Paraît que c’est l’automne

C’est la tatie qui le dit. Moi, comme tu sais, peu me chaut. (PEU ME CHAUT! J’m’épate moi-même tellement j’ai des lettres!)

Ça veut juste dire que j’m’en fiche, au cas où tu saurais pas. Pis si tu sais pas, c’est parce que t’as pas assez lu dans ta vie.

Tu vas me demander comment une pauvre minette errante et abandonnée (ou vice-versa) peut avoir autant de vocabulaire; je te dirais: demande à Bouddha. J’pense que j’m’appelais Colette dans une vie antérieure, mais ch’pas sûre.

En tout cas.

Donc, c’est l’automne. La tatie dit qu’elle déteste l’automne. C’est pas à moi qu’elle le dit, c’est à un drôle de truc aussi ridiculement rose que sa chambre, qui émet des sons étranges au moment où on s’y attend le moins, auquel cas elle se précipite à sa recherche pour lui parler. Une chance, ça n’arrive pas très souvent, sinon j’penserais qu’elle a un grain.

Parfois, elle s’en empare elle-même pour zéro raison, sans qu’il ait rien demandé, et elle se met à lui parler.

Finalement, à bien y penser, elle a vraiment un grain.

En tout cas.

Bref, c’est l’automne, et la tatie aime pas trop ça — ni moi non plus, d’ailleurs: y a pu de cigales, pu tellement d’oiseaux, zéro papillon… Pis y pleut souvent, ça fait que j’ai les pattes pleines de bouette quand je reviens à la maison, et la tatie rouspète parce que je laisse des traces de mes adorables petits coussinets jusque sur ses draps quand je rentre à la nuit tombée pour exiger des croquettes.

Parce que ouais, elle est à ma merci: je la réveille à pas d’heure pour sortir, ou pour avoir des croquettes, ou quand je rentre avec mes petites pattes pleines de bouette, pis c’est un juste retour des choses puisqu’elle aussi me réveille sans cesse pour me faire des bisous et des caresses alors que je fais une sieste bien méritée.

En tout cas.

Là, elle me tanne parce qu’elle dit qu’elle pourra pas toujours laisser la porte ouverte pour que je circule à volonté.

COMMENT ÇA? WHAT? (Ouais, j’suis bilingue, au cas où t’aurais oublié.)

C’est vrai, j’ai remarqué: je dois maintenant lui faire plein de simagrées pour qu’elle finisse par comprendre que je veux sortir et m’ouvre enfin la porte. Et au moment même où je commence à m’amuser pour vrai, elle me rappelle comme une débile, pis moi, je rentre, parce que je veux des croquettes, et aussi un peu parce que je m’inquiète pour elle, et elle referme derrière moi comme si nos vies en dépendaient.

J’sais pas si je pourrai endurer ça longtemps.

En tout cas, ces temps-ci, elle est quand même de bonne humeur. Ça fait changement parce que je l’ai entendue dire qu’elle avait passé un été de marde. Ça veut dire qu’elle a pas aimé son été, j’pense. Ça ne l’a pas empêchée de m’abandonner TROIS FOIS (je sais pas mesurer le temps, mais j’sais compter, tu sauras). Heureusement, deux autres taties sont venues me donner des croquettes et même JOUER AVEC RATATOUILLE ET MOI en son absence.

Là, elle est bien tranquille sur le bout de canapé où elle s’assoit tout le temps, et je ronronne doucement juste assez pas proche pour qu’elle ait besoin de se déplacer pour me faire des gouzis-gouzis sous le menton, et ce sont les moments que je préfère.

Finalement, je l’aime bien, la tatie, malgré tous ses défauts.

Ça fait longtemps

Cher journal,

Je sais, je t’ai abandonné trop longtemps. Non qu’il ne se soit rien passé depuis la dernière fois, au contraire. Mais on dirait que la tatie avait perdu le feu sacré: tout à coup, à travers tous ses petits soucis d’humaine, mon journal est devenu secondaire.

Me faire ça à moi, seule et unique impératrice de Rosemont… Fallait qu’elle file un vrai mauvais coton, parce qu’elle est quand même toujours folle de moi. C’est normal: j’suis irrésistible!

Mais là, ça fait exactement un an aujourd’hui que je suis entrée dans sa maison. C’est elle qui m’a dit ça. Je t’ai déjà expliqué que j’suis pas bonne pour mesurer le temps. Sans elle, j’m’en serais jamais rendu compte, pis au fond j’m’en fiche, mais elle a eu l’air de trouver que ça valait la peine d’être souligné.

Ça fait que me v’là.

Tu peux pas imaginer à quel point les choses ont changé depuis que je t’ai raconté la fois où je me suis échappée en plein hiver dans le frette.

Astheure, je sors quand je veux. QUAND JE VEUX, hahahaha!

Et aussi longtemps que je veux!

J’ai commencé doucement, sans aller trop loin, juste pour pas énerver la tatie (j’suis toujours aussi petite, mais j’suis encore plus futée qu’avant!). Au début, je descendais seulement quelques marches, pis je remontais aussitôt qu’elle m’appelait, histoire de la mettre en confiance. Ça m’a pris du temps pis ben de la patience, mais j’ai fini par l’habituer, et là, tu croirais pas ça: j’ai tout un territoire presque rien qu’à moi, avec full d’écureuils, de cigales, de papillons et surtout d’oiseaux!

J’ai jamais réussi à attraper un écureuil (pis au fond ça me tente pas tant que ça: sont presque aussi gros que moi!), mais j’ai quand même eu une maudite bonne saison de chasse. J’ai dû bouffer au moins une douzaine de cigales. La tatie trouvait ça dégueulasse, mais elle sait pas ce qu’elle manque: c’est croquant dehors et mou dedans, pis c’est vraiment drôle de jouer avec avant de les croquer, ça fait comme une vibration dans les gencives, ZZZZZZZZTTTTT! Ça chatouille, je ris trop!

J’ai aussi mangé du moineau, mais j’ai trouvé qu’y avait trop de plumes. J’en ai laissé un petit tas dans un coin du salon, c’est comme ça que la tatie s’en est aperçue. Elle était pas contente. Je sais pas pourquoi, quand j’attrape un oiseau et que je le rapporte à la maison, elle aime pas ça, elle prend un air fâché, elle me traite de vilaine fille, pis elle ME LE CONFISQUE. J’arrive pas à y croire. MON OISEAU! Une fois qu’y est mort, tsé, ça change quoi que je le bouffe ou pas?

Bon, c’est vrai que je le mangerais pas nécessairement vu que, comme je t’ai dit, je trouve qu’y a trop de plumes, mais quand même. Quand je réussis à en pogner un, franchement, elle devrait être fière de moi!

Ça fait que j’ai dû accepter qu’elle me mette un ridicule collier turquoise avec un estie de grelot qui tintinnabule — avoue, t’avais oublié ce mot-là, hein? pis t’avais oublié que j’ai du vocabulaire? — qui tintinnabule, donc, à presque chaque mouvement que je fais, parce qu’elle pense que ça va avertir les oiseaux de ma présence. L’innocente! Elle sait pas que je suis la plus redoutable et silencieuse des chasseresses, grelot ou pas? Pour le lui apprendre une bonne fois pour toutes, je lui ai rapporté une mésange bien vivante il y a quelques jours, pis un chardonneret on ne peut plus mort avant-hier. C’est elle qui m’a dit les noms (moi, je m’en contrefiche) parce qu’elle en a fait tout un plat: les moineaux, apparemment, ça la dérange moins. En tout cas, vivant ou mort, elle aime pas ça, c’est clair.

Mais j’ai-tu le droit de vivre ma vie d’impératrice, estie? C’est là que tu vois que la royauté, c’est full contraintes. Mébon, j’avoue que c’est pas mal mieux que la rue.

Parlant de royauté, je t’ai dit tantôt que j’ai tout un territoire «presque» à moi. Ce «presque», c’est à cause d’un terrible ennemi dont j’avais pas soupçonné l’existence. Il s’appelle Néo, c’est un splendide spécimen, paraît qu’y vient du Bengale. Je sais pas où c’est, mais ça doit être un pays dangereux, parce qu’il est méchant comme la gale. Gale, Bengale! J’pense que j’viens de comprendre quekchose!

En tout cas, il m’a salement attaquée par derrière l’autre jour, le traître, et à cause de lui j’ai dû aller chez le VÉTÉRINAIRE! Astheure, j’ai un petit bout rasé à la base de la queue parce qu’il m’a mordue pis que ça s’est infecté. Ça fait que j’ai le trou de pet à l’air, une vraie honte. Sans parler de l’estie d’entonnoir de plastique que j’ai dû porter autour du cou pendant chépu combien de temps pour m’empêcher de lécher ma plaie. Voyons! Si c’était dangereux, lécher une plaie, ça se saurait! En tout cas.

J’peux même pas espérer me venger, il est trop vicieux. Je dois reconnaître que, tout impératrice de Rosemont que je sois, et de surcroît reine des coeurs de tout l’immeuble, je suis pas de taille. Il m’aura pas deux fois, ce salaud.

Heureusement, la tatie, qui est folle de moi (j’te l’ai-tu dit?), la tatie a négocié un pacte de non-agression avec l’humain de ce grand con de Néo. Quand je sors, elle accroche un foulard vert à la rambarde du balcon, pis Néo est censé rester enfermé. Pis si Néo sort, son humain accroche un truc rouge à son bacon à lui, pis là, c’est moi qui dois rester en dedans.

Sauf que j’suis futée, moi! Je demande (j’EXIGE) la porte dès 5h du matin. Le bonhomme a besoin de se lever de bonne heure pour m’accoter, hahahahaha!

Ça fait que c’est ça qui est ça. Là, j’vais me reposer un peu. J’suis fatiguée, j’ai passé la journée dehors aujourd’hui. Je suis rentrée deux ou trois fois, le temps de manger quelques croquettes et de m’assurer que la tatie est toujours là, parce que mine de rien, au bout d’un an, on s’attache à son humain, tsé…

Pis si je veux la réveiller à 5h demain matin, faut quand même que je dorme un peu.

Bye.

«Vilaine fille!»

Salut.
Ça fait des semaines que la Tatie me tanne pour que je lui permette de publier le fond de mes pensées (ben oui, parce que j’en ai plus qu’une, de pensée, imagine-toi donc).
OK, j’ai dit. Mais tu vas tout raconter.
«Vilaine fille», c’est comme ça qu’elle m’appelle, maintenant.
Juste parce que, l’autre jour, j’ai fait l’erreur de fureter jusqu’au rez-de-chaussée après qu’elle a eu laissé la porte entrouverte (oui, c’est un bon verbe bien conjugué, va voir ton Grevisse pis tanne-moi pas avec ça).
Une fois en bas, j’me suis retrouvée les quatre pattes dans une matière blanche pis frette vraiment bizarre, j’ai pas souvenir d’avoir jamais vu ça dans ma vie. Ça sentait pas grand-chose, tout était aveuglant, j’avançais à tâtons, j’aimais pas trop ça. Je voulais remonter quand la Tatie m’a appelée, je le jure. Et c’est là que je l’ai vu, LUI.
LUI! Le gros Guimauve! J’ai eu la peur de ma vie. Je me suis cachée vite fait dans une vraie bonne cachette, mais pas assez vite: Guimauve m’a vue. Il m’a fait «BOUH!» pis j’ai détalé, avec lui à mes trousses.
Mais DÉTALÉ! Je savais même pas que je pouvais courir aussi vite.
J’ai vaguement entendu la Tatie qui criait mon nom, mais j’avais une urgence, crisse: trouver une nouvelle cachette!
J’en ai trouvé plusieurs, l’une après l’autre (le secret, c’est de ne jamais rester longtemps au même endroit). Guimauve m’a cherchée pendant un bout de temps, mais il a cessé de jouer, pis je suis restée toute seule.
Longtemps.
Y faisait frette en estie. J’entendais la Tatie qui m’appelait en secouant mon bol de croquettes (mes croqueeetttes!!!), mais y avait tellement de bruit partout, je me suis tenue coite et recoite, même quand elle passait à un mètre de moi (la pauvre innocente!), parce que, rendue là, je ne me fiais plus à rien ni personne.
J’ai fini par rentrer quand tout a été silencieux et que je l’ai entendue clairement crier mon nom. C’était la nuit noire encore plus noire que Guimauve. Faut dire, j’étais pas loin: je suis pas une imbécile, hé. J’attendais le bon moment, c’est tout.

J’ai appris plus tard qu’elle avait capturé et séquestré le gros Guimauve pour me laisser le champ libre.
CAPTURÉ ET SÉQUESTRÉ! Hahahahahahaha! Le King du jardin a été neutralisé pour moi! Quand j’te dis que je suis l’Impératrice de Rosemont, tsé.

OK, astheure, je vais te confier quelque chose: le Guimauve, il est pas gros. Il est costaud. Il fait deux fois ma taille. Il est tout noir, tout complètement absolument partout, un beau pelage uni, lisse et en santé. Il est le boss de la place. Il patrouille le jardin en permanence. Il vient même parfois sur NOTRE balcon. Il a fait ça il y a seulement trois jours. Il s’est assis là, comme pour prendre le frais, bien tranquille, comme si j’existais pas. HEY!
La Tatie a entrouvert la porte, juste assez pour qu’on puisse se sentir le museau, des fois qu’on pourrait devenir amis. Je capotais complètement. Il est beau, quand même, ce Guimauve, tsé…
Ben tu me croiras si tu veux, l’estie de gros maudit con, tout ce qu’il a trouvé à faire, c’est de passer sa grosse patte dans l’ouverture avec l’air de vouloir me griffer!
Maintenant, la Tatie dit qu’il est hors de question qu’elle me laisse sortir parce que le gros Guimauve va me faire la peau. Je sais bien que c’est pas vrai. Je cours vite pis j’ai le don de trouver de bonnes cachettes. Mais elle me croit pas.

Fait que là, je boude. J’ai un plan. Je la réveille à 5h du matin avec des ronrons et de petits coups de pattes, puis je la fuis toute la journée. Je la harcèle pour jouer, mais si elle s’approche, je file. Je me laisse prendre 15 secondes à la fois, pas une de plus.

Elle va finir par être tellement tannée qu’elle va me laisser sortir. JUST WATCH ME!

Attachiante

Elle m’a dit ça, cette semaine: paraît que j’suis «attachiante».

J’ai pas compris exactement ce que ça voulait dire, mais j’ai l’impression que c’est pas tout à fait un compliment. Elle a pas dit avec sa tendresse habituelle, mettons, comme quand elle fond devant ma belle p’tite face d’impératrice et mon corps parfait de déesse féline.

C’est sûr qu’elle manque de patience. Depuis un p’tit bout de temps, quand elle se lève enfin de son lit, le matin, elle dit qu’elle se sent comme si le gros camion qui ramasse les poubelles chaque semaine lui avait passé sur le corps.

Je le connais, ce camion-là. Dans mon ancienne vie, quand j’étais obligée de fouiller dans les déchets pour manger et que je l’entendais arriver, je déguerpissais à une vitesse supersonique, peu importe ce que j’étais sur le point de découvrir.

Jamais j’aurais pensé que ce gros crisse de camion-là pouvait passer sans faire de bruit, en pleine nuit, sur le corps d’une humaine bien couchée dans son lit de luxe avec des draps roses pis toute. Ce qui m’étonne, en fait, c’est qu’il l’ait pas ramassée avec le reste puisque, selon elle, est pu bonne à rien. J’veux dire, heille, un peu de cohérence, icitte?

Faut dire, ça ferait pas mon affaire pantoute. Elle est p’t’être maganée, la tatie, mais elle me donne quand même des croquettes pis des caresses (j’suis un peu moins friande de ça, par contre).

Quoi qu’il en soit, moi, comme je t’ai déjà dit, quand elle se lève enfin, j’veux juste une chose: qu’elle joue avec moi!

Mais non. Faut que Madâââme prenne son café. Faut qu’elle fasse ses p’tites affaires. Comme si j’étais pu l’impératrice, crisse! Ça fait que je réclame mon titre dans tous les registres dont la nature m’a dotée, pis laisse-moi te dire que des registres, j’en ai, de droit divin par-dessus le marché, vu que j’suis une impératrice.

Pis c’est là qu’elle m’a lancé ça: «AAAAHHH! Ma Sissi, t’es vraiment attachiante!»

L’art de la fugue

Hello.

Je prends le temps de t’écrire même si j’suis complètement à boutte, épuisée, fatikée-morte.

Aujourd’hui, la tatie a fait ce qu’elle appelle du «ménage». Essentiellement, d’habitude, ça veut dire qu’elle s’agite dans toutes les pièces avec une estie de machine à roulettes qui fait un bruit d’enfer, et puis elle met plein de vêtements et de linge dans une autre machine dotée d’une petite fenêtre ronde où on peut les voir tourner et brasser, et caetera. Bref, elle s’agite.

Mais là, elle a fait beaucoup moins de choses, supposément parce qu’elle a toujours terriblement mal à son épaule. Donc, à un moment donné, elle s’est reposée sur son lit pour lire un peu. Mais oh! Ah! Elle avait entrouvert la porte-fenêtre de sa chambre ridiculement rose pour aérer. Pas la première fois qu’elle fait ça, mais j’avais jamais pu y glisser plus que mon nez pour humer toutes les odeurs démentes qui montent jusqu’ici.
J’sais pas ce qui s’est passé (ou pas) dans son pauvre cerveau d’humaine, mais aujourd’hui, elle a ouvert ça juste assez pour que j’y passe mon magnifique petit corps de liane.

Elle n’a rien vu.

Je suis sortie, j’ai prudemment parcouru le balcon d’un bout à l’autre, aucun danger à l’horizon.

J’ai descendu l’escalier pas à pas, en tout anonymat. Un autre balcon, nouvelle inspection; toujours rien. J’ai poursuivi jusqu’en bas.

Et là! LÀ! J’me suis retrouvée dans un endroit de fou, débile, vaste, avec de l’herbe à pu finir, des parfums qui venaient de partout, des sons inconnus… et j’ai capoté complètement. Je l’avoue, j’ai eu un peu peur. Je marchais style commando, ventre au sol, toutes vibrisses* déployées, les oreilles tellement pointues et mobiles que j’savais même pas que ça se pouvait. Heureusement, y avait plein de cachettes pour me mettre à couvert et analyser le terrain avant de poursuivre ma progression.

* Les vibrisses, c’est le vrai nom de ce que les humains, dans leur insondable ignorance, appellent «moustaches». Heille! Depuis quand les impératrices ont-elles des moustaches? Estie que chuis tannée. En tout cas.

Pis là, au bout d’un certain temps (je sais pas combien de temps! J’t’ai déjà dit que j’suis pas bonne pour mesurer le temps, arrête de me tanner avec ça!) bref, au bout d’un moment, la tatie est sortie sur le balcon. Elle s’est mise à m’appeler par mon nom (auquel je mets un point d’honneur à ne pas répondre). Moi, je restais bien cachée, j’avais peur de me faire chicaner, tu penses bien!

C’est là que je me suis fait trahir. Une madame qui lisait dehors m’a dénoncée: «Une belle petite chatte tigrée, là? Avec des pattes blanches? Je l’ai vue passer, elle allait par là! Mon doux, si j’avais su!» Quoi, madame, si t’avais su? Tu penses que t’aurais pu m’approcher? Hahaha! Elle est bonne, celle-là!

En tout cas, à force de beugler mon nom, la tatie a ameuté tout l’immeuble. Crisse! Elle a descendu l’escalier en agitant sa boîte de super-croquettes (j’les aime même pas tant que ça, ses maudites croquettes), elle avait même sorti Ratatouille dans l’espoir de m’amadouer. Pauv’tite Ratatouille! Elle a dû geler! Pis moi, dans tout ça, j’avais l’air de quoi, hein?

Je dois dire que, rendue là, j’avais réalisé mon erreur. Le Grand Dehors, finalement, c’est pas si l’fun que ça. Ça m’a rappelé des tas de mauvais souvenirs. Y fait frette. Les cachettes sont sombres, souvent ça sent pas super bon. Y a des gros chats que j’connais pas pis que j’ai pas envie de connaître.

Ça fait que, après avoir changé d’abri en chatimini une couple de fois, j’me suis finalement roulée en p’tite boule derrière une poubelle, tout en laissant stratégiquement dépasser juste un micro-bout de mon admirable postérieur. Quand la tatie m’a eu trouvée, j’ai émis quelques miaulements de détresse, pour l’attendrir. Et là, VLAN! Elle s’est saisie de moi presque aussi vite que quand je capture Ratatouille. J’ai été impressionnée.

J’me suis quand même débattue comme la diablesse que je peux être, j’ai miaulé comme une désespérée pour qu’on appelle la SPCA, les pompiers, la police, la DPJ, que sais-je. Mais au fond, si j’avais vraiment voulu lui échapper, je lui aurais arraché les mains, les bras, même la face. Je te dis ça à toi, répète jamais ça à personne.

Bref, je suis de nouveau dans ma belle maison, pis va pas t’imaginer que j’vais être plus fine que d’habitude avec la tatie.

J’ai ma fierté.

Mais là, franchement, j’suis vraiment à boutte de toute, pis la tatie aussi. On dirait que le stress a aggravé sa douleur à l’épaule. Pour un peu, je la plaindrais.

C’est lourd

C’est ce qu’elle me dit souvent, quand je la harcèle pour jouer (et je suis championne toutes catégories pour ça), ou quand je m’enfuis devant ses tentatives de caresses après que je me suis roulée par terre comme une estie de dépendante affective.
Mais c’est lourd? Kessé qui est lourd au juste?
C’est-tu elle qui me fuit quand je veux jouer et qui me tanne pour me toucher?
Ou c’est moi qui veux juste vivre en paix ma vie de chatte: manger, jouer, dormir?
VOYONS!
Amène-la, ta balance, on va ben voir ce qui est le plus lourd. Mais j’suis p’tite, pis je suis l’impératrice, fait que c’est moi qui gagne anyway.
En tout cas. Ce soir, on a quand même eu un rare moment d’harmonie. Je sais pas ce qui s’est passé, mais j’me suis blottie en p’tite boule tout près d’elle, et je l’ai laissée me caresser le menton, le dessus de la tête, les joues et même les pattes, et j’ai ronronné comme quand j’étais vraiment p’tite et que ma mère me léchait partout pour me réconforter.
Je veux pas faire trop de liens, mais j’ai cru voir la tatie mettre des gouttes sur notre couverture préférée (quand c’est pas elle qui y est, c’est moi, mais jamais les deux ensemble, j’ai ma fierté). Ça s’est soudain mis à sentir le bonheur. Le souvenir de ma mère et de mes p’tits frères m’est revenu… J’étais vraiment petite dans ce temps-là, pis j’ai été abandonnée vraiment trop tôt, mais c’est le genre de chose qu’on n’oublie jamais.
Bref, j’ai pas pu me retenir.
Pis je dois te dire que, en fin de compte, c’était pas mal le fun. J’en ai profité à plein.
J’suis en train de la mettre à ma main, hahaha!

Y en aura pas de facile

Je sais que j’ai rien écrit depuis longtemps, pis c’est pas faute de vouloir. J’ai plein de choses à raconter. Sauf que, depuis quelque temps, la tatie me dit souvent qu’a «file un mauvais coton». Je sais pas exactement ce que ça signifie, mais j’peux voir qu’est à boutte.

Dès qu’a lève le bras pour jouer avec moi, a sacre: «AYOYE, CRISSE!» (Dire qu’a me demande d’améliorer mon vocabulaire, estie!)

Y paraît que la madame a mal à l’épaule.

Ça fait qu’on a encore beaucoup de chemin à faire avant de devenir vraiment amies parce que, pendant ce temps-là, moi, j’ai mal à ma Ratatouille.

OK, j’ai du bon manger (mais pas à volonté, contrairement à ce que je t’ai déjà raconté), pis la tatie continue de recueillir religieusement mes cacas et mes pipis (cré-moé ou pas, elle fait ça avant même de prendre son estie de café, alors que moi, j’veux juste jouer! Youhou? Les priorités?)

J’ai des spots de fou pour observer les oiseaux, j’ai des jouets en masse pis toute. En principe, j’ai pas à me plaindre.

Mais j’aime trop Ratatouille.
Pis Ratatouille, sans la tatie, c’est pas pareil.

Ça fait que je harcèle la tatie sans répit dès son lever, et je fuis toutes ses tentatives de caresse jusqu’à la fin du jour, et là, au moment où j’en peux pu moi-même, je deviens la plus câline des minettes. Elle fond, elle me grattouille le menton, je ronronne à mort, elle pense que ça y est, pis BAM! Je la laisse là comme une vieille guenille. Je t’ai déjà expliqué que c’est la méthode des pushers, non?

Ça s’appelle du conditionnement, pis cré-moé, j’sais comment ça marche.
Elle m’aura pas avec ses friandises. I KNOW BETTER, hahahaha!

Grosse fatigue (Sissi, chapitre 28)

Estie que j’suis tannée.

Elle arrête pas de me dire que je grossis.

Là, elle m’assomme avec un bol supposément interactif qui m’oblige à puiser mes croquettes une à une avec ma patte au lieu de m’en mettre plein la gueule quand j’en ai envie.

Mon calvaire n’aura donc jamais de fin? J’vais porter plainte!

À BAS LA GROSSOPHOBIE!

La tatie est une tortionnaire!

Mais elle a pas fini avec moi: la soirée commence, la nuit m’appartient, hahaha! Déjà, j’apporte tous mes jouets dans sa chambre la nuit, juste au cas où ça éveillerait quelque chose dans son cerveau embrumé, mais jusqu’ici, par pure pitié, je faisais pas trop de bruit.

Là, si elle continue de m’affamer, elle va savoir comment j’m’appelle.

Sinon, hier, on a quand même passé un p’tit boutte de soirée l’fun. Elle regardait un immense truc lumineux avec plein de choses qui bougeaient, j’avais jamais remarqué ça ici. Wow!

Elle m’a dit que c’était les élections américaines. J’ai pas compris ce que ça voulait dire au juste, mais j’peux te dire que ça la stressait au boutte. J’ai senti ça très bien à cause des hormones qu’a dégageait. Estie! WOW! Comme moi quand elle essaie de me prendre dans ses bras! La même crisse d’affaire! Hahahaha! J’espère que ça va lui servir de leçon. Mais ça m’étonnerait, sa courbe d’apprentissage est remarquablement longue.

Pis nous autres, les félins (et surtout les félines), on a le nez fin, au cas où tu saurais pas.

Ça fait que, à un moment donné, la tatie en a pu pu et elle a éteindu tout ça. (Oui, je dis «éteindu» parce que ça me tente. J’fais c’que j’veux.)

J’dois aussi reconnaître, dans un autre ordre d’idée, que je commence à aimer ses caresses. J’suis vraiment pas au point de les quémander (est-ce qu’une impératrice devrait même «demander» quoi que ce soit?), mais le jour où j’vais les exiger, hahaha! JUST WATCH ME!

Un jour, j’aurai mon propre blogue (mon journal, chapitre 27)

Je l’achale, je la tanne, je la harcèle, elle va finir par comprendre. JE SUIS UNE PERSONNALITÉ! Je veux mon propre blogue!

Par-dessus le marché, c’est elle qui a dit que je deviendrais certainement une vedette internationale, ça fait que HEILLE! GROUILLE! Me semble que c’est pas trop demander?

Mais bon, c’est vrai que la tatie est un peu lente. Je l’ai vue ramer aujourd’hui avec son estie de machin devant lequel elle passe le plus clair de son temps. Elle essayait, d’après ce que j’ai compris, de communiquer avec deux autres taties qui avaient un accent vraiment bizarre. Elle a fini par y arriver, pis là, elle a passé une heure et demie à jaser avec ces deux madames-là.

Tout ce temps-là, moi, j’attendais comme une bonne.

Elle a voulu prendre une photo de moi pour leur montrer comment je suis irrésistible. Hahaha! Bonne chance! Elle a pas réussi, t’imagines bien.

Après, quand elle a eu enfin fini cette interminable conversation, elle s’est préparé une friture de petits poissons qui sentaient le ciel. Mais tu croiras pas ça: elle a osé ne m’offrir que les têtes et les tripes des petits poissons. VOYONS! Si je les mange pas, elle fait quoi avec? Elle les crisse aux poubelles! Est-ce que j’ai l’air d’une poubelle?

J’ai levé le nez là-dessus, comme il se doit.

Elle a pas fini de m’entendre.

En tout cas.

Au moins, aujourd’hui, elle a beaucoup joué avec moi, même si c’est jamais assez à mon goût. On va finir par se faire une vie, mais estie que c’est de l’ouvrage. J’arrête pas d’essayer de l’éduquer. J’pensais que, après avoir sevré mes quatre petits crisses de chenapans, j’aurais enfin la paix, mais on dirait que ça finit jamais.

Y en aura pas de facile.

Pis oui, je dis beaucoup de gros mots, mais c’est sa faute: a tient pas ses promesses. Fait que j’vois vraiment pas pourquoi j’me censurerais.

En tout cas. J’vais me coucher, pis j’peux te garantir qu’elle sera debout à 5-6h demain matin pour me donner des croquettes.

D’ailleurs, ça, c’est un autre contentieux (ben oui, CONTENTIEUX, j’t’ai déjà dit que j’ai des lettres! Cherche dans le dictionnaire!).

Elle prétend que j’vais devenir grosse si elle m’en donne plus. Aujourd’hui, elle a réussi à s’emparer de moi pour me peser. Je pèse apparemment tout juste 5 livres. Soit 2,68 kg. Elle dit que, selon les indications du sac de croquettes, elle peut pas m’en donner plus de 50g par jour.

Estie que c’est cheap.




J’ai vu un gros minet!

(Le journal de Sissi, chapitre 26)

Cher journal,

Aujourd’hui, j’ai eu un choc.

Je regardais dehors, tranquille, comme je fais souvent, par la porte-fenêtre de la chambre ridiculement rose de la tatie. Un oiseau ici ou là, une feuille qui s’envole, same old same, rien pour m’exciter le poil du dos.

Pis là… LÀ! J’ai vu arriver sur NOTRE balcon une énorme bête au pelage blanc beaucoup trop long parsemé de grandes taches noires posées n’importe comment, avec un nez noir assez vulgaire. Elle s’est avancée comme une rombière très sûre de son bon droit et… et… (tu croiras pas ça) ELLE A PISSÉ SUR LE POT DE FLEURS! Drette de même, un long jet parfaitement horizontal, en me regardant en pleine face! 

Tabarnak!

C’est clair qu’elle voulait m’intimider. J’étais gueule bée. La tatie était là, elle a tout vu, on était scandalisées toutes les deux.

Mais j’ai des petites nouvelles pour elle, la grosse Pongo (c’est la tatie qui m’a dit son nom, tu parles d’un nom pour une fille, d’abord!). La tatie, elle a dit qu’on n’allait pas se laisser faire oh que non et qu’elle allait me protéger. HA!

Sa stratégie: rentrer les pots de fleurs. 

Bon, OK, comme mesure coercitive ou même dissuasive, j’trouve ça un peu faible. Perso, je lui aurais tendu un piège, à la Pongo, un véritable guet-apens, genre que la prochaine fois elle se prend un seau d’eau sur la tête. Mais bon, apparence que c’est un peu compliqué de faire le guet tout le temps pour y arriver pis que l’humaine de la grosse Pongo serait pas contente. Là, j’dois dire, la tatie a un peu raison. 

En tout cas, je comprends mieux l’odeur qui m’avait tant affolée la première fois que j’ai pointé mon élégant petit nez rose dans le grand dehors de mon empire. C’était celle de c’te grosse crisse-là. Mettons que ça m’excite pas mal moins.

À c’t’heure que j’sais qui c’est, j’pense pas qu’on puisse devenir amies. La tatie m’a dit que c’était une redoutable chasseuse (c’est très vulgaire, ça, chasser comme une vagabonde quand t’as une bonne maison), pis je la trouve vraiment baveuse, le genre à t’attendre dans la ruelle à quatre heures pour te crisser une volée. C’est sûr que je fais pas le poids, mais de toute façon, les bagarres, c’est vraiment le comble de la vulgarité, franchement. Pis elle a décidément mauvais genre avec son estie de nez tout noir au milieu de sa grosse face blanche. J’lui ferais jamais confiance.

Ça fait que j’pense que j’vais attendre encore un peu avant d’explorer le reste de mon domaine. 

À part ça, je veux te dire qu’on est en train de devenir bonnes copines, la tatie et moi. Elle m’achète plein de jouets, elle passe beaucoup de temps avec moi, elle me donne des croquettes une à une en me disant plein de choses gentilles, pis on rit vraiment comme des folles avec notre nouveau jeu, regarde ça:

Mais parmi tous les jouets qu’elle m’a achetés ou bricolés (à part ma Ratatouille d’amour, que rien ni personne ne remplacera jamais même si elle n’a plus aucune plume et qu’elle est de plus en plus couettée), voici un de mes préférés:

Ça fait que c’est ça qui est ça. Là, j’ai vraiment eu une grosse journée, je vais me rouler en petite boule sur mon coin de canapé favori et je vais peut-être accepter que la tatie vienne se poser pas trop loin de moi (mais pas trop proche non plus, j’ai ma fierté).

P.-S. : La tatie voudrait me censurer parce que je traite la Pongo de grosse pis y paraît que ça se fait pas. Crisse, elle est trois, peut-être même quatre fois plus grosse que moi! Pis elle est méchante! Pis si t’as regardé la dernière vidéo, tu as vu que la tatie est mal placée pour me réprimander: c’est qui qui dit que j’ai une grosse bedaine, HEIN? En plus, c’est même pas vrai! J’AI PAS DE BEDAINE!