Blues du retour (bis)

Je me suis retenue à deux mains aujourd’hui pour ne pas aller manger un souvlaki quelque part. Pas parce que je crains qu’il ne soit pas aussi bon qu’en Grèce – j’ai pu constater qu’on fait de très bons et de très mauvais souvlakis ici comme là-bas. 

Non, juste parce qu’il faut en revenir. 

Et revenir.

Se poser et se reposer. 

Décanter.

J’ai aimé la Grèce plus que je ne m’y attendais, et la Crète plus encore. Si le monde n’était pas si vaste et la vie si courte, j’y retournerais. J’y retournerais parce que si une chose m’a manqué dans ce voyage, c’est de me poser et de vivre doucement avec les gens. Nous l’avons fait un peu, mais pas encore assez à mon goût.

Aujourd’hui, j’ai fait du pain, ce qui me réconcilie toujours avec le quotidien. Je suis allée marcher dans mon quartier encore gris, que le vert de l’herbe naissante n’arrive pas à égayer. J’ai acheté pour souper de la morue fraîche, de jeunes épinards, un poivron rouge, des concombres libanais bios. C’était bon mais, bien sûr, ça n’avait rien à voir avec ce qu’on mangeait là-bas, où tout est si frais et si parfumé.

J’ai du miel de fleur d’oranger, un sachet d’origan et une bouteille de retsina pour me consoler.

Blues du retour

Nous sommes donc arrivés à Athènes hier matin. On a pris un bus (dans lequel Pierre a oublié son sac à dos, avec appareil photo, tablette et tout – remercions ici la gentillesse et l’efficacité de la dame du guichet des bus, qui a retracé le chauffeur, lequel a déposé le sac aux objets trouvés de l’aéroport), puis un autre, puis un autre encore, pour nous rendre au petit hôtel miteux où nous avions réservé une chambre par le truchement de Booking.com. Pourquoi celui-là? Parce qu’il se trouve à quelques mètres d’un arrêt du bus express vers l’aéroport. Autrement, c’est 50€ (soit 75$) pour un taxi à partir du centre-ville. Le métro, lui, ne fonctionne pas à l’heure de fou à laquelle nous devions partir. Bref, petit hôtel miteux mais propre et pas cher, tout près de la mer, où nous avons pu nous baigner une dernière fois. 

À 2h du mat, nous nous sommes levés pour attraper le bus X96, qui roulait comme un TGV sur la route déserte. Après trois heures d’attente à Athènes (mais qui décide de fixer des départs à 6h du matin?) et trois heures de vol, nous avons atterri à Paris,  hébétézéhagards.

Nous avions quatre heures à tuer à CDG. N’en reste plus qu’une, l’embarquement va enfin commencer. Pierre s’est assoupi sur l’une des méridiennes disposées tout au bout du terminal. Il y a une heure ou deux, elles étaient toutes (toutes!) mobilisées par des Africains, qui dormaient là comme eux seuls savent le faire, profondément, immobiles et bienheureux. Pierre a attrapé quelque chose là-bas, on dirait.

Quant à moi, je suppose que je dormirai dans l’avion, avec l’aide de mon amie Imovane et de quelques verres de vin, gracieuseté mon ami Air France, qui, contrairement à ses concurrents, n’a jamais lésiné là-dessus. Vous dire comme j’aime cette compagnie aérienne! Ce matin, j’ai eu l’honnheur, le plaisir et l’avantage d’être invitée dans le cockpit, oui, oui, mesdames et messieurs. Sans avoir rien fait d’autre que de lancer une boutade au copilote qui nous accueillait à l’embarquement. Remarquez, j’avais auparavant gratifié le préposé à l’enregistrement de l’un de mes irrésistibles traits d’esprit, mais ça ne nous a pas valu un surclassement. Faut croire que je ne suis pas si irrésistible que ça. 

En tout cas. Pour tout vous dire, ça n’est pas plus excitant que ça, le cockpit. D’abord, on volait au dessus d’un épais couvert nuageux qui nous cachait la Croatie. Et les pilotes étaient tous deux fort bien de leur personne, diserts et tout, mais bon, ils ont un boulot à faire. J’aurais aimé mieux un surclassement. (Princesse, va!)

Par la baie vitrée, j’observe le ciel de Paris, gris et dense comme du mastic. Un mois que je n’ai pas vu ça. Moi qui me suis gavée de turquoise et de bleu, de fleurs en délire, des miroitements de la mer et du blanc éclatant des maisons, je redoute la grisaille de Montréal. J’ai acheté deux bouteilles de retsina pour quand j’aurai trop le cafard, et il me reste à trier, traiter et classer les centaines de photos qui dorment dans mon appareil. 

Je vous les mettrai. 

Bateau de nuit

Nous avons quitté Kapetaniana avec une petite morsure au coeur. Aussi peu que nous l’ayons connue, nous nous sommes attachés à la belle Iphigenia, et je pense que c’est réciproque. Hier, pour sa soeur venue la visiter avec son amoureux, elle avait cuisiné du poulet.  Iphigenia est végétarienne, elle déteste l’odeur de la viande. Elle nous a avoué que le fait de cuisiner du poulet pour sa soeur était un véritable acte d’amour. À son air dégoûté, je l’ai crue sur parole. Quand tout son monde a eu mangé, elle nous a offert ce qu’il restait parce qu’elle n’allait certainement pas le manger. C’était franchement délicieux, comme quoi l’amour sororal peut faire des miracles. Puis elle nous a laissé les clés de la maison parce qu’elle sortait, et nous les avons cachées là où elle nous a dit avant de monter dans notre chambre, toute pleine d’air doux et de sonnailles de brebis.

Louisa, copropriétaire du gîte, est venue hier soir. Elle et son ex-mari sont autrichiens, ils se sont installés là il y a une trentaine d’années. Leurs deux fils, Kostantin et Alexandre, sont nés en Grèce. Iphigenia est la compagne de Kostantin. À eux deux, ils tiennent le fort pendant que les parents règlent leur séparation. Ils font ça très bien. 

Tout ce beau monde fume tel un bataillon de sapeurs pompiers. Puisque les cigarettes sont très chères, la plupart des Grecs roulent leur tabac comme dans le bon (ou pas si bon) vieux temps. Sur les paquets, les mêmes images dégoûtantes de poumons noircis et de dents pourries que chez nous. Bizarre que ça ne dégoûte pas notre belle princesse minoenne… Louisa, qui fume elle aussi comme un engin, explique ça par le stress causé par la crise. 

Enfin.

Nous avons donc embrassé Iphigenia hier matin en nous promettant de rester en contact (merci Facebook) et regagné Héraklion par de petites routes, non sans nous arrêter à Phaïstos, pour voir les ruines d’un palais minoen datant de 1400 ans avant notre ère. Une chance pour moi: c’était le 1er mai, et tout (mais TOUT) était fermé, même les musées (j’ai vraiment une overdose de ruines). Nous avons pu observer de pas très loin l’ensemble du site et, franchement, je vous jure (même Pierre l’a reconnu), c’était bien assez.

Nous sommes maintenant attablés à un café juste devant le Pirée, au bord d’une rue pétaradante et enfumée, après une nuit d’un bon sommeil dans une cabine tout confort à bord du Blue Ocean (joie, joie des voyages de nuit!). Nous sommes frais et dispos, le capuccino est excellent, de même que les biscuits crétois achetés à notre épicière avant-hier.