De moeurs et d’humeurs

Les hommes, on le sait, grâce à leur morphologie, ont la capacité de faire pipi debout. Cela leur confère, semble-t-il, le droit de se soulager partout et en tout temps. On a même tiré des oeuvres d’art de la chose, comme s’il y avait de quoi s’en glorifier.

C’est ainsi que n’importe quel mur peut se voir transformé en pissotière, avec les conséquences olfactives que l’on imagine. Je n’ose penser à ce que diraient ces messieurs si la situation était inverse, et si nous-la-femme nous mettions à pisser partout comme des chiens qui marquent leur territoire. Mais bon. La question est, comme on dit, purement théorique.

Dans les pays où les installations sanitaires ne permettent pas l’érection (pardon!) de toilettes publiques, ce comportement digne de l’homme de Cro-Magnon devient franchement dérangeant.

Au Bénin, par souci, je suppose, d’hygiène publique et d’éducation au civisme, des gens (autorités? propriétaires?) ont donc pris la peine d’inscrire à la peinture aérosol, un peu partout sur les murs susceptibles de subir le sort que l’on sait: «Défense d’uriner ici, amande (sic) 5000 F» (soit environ 10$). Au pif, on peut dire que l’avis est la plupart du temps observé.

Mais s’il n’y avait que les murs! Le fait est que les hommes, ici, pissent n’importe où, n’importe quand. De surcroît, ils le font au vu et au su de tous, insoucieux des regards et de la bienséance. Dans le stationnement de la banque (en plein centre-ville!), dans la rue (face aux passants!), à la plage, ils pissent, leur machin bien visible, heureux, dirait-on, de lui faire prendre l’air. Évidemment, forts de cet exemple, les garçons font pareil. J’en ai vu un l’autre jour, bien campé sur un tas de cailloux aussi haut que lui, pisser à tout vent, la graine à l’air, en regardant passer les motos d’un air absent.

Avoir été sa mère…

En tout cas.

La pêche

Dimanche matin à Cotonou, les églises de toutes confessions (mais surtout pentecôtistes ou évangéliques) tonitruent à qui mieux mieux. Le pasteur postillonne dans un mauvais micro branché à de mauvais haut-parleurs, les fidèles chantent des cantiques qui semblent ne finir jamais, accompagnés souvent par un piano électrique réglé à «autoplay» . Rien que dans notre rue, il y a trois de ces églises à portée d’oreille.

Dimanche dernier, au bout de deux heures de ce régime digne de Guantanamo, nous nous sommes enfuis vers la plage (à 10 minutes de marche).

De lourds nuages noirs menaçaient, mais tout valait mieux que cet assommant délire religieux. Arrivés au bord de la mer, nous avons aperçu au loin des gens arc-boutés les uns derrière les autres le long d’un câble. Nous nous sommes approchés pour voir ce qu’ils faisaient.IMG_0807

Ils étaient en train de ramener un immense filet de pêche, qui devait bien faire en tout deux ou trois kilomètres de longueur. Hommes, femmes, enfants, tous s’y étaient mis. Les hommes rythmaient les efforts avec la version africaine du «ho-hisse !», le chef allait d’un groupe à l’autre, criait des ordres pour orchestrer la manœuvre, houspillait les petits qui se mettaient dans ses jambes.
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MonChéri a eu tôt fait de se joindre à l’effort collectif, sous l’œil réjoui de ses nouveaux camarades. J’espérais bien que cela me donnerait un passe-droit pour faire des photos, mais non: les gens sont convaincus que nous voulons exploiter commercialement leur image et refusent catégoriquement de se faire tirer le portrait même si on le leur demande gentiment. Généralement, quand j’explique que je travaille ici et que je veux montrer le Bénin à ma famille et à mes amis, tout change. Mais là, j’aurais eu, quoi? Une bonne centaine de personnes à convaincre? Je me suis résignée… ou presque: j’ai quand même réussi à voler quelques photos, que je mettrai en ligne quand j’aurai une meilleure connexion.

Toujours est-il que les gens peuvent mettre six ou sept heures à tirer le filet hors de l’eau, dans une forte houle et un ressac meurtrier. Les prises sont ensuite distribuées à ceux qui ont collaboré à cette corvée collective, ou alors elles sont vendues, et l’argent est réinvesti dans la communauté. Ce matin, la pêche n’a pas été très bonne – peut-être 300 kg de poissons, en majeure partie minuscules (qui seront frits et mangés entiers), quelques énormes gambas et un mérou de taille respectable. Tous ont encerclé cette modeste manne et l’ont examinée, évaluée, commentée pendant de longues minutes. Un jeune homme a empoché trois ou quatre étoiles de mer, des enfants ont glané les petits poissons épars dans les mailles.
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Des femmes ont commencé à arriver, se sont assises en groupe pour attendre la distribution. Deux d’entre elles avaient des colliers de coquillages blancs croisés sur leur poitrine nue, la taille ceinte de pagnes identiques. Elles avaient l’air de sortir d’un livre d’histoire. J’aurais aimé pouvoir les photographier, mais je n’ai pas osé.

Tout ça semblait s’organiser comme par magie, dans des gestes sans doute millénaires, répétés bien plus par tradition, par besoin de cohésion, que pour ce qu’ils rapportent vraiment. M’est revenue en mémoire cette vieille métaphore qui dit: «Donnez un poisson à un homme, vous le nourrissez pour la journée. Apprenez-lui à pêcher, vous le nourrissez pour la vie.»

Cela m’a toujours paru extrêmement condescendant, mais j’ai trouvé ce jour-là que c’était particulièrement mal choisi, voire imbécile. S’il y a une chose que nous ne pouvons très certainement pas apprendre à ces gens, ce sont les gestes de survie.

La fin des haricots

Nous avons appris le 26 juin dernier que notre bon gouvernement canadian, fidèle à son idéologie, a décidé d’intégrer l’Agence canadienne d’aide internationale (ACDI) au ministère des Affaires étrangères et du Commerce international, qu’il a renommé ministère des Affaires étrangères, du Commerce et du Développement. L’ACDI n’a donc plus le statut d’agence indépendante qu’elle avait et reçoit maintenant ses directives du Ministère. En d’autres termes, l’aide internationale est subordonnée aux besoins du Canada en matière de commerce et de politique.

Deuxième étape dans la réforme de l’aide au développement, le Canada met un terme définitif à son programme de coopération volontaire, partout dans le monde. L’enveloppe qu’y allouait l’ACDI (300 millions de dollars en cinq ans, répartis entre une dizaine d’ONG) sera réduite, et les fonds seront désormais attribués par appel de propositions ouverts à l’entreprise privée comme aux ONG. Si bien qu’une société minière, par exemple, pourra recevoir de l’argent pour ouvrir une école et un dispensaire dans un village où elle exploite une mine (et les villageois).

Oxfam Québec doit donc 1) choisir quels bureaux elle maintiendra dans le monde et 2) s’abstenir, à compter du 31 décembre, de toute dépense liée au programme canadien de coopération volontaire.

C’est donc dire que mon affectation se terminera trois mois plus tôt que prévu.

Je suis déçue, bien sûr. Mais dans mon cas, ça ne pose pas vraiment de problème. J’aurai quand même le temps de faire ce pour quoi j’ai été engagée, je pourrai voyager un peu après et je reprendrai ensuite tout bonnement mon poste à La Presse.

Il en est autrement de mes collègues qui, pour la plupart, ont un conjoint africain qui a besoin d’un visa pour rentrer au Canada (au moment même où le personnel chargé de  traiter les demandes de visa est en grève) et qui n’ont pas de travail qui les attend à leur retour. Quant à se replacer ailleurs dans le monde pour une autre ONG, songez à tous les coopérants canadiens qui, comme nous, se retrouvent dans la même situation: il y aura du monde au portillon!

Mais outre cette inévitable déception, dans une perspective plus large, ma petite expérience me dit que le programme de coopération volontaire a peut-être besoin, en effet, d’un repositionnement. Il est permis de se demander si cela est vraiment utile, si cet argent est bien dépensé, s’il ne pourrait pas l’être mieux.

On peut regretter (et je le regrette, croyez-moi) que cette nécessaire remise en question se fasse autour d’impératifs commerciaux mais, au fond, ça n’est pas si étonnant. Les pays riches viennent rarement en aide aux plus pauvres par pure générosité. On y va s’il y a un marché potentiel où exporter ses produits et son savoir-faire, s’il y a des ressources à exploiter, si cela constitue une position stratégique d’un point de vue géopolitique.

Le gouvernement Harper, en amalgamant les Affaires étrangères, le Commerce et le Développement, est donc non seulement cohérent avec lui-même, mais il fait ouvertement ce que d’autres font en catimini.

Je ne dis pas que ça me plaît, loin de là. Mais cela a du moins le mérite de poser clairement les enjeux. Comme le dit ce vieux Sun Tzu dans L’Art de la guerre, il est toujours bon de savoir à qui l’on a vraiment affaire:

«Qui connaît son ennemi comme il se connaît, en cent combats ne sera point défait. Qui se connaît mais ne connaît pas l’ennemi sera victorieux une fois sur deux. Qui ne connaît ni son ennemi ni lui-même est toujours en danger. »

Ouidah

Oh, je deviens paresseuse (ou blasée?)… Déjà plus d’une semaine que je n’ai rien écrit! 

Nous sommes allés passer le week-end à Ouidah, qui a été l’un des principaux postes de traite d’esclaves dès le début du XVIIIe siècle. Pierre a eu son baptême de taxi collectif, où nous étions quatre (dont une très grosse dame) à l’arrière d’une Toyota-quelque-chose à bout d’âge. 

Là-bas, nous avons fait à pied, sous un soleil de plomb, les quelque 3 km qui séparent la ville de l’endroit d’où l’on expédiait ceux qui, fers aux pieds, chaînes aux poignets, joug de métal au cou, avaient survécu à une marche de plusieurs jours. 

Ça met les choses en perspective, disons.

Arrivés à la mer, nous n’avons eu qu’à en profiter.

***

Pas un jour ne passe sans que je pense à tous les jeunes mendiants qui encombrent chaque coin de rue de Montréal. Un petit séjour ici leur ferait le plus grand bien.

Les gens travaillent tellement fort pour si peu de chose, ici! Que je dise seulement que, derrière chez nous, une famille entière (ce qui inclut les parents, les grands-parents, les frères, soeurs, maris et femmes, neveux et nièces et tout ce qui peut s’y ajouter), cette famille, donc, commence à s’activer avant le lever du soleil. Je le sais parce que je jette toujours un oeil par la fenêtre quand je me lève pour faire pipi, vers 5 h.

Dans ce qu’on appelle la concession (un terrain de sable jaune ceint d’un mur où sont entassées des cabanes en parpaings coiffées d’un toit de tôle), une femme fait déjà la cuisine sur un feu de bois; une autre agite un éventail au-dessus d’un antique fer à repasser plein de braises rougeoyantes. À mesure que le jour se lève, une femme aux lourds seins nus se lave en puisant de l’eau dans un baquet. Quelqu’un sort, tiré à quatre épingles, avec un porte-document sous le bras, des enfants au ventre ballonné (signe caractéristique de malnutrition) jouent avec des cailloux ou un vieux pneu. 

J’ai cessé de me plaindre de la gymnastique que la moustiquaire nous oblige à faire pour nous extraire du lit ou y rentrer. 

Vidomégon

Les vidomégon sont l’équivalent béninois des restavek en Haïti (j’en ai parlé ici): ce sont des enfants (la plupart du temps des filles de milieu rural) que leurs parents, trop pauvres pour les garder, placent dans une famille qui, en principe, pourra leur offrir de meilleures conditions de vie et leur permettra d’aller à l’école. Ça, c’est la théorie. En réalité, ces petites filles, parfois dès l’âge de 5 ans, sont pratiquement réduites en esclavage par leur famille d’accueil. Elles accomplissent les corvées domestiques (ménage, lessive, cuisine, transport de l’eau) et doivent souvent, en plus, travailler au marché ou ailleurs lorsque leurs tuteurs ont un commerce.
L’organisme Assovie, l’un des partenaires d’Oxfam au Bénin, vient en aide à ces enfants, à qui il offre alphabétisation, scolarisation, apprentissage d’un métier. Assovie a aussi créé une petite troupe de danse et de chant qui regroupe 25 filles et 1 garçon. Les photos ont été prises pendant une répétition en costumes dans les locaux d’Assovie.

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Négoce

Hier, virée au Centre de promotion de l’artisanat de Cotonou, à l’autre bout de la ville. Comme dans tous les endroits du genre, on y trouve des boutiques qui vendent à peu près toutes la même chose (ici, masques anciens ou récents, statuettes d’ébène aux lignes fluides, bijoux de corne de buffle ou de coquillages, batiks et peintures naïves).

Il a d’abord fallu âprement négocier le prix de la course en zem : on vous le fait toujours le double du tarif «normal». Parfois, un quidam se mêle de la discussion, réprimande le zem pour sa cupidité et le convainc de nous faire un prix raisonnable. Sinon, après quelques feintes, roulement d’yeux et claquements de langue, le type finira par consentir à nous emmener pour 400 francs au lieu de 800. On se sent toujours un peu ridicule d’argumenter comme ça pour des sommes aussi dérisoires : 400F CFA, ça équivaut à 0,80$. Ne négociez pas, le zem aura un sourire narquois qui dit : cet idiot de yovo s’est encore fait avoir. Négociez, et vous vous sentez comme un exploiteur qui abuse de la faiblesse des petits travailleurs.

Au centre d’artisanat, pareil.

Faites seulement mine de ralentir devant une échoppe, on vous presse d’entrer, d’essayer ce bracelet, d’admirer ce tissage; on tire d’un panier où elles sont soigneusement rangées d’admirables figurines de bronze. Manifestez de l’intérêt pour tel ou tel objet, les négociations commenceront alors: «C’est 25 000 francs, madame (50$).
– (Les yeux au ciel) Mais non, c’est bien trop, voyons.
– Combien voulez-vous payer?
– Six mille (ça me gêne toujours, mais c’est la règle: on divise par quatre le prix initial).
– (L’air consterné) Mais madame! Soyez sérieuse. Regardez comme c’est joli!
– Oui, bien joli. Mais je ne paierai pas plus de 6000 francs.
– Pour vous, madame, je le laisse à 20 000.
– Pas question. J’ai dit 6000, mais je veux bien faire une effort. Je t’en donne 8000.»

Invariablement, on finit par s’entendre sur la moitié du prix lancé au départ. C’est ainsi que j’ai fait l’acquisition, hier, d’un très beau masque ancien, d’un bracelet de corne et de deux cadres d’ébène. J’ai résisté à la tentation d’une splendide figurine de bronze qui représentait une femme en train de poser une jarre sur sa tête, d’une petite girafe en pierre de talc et d’un très beau batik. (Mais je ne jure de rien pour la prochaine fois.)

Sur le chemin du retour, je me suis arrêtée à un tout petit étal de rue pour regarder des pagnes (on appelle toujours «pagne» la pièce de 6 verges de coton dans laquelle on coupe les habits traditionnels, même s’ils n’ont bien souvent plus rien du pagne). Deux petites filles gardaient l’étal de leur maman : Sarah et Mouniya. J’ai tâté un peu les tissus, en ai regardé un plus attentivement que les autres et ai fini par ne pas me décider.

Nous nous sommes arrêtés plusieurs mètres plus loin dans un petit bar pour sacrifier au rite de la sainte bière. Tout à coup, les deux fillettes se sont matérialisées près de nous, un sourire timide aux lèvres, et à la main le pagne bleu que j’avais regardé. La journée de vente était terminée, elles tentaient leur chance une dernière fois. Comment résister ?

Je n’ai même pas marchandé.
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Moustiques

Moustiques

Chaque soir, je fais brûler dans la chambre une spirale antimoustique Made in China for Africa (c’est vraiment écrit sur l’emballage).

Au coucher, nous prenons bien soin de coincer les bords de la moustiquaire sous le matelas pour empêcher toute intrusion. Cela nous impose de prendre dans le lit la bouteille d’eau, le réveil, mes lunettes et mon Kindle, si nous ne voulons pas passer notre temps à dégager la moustiquaire chaque fois que nous avons besoin (ou fini) de ces articles de survie. J’oubliais la lampe de poche, pour pouvoir lire au lit et éteindre sans avoir à nous lever et risquer de créer une brèche dans la forteresse.

Nous nous livrons à une gymnastique digne des Jeux olympiques quand il s’agit de nous glisser hors du lit pour un malheureux pipi nocturne, puis nous recolmatons soigneusement tous les interstices qui auraient pu se créer entre la fameuse moustiquaire et le lit.

Malgré tout, chaque matin, nous nous réveillons avec, à l’INTÉRIEUR de la £{@£∞%&!! de  moustiquaire, un bataillon de maringouins gorgés de NOTRE sang (beurk). En général, nous découvrons une faille dans notre système de défense. Un pied intempestif aura déplacé la £{@£∞%&!! de  moustiquaire, ou alors, dans les brumes du demi-sommeil, nous aurons insuffisamment cuirassé notre lit après une expédition aux toilettes.

Si nous attrapons la malaria, je tiens à dire à tous que c’est pas notre faute.

Un envoûtement vaudou, j’en suis sûre.

Zemidjan

Les zemidjan, ce sont les motos-taxis de Cotonou. Ils sont des milliers à sillonner les rues de la ville du matin au soir, dans la poussière, le bruit et l’oxyde de carbone. On les reconnaît à leur chemise jaune réglementaire, dans le dos de laquelle sont imprimés en bleu indigo un numéro de permis et le logo de la mairie. Parfois, la chemise est si usée qu’on ne distingue plus qu’un fantôme d’inscription. Elle a été rapiécée, reprisée, ravaudée de toutes les façons possibles.

Postés en petits groupes au coin d’une rue, lunettes de soleil sur le nez, coiffés d’une casquette (très peu portent un casque), les zem vous interpellent pour vous offrir leurs services, ou alors vous les hélez au besoin. Vous négociez le prix, qui varie selon la distance, la bonne volonté du conducteur et… la couleur de votre peau (c’est toujours plus cher pour un yovo) : la même course peut coûter de 200 à 800 francs. Mais bon, comment leur en vouloir? L’un d’eux m’a dit aujourd’hui que, dans une bonne journée, il peut faire 4000 francs CFA, soit 8$.

Vous vous êtes donc entendus sur le prix. Vous grimpez sur la machine, et vroum! Vous voilà à zigzaguer entre les nids-de-poule (et parfois les poules elles-mêmes), les chèvres, les enfants, les mares laissées par la dernière pluie, les voitures et, évidemment, les autres motos, zemidjan ou non. La motocylette est le moyen de transport universel, ici.

Évidemment, outre tout ce qui peut (et ne peut pas) se transporter à moto, on voit aussi le tableau familial typique : papa aux commandes, un enfant assis devant lui, maman derrière, un autre enfant à califourchon contre elle. Ici, en Afrique, s’ajoute le bébé arrimé dans le dos de la mère. Cela me fait frissonner chaque fois.

Aux carrefours, motos, voitures et piétons s’entrecroisent sans heurts apparents, selon un code tacite que seul un Cotonois peut décrypter. D’après ce que j’ai compris, le contact visuel est la clé de tout.

Pour ma part, j’ai cessé de m’en faire pendant mon séjour en Haïti (merci Grégory!). Sur la route, j’essaie de reconstituer mentalement la géographie de la ville dans l’espoir de pouvoir un jour m’y retrouver. J’admire l’élégance des femmes, la beauté de leur costume, leur port impérial; je m’amuse des raisons sociales («Coiffure Belle Face», Moments de femme, prêt-à-porter»), je m’émerveille de tous ces petits métiers, ces petits commerces pratiqués en pleine rue avec trois fois rien.

En principe, dès cette semaine, j’aurai mon zemidjan à moi, grâce aux bons soins d’un jeune ami béninois. Il viendra me chercher matin et soir et je le paierai à la fin de la semaine selon le tarif convenu. Vous devriez me voir avec mon casque rose, j’ai l’air d’un hybride entre une gomme balloune et la Fourmi atomique.