une agence propose un tour en Trabant, ce celebre tacot est-allemand, dans de hauts lieux du communisme, notamment a Nowa Huta, une acierie et des habitations elevees dans toute la beaute de l’architecture sovietique dans le but de meler un peu de proletariat aux habitants de Cracovie, un peu trop intellectuels et cathos au gout du regime. Le prospectus explique qu’on finit la balade par une visite a un « expert en vodka et authentique vestige du regime communiste (pour autant que ce dernier ne se soit pas saoule a mort) ». Comme dirait mon ami Marius, c’est pas gentil, mais c’est drole.

Nous esperions aller a Auschwitz demain (c’est quand meme bizarre d’ecrire ca…) mais peut-etre remettrons-nous cela a plus tard. Aussi bien, quelque chose me dit, a en juger par la quantite de touristes qui sont ici, que ca risque d’etre plutot encombre.  Notex bien ceci: Cracovie est a la mode, mes amis.

Voila, je vais essayer de dormir un peu pendant que le reste de la ville se noie dans la vodka et la biere a 5 zlotys le demi-litre (soit un peu plus de 1,50$).

Bises virtuelles, donc vous n’avez rien a craindre, mais allumez quand meme un petit lampion a saint Wenceslas (ou Stanislas?) pour le salut de mes bronches.

Cracovie

Ben Dobry (ou quelque chose du genre, en tout cas, ca veut dire bonjour),

Nous avons quitte Prague hier. Trop de monde, trop de touristes, trop de restos, de bars et de boutiques de souvenirs a notre gout. Certes, c’est une ville magnifique, mais comme disait ma mere, la beaute, y a par que ca dans la vie… Un peu comme a Florence, on a l’impression que tout, la-bas, est axe sur la meilleure maniere d’arnaquer le touriste, de l’occuper, de le distraire, de lui vendre quelque chose.

Nous avons donc fait nos adieux a nos hotes et saute dans le train de nuit en direction de Cracovie. Nous avions achete nos billets a la gare le matin meme, 42 malheureux euros pour un compartiment prive avec couchettes. Nous n’en revenions pas. Arrives dans le train, alors que nous nous preparions avec delice a passer une nuit de genereux sommeil berces par le roulis, le controleur nous demande nos billets. 
— Ben, vous l’avez dans vos mains, notre billet, repondons-nous dans notre meilleur tcheque. 
— Ah non, ca, c’est votre reservation pour la couchette. You need also a ticket to ride, repond le controleur. 
— Mais la dame au guichet de la gare nous a dit que nous n’avions pas besoin d’autre chose, que vous alliez faire nos billets!

Il nous regarde avec un air de grande commiseration mele de profonde desolation: Ah. Ensore une qui a mal fait son boulot. Ca arrive souvent… 

Pendant ce tepms, le train s’ebranle. Bon, je dis, en tout cas, la, on part, alors vous ne pouvez pas nous jeter dehors. On fait quoi, maintenant?
— Eh bien, il faut payer, voyez, ca coute 135$US par personne for the ticket to ride. (Il nous montre un billet qui vient d’on ne sait ou.)
Devant ce qui semble l’evidence, on ne peut que s’incliner. S’il faut payer…
— Bon, alors prenez-vous les cartes de credit?
— Ben non, cash only. Mais il ajoute, dans sa grande magnanimite, et toujours avec l’air le plus accommodant du monde, qu’il y a bien un guichet automatique a une gare ou nous arreterons vers 1h30, qu’il se chargera obligeamment de nous reveiller pour que nous puissions retirer et lui remettre les sommes necessaires.

C’est la qu’on a commence a se dire qu’il y avait quelque chose de bizarre… Nous avions bel et bien demande a la dame du guichet deux couchettes aller seulement dans un compartiment double pour Cracovie. Elle nous a bel et bien donne un recu. Que le controleur a garde apres nous avoir souhaite la bonne nuit…

Nous nous sommes donc renseignes aupres d’autres passagers, qui nous ont confirme qu’ils n’avaient pas du tout paye 135$US pour un tichet to ride! Mais il etait vrai aussi que la dame du guichet (je me suis demande si elle n’etait pas de meche avec le controleur) ne nous avait pas vendu le bon billet. Mon pauvre Pierre en a donc ete quitte pour, en effet, se relever a 1h30 et accompagner le controleur jusqu’a un guichet automatique… mais nous lui avons paye seulement la difference entre notre reservation de couchette et le fameux billet, soit une petite trentaine de dollars. Non mais. 

Autrement, Cracovie est une ville vraiment etonnante, completement decrepite, vivante et quelque peu chaotique. Plus proche de Naples que de Florence, si vous voyez ce que je veux dire. Nos logeons dans un vaste appartement que nous partageons avec d’autres voyageurs. Propre, confortable et tranquille, ca va nous reposer un peu! 

Allez, je vous laisse, faut que j’aille manger des pierogis.

Prague

Nous voici a Prague depuis deux jours, dans une famille d’un genre dont je ne connaissais aucun specimen jusqu’ici. La maman fait la greve du menage, dort sur un canape-lit devant la tele dans la cuisine. Le papa, journaliste pour une radio americaine, passe ses soirees enferme dans ce que sa femme, Laima, appelle her husband’s kingdom. Le plus petit des quatre fils dort avec sa maman, l’avant-dernier joue de la guitare electrique en ce moment meme pendant que je vous ecris sur son portable, dans sa chambre qui sent la chambre d’ado.
 
Nous sommes alles ce soir entendre un concert d’un groupe de gitans roumains dans une salle qui date sans doute de l’epoque sovietique mais qui m’a rappele les premieres annees du Spectrum.
 
La biere coule a flots et coute moins cher que l’eau minerale, on mange des patates et de la viande, je suis en train de devenir aussi grosse que Ginette Reno. Mais je m’amuse, meme si Prague est un peu trop belle et un peu trop parfaite apres Berlin, un peu comme une trop belle femme qui ne se livre jamais vraiment. Beaucoup de tres beaux immeubles, mais peu de vraie vie. Enfin.
 
Je vous laisse parce que Julius (l’ado gothique) doit fatiguer un peu. Je suppose que je trouverai le moyen de vous decrire un peu mieux ce magnifique concert et tout le reste.