L’autre Maine (et un peu de Vermont)

Nous voici dans un petit motel près de la ville d’Augusta (prononcez «Agosta»), après quatre heures de route dans des chemins qui tournicotent à travers les montagnes et les forêts, et qui traversent de petites villes aux noms étranges: Mexico, Peru, Canton… Sans doute pour ça que 80% des Américains n’ont pas de passeport: ils font le tour du monde rien qu’en se perdant dans le Maine profond!
Tout de suite après avoir passé la frontière à un minuscule poste où l’unique douanière SOURIAIT et PARLAIT FRANÇAIS (jamais vu ça aux États-Unis), nous sommes entrés dans un village, Canaan, où il y avait une petite foire. Une bannière disait: «Sugar on Snow». J’ai cru que c’était le nom du groupe qui jouait du blue grass et du country sur une petite estrade, mais non: on servait bel et bien de la tire d’érable sur la neige! Un monsieur dépose sur une assiette de plastique une pelletée de neige contenue dans une vaste caisse de bois, un autre monsieur vous met une louchée de tire fumante là-dessus, et hop! On déguste. C’est, je suppose, l’équivalent vermontois du Noël du campeur.

Le garage de Canaan (Vermont).

Après une pause qui nous a permis d’apprécier la cuisine du Family Restaurant local (pas ça qui va faire baisser le taux d’obésité), nous avons poursuivi notre route par monts et par vaux. Un cerf nous a placidement regardés passer, puis, quelques milles plus loin, un tout jeune orignal tout en jambes, comme un grand ado dégingandé, nous a brièvement salués avant de rentrer dans le bois en trottinant de travers.
La presque pleine lune, son visage désolé comme celui d’une pietà, nous a ensuite montré le chemin jusqu’à ce petit motel fréquenté par des pêcheurs. Nous repartirons tôt demain, direction Deer Isle, un coin de pays ignoré des touristes, où la côte est rude, les villages intacts, les gens adorables et le homard en pleine saison. Nous avons loué là la maison de mes rêves, nous y serons demain en matinée. Joie, allégresse, bonheur et volupté.
En attendant, il y a Mississippi Burning à la télé, oups, non, un preacher qui s’égosille, ah, non, les Jeux olympiques (mon amoureux zappe frénétiquement, c’est imparable)…
Je ne pourrais pas me sentir en vacances plus que ça.