Avatar de Inconnu

Dans la mangrove

Ce matin, lever à 5h pour faire un tour dans la réserve de la biosphère de Celestún, célèbre notamment pour sa colonie de flamants roses.

On m’avait proposé kayak ou canoë, j’ai choisi canoë parce que je suis meilleure pour avironner que pour pagayer.

Il se trouve que les canoës sont en vérité ce qu’on appelle chez nous des chaloupes, et qu’il n’était pas question que j’avironne: mon guide, Ángel, manoeuvrait cette lourde embarcation debout à l’arrière à l’aide d’une perche alors que, telle une Meryl Streep déguisée en exploratrice dans Out of Africa, j’ai dû me contenter de m’asseoir en avant avec mes jumelles et mon émerveillement*.

Eussé-je su que j’eusse choisi le kayak, mais peut-être pas non plus parce que ça me fait trop mal au dos.

En tout cas. Suis-je en train de me plaindre? Pantoute.

On a donc quitté le quai alors qu’il faisait encore nuit, dans le silence et la magie, pour nous faufiler dans ces canaux pleins de mystères. Mon guide, patient comme l’ange dont il porte si bien nom et doté d’un oeil de lynx, m’a fait voir des oiseaux dissimulés dans les branches, une maman crocodile que je n’aurais jamais pu distinguer (c’est pourquoi il n’y a que le papa sur la photo), même une petite raie manta camouflée dans 10 cm d’eau, et il a répondu à toutes mes questions, et j’avoue que je n’en suis pas encore tout à fait revenue.

Évidemment, l’apothéose, c’est la vision des flamants roses (apothérose?), qui en cette saison n’étaient pas si nombreux (il paraît qu’ils se rassemblent ici par milliers), mais j’en ai tout de même eu plein les yeux.

Cette mangrove est en soi un véritable miracle parce que, il y a 10 ans à peine, presque rien n’en subsistait. Elle a été recréée à force de travail et de conviction par des passionnés. Comme quoi l’humain est capable du meilleur comme du pire.

Parlant du pire, je passe sur la plage plus de temps à ramasser des déchets de plastique qu’à cueillir des coquillages, et ça me brise le coeur. Mon amie Michelle me dit que c’est peine perdue, et je sais qu’elle a raison, mais c’est plus fort que moi: vais-je laisser ce gobelet de plastique s’envoler vers la mer quand je n’ai qu’à me pencher pour le ramasser? Ce noeud de fil à pêche? Cette corde de nylon?

Il y a encore beaucoup de travail d’éducation à faire ici, mes amis. Hier dimanche, seul jour de congé pour la plupart des travailleurs et travailleuses, de nombreuses familles étaient réunies dans les petits bouibouis de plage. Vous dire dans quel état celle qui festoyait à côté de nous a laissé les lieux… Ça ne m’entre pas dans la tête.

Enfin.

Comme je me suis levée aux aurores ce matin, estoy agotada y voy a accostarme. Je vous salue sur ces images du coucher de soleil de ce soir.

*Pour cette excursion, j’ai recouru aux services des Guardianes de las manglares Dzinitùn, une coopérative d’une trentaine de membres qui se dévouent pour la protection de ce milieu. Je ne saurais trop les recommander.

Avatar de Inconnu

Il fallait bien m’y résoudre…

… Alors je viens d’acheter mon billet de retour.

Ce sera donc le 18 mars, au départ de Mérida. Je l’ai pris le plus tard possible compte tenu du fait que j’ai une soirée au théâtre avec mon fils le 27, ce que je ne raterais pour rien au monde. On va voir Macbeth au Diamant. Remarquez, on irait à un spectacle de marionnettes, ce serait tout aussi important pour moi.

Ça me laisse quand même plus de trois semaines para disfrutar, et cette date de retour est bien la seule chose qui soit vraiment décidée à ce jour, mis à part le fait que je vais rester à Celestún jusqu’au 8 mars. Après, je verrai bien. Peut-être que, si je me sens vaillante, je pousserai jusqu’à Valladolid. Il paraît que c’est très joli.

Mais pour l’heure, Celestún me comble et je n’éprouve nul besoin d’aller ailleurs.

Cancún? Playa del Carmen? Bleeehhh.

Même Cozumel, où je pensais aller faire un peu de snorkel, ne me dit plus rien.

Ici, presque zéro touriste (mais un nombre incalculable de chiens errants – que voulez-vous, rien n’est parfait).

On voit chaque les pêcheurs partir de la plage dans leurs barques toutes rafistolées. Ça veut dire: poisson frais en perspective.

J’ai d’ailleurs mangé le meilleur ceviche de ma vie les pieds dans le sable, sous les palapas du petit resto qui se trouve juste au bout de ma rue. Ce ceviche était si frais et si énorme qu’il m’aura fait quatre repas.

Je me suis fait une amie de la seule autre cliente de la maison où je loge, une femme de Timmins (Ontario) qui a des histoires de fou à raconter, et nous passons dans nos conversations du français à l’anglais à l’espagnol sans trop de courts-circuits. Ça m’amuse follement.

Nous sommes allées ce midi au marché, pour acheter des mangues, des avocats, des tomates, des oeufs, bref, de quoi nous sustenter un tantinet.

Elle mange aussi peu que moi. Nous nous sommes mises d’accord pour dire qu’un régime de ceviches et de guacamole pourrait tout à fait nous contenter durant des semaines (avec quelques bananes et des arachides à l’occasion.

Je suis cuite, ma peau me remercie de ce traitement, et le la remercie de me l’avoir imposé.

Buena noche a todos. Mas imágenes pronto.

Avatar de Inconnu

Adios Mérida

Finalement, j’en aurai fait le tour assez vite.

C’est une ville calme, sage, facile à vivre et à comprendre, un peu désincarnée, même. Les musées qu’on y trouve se visitent en quelques minutes – sauf peut-être cette petite expo temporaire d’une dizaine d’oeuvres sculptées dans du bois de figuier, à la Casa Montejo, qui m’a complètement fascinée. Les sites des musées semblent tous hors service, et je n’ai pas eu l’intelligence de prendre des notes, alors on essaiera plus tard de trouver les noms des auteurs de ces oeuvres (je sais que c’est un couple, c’est tout).

J’ai fait aujourd’hui ce que je considère comme un devoir quand j’arrive dans une ville, parce que c’est quand même toujours instructif: un tour en bus à impériale ou non, ou en bateau quand ça existe, bref, un tour de ville.

En l’occurrence, ça m’a démontré que j’avais parcouru à pied l’essentiel de ce qu’il y a à voir à Mérida. Le reste est à vivre: les marchés de quartier, les bouibouis presque clandestins où l’on mange essentiellement la même chose que dans les restos chics mais pour 10 fois moins cher, le quartier du terminus d’autocars, qui grouille de vie et de petits stands où l’on trouve de tout.

Je suis allée manger hier soir au Gran Santiago, un bar-resto non loin de mon logement, dans un quartier quand même un peu excentré. Ben maudit, j’ai passé la soirée à parler anglais avec ma voisine de bar, d’origine portoricaine mais qui vit à New York depuis des décennies et qui ne parle plus espagnol. ¡Qué pena!

Bon, la soirée, c’est beaucoup dire, je n’ai pas veillé tard. J’étais agotada (épuisée) pour m’être levée aux aurores (en espagnol, on dit madrugar, j’adore qu’il y ait un verbe juste pour ça) afin de visiter les ruines d’Uxmal et deux cenotes. Je dois être blasée, mais je ne garderai pas de cela un souvenir impérissable (d’où ces photos fort peu inspirées), mis à part Alya, une jeune Tunisienne qui participait à l’excursion et avec qui je me suis vraiment bien entendue.

Je pars donc demain pour Celestún, où j’entends m’incruster pendant une dizaine de jours dans un hébergement familial qui me semble tout à fait sympathique et dont les hôtes ne parlent qu’espagnol, gracias a Díos. Je ne bronzerai donc pas complètement idiot (oui, au masculin, parce que «idiot» est ici considéré comme un adverbe, vous me remercierez plus tard).

En attendant, je niaise au bord de la piscine de mon petit hôtel en éclusant une couple de Modelos Negras. Y a pire.

Quelques constats

– Les Mexicains sont toujours d’une telle gentillesse que, quand on tombe sur un air bête, on se trouve tout déstabilisé. Ainsi cette dame à la boulangerie, hier soir, qui m’a traitée comme un chien de ruelle alors que je voulais juste savoir s’il y avait du pan salado (c’est-à-dire pas sucré). Y en avait pas.

Je suis sortie de là en ruminant ma revanche. Durant les 20 minutes de marche qui me séparaient de mon hôtel, j’ai mis au point la phrase qui tue, que je ne manquerai pas de dégainer comme un sabre la prochaine fois: «¿Señora, está usted de buen humor? Si es, su cara no lo sabe.» (Traduction libre de: «Madame, êtes-vous de bonne humeur? Parce que, si oui, votre face n’est pas au courant.»)

– J’ignore comment le pays se débrouille dans la gestion des déchets, mais avec 132 millions d’habitants et zéro plan, ça ne peut qu’aller mal: pas de recyclage, ni de récupération, ni de compostage ici. Le plastique est roi partout (les pailles t’arrivent même dans une enveloppe individuelle de plastique, laquelle va nécessairement s’envoler dans la nature au premier souffle de vent). Les deux canettes de bière que je viens d’acheter, 100% aluminium (c’est écrit dessus, avec aussi des mises en garde sur les dangers de l’alcool), ces canettes, donc, iront directement à la poubelle. Ça fait mal au coeur.

– Je plains les végétariens qui espèrent s’alimenter à leur goût sans le secours des restos pour touristes ou hors hôtels tout-inclus: les Mexicains sont des carnivores assumés, et je dois reconnaître que quand on tombe sur un taco de lechón (cochon de lait) bien fait, il y a de quoi se réjouir. C’est d’ailleurs ce que je m’en vais déguster pas plus tard que dès maintenant, au petit marché du Parque Santiago, à quelques cuadras d’ici. Bonus: c’est le soir de la fiesta dans ce parc, danse et musique au programme, como de costumbre.

¡Hasta luego!

DERNIÈRE HEURE: J’avais tout faux, la fiesta était au parque Santa Lucia, bien trop loin de chez moi. J’ai quand même très bien mangé dans un vrai resto, le Johannes. L’aimable Damian m’a servi un excellent plat de poisson grillé accompagné d’une réjouissante abondance de petits légumes sautés au beurre et de deux verres de vin blanc (du VIN! Rarissime au Mexique), le tout pour 42$, pourboire compris.

Avatar de Inconnu

Fiesta à Mérida

Ballet folklorique de Mérida

Hier, comme tous les lundis sur la grand-place de Mérida, c’était la Vaquería, une fête qui réunit danses traditionnelles et déclamations héroïques à la gloire du Yucatán.

Ça m’a rappelé mes jeunes années, aux temps glorieux où j’étais danseuse étoile dans la célèbre troupe folklorique Les Farandoles, à Chicouticou.

Bon, danseuse étoile…

En tout cas. J’ai eu mal aux muscles de la face à force de sourire de ravissement. Que voulez-vous, moi, ces choses-là m’enchantent.

Après, je me suis offert une marquesita, une sorte de crêpe très fine et croustillante (on dirait l’ancêtre des cornets sucrés qu’on a chez nous), que l’on farcit traditionnellement d’edam (qu’on appelle ici queso de bolla, soit «fromage en boule»). importé directement des Pays-Bas. C’est une bizarrerie que je ne m’explique pas.

Avec le temps, des garnitures se sont ajoutées – bananes, fraises, Nutella, lait condensé sucré (lechera), confiture, crème fraîche, fromage Philadephia… J’ai tenté le tout pour le tout et j’ai essayé fraise-edam (le plus loin que je pusse aller).

Ça se mange, mais je maintiens que c’est bizarre. Prochaine fois, fraise-banane-Nutella, mais pas d’edam.

Juste avant la fiesta, j’avais grimpé un escalier louche qui mène à un resto où ne vont que les locaux, justement parce que, aux yeux du touriste lambda, il passe complètement inaperçu. Il faut vraiment savoir que ça existe, mais vous me connaissez, moi l’exploratrice qui ne recule devant rien (même pas devant de l’edam dans une crêpe aux fraises), je n’ai écouté que mon instinct. Bien m’en prit!

J’ai mangé là un guacamole impeccable, servi avec amabilité par Victor, qui m’a presque demandée en mariage. Ils me font toujours rire, ceux-là.

Et aujourd’hui mardi, j’ai flâné au hasard des rues, et je me suis retrouvée dans un bazar où j’ai décidé de me faire manucurer (pour 180 pesos, une misère). Au stand à côté du mien, il y avait ce garçon qui se faisait faire les ongles les plus extravagants que j’aie vus de ma vie. C’était beau à voir!

Voilà, je vous laisse avec des images en vrac de mon vagabondage du jour. Demain, visite des ruines d’Uxmal (prononcer «ouchmal») et de deux ou trois cenotes.

Avatar de Inconnu

Ça chauffe au Mexique

Et ce n’est pas une question de climat. Vous avez sans doute vu les troubles qui agitent Puerto Vallarta ainsi que tout l’État du Jalisco et même celui du Campeche. Or, ça brasse aussi du côté du Yucatán. La route de Mérida à Cancún a été fermée aujourd’hui à la suite de l’incendie de trois véhicules; deux dépanneurs de la chaîne OXXO ont été incendiés à Tulúm et un autre incendie a été allumé dans un immeuble en construction près de la gare du fameux Tren Maya, à Playa del Carmen.

On verra si ça se rend jusqu’à Mérida – à ce stade, tout est possible. Mais si je dois rester prise dans une ville, autant que ce soit ici. Excusez le cliché, mais je suis amoureuse. Ça m’est tombé dessus dès que j’ai mis le pied dans «ma» rue pour me rendre au Zócalo.

Il est vrai que j’ai toujours (presque) tout aimé de ce pays. Les sons, les couleurs, les gens, l’architecture, les contrastes, la nourriture…

Bref, je Je suis arrivée à Mérida sous une pluie battante, chose très inhabituelle en cette saison. Encore tout à l’heure, alors que je baguenaudais émerveillée sur la grand-place, j’ai eu tout juste le temps de trotter jusqu’à la cathédrale avant que l’orage n’éclate. J’en ai profité pour, une fois de plus, m’étonner et m’émouvoir de la piété des Mexicains. Et pour sacrer un bon coup après les estie de curés, qui, pendant que les Mayas crevaient de faim, n’ont rien trouvé de mieux à faire que de bâtir cette cathédrale, monument à l’orgueil et à l’indifférence.

En chemin vers le Zócalo, j’ai fait halte au dernier bouiboui encore ouvert du marché de «mon» quartier, où j’ai commandé deux tacos de trop. Un seul aurait suffi, j’aurais dû le savoir, moi et mon appétit d’oiseau… C’est que les tacos, ici, ne sont pas faits pour les femmelettes. Rien à voir avec ceux qu’on nous sert chez nous, qui s’avalent en deux bouchées. Je saurai pour la prochaine fois.

Beaucoup trop de tacos!

Je vous écris dans la cour intérieure de mon petit hôtel, un endroit incroyablement harmonieux où règne le chat Kiko, dont j’espère bien conquérir le coeur.

Demain, visite de la ville avec un guide de l’organisme Free Tour. Deux heures, en espagnol, sur le thème Diálogo entre el mundo maya y la ciudad colonial.

Ça promet.

En attendant, quelques images, pour que vous compreniez pourquoi je suis tombée amoureuse.

Alors on danse!
Un dimanche sur le Zócalo
Avatar de Inconnu

Progreso, Progreso…

Je suis arrivée ici jeudi avec en tête l’idée de me poser pendant une semaine, bien tranquille, pour profiter du soleil et de la mer avant de retourner à Mérida, une ville qui me tente depuis longtemps, et de poursuivre ensuite ma cure de soleil sur une autre plage.

Pourquoi Progreso? Allez savoir. Il y a d’autres villes en bord de mer non loin de Mérida. Mais celle-là est la plus proche, et j’avais jeté mon dévolu sur un petit hôtel bien sympa.

Si j’avais le moindrement poussé mes recherches au lieu de me fier à mes vieux fantasmes, j’aurais su que Progreso est le port par lequel transitent tous les conteneurs à destination du Yucatan, du Campeche et du Quintana Roo. En outre, des navires de croisière y déversent des centaines de touristes chaque jour au bout de ce qui serait la plus longue jetée au monde.

Il paraît que, en juillet et août, la plage fourmille de milliers de personnes.

Bon, ce moment, ça va, nous sommes hors saison, il y a de l’espace en masse, les gens sont aimables, la mer est belle et bonne, mais c’est quand même un peu triste de voir ce qu’on est en train de faire à cette petite ville. D’abord, la plage, en certains endroits, a pratiquement disparu, emportée par l’érosion due à la hausse du niveau de la mer (c’est du moins ce que m’a expliqué un lifeguard désoeuvré à qui j’ai posé la question).

On essaie de la rétablir à grands renforts de voyages de sable, mais je pense que c’est peine perdue. Donc il y a ça.

Il y a aussi le long de ce qu’il reste de plage des restos péteux qui te servent un dé à coudre de vin blanc bon marché pour 180 pesos (13$).

C’est ridicule.

Il faut savoir que, comme il n’y a aucune ombre sur la plage, on a quatre possibilités:

1. S’installer au grand soleil et rôtir comme un lechón a la parilla;

2. Apporter sa chaise et son parasol;

3. Louer une chaise et un parasol à la journée (300 pesos, soit environ 22$);

4. Trouver un resto qui a des tables et des parasols, où l’on peut passer tout le temps qu’on veut pourvu qu’on commande quelque chose.

Mon quartier général

J’ai bien sûr choisi la dernière option, puisqu’il faut bien manger et que c’est pas vrai que je vais me mettre à cuisiner mes soupers à l’hostal, où je n’ai jamais vu un chat et d’où on ne voit pas la mer.

Ça fait que je me suis échouée le premier jour à l’un des plus anciens restos de l’endroit, La Carabela. Ai-je bien fait!

La serveuse qui m’a accueillie a les cheveux coupés en brosse, des tatouages louches jusque dans le cou et un anneau dans le nez – pas un genre courant au Mexique, disons. Une soie, avec un sourire lumineux et un regard d’une rare intensité, je l’ai aimée tout de suite.

J’ai donc établi mon quartier général à La Carabela. À force, on a eu le temps de bavarder un peu – les questions habituelles, du moins de ma part: d’où viens-tu, aimes-tu ton travail, ce genre de chose.

J’ai appris que Bianca travaillait à ce resto depuis une semaine seulement, qu’elle venait de rentrer à Progreso (où elle est née) et que, avant, elle était dans une alberga à Campeche.

Une alberga, dans mon esprit, c’est une auberge, alors je lui ai demandé candidement quel était son travail là-bas. Mais elle m’a expliqué qu’une alberga, en l’occurrence, c’est un centre de réadaptation, où elle avait passé 10 mois après des années d’errance et de dépendances diverses.

À 27 ans.

Je ne l’en ai aimée que davantage. De la voir bosser comme ça, forte, debout, vaillante, ouverte, déterminée… Une guerrière. Une douce guerrière.

Alors ce soir, je lui ai fait mes adieux avec beaucoup d’affection, une propina juste pour elle et une accolade qu’elle m’a bien rendue.

Parce que, finalement, je ne resterai pas à Progreso. Je m’en vais demain à Mérida, d’où partent la plupart des excursions de groupe dans la région. J’ai besoin de compagnie.

Je vous laisse avec la chansonnette du marchand de pain ambulant, à qui je n’ai pas manqué d’acheter una barra (une baguette) et quelques pâtisseries.

Avatar de Inconnu

Un aller simple

Mon petit bagage format cabine est presque prêt.

Je ne peux m’empêcher de voir ma Sissi lovée dedans comme elle le faisait toujours, avec son air de reproche: «Tu t’en vas?»

Eh oui, ma reine, je pars.

Mais puisque tu es toi-même partie pour toujours et que tu ne m’attendras plus, j’ai pris cette fois un aller simple. Je reviendrai quand j’en aurai assez, dans deux semaines ou dans deux mois.

Je m’envole donc jeudi aux aurores pour Mérida, au Mexique, d’où je sauterai illico dans un taxi pour Progreso, au bord de la mer. J’ai un urgent besoin d’une méga dose de soleil et d’eau salée, pour soigner ma vieille peau envahie par un eczéma dont rien ne vient à bout mais qui me met à bout (et même à bouillir).

Je visiterai Mérida après.

Avec le temps et l’expérience, je sais depuis longtemps ce que je veux mettre dans mon bagage: mes deux maillots de bain, un paréo, deux robes increvables qui me suivent depuis plus de 20 ans, deux pantalons légers (un presque chic, un pas chic pantoute) un short, une chemise de lin à manches longues, deux ou trois T-shirts, mon petit sac de couchage en soie et ma lampe de poche à manivelle (on ne sait jamais), ma serviette en microfibre, et une adorable nouvelle paire de sandales Crocs hyperconfos avec des brillants.

J’ajoute mes palmes et mon tuba, bien sûr – oui, ça tient dans mon bagage de cabine, je les ai achetés pour ça.

J’ai l’air de me vanter, mais c’est facile de voyager léger quand on ne veut que flâner au bord de la mer, lire, manger, traîner dans les marchés publics et parler un mauvais espagnol en espérant l’améliorer.

Je craignais d’être devenue trop presbyte pour déchiffrer mon micro-dictionnaire (ma lecture de plage préférée), mais ça va encore, ô joie.

Sinon, j’ai mes deux liseuses (la Kobo et la Kindle), et j’aurai le bonheur de réviser bénévolement un court mais excellent roman d’un auteur que j’aime beaucoup – un vrai cadeau pour moi.

Voilà qui occupera les heures les plus chaudes de la journée, parce que j’ai enfin compris que personne de sensé ne sort sous ces cieux entre 11h et 15h à moins d’absolue nécessité, et surtout pas moi, aussi insensée suis-je (vous essaierez de répéter ça avec une couple de margaritas dans le corps, mais c’est encore une chose que je ne ferai pas).

Sur ce, amigos y amigas, ¡hasta pronto!

Avatar de Inconnu

Adieu ma Sissi

Elle ne me fera plus la conversation.

Elle ne viendra plus se poser près de moi à exactement un bras de distance, ses petites pattes blanches repliées sous elle, les yeux mi-clos, sublime incarnation de féline félicité.

Je ne la verrai plus, aplatie dans le gazon comme une résistante qui se prépare à faire sauter la limousine d’un dictateur, en train de se faire accroire qu’elle pourrait capturer un écureuil.

Je n’entendrai plus sa clochette tintinnabuler quand elle accourait au son des croquettes qui tombaient dans la gamelle.

Elle a mangé son dernier mulot l’automne dernier – un minuscule souriceau pas plus gros que mon pouce.

C’était juste après le chaos qui avait bouleversé tout notre environnement, à cause de travaux que j’ai dû entreprendre bien malgré moi et qui m’ont obligée à virer la maison sens dessus dessous.

La pauvre Sissi ne reconnaissait plus rien, elle errait à travers les pièces en miaulant de toute sa petite âme.

Je ne me suis aperçue que quand nous eûmes été relogées en attendant la fin des travaux qu’elle souffrait de diarrhée (humiliation ultime pour n’importe quel chat, imaginez pour une impératrice).

J’espérais que, en regagnant peinardes nos pénates, elle retrouverait la paix de l’esprit et du corps.

C’est pourquoi, quand elle a capturé et croqué ce mini-mulot (ou était-ce une musaraigne?), mon coeur s’est quelque peu réjoui de voir que l’impératrice avait recouvré ses facultés.

Mais je m’illusionnais.

Elle s’est mise à perdre du poids, beaucoup trop de poids. Et la diarrhée a empiré.

Je vous résume la suite: visites chez la vétérinaire, analyses de sang, de selles, d’urine, antibiotiques (trois sortes), antiémétique, légère amélioration, nouvelle baisse de tonus, nouveaux médicaments…

Et toujours cette diarrhée littéralement explosive, qui la faisait miauler désespérément au moment de devoir s’y soumettre.

À la fin, elle ne mangeait plus que si je m’asseyais à côté d’elle pour lui donner des croquettes une à une.

J’ai essayé trois ou quatre sortes de croquettes, plusieurs poudres de perlimpinpin pré ou probiotiques, les pâtées les plus fancy, le meilleur thon en conserve, la nourriture crue pour chats, le poulet bouilli, l’huile de saumon sur les croquettes…

Rien. Elle ne voulait rien.

Avant-hier seulement, elle a mangé du thon cru avec ce qui m’a semblé un peu d’appétit. Mais déjà, depuis quelques jours, elle ne sortait plus de «sa» chambre que pour parcourir la maison en miaulant jusqu’au moment fatidique de devoir aller à la litière, puis retourner se lover sur son coussin jusqu’à la crampe suivante.

Alors ce matin, j’ai pris mon courage à deux mains et mon téléphone de l’autre pour appeler la clinique. J’ai mis Sissi dans son panier de transport. Elle a miaulé sur un ton que je n’avais jamais entendu auparavant, qui m’a crevé le coeur. Puis elle s’est tue.

Je n’ai jamais conduit aussi lentement de ma vie. Tous les stops religieusement exécutés, les feux jaunes anticipés un coin d’avance, le passage cédé aux piétons même pas engagés. Je n’ai pas arrêté de parler à Sa Majesté, pour lui dire à quel point je l’aimais, que tout irait bien, que ça ne ferait pas mal et qu’elle avait fini de souffrir.

C’était aussi pour m’en convaincre, je suppose.

Je me suis garée, j’ai pris tout mon temps pour payer ma place de stationnement avant de nous extirper de la voiture.

Il faisait 15 en dessous de zéro, avec un vent aigre qui gelait mes larmes sur mes cils.

J’ai traversé la rue, j’ai poussé la porte de la clinique. On nous attendait.

Ma douce guerrière a résisté à la sédation aussi longtemps qu’elle a pu. Dans son petit corps amaigri, la dose aurait dû agir en quelques minutes, mais la vigilance dont elle a dû faire preuve dès les premiers instants de sa vie est aussi ce qui l’a quittée en dernier.

La technicienne a enfin pu raser doucement sa petite patte. Elle a dû chercher un moment pour trouver la minuscule veine où instiller le dernier médicament.

Et voilà, c’était fini.

J’ai beaucoup pleuré et je pleure encore.

Je sais bien qu’il y a des choses infiniment plus tristes et plus graves que la mort d’une chatte qui a d’ailleurs eu une très belle vie, mais là, je me donne le droit d’avoir de la peine juste pour ça.

De retour bientôt à notre programmation habituelle.

Avatar de Inconnu

Dans mon pays

NDLR: Ceuzécelles qui voient mes publications sur Facebook me pardonneront de me répéter ici.

***

Je viens de passer une semaine dans « mon pays », c’est-à-dire ma région natale, au Saguenay.

Plus précisément « drette » au bord du Saguenay, ou plutôt d’une baie profonde de 11 kilomètres, au plus près de l’eau.

Ici, bien qu’on soit à au moins 500 km de la « vraie » mer, l’eau est encore salée et on attend les marées favorables pour se baigner dans ces eaux mystérieuses et la plupart du temps glaciales.

À marée basse, quand tout est calme, la brise nous amène un doux et subtil parfum d’iode. Le soleil couchant se fend chaque soir d’un spectacle différent — je ne crois pas avoir jamais attendu la brunante avec autant de joie anticipée.

J’ai passé la semaine en contemplation devant ce ciel infini, toujours changeant, et à observer de tout près les merveilles que nous ont laissées les glaciers en se retirant de notre coin de planète.

Ce sera tout.

Avatar de Inconnu

Épilogue

Dire que j’ai failli refuser d’accompagner ma chère amie Marianne et sa famille en Équateur parce que j’avais peur d’avoir trop chaud aux Galápagos!

Je craignais aussi, dois-je l’avouer, que l’Équateur me rappelle un peu trop le Pérou et la mésaventure que j’y ai vécue, qui m’a laissé un traumatisme assez durable.

Quelle erreur ç’aurait été!

Durant ces trois semaines, j’ai inlassablement joué dans les vagues du Pacifique avec une petite Layla complètement drôle et abandonnée (elle si timide et réservée d’habitude); j’ai fait du snorkel autant que j’ai pu, j’ai marché à des altitudes de 3500, voire 4000 mètres sans le moindre malaise. Mal nulle part (NULLE PART!), full énergie, joie et bonne humeur.

Or, hier, premier jour de mon retour à la maison, je me suis péniblement traînée jusqu’au supermarché, en boitant presque. Toutes les articulations dont j’avais oublié l’existence se sont brutalement rappelées à ma mémoire.

J’ai mal partout.

Je vais finir par croire que le climat du Québec ne me vaut rien et que je devrais passer mes hivers ailleurs.

Ça pourrait très bien être en Équateur, si ce c’était pas si loin. C’est un pays magnifique, riche de tout et d’abord de ses gens, pour ce que j’en ai vu: aimables, pacifiques, d’une gentillesse et d’une générosité extraordinaires.

Mais oui: pacifiques.

Ma très parisienne amie Michèle, au vu d’un article lu dans le quotidien Le Monde, me demande comment nous avons pu nous déplacer sans inquiétude malgré la violence qui semble régner là-bas.

Cette violence, bien réelle par ailleurs, ne m’a pas inquiétée une seule seconde parce que, comme le dit bien l’article cité ci-dessus, elle s’exerce surtout dans les prisons entre gangs rivaux, ou contre des politiciens en vue, et surtout sur la côte, dans les environs de Guayaquil, d’où partent les cargaisons de drogue pour les États-Unis et, éventuellement, le Canada. Je n’ai pas songé une seule seconde que j’aurais pu être victime de quoi que ce soit là-bas.

J’ai quand même remarqué que, en voiture, les gens ferment les fenêtres et verrouillent les portes quand ils circulent dans des zones plus peuplées, de peur de se faire attaquer et voler.

C’était un peu comme ça en Colombie, quand nous y sommes allés Pierre et moi, il y a plusieurs années: toutes les personnes à qui nous parlions nous mettaient en garde contre des dangers potentiels de leur propre pays, mais nous n’avons jamais senti le début du commencement d’une esquisse de menace de danger. Sauf une fois, assez terrible, et je crois voir que je n’ai jamais raconté cette histoire dans mon blogue.

Ce sera pour la prochaine fois.

D’ici là, amig@s, je vous embrasse et je me mets au lit.