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Adieu ma Sissi

Elle ne me fera plus la conversation.

Elle ne viendra plus se poser près de moi à exactement un bras de distance, ses petites pattes blanches repliées sous elle, les yeux mi-clos, sublime incarnation de féline félicité.

Je ne la verrai plus, aplatie dans le gazon comme une résistante qui se prépare à faire sauter la limousine d’un dictateur, en train de se faire accroire qu’elle pourrait capturer un écureuil.

Je n’entendrai plus sa clochette tintinnabuler quand elle accourait au son des croquettes qui tombaient dans la gamelle.

Elle a mangé son dernier mulot l’automne dernier – un minuscule souriceau pas plus gros que mon pouce.

C’était juste après le chaos qui avait bouleversé tout notre environnement, à cause de travaux que j’ai dû entreprendre bien malgré moi et qui m’ont obligée à virer la maison sens dessus dessous.

La pauvre Sissi ne reconnaissait plus rien, elle errait à travers les pièces en miaulant de toute sa petite âme.

Je ne me suis aperçue que quand nous eûmes été relogées en attendant la fin des travaux qu’elle souffrait de diarrhée (humiliation ultime pour n’importe quel chat, imaginez pour une impératrice).

J’espérais que, en regagnant peinardes nos pénates, elle retrouverait la paix de l’esprit et du corps.

C’est pourquoi, quand elle a capturé et croqué ce mini-mulot (ou était-ce une musaraigne?), mon coeur s’est quelque peu réjoui de voir que l’impératrice avait recouvré ses facultés.

Mais je m’illusionnais.

Elle s’est mise à perdre du poids, beaucoup trop de poids. Et la diarrhée a empiré.

Je vous résume la suite: visites chez la vétérinaire, analyses de sang, de selles, d’urine, antibiotiques (trois sortes), antiémétique, légère amélioration, nouvelle baisse de tonus, nouveaux médicaments…

Et toujours cette diarrhée littéralement explosive, qui la faisait miauler désespérément au moment de devoir s’y soumettre.

À la fin, elle ne mangeait plus que si je m’asseyais à côté d’elle pour lui donner des croquettes une à une.

J’ai essayé trois ou quatre sortes de croquettes, plusieurs poudres de perlimpinpin pré ou probiotiques, les pâtées les plus fancy, le meilleur thon en conserve, la nourriture crue pour chats, le poulet bouilli, l’huile de saumon sur les croquettes…

Rien. Elle ne voulait rien.

Avant-hier seulement, elle a mangé du thon cru avec ce qui m’a semblé un peu d’appétit. Mais déjà, depuis quelques jours, elle ne sortait plus de «sa» chambre que pour parcourir la maison en miaulant jusqu’au moment fatidique de devoir aller à la litière, puis retourner se lover sur son coussin jusqu’à la crampe suivante.

Alors ce matin, j’ai pris mon courage à deux mains et mon téléphone de l’autre pour appeler la clinique. J’ai mis Sissi dans son panier de transport. Elle a miaulé sur un ton que je n’avais jamais entendu auparavant, qui m’a crevé le coeur. Puis elle s’est tue.

Je n’ai jamais conduit aussi lentement de ma vie. Tous les stops religieusement exécutés, les feux jaunes anticipés un coin d’avance, le passage cédé aux piétons même pas engagés. Je n’ai pas arrêté de parler à Sa Majesté, pour lui dire à quel point je l’aimais, que tout irait bien, que ça ne ferait pas mal et qu’elle avait fini de souffrir.

C’était aussi pour m’en convaincre, je suppose.

Je me suis garée, j’ai pris tout mon temps pour payer ma place de stationnement avant de nous extirper de la voiture.

Il faisait 15 en dessous de zéro, avec un vent aigre qui gelait mes larmes sur mes cils.

J’ai traversé la rue, j’ai poussé la porte de la clinique. On nous attendait.

Ma douce guerrière a résisté à la sédation aussi longtemps qu’elle a pu. Dans son petit corps amaigri, la dose aurait dû agir en quelques minutes, mais la vigilance dont elle a dû faire preuve dès les premiers instants de sa vie est aussi ce qui l’a quittée en dernier.

La technicienne a enfin pu raser doucement sa petite patte. Elle a dû chercher un moment pour trouver la minuscule veine où instiller le dernier médicament.

Et voilà, c’était fini.

J’ai beaucoup pleuré et je pleure encore.

Je sais bien qu’il y a des choses infiniment plus tristes et plus graves que la mort d’une chatte qui a d’ailleurs eu une très belle vie, mais là, je me donne le droit d’avoir de la peine juste pour ça.

De retour bientôt à notre programmation habituelle.

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Dans mon pays

NDLR: Ceuzécelles qui voient mes publications sur Facebook me pardonneront de me répéter ici.

***

Je viens de passer une semaine dans « mon pays », c’est-à-dire ma région natale, au Saguenay.

Plus précisément « drette » au bord du Saguenay, ou plutôt d’une baie profonde de 11 kilomètres, au plus près de l’eau.

Ici, bien qu’on soit à au moins 500 km de la « vraie » mer, l’eau est encore salée et on attend les marées favorables pour se baigner dans ces eaux mystérieuses et la plupart du temps glaciales.

À marée basse, quand tout est calme, la brise nous amène un doux et subtil parfum d’iode. Le soleil couchant se fend chaque soir d’un spectacle différent — je ne crois pas avoir jamais attendu la brunante avec autant de joie anticipée.

J’ai passé la semaine en contemplation devant ce ciel infini, toujours changeant, et à observer de tout près les merveilles que nous ont laissées les glaciers en se retirant de notre coin de planète.

Ce sera tout.

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Épilogue

Dire que j’ai failli refuser d’accompagner ma chère amie Marianne et sa famille en Équateur parce que j’avais peur d’avoir trop chaud aux Galápagos!

Je craignais aussi, dois-je l’avouer, que l’Équateur me rappelle un peu trop le Pérou et la mésaventure que j’y ai vécue, qui m’a laissé un traumatisme assez durable.

Quelle erreur ç’aurait été!

Durant ces trois semaines, j’ai inlassablement joué dans les vagues du Pacifique avec une petite Layla complètement drôle et abandonnée (elle si timide et réservée d’habitude); j’ai fait du snorkel autant que j’ai pu, j’ai marché à des altitudes de 3500, voire 4000 mètres sans le moindre malaise. Mal nulle part (NULLE PART!), full énergie, joie et bonne humeur.

Or, hier, premier jour de mon retour à la maison, je me suis péniblement traînée jusqu’au supermarché, en boitant presque. Toutes les articulations dont j’avais oublié l’existence se sont brutalement rappelées à ma mémoire.

J’ai mal partout.

Je vais finir par croire que le climat du Québec ne me vaut rien et que je devrais passer mes hivers ailleurs.

Ça pourrait très bien être en Équateur, si ce c’était pas si loin. C’est un pays magnifique, riche de tout et d’abord de ses gens, pour ce que j’en ai vu: aimables, pacifiques, d’une gentillesse et d’une générosité extraordinaires.

Mais oui: pacifiques.

Ma très parisienne amie Michèle, au vu d’un article lu dans le quotidien Le Monde, me demande comment nous avons pu nous déplacer sans inquiétude malgré la violence qui semble régner là-bas.

Cette violence, bien réelle par ailleurs, ne m’a pas inquiétée une seule seconde parce que, comme le dit bien l’article cité ci-dessus, elle s’exerce surtout dans les prisons entre gangs rivaux, ou contre des politiciens en vue, et surtout sur la côte, dans les environs de Guayaquil, d’où partent les cargaisons de drogue pour les États-Unis et, éventuellement, le Canada. Je n’ai pas songé une seule seconde que j’aurais pu être victime de quoi que ce soit là-bas.

J’ai quand même remarqué que, en voiture, les gens ferment les fenêtres et verrouillent les portes quand ils circulent dans des zones plus peuplées, de peur de se faire attaquer et voler.

C’était un peu comme ça en Colombie, quand nous y sommes allés Pierre et moi, il y a plusieurs années: toutes les personnes à qui nous parlions nous mettaient en garde contre des dangers potentiels de leur propre pays, mais nous n’avons jamais senti le début du commencement d’une esquisse de menace de danger. Sauf une fois, assez terrible, et je crois voir que je n’ai jamais raconté cette histoire dans mon blogue.

Ce sera pour la prochaine fois.

D’ici là, amig@s, je vous embrasse et je me mets au lit.

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Cuicocha, Cotacachi, Quito… et la fin

Dimanche, donc, visite de la laguna de Cuicocha, un lac volcanique assez impressionnant qu’on atteint par un chemin presque confidentiel. Il y a là une jolie randonnée à faire, mais nous nous sommes contentés d’observer le paysage depuis le belvédère, et d’acheter quelques menus objets aux kiosques qui le bordent.

Je n’ai pas pu résister à un couple de poupées en costume traditionnel, non plus qu’à une paire de jolies espadrilles rouges cousues main — de vraies espadrilles en coton avec une semelle de corde, comme celles que portent les femmes ici et qu’on peut acheter en Espagne à un prix prohibitif.

Puis, visite de la petite ville de Cotacachi, adorable, bien plus plaisante et plus authentique qu’Otavalo. Hommes et femmes y portent fièrement les habits traditionnels, et c’est si beau que, pour un peu, j’en aurais pleuré.

Je suis également fascinée par l’architecture des maisons bourgeoises, directement inspirée de celle des riads qu’on voit au Maroc, et qui a voyagé jusqu’en Amérique via l’Espagne. Le fait que les Espagnols aient tenu mordicus à implanter partout ce modèle pourtant peu adapté au climat andin montre à quel point ils se croyaient chez eux.

Quito

Je confesse que j’ai eu du mal à aimer cette ville tentaculaire qui pue le gaz d’échappement et qui, mis à part le centro historico, est d’une laideur assez consternante malgré le paysage fabuleux au milieu duquel elle est nichée. Illustration saisissante des ravages de l’étalement urbain, des immeubles de béton sans âme, serrés les uns contre les autres, grimpent à l’assaut des montagnes environnantes comme une lèpre incurable. Il ne reste rien, dans ces quartiers, de la verdure qui tapisse encore les sommets de ces anciens volcans.

Il faut dire que j’étais assez malade depuis deux jours, probablement à cause d’une malheureuse cuisse de poulet mal cuite. Ça peut freiner l’enthousiasme, disons.

J’étais avec Amanda, la soeur d’Alejandro, qui connaît son Quito comme la paume de sa main et qui a eu la gentillesse de m’emmener en voiture.

Nous avons visité force églises et monastères, et, après une telle dose de Christs sanguinolents, de vierges éplorées, de pilastres rococo recouverts à la feuille d’or et de légendes de saints morts dans un tel état de grâce que leur corps échappe à la putréfaction (alors que le mien, bien vivant, semblait justement vouloir s’y abandonner), après, donc, une telle débauche de richesses et d’extravagances, j’en ai eu assez et j’ai crié grâce.

Aussi bien, il commençait à pleuvoir, comme souvent les fins d’après-midi dans la région andine.

Nous sommes donc rentrées à la maison, où Martha, avec son habituelle et inextinguible gentillesse, nous a servi à manger (riz et plantain pour moi vu mon état, ça m’a rappelé Haïti).

Maintenant, je suis vannée. Ma valise est faite, elle me promet de dépasser le poids maximum permis et je devrai donc payer un supplément. Si on me pesait avec elle, je suis certaine que ça rétablirait la moyenne, mais ce n’est pas encore dans les moeurs de Copa. J’imagine que ça viendra, tant cette compagnie lésine sur tout.

Dans le prochain billet, à la demande de mon amie Michelle, je parlerai un peu de sécurité.

D’ici là, buena noche a todos y todas!

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« Ley seca » et coupures de courant

La Ley seca, c’est une loi qui, en Équateur, interdit la vente et la consommation d’alcool 36 heures avant le jour d’un scrutin ou d’une consultation populaire. L’interdiction s’étend au jour du vote lui-même et se termine à midi le lendemain. Donc, en l’occurrence, elle dure depuis vendredi à midi et s’éteindra lundi à la même heure.

Le communiqué ci-dessus explique que la police exercera des contrôles accrus durant cette période et que toute personne qui se fait prendre à vendre, à distribuer ou à consommer de l’alcool se verra infliger une amende de 230$US, soit la moitié du salaire minimum, qui est de 460$ par mois.

Dura lex, sed lex, comme disait ce vieux Jules César (« la loi est dure, mais c’est la loi »). Ce qui est drôle, c’est que le mot sed, en espagnol, signifie « soif ».

Par ailleurs, il n’y a pas que la loi qui soit seca: les barrages hydroélectriques du pays le sont aussi. Résultat: le gouvernement a décrété des coupures de courant tournantes d’une durée qui semble fort aléatoire d’une région à l’autre.

Chez Julio et Martha, en banlieue de Quito, les feux se sont éteints à minuit le soir de notre retour des Galápagos pour se rallumer à 14h le lendemain.

Hier, nous sommes arrivés à 18h à notre auberge d’Otavalo, qui était privée de courant depuis 16h. L’électricité n’est revenue qu’à 9h ce matin, et on doit la perdre de nouveau ce soir à 21h*.

Comment voulez-vous fonctionner, comme aubergiste ou restaurateur?

Heureusement, il pleut comme vache qui pisse dans plusieurs régions de la Sierra, ce qui devrait rétablir un peu la situation (ou pas).

Otavalo

J’attendais beaucoup de notre visite dans cette ville autrefois petite, à quelque trois heures de route de Quito, dans une région majoritairement habitée par des Indígenas et des volcans endormis.

Il y a là un marché d’artisanat dont on dit le plus grand bien dans tous les guides.

Je voulais acheter un tissage, une écharpe, voire un poncho, en laine ou en alpaga.

Hélas, trois fois hélas, tous ou presque vendent la même camelote en acrylique probablement faite en Chine ou, au mieux, dans des ateliers de misère quelque part dans la Sierra, et plusieurs prétendent que c’est de l’alpaga. Il faut s’y connaître pour déceler la supercherie, évidemment, et je suppose que nombreux sont les Gringos qui se font avoir.

Je n’ai donc pas trouvé ce que je cherchais, mais j’ai quand même eu le plaisir de placoter un peu avec un artisan du nom de Santiago, une vraie belle âme, à qui je n’ai pu qu’acheter l’un des très jolis bijoux qu’il fabrique lui-même. Je regrette vraiment de ne pas avoir pris sa photo pour me souvenir de sa bonne et belle tête.

Quels que soient leurs arguments de vente, en tout cas, les gens ici sont toujours d’une gentillesse et d’une douceur infinies. Ça m’impressionne toujours.

Et puis ne me lasse pas d’observer la mise des femmes, leurs blouses brodées, leurs longues jupes de laine sombre, leurs ceintures tissées, leurs colliers multiples, leurs sourires souvent émaillés d’or.

Peguche

Nous sommes ensuite allés voir la chute de Peguche, à quelques minutes d’Otavalo. L’orage grondait dans un ciel presque violet au-dessus des montagnes, ça sentait l’eucalyptus et la chlorophylle, j’ai embrassé un arbre immense et nous sommes rentrés cahin-caha, secs comme la loi: l’orage a passé au loin.

Demain, visite de la laguna de Cuicocha, à une petite demi-heure d’Otavalo. On nous annonce le déluge, mais les prévisions météo, ici, tiennent rarement la route. Ce sont les montagnes qui décident!

* Il est 21h30 au moment où je publie ce billet, et l’électricité tient bon. Pourvu que ça dure jusqu’après le déjeuner…

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Plage, tortues géantes et encore les otaries

Aujourd’hui, dernier jour aux Galápagos (ce sera déjà hier pour bon nombre d’entre vous qui me lisez, puisqu’il est 21h ici, donc 23h au Québec et 5h du matin en France).

Bref, nous sommes arrivés lundi à l’île de San Cristóbal. Fredy, le chauffeur de taxi qui nous a emmenés à notre hôtel, s’est révélé un guide fantastique. Il connaît son île comme personne et il est intarissable à ce sujet. C’est comme ça que nous avons recouru à ses services aujourd’hui pour nous conduire à la superbe plage de Puerto Chino, avec arrêt à un (autre) centre d’élevage de tortues.

Mais ce centre-là nous a paru le plus intéressant des trois que nous avons vus, sans doute parce que ces bonnes vieilles bêtes y vivent en semi-liberté, dans un milieu plus « naturel » que dans les centres de Santa Cruz et d’Isabela.

Je crois d’ailleurs que l’île de San Cristóbal est ma préférée parmi les trois où nous avons posé le pied (je n’ose pas affirmer que nous les avons visitées, nous n’en avons vu qu’une infime partie).

Il faut dire que sa « capitale » (en fait la seule ville de l’île), Puerto Baquerizo Moreno (3500 habitants), est aussi le chef-lieu de la province des Galápagos. Elle a donc bénéficié d’importants investissements. On y trouve notamment un centre d’interprétation fort bien fait sur l’histoire de l’archipel, ses particularités et les efforts de conservation qu’on y déploie.

On dirait par ailleurs que le tourisme est moins envahissant ici qu’à Santa Cruz, mais ce n’est probablement qu’une question de temps.

Quant à la plage de Puerto Chino, sur la côte est de l’île, je ne saurais vous en dire assez de bien.

Vagues immenses, eau turquoise, sable blanc et fin comme farine, pierres noires tout autour…

* * *

Pour notre dernier souper aux Galápagos, nous avons dépensé en fous dans un resto branché: sushis et bol poké, fishburger pour les petites, bouteille de vin à 40$US (la moins chère), rien d’écuatorien là-dedans. Ça nous a changés des menus qu’on trouve partout à 6$US pour une soupe, un plat de viande ou de poisson inévitablement accompagné de riz et de patacones (des tranches de plantain frites), une micro-salade et un jus de fruit frais.

Nous avons encore ce soir passé un temps indéterminé à observer les comportements des otaries qui habitent sur la plage principale, en plein « centre-ville ».

Je dois dire que ces bêtes sont infiniment plus sympathiques et rigolotes quand on les voit seules dans l’eau qu’en groupe sur terre.

Sur terre, ça aboie, ça grogne, ça tousse comme de vieux fumeurs, ça éternue, ça pète, ça geint et ça bêle; les petits passent un temps infini à chercher leur mère, essaient d’en téter une au hasard et, quand ce n’est pas la bonne, celle-ci le chasse impitoyablement en grondant, toutes dents dehors. On ne voit par contre jamais une mère à la recherche de son petit.

VOYONS?!

Il paraît que la mère allaite le petit pendant 11, 12 mois, et que ce n’est qu’alors que ce dernier va apprendre à nager.

Durant tout ce temps, la mère peut partir de 12 à 72 heures à la recherche de nourriture, et le bébé reste là, sur la plage, à l’attendre.

En tout cas.

On part demain pour Quito, adiós Galápagos.

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Nouveaux amis

Nous sommes arrivés à San Cristóbal aujourd’hui après deux heures de bateau depuis l’île de Santa Crúz. Ce matin, les autres sont allés à la plage de Tortuga Bay, mais j’ai eu la flemme de marcher jusque là-bas. Alors je suis retournée à la petite plage où j’étais allée hier. Voici les nouveaux amis que je m’y suis faits.

Un crabe qui joue à cache-cache
Bien camouflé (ou presque)
Les deux ensemble
Colonie d’otaries à l’île San Cristóbal
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À Santa Crúz

Nous avons pris le bateau hier à 15h, dans une cohue assez folle. Je n’ose pas imaginer ce que ça peut être en haute saison.

Je l’ai dit dans mon billet précédent, je le répète: le pire ennemi des Galápagos est l’homme.

Mais j’ai eu aujourd’hui une conversation assez intéressante avec un quidam rencontré sur une petite plage où je m’étais arrêtée après ma visite de la Station Charles Darwin.

Le gars, qui est un authentique hippie équatorien, me disait que oui, bien sûr, les humains ont apporté aux Galápagos des fourmis, des chèvres, des rats, des ci et des ça, mais est-ce que les humains ne font pas partie de l’évolution des espèces?

Là, me dit-il, on est en train d’essayer de réparer ce que l’arrivée des humains a causé comme dommages. Idéalement, on devrait bannir les humains de l’archipel. Mais en même temps, on les emmène par milliers pour venir voir ce qui est en train de mourir à cause de leur propre présence.

On a parlé comme ça lui et moi pendant une bonne heure.

Et puis quand mon maillot (que j’avais apporté au cazoù) a été sec, j’ai remis ma p’tite robe et mon chapeau, je lui ai dit adios et je suis rentrée bien tranquillement, à pied, dans cette chaleur de four à pain que je croyais ne plus jamais pouvoir supporter.

Dire que j’ai failli refuser de venir ici parce que j’avais peur de souffrir de la chaleur!

* * *

On a soupé hier dans un resto dégueulasse. Marianne et Layla ont été malades toute la journée.

On espère que tout le monde ira mieux demain.

Moi, j’ai rien.

Juste de la joie dans mon coeur.

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Adios Isabela

On quitte l’île d’Isabela demain, direction Santa Cruz, l’île où tout le monde atterrit, la plus peuplée, celle où on ne fait que passer. Nous ferons de même, puisque nous n’y séjournerons que deux nuits.

Mon Lonely Planet me dit qu’on a tort, et je veux bien le croire, sauf qu’on ne peut pas tout faire en 10 jours.

Après Santa Cruz, nous irons donc passer trois ou quatre jours dans l’île de San Cristóbal, d’où nous reprendrons l’avion pour Quito.

Isabela nous a comblés. Cherchez un endroit au monde où, au cours d’une simple baignade, vous pouvez vous retrouver soudain entouré d’une trentaine de manchots qui ont décidé que c’était l’heure du dîner, et qui vous frôlent et vous passent parfois même entre les jambes dans leur course aux petits poissons, tandis que les pélicans font des piqués du haut des airs.

Ce matin, j’ai été rattrapée dans mon innocente excursion en tuba par une tortue marine, qui m’a doublée sur ma droite de si près que j’aurais pu la prendre par le cou pour lui faire un bisou (mais j’ai pas osé).

Une otarie est aussi venue faire sa fraîche tout près de moi. « Regarde comme je suis habile et toi pataude, hein? Tu viendras encore te moquer de moi et de ma façon de me déplacer sur terre? »

Et elle se tourne et se retourne, me montre son joli ventre, fait la torpille et revient au bout d’une élégante ellipse me narguer encore avec ses moustaches de vieux monsieur.

Dans ces formations volcaniques labyrinthiques, j’ai pu observer une dizaine de requins qui faisaient la sieste sous une anfractuosité de pierre de lave, et trois malheureux hippocampes accrochés à une racine de mangrove — je dis malheureux parce qu’ils ne sont qu’eux trois et que tous les guides savent où ils se trouvent. Pas moyen d’avoir la paix.

Car en effet — et qui s’en étonnera? —, le pire ennemi des îles Galápagos et des espèces qui y (sur)vivent, comme d’habitude, c’est l’homme. On déploie maintenant des efforts inouïs pour rétablir les populations de tortues terrestres, qui sont menacées par les chiens, les chèvres, les ânes, les rats et les fourmis, toutes des bestioles qui ont été amenées dans l’île par le pire prédateur que la Terre ait connu.

Ça donne à réfléchir.

D’aucuns pourront dire que le tourisme contribue à ce fiasco en persistant à prendre l’avion alors que tout nous hurle qu’il faudrait cesser. C’est vrai. Je plaide coupable, votre honneur.

Mais il y a des facteurs atténuants. Je voyage modestement, je dépense mon argent dans des commerces locaux qui en ont bien besoin au lieu d’hôtels et de croisières de luxe…

Jugez-moi si vous voulez.

* * *

Maintenant, quelques infos pratiques au sujet des îles (ou en tout cas d’Isabela):

— Tout coûte beaucoup plus cher que sur le continent, pour la raison bien simple que tout doit arriver ici par avion ou par bateau.

— Pratiquement aucun commerce — ni agence de tourisme, ni hôtel, ni resto, ni épicerie, ni même les agences gouvernementales qui perçoivent les taxes portuaires ou de séjour— n’accepte les cartes de crédit, et le seul guichet automatique de Puerto Villamil ne permet que des retraits de 200$ à la fois, tout en facturant au passage des frais de 4,60$US. Apportez du cash!

— Les tarifs des taxis, du moins pour les courtes distances, sont souvent calculés par personne (bizarre, mais c’est comme ça). Une course jusqu’au centre de conservation de tortues géantes (2km, ou 5 minutes) nous a coûté 5$ alors qu’un chauffeur nous en a demandé autant pour nous emmener du port à notre hôtel (1km) et qu’Alejandro a payé 1$ pour la même course. Demandez le tarif avant d’embarquer, comme ça, vous saurez à quoi vous en tenir.

— Oui, on prend des taxis pour faire 1 ou 2 km, parce qu’il fait terriblement chaud et que le soleil tape d’une manière inimaginable. J’ai lu quelque part que l’indice UV ici peut atteindre 12. Apportez des vêtements longs — aucune crème solaire ne peut vous protéger adéquatement contre ça — ou oubliez toute activité extérieure le moindrement exigeante entre 10h et 15h, ou les deux.

— Essayez le pain aux bananes de la pâtisserie-boulangerie Espiga Dorada, c’est une tuerie.

— Il y a un petit marché public dans le centre, mais arrivez de bonne heure si vous voulez des fruits frais. Les hôtels et les restos raflent tout aux aurores. Sinon, vous trouverez aisément des bananes et des papayes un peu partout.

— La consigne sur les bouteilles de bière est de 1$. Gardez votre coupon-caisse pour rapporter les vides et récupérer vos sous. Mine de rien, à 5$ la grande Pilsener, ça monte vite (elle coûte 1,50$US à Quito!).

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Iguanes, manchots et otaries

Mes amis, je ne sais pas comment je vais faire pour passer 10 jours ici.

J’ai un coup de soleil sur les mains. Sur les mains, voyons! Quelle traîtrise! Cinq minutes au soleil sans protection, te voilà cuit comme un poulet à la broche.

Pas moyen de marcher sans buter sur un iguane. Les otaries squattent les plages et les bancs, les manchots et les pélicans nous tournent autour quand on veut juste se baigner tranquillement…

Comment voulez-vous qu’on se repose?

J’ai même vu une tortue marine, à quelques mètres de moi, sortir sa vieille tête préhistorique hors de l’eau comme pour se repérer avant de continuer sa route.

Mais bon, il y a des consolations: j’ai nagé avec la petite Emilia, qui se lâchait, paraît-il, pour la première fois sans qu’on la tienne, et surtout sans sa maman. Il s’agit d’un véritable exploit! Et puis j’ai longuement joué dans les vagues avec l’infatigable Layla. Nous avons désormais une nomenclature exclusive pour désigner les vagues — les « oles », de l’espagnol ola. Il y a les oles folles et les oles molles. Une douce ole devient une boussole, et si une olette nous frôle, elle devient omelette.

Grosse journée.

Dire que ça recommence demain…