Le journal de Sissi (11)

Oooohhh, misèèère.

J’ai lâché toutes mes défenses. J’me suis comportée comme une moins que rien. MOI, l’impératrice Sissi de Rosemont!

J’me suis roulée à terre, j’ai quêté des caresses, j’ai roucoulé, j’me suis laissé toucher les pattes, le ventre, le cou, la tête, j’ai même suivi la tatie partout où elle allait dans la maison.

J’ai tellement honte!

Je comprends pas ce qui s’est passé.

C’est vrai que je donnerais n’importe quoi pour jouer avec Ratatouille, et j’ai compris maintenant que la tatie et elle ne font qu’une. Fait que j’ai tanné la tatie une bonne partie de la journée pour ça avant qu’elle allume enfin. Le bon côté, c’est que j’ai eu un supplément de croquettes (YESSSS!).

Je sais pas si je l’ai déjà dit: j’suis petite, mais j’suis futée.

Ça fait qu’on a eu encore ben du fun à mon jeu préféré, même si la tatie a essayé par tous les moyens de m’intéresser à ce truc débile que je t’ai montré hier, ou à une balle qui était sympa mais qui répondait pas trop. Y a que Ratatouille qui me fasse tripper autant

En tout cas.

Une autre affaire qui me tracasse, c’est que l’arbre qui était vert et qui est devenu jaune est en train de se déplumer comme le dernier oiseau que j’ai mangé (j’étais vraiment jeune mais j’avais vraiment faim, et c’est pour ça que je m’en souviens: c’était pas beau à voir).

Je passe des heures à regarder s’envoler ses feuilles et je voudrais les attraper pour les garder, mais quelque chose me retient. Je sais pas quoi.

En tout cas. C’est peut-être pas si important que ça. J’suis en train de me rendre compte que j’suis pas tombée dans une si mauvaise maison, après tout. La tatie est fatigante (a pourrait-tu juste me laisser dormir, des fois?), pis a me tanne avec mon vocabulaire (on s’est parlé, j’suis d’accord pour qu’elle te publie, mon cher journal, mais faut que j’fasse attention, estie) (oups, pardon). Elle a pour son dire que si j’veux devenir une vedette internationale, j’ai pas le choix.

J’avoue que c’est tentant. De mon côté, je lui ai fait promettre de pas me censurer sur le reste.

Ne m’en veux pas, ma survie en dépend.

Le journal de Sissi (10)

Salut.

Je sais pas ce qui se passe, mais l’arbre devant mon poste d’observation a complètement changé de couleur depuis mon arrivée dans cette maison. Avant, y était normal, vert comme les autres. Pis là, y est rendu jaune! Mais jaune! Est-ce que c’est mon magnétisme qui fait ça? J’passe tellement de temps postée là à surveiller les oiseaux, ça se pourrait.

Soit dit en passant, oui, nous les chats, on est daltoniens. Généralement, on distingue le jaune, le vert pis le bleu. Le reste, pantoute. Sauf que moi je distingue aussi le rose pis le violet (beurk) parce que j’ai des superpouvoirs. Y a des inconvénients dans tout, on dirait.

Je dis beurk, mais j’aime Ratatouille même si elle est rose, parce que j’ai tellement de fun avec elle! Je joue au monstre sous-marin et je l’emporte dans mon antre (le dessous du divan). On rit!

Parlant de fun, la tatie m’a sorti aujourd’hui une patente tellement stupide! J’sais pas où elle a pêché ça, mais misère… Elle a l’air de trouver ça ben drôle. R’garde ça:

Je sais même pas à quoi c’est censé servir. Je la comprendrai jamais, la tatie, j’pense.

En tout cas. Elle a enfin arrêté de m’obliger à manger mes croquettes dans sa main, une humiliation suprême pour une chatte de ma qualité, impératrice par-dessus le marché!

En échange, j’me suis laissé faire une couple de câlins. C’est un marché acceptable, j’pense que mon honneur est sauf.

Ça fait que, comme j’ai beaucoup joué avec Ratatouille aujourd’hui, j’m’en vais commencer ma nuit. Watch out à six heures demain matin!

Le journal de Sissi (9)

Salut.

Aujourd’hui, il a fait vraiment chaud, c’était un temps à s’écraser, pis c’est ce que j’ai fait. J’sais pas pourquoi la tatie a décidé de sortir une machine qui fait un boucan de la mort, elle a parcouru avec ça toutes les pièces de la maison. L’enfer, j’te jure!

Après, elle a fait la même chose avec un autre truc bizarre qui faisait pas de bruit mais qui laissait le sol tout mouillé avec une odeur dégueulasse de vinaigre.

Heureusement, j’ai découvert un nouveau fief ben chill, ça s’appelle une mezzanine. Elle y va jamais sauf quand a me cherche (estie).

Quand elle a eu fini ses folies, elle était mourute, a s’est écrapoutie dans mon fauteuil pis elle a pu rien fait.

J’comprends pas sa motivation.

En tout cas, c’est pas à moi de juger.

Faut quand même reconnaître que, à c’t’heure, mon dessous de divan est acceptablement dénué de poussière. Y a sûrement un lien.

Par ailleurs, je l’ai entendue aujourd’hui parler avec une personne qui m’a semblé être sa soeur. La tatie a toutes ses conversations sur haut-parleur, imagine. J’écoute pas, mais j’suis ben obligée d’entendre. Y a des avantages et des inconvénients à ça. La tatie dit des choses qu’elle m’aurait jamais révélées. Souvent, aussi, elle parle de moi. Ça, c’est toujours intéressant.

Et là, l’interlocutrice (j’ai du vocabulaire, hein?), elle a dit à la tatie: «J’sais pas combien de temps tu vas pouvoir écrire là-dessus.»

En parlant de moi.

Wow.

Premièrement, c’est cheap parce que j’suis une source inépuisable d’histoires. Mais deuxièmement et surtout, ça veut dire qu’elle, la tatie qui voudrait que je lui fasse confiance, elle est en train d’usurper mon identité? De faire lire mon journal à du monde que j’connais pas en leur faisant croire que c’est elle qui écrit?

Ça, ça va coûter beaucoup de croquettes.

Y a toujours bin un boutte.

Le journal de Sissi (8)

Salut.

J’sais pas ce qui est arrivé dans sa tête à matin, à la tatie, mais v’là-t-y pas qu’elle a décidé qu’y fallait que j’aille dans le grand dehors aujourd’hui même.

À la base, j’ai rien contre: ouvre-la, ta porte, pis j’vais la prendre, hahaha!

Mais ç’aurait été trop simple. Bin non. Fallait qu’elle me mette un harnais, toi! Un harnais!? Pourquoi pas une laisse, tant qu’à y être?

Oh boy, j’écris ça pis j’réalise que c’est certainement ce qu’elle avait en tête: une laisse, crisse! Comme les chiens! Voyons donc! Tu m’as pas regardée!? À quoi ça sert de me donner le nom d’une impératrice si c’est pour me traiter comme une moins que rien?

Ça fait qu’elle m’a prise en traître pis elle m’a mis c’te patente-là, ben qu’trop serrée, pendant que je me débattais comme une diablesse. J’ai eu le temps de lui faire une couple de bonnes grafignes sur les mains avant d’aller me réfugier de nouveau sous le canapé.

Je peux pas dire que j’m’ennuyais de ce trou-là, non, parce que, question poussière, depuis une semaine, mettons que ça s’est pas amélioré. Pis y a rien à faire, là-dessous. Bref, j’aurais aimé mieux pas.

Mais avec ce qu’elle venait de me faire, j’avais pas le choix. Heille! Surtout pas après la journée d’hier, où on avait été bonnes copines — même que je lui avais un peu ronronné dans les oreilles sur le divan, cibole!

J’sais vraiment pas à quoi elle a pensé.

Elle non plus, sans doute, parce qu’elle s’est complètement ridiculisée, après, en essayant de m’amadouer avec des croquettes, pis avec Ratatouille (qui a déjà perdu quelques plumes), pis avec des supercroquettes. Mouahahahaha! Pour qui tu me prends, Chose?

J’ai consenti à la laisser me toucher après des excuses en bonne et due forme, et seulement quand elle m’a promis-juré-craché qu’elle m’enlèverait ce foutu machin, qu’elle avait eu le mauvais goût de choisir mauve, par-dessus le marché! Mauve! Ça me décourage.

En tout cas.

Elle me l’a enlevé, c’est tout ce qui compte. J’ai boudé encore un boutte, parce que c’est moi l’impératrice pis qu’y faut qu’elle s’en souvienne.

Donc c’est pas aujourd’hui que j’irai dehors, apparemment. Mais j’m’en fous. Si c’est pour y aller en laisse, j’aime autant rester en dedans. J’ai ma fierté.

La fenêtre est grande ouverte, la vue est belle, pis si l’autre peut me sacrer patience, toute va ben aller. En attendant, c’est retour à la case départ pour elle. J’la laisse pu approcher. Ou alors ça va lui coûter cher de croquettes.

Elle sait pas que j’suis plus patiente qu’elle, hahaha!

Le journal de Sissi (7)

Heille.

J’sais pas combien de temps ça va durer, elle et moi.

Comme j’ai dit, depuis mon erreur stratégique d’hier, j’ai pris mes fuckin’ distances. C’est la mode en ce moment, y paraît, de garder ses distances, mais tsé bin que j’me crisse de la mode, c’est juste un adon.

J’essaye juste de suivre mon plan.

Donc, aujourd’hui, pas de câlins, pas de finesses, rien pantoute. She will have to behave, comme aurait dit mon premier et seul amant, un Anglo du West Island.

C’tait même pas l’fun tant que ça, d’ailleurs, si j’peux me permettre — avec lui, j’veux dire. On était deux innocents, on a fait ça n’importe comment, pis y s’est évidemment poussé après comme un cave, pis j’me suis ramassée enceinte pis j’ai été obligée de m’débrouiller toute seule, mébon, je m’égare.

Pas la première fois, tu me diras.

Pfffffff. Ça, c’est vraiment un commentaire non sollicité.

Bref, c’est pas l’fun tant que ça non plus d’éviter la tatie, franchement.

Me frotter aux murs, aux meubles, à tout ce qui bouge pas, ouais, ça met mon odeur partout, mais c’est pas comme quand je me laisse (un peu) gratter la tête.

En fait, j’avoue que j’ai encore super peur de ses mains, mais chépas pourquoi. Ça doit remonter à ma petite enfance ou chépas quoi, pis tanne-moi pas avec ça.

Fait que j’te dirais que j’ai eu une journée ordinaire.

Et donc elle aussi.

On est quittes.

Le journal de Sissi (6)

Cher journal,

Aujourd’hui, j’ai encore dévié de mon plan. J’sais pas c’que j’ai, ça doit être les hormones, quetchose. Je r’grette d’avoir à le dire (et je r’grette surtout de l’avoir fait), mais j’suis allée la voir dans son lit à matin. Les oreillers étaient tout moelleux, elle bougeait pas beaucoup, j’m’ennuyais de chépas qui (ma mère? mes p’tits?), pis… pis… je suis allée coller mon nez sur le sien.

Tabarnak.

Là, c’est clair qu’elle va penser que j’suis en train de m’attacher. Or, mon mot d’ordre, c’est: ON S’ATTACHE JAMAIS! Parce qu’on sait jamais quand on va se faire jeter. Comme diraient mes anciens chums du West-Island: Believe me, I know what I’m talkin’ about.

Bon, en tout cas, c’est fait, à c’t’heure. Fait que tant qu’à faire, vu que tout était en train de chier solide, je me suis laissée prendre un peu dans ses bras, pis j’ai mangé dans sa main. Peux-tu crère ça? Avec ça, je ronronnais!

J’ai honte.

En même temps, j’ai jamais eu une maison comme celle-là. Well, c’est vrai que j’ai jamais vraiment eu de maison, sauf celle où j’ai élevé mes quatre chenapans, pis comme j’ai dit, y était vraiment temps que je décrisse de là, ça devenait lourd.

En tout cas.

Ici, y a des fenêtres à pu finir qui laissent entrer du bon air plein de toutes sortes d’odeurs de fou et d’où je peux surveiller le trafic des oiseaux. D’ailleurs, j’ai un spot dans notre chambre, y a rien qu’une petite grille mince qui me sépare du grand dehors. Je la checke souvent, c’te petite grille-là, parce que j’me dis qu’un jour la tatie va oublier de la refermer. C’est une porte qui sert beaucoup. J’attends mon heure.

Pis ce soir, la tatie, elle va avoir tout un show parce qu’y est absolument pas question qu’elle me touche. J’me frotte aux meubles, aux murs, aux fils électriques, j’me roule sur son beau tapis marocain en montrant ma bedaine, mais hey. Bonne chance pour le reste.

J’ai mes limites, tsé.

Le journal de Sissi, du 19 au 21 septembre 2020

Ma nouvelle meilleure amie.

19 septembre

Aujourd’hui, j’ai commencé par réveiller mon humaine à 4h du matin, juste pour voir si elle m’aimerait quand même après ça. Elle a mis du temps à comprendre (les humains, des fois, c’est pas vite vite…), mais elle a fini par s’extraire de son lit vers les 7h. Elle m’a donné des croquettes, une à une, tant que j’en ai voulu. Wow. Elle est patiente, mon humaine, parce que j’ai vraiment pris tout mon temps, hahaha! D’un autre côté, moi aussi, j’avais été patiente: j’attendais depuis trois bonnes heures, tsé. C’est donnant, donnant.

En tout cas. Je l’ai récompensée avec des tas de ronrons, et puis j’ai fait l’erreur fatale.

Celle que je m’étais juré de ne pas faire.

J’ai frotté ma tête contre sa main.

Ben sûr, j’m’en suis tout de suite voulu: je comptais pas aller jusque-là avec elle! En tout cas, pas tout de suite! Ça va être pas mal plus dur de faire l’indépendante, à c’t’heure. Elle va penser que j’suis en confiance, cibole! Ça fait que, épouvantée par cette erreur de débutante, j’ai regagné en vitesse le dessous du canapé.

Mais mes explorations nocturnes m’avaient permis de repérer plusieurs endroits pas mal plus chill que celui-là. Vrai que c’est pas dur à battre, franchement, parce que j’aime autant vous dire que la madame est pas trop bonne dans le ménage: c’est poussiéreux, là-dessous!

Bref, j’ai décidé d’arrêter de bouder — surtout que ça devient plate, à la longue —, pis j’ai abandonné ma cachette.

Faut dire que mon humaine m’a mis entre les pattes un genre d’espèce de souris rose à plumes avec un gros nez, jamais vu un truc pareil (voir photo, et prière de ne pas nous confondre, hein, franchement). J’ai passé une bonne partie de la journée à essayer de l’attraper. Elle se laisse pas toujours faire, mais on a ben du fun pareil.

Là, j’suis crevée, j’vais faire une petite sieste réparatrice sur mon fauteuil préféré. Comme ça, demain, je serai bien en forme pour réclamer des croquettes aux aurores.

Ben quoi? Je suis un animal nocturne, après tout.

20 septembre

Cher journal,

Je ne sais pas comment résumer cette journée.

Amour-haine? J’aurais voulu dormir toute la journée. Me semble que c’est légitime après tout ce que j’ai vécu. Mais mon humaine a semblé craindre que je sois devenue amorphe, ou malade, ou déprimée… Elle a pas arrêté de me parler, de venir me voir, de me déranger. HEILLE! Peux-tu juste me crisser patience? J’veux la paix, cibole, me semble que c’est pas dur à comprendre?

En tout cas, pour l’acheter, cette paix tant désirée, et dans un moment de fol abandon, j’ai laissé la madame me prendre dans ses bras.

Un tout petit peu, et vraiment pas longtemps. Une fraction de seconde, en fait.

Je dois reconnaître que c’était quand même un peu doux. Et j’avoue que j’y suis retournée, mais vraiment encore juste un tout petit peu de rien du tout parce que j’veux pas l’habituer.

Entre-temps, je me suis fait un fun noir avec ma nouvelle amie, la souris rose avec des plumes et un gros nez dont j’ai parlé hier. C’est un peu aussi pour ça que je suis mourute de fatigue, parce qu’elle veut toujours jouer et que je ne sais pas lui dire non (à elle, parce que, à mon humaine, hahahahaha! Plus je dis non, plus elle me sollicite, tsébin. J’vois vraiment pas pourquoi je laisserais filer une telle occasion, avec croquettes à volonté!).

J’ai pas encore décidé à quelle heure je vais réveiller la madame demain matin. Pour l’instant, je reste royalement (ou plutôt impérialement) sur ma réserve, et je suis certaine que Tatie Fabi (j’ai appris que de jeunes hippies l’appellent comme ça), bref, je suis certaine que la Tatie Fabi est full-fru.

Ma tactique est parfaite: je parie ma souris rose à plumes et à gros nez que la tatie va se lever quand JE vais décider.

Tchèque-moi bin aller.

21 septembre

Cher journal,

Chépas trop comment t’expliquer, mais on dirait que la tatie-madame-whatever son nom, on dirait qu’elle commence à m’aimer. Elle me donne des croquettes super-délicieuses – pas les croquettes ordinaires, non, le genre full-umami – mais juste quand elle dit «Sissi!». Écoute ben, si ça prend rien que ça pour avoir ces croquettes-là, j’peux-tu te dire que j’accours? (Bon, accourir est un bien grand mot, disons que je me déplace dans sa presque-direction avec toute la nonchalante désinvolture de ma grâce aussi féline qu’impériale.) Après, faut aussi que j’fasse des finesses, des prrrrou pis toute, mais j’commence à trouver ça l’fun parce que chuis pas obligée.

J’fais c’que j’veux.

J’avais dit que j’serais la reine icitte. C’est exactement ce qui est en train de se passer. J’ai pris le meilleur fauteuil de la maison; ma souris rose à plumes et à gros nez m’est complètement soumise; j’ai trouvé le meilleur spot pour surveiller les oiseaux (qui ne perdent rien pour attendre), pis là, j’cours partout dans la maison comme une débile, juste pour montrer qui est la boss icitte.

I am the fucking queen.

Le journal de Sissi (5)

22 septembre 2020

Salut.

Chuis rendue pas mal chill. Y a un super coussin dans la chambre de la tatie, j’ai découvert ça à matin, en plein soleil toute la matinée, wow.

Mais j’sais pas ce qu’elle a, la tatie, à sortir et rentrer d’même plusieurs fois par jour, a m’énaaaarve! Chaque fois qu’elle rentre, c’est « Allô ma Sissi! Bonjour ma belle Sissi! Ça va? Viens me voir, viens, viens donc!»

Pffff. Faut ben que j’y aille. Y a toute l’affaire des croquettes, tsé.

Fait que j’me lève, je m’étire des quatre membres un par un, puis deux par deux, puis encore un peu chacun, et encore un petit coup le derrière en l’air et les pattes avant bien allongées, pour étirer aussi la colonne vertébrale (quand j’pense que les humains croient avoir inventé le yoga, hahahaha!), pis je bâille pour montrer toutes mes magnifiques dents de carnivore (au cas où elle essaierait de me passer de la scrap) et aussi pour qu’elle voie mes gencives parfaitement roses. J’ai vu qu’elle aime le rose. C’est dur à manquer: sa chambre est ridiculement rose. J’comprends pas pourquoi quelqu’un fait des affaires de même, mébon.

Bref, aujourd’hui, elle est sortie, pis elle est revenue chépas combien de temps après avec plein de sacs remplis d’affaires qui sentaient toutes sortes de choses bizarres. Même ses mains avaient de drôles d’odeurs. Pis là, elle a passé chépas combien de temps non plus (écoute, ch’pas bonne pour mesurer le temps, on peut pas tout avoir), elle a passé plein de temps à laver des trucs pis à les couper pis à les faire sentir encore plus bizarre (non, ma gang d’incompétents, le mot «bizarre» prend pas de «s» ici parce qu’y est utilisé comme adverbe).

En tout cas. Elle a dit un mot que j’avais jamais entendu avant: ratatouille. RATATOUILLE! Hahaha! J’arrête pas de répéter ratatouilleratatouilleratatouille.

J’pense que j’viens de trouver un nom à ma souris rose à plumes et à gros nez.

En même temps, la Ratatouille, elle commence à être pas mal couettée, j’devrais p’t’êt’ pas trop m’attacher. J’sens que son temps achève.

En tout cas.

Là, la tatie est enfin tranquille, y a des parfums que j’connaissais pas dans la maison, ch’pas certaine d’aimer ça, fait que j’me suis retirée dans sa (bientôt ma) chambre.

D’ailleurs, j’ai fait une petite incursion sur son lit à matin, wow. Elle a pas le droit de garder ça pour elle. Quand je serai plus sûre de mon affaire, hahaha! Watch out.

PS: J’ai pas de photos à te mettre parce que j’hayis ça, les photos. J’ai le droit de garder mon intimité et mes renseignements personnels. Fait que quand la tatie approche avec son estie de machin avec lequel elle passe plus de temps qu’avec moi, ben j’me pousse. Ça lui apprendra.

PPS: (oui, j’ai le droit d’écrire des post-post-scriptum): J’viens de faire ma patrouille, tout a l’air normal dans’ cabane. M’en vas m’coucher.

Immobile, ou le journal d’une confinée (qui n’est pas celle que vous croyez)

Trop longtemps que ce blogue est en dormance.
On devine bien que, depuis le début de cette maudite pandémie, la femme «toujours un peu partie» a rangé valise et passeport au cimetière des objets désormais inutiles.
J’ai dû trouver d’autres façons d’occuper mon cerveau que la perspective d’un voyage prochain.
J’ai boulangé et cuisiné plus que jamais. Je me suis mise à faire des puzzles de 1000 morceaux qui n’étaient jamais assez compliqués pour moi.


Parallèlement à ça, j’observais la courbe ascendante du nombre de cas de COVID avec une anxiété proportionnelle.
Je me suis scandalisée de l’incurie et de l’incompétence de nos gouvernements, j’ai pesté contre les sceptiques, pleuré des morts que je ne connaissais pas.
Je l’avoue, je lis la nécrologie quotidiennement depuis des années (ne me demandez pas pourquoi), et j’étais effarée par le nombre de morts qui s’ajoutait chaque jour. Toutes ces vieilles personnes qui ont pratiquement bâti le Québec, et qui sont parties seules, sans soins, sans accompagnement, sans reconnaissance, comme on ne laisse même pas mourir nos chiens…
À l’aube de ce qu’on s’accorde à désigner comme la deuxième vague de contagion, je m’apprête à me retirer dans mes quartiers après la trop brève accalmie de l’été.

Mais j’ai pris quelques précautions. Notamment, ma délicieuse amie Catherine m’a prêté un appareil de luminothérapie, juste au cas.

Et moi qui m’étais juré, à la mort de mon vieux Filou, que je n’aurais plus jamais de chat, je viens d’adopter une adorable petite minette, fine et élégante comme une liane, un peu sauvageonne parce qu’elle a été recueillie errante et grosse de quatre chatons. Je l’ai baptisée Sissi, comme l’impératrice.

Elle était peut-être sans abri, mais elle a des lettres, ma Sissi. Elle écrit son journal.
Je ne devrais pas le lire, mais elle ne laisse traîner partout. Je suppose que c’est une sorte d’acte manqué, une façon qu’elle a trouvée de me faire comprendre ce qui se passe dans sa tête sans avoir à en parler.
Je pense aussi qu’elle a des velléités de publication. C’est pourquoi je me permets de réaliser son voeu, elle me remerciera plus tard. Quand je pense que j’avais envisagé de l’appeler Colette, en hommage à mon écrivaine préférée! Je serais donc un peu son Willy? Il n’y a pas de hasard, comme on dit.

En tout cas.

Voici donc le premier épisode de ce journal. Je vous avertis, c’est un peu le langage de la rue, elle a un style et un vocabulaire qui demanderont à être raffinés (ou pas: à titre d’éditrice, je pense pouvoir dire avec certitude que Sissi est à la littérature féline ce que Michel Tremblay a été au théâtre québécois).

Ouais, j’ai une grafigne sur le nez, j’me suis pognée avec mon plus vieux dans l’autre maison. Le p’tit maudit baveux, y sait pas vivre. Y était temps que je déménage, finalement.


18 septembre 2020
Cher journal,
Aujourd’hui, j’ai passé la journée tapie sous le canapé («tapie sous le canapé», ça sonne, quand même, hein?), en tout cas, cachée en d’sour du divan de l’humaine qui m’a emmenée chez elle sans me demander mon avis. J’ai protesté toute la soirée, hier, mais ç’a rien changé. On dirait ben que chuis pognée icitte.
Fait que là, je boude.
C’est vrai que c’est pas mal plus tranquille ici que dans l’autre maison, où j’avais encore dans les pattes trois de mes quatre petits bandits (qui sont rendus presque aussi gros que moi, à quatre mois! J’en pouvais pu!), en plus d’un chien complètement hyperactif et d’un nombre indéterminé d’ados humains (j’sais pas comment elle fait, la mère, pour endurer ça).
Mais j’hayis ça, déménager. Tsé, quand t’as connu la rue, à un m’ment donné, tu veux juste un peu de stabilité! J’veux dire, si on m’a tirée de là pour me barouetter d’un bord pis d’l’autre, franchement, j’aurais mieux aimé qu’on m’y laisse!
Bon, OK, non, peut-être pas, parce que maintenant, au moins, je mange à ma faim, pis j’sais pas comment j’aurais fait pour mettre au monde mes quatre petits chenapans, sans parler de me nourrir tout en les allaitant.


Mais là! Après cette horrible visite chez ce qu’ils ont appelé «le vétérinaire», et deux semaines de punition avec un genre d’entonnoir autour du cou comme si j’avais fait quelque chose de mal, et une démangeaison au ventre que j’pouvais même pas lécher à cause justement de ce maudit machin qu’ils m’ont mis, je pensais que mon calvaire était fini et que j’aurais enfin la paix.
Pantoute!
Arrive une humaine que je connaissais pas.
Elle m’a mise dans un genre de petite niche rose avec des moustiquaires et un bon coussin tout moelleux, c’était douillet, j’étais contente. Mais après, elle a crissé toute la chibagne dans une machine qui se déplaçait, ça m’a rappelé la fois qu’ils m’ont emmenée chez le vétérinaire, au secours! À la fin, j’étais vraiment tannée, je chialais à m’époumoner. Puis la machine s’est enfin arrêtée, et après encore un peu de barouettage (estie que ch’tannée), l’humaine m’a libérée de ma petite niche.
Le choc! Je savais pas pantoute où j’étais!
Ben j’étais icitte.
Je me suis terrée dans la première cachette que j’ai trouvée.
Elle, la nouvelle humaine, s’approche parfois de ma cachette (c’est vraiment poche que j’en aie pas trouvé une meilleure). Elle me tend des croquettes.
Je boude, mais faut ben manger si j’veux me sauver un jour.
Fait que je m’approche un peu. Pis je mange les croquettes, parfois même dans sa main, pis je m’étire, je lui fais des mines, je ronronne, je fais des prrrrouu, je me frotte la tête contre la structure du canapé… Parce que oui, la madame se roule par terre pour me parler, hahahaha!
Quelle conne.
En tout cas.
Tantôt, pendant que c’était tranquille (je sais pas ce qu’elle est en train de faire, mais elle me crisse enfin patience), je suis sortie explorer un peu mon nouveau royaume (parce que, hein, si j’suis pas la reine icitte, personne le sera).
J’ai trouvé un grattoir pour mes griffes. Il marche bien, c’était l’fun! J’ai aussi découvert un genre de fontaine où de l’eau a l’air de couler en permanence — ça, c’est super cool parce que l’eau des toilettes, franchement, c’est dégueu, pis l’eau croupie dans un bol, c’est pire.
J’pense aussi que j’ai trouvé son lit, hahaha!
Elle a pas fini avec moi.
J’suis petite, mais j’suis futée.

Il est presque 20h…

Eva et Django montent la garde sur mon lit.

… et le concert des muezzins vient de se terminer.

J’ai entendu ça à Tanger, à Casa, à Fès, à Niamey, au Caire, mais je ne m’y habitue pas. «Comment? Encore une prière? Mais la dernière vient de finir!»

Évidemment, ce n’est pas le cas, les prières on lieu à des moments bien définis de la journée, essentiellement selon les «mouvements» du soleil. Mais l’hiver, quand les jours sont plus courts, les prières de l’après-midi, sauf erreur, sont en effet plus rapprochées.

En tout cas.

Ici, dans la médina de Marrakech, l’appel des muezzins atteint des sommets de cacophonie parce que chaque quartier a sa mosquée — de même que son hammam et son four à pain, ce qu’on considère ici comme les services essentiels. Chez nous, je dirais qu’il faut un Jean Coutu et une SAQ, mais c’est une autre histoire. Bref, je viens de compter grâce à Google Maps 17 mosquées dans un rayon de 1km autour de mon palais.

Je suppose que c’est comme ça que le «surround sound» a été découvert.

Ça commence par une voix, une seule, qui s’élève dans le silence tout relatif de la médina. On entend distinctement les premiers mots, «Aaaaaaaallahou akhbar»…. À mesure que les autres enchaînent (c’est comme les coqs: il en faut un pour commencer, puis tous les autres suivent), ça devient un magma de voix masculines plus ou moins mélodieuses répercutées par des haut-parleurs de qualités variables.

Ça ne dure pas une minute, puis ça s’estompe et le silence retombe, troublé seulement par la pétarade puante d’une moto, les pleurs d’un enfant, le son d’une sirène au loin.

Virus marocain

J’ai encore attrapé un rhume, le deuxième de ce voyage, et celui-ci m’a terrassée plus que le premier. Voilà deux jours que je me traîne lamentablement en crachant des bouts de poumons ici et là, ce qui explique sans doute que je me sois fait fourguer par un marchand particulièrement retors une couverture de coton alors que j’en voulais une en laine.

Me faire ça à moi! Madame Tissu en personne! Fallait que je sois vraiment malade.

Enfin. Mon avion décolle demain à 13h35, j’ai une très, très brève escale d’une heure à Paris et j’atterris à Montréal à 20h demain soir. C’est la première fois de ma vie que j’ai aussi hâte de rentrer chez moi.

M’en vais faire ma valise.

Et dormir avec les chats de la maison, qui me ronronnent dans les oreilles comme si on avait chassé les souris ensemble.