Mont-Saint-Pierre

C’est la mecque des amateurs de parapente et de deltaplane. Mais avec le vent qu’il fait, apparence que ça n’a pas volé fort depuis trois jours, comme me l’a dit un jeune homme un peu simplet je crois, mais très aimable, qui m’a abordée tout gentiment pour faire un brin de causette. 

Il semble qu’il y ait ici, grosso modo, deux familles: les Cloutier et les Bernatchez. Lui est un Cloutier. Moi, je loge chez Bernatchez, dans une vieille maison qui craque de partout, où le parquet de lattes est couvert de linoléum très ancien fixé avec des crampons. La dame m’appelle «chère» et «ma grande» à tour de bras. 

Il y a ici deux restos où l’on égorge le client avec des prix stratosphériques pour une cuisine qui, je le devine, sera au mieux quelconque.

Tenez, mon plat à 23,95$ vient d’arriver. Morue meunière, patates en poudre, un avant-goût du CHSLD. Jugez-en:


On m’a aussi apporté un infâme petit pain emballé dans un sac Ziploc et réchauffé au micro-ondes, que je vais manger parce que mon assiette ne me rassasiera pas. C’est pire qu’en avion.

Chaque fois que je rencontre des Français, je leur demande s’ils n’ont pas trop de mal avec la nourriture. Je peux vous dire que les Français sont très polis. Il m’apparaît impossible qu’ils ne soient pas consternés par l’horrible tambouille qu’on sert partout à des prix absurdes, mais ils n’osent pas le dire. 

En tout cas. Le coucher de soleil devant moi est somptueux. C’est toujours ça.

* * *

J’ai quitté Gaspé ce matin après avoir fait le plein dans une station «avec service», un truc en voie de disparition. Le petit pompiste (genre 16 ans) m’a dit, en me tutoyant comme de raison et avec cet accent que j’adore: «T’es chanceuse, on n’a pu d’ordinaire, fait que tu vas avoir du super, mais c’est le même prix, ben pareil.

– Wow, j’ai dit en rigolant, est-ce que je vais aller plus vite, avec ça?

– T’iras p’t’êt’ ben pas plus vite, mais tu vas p’t’êt’ ben aller plus loin.»

J’ai mis le compteur à zéro, juste pour voir. Normalement, je peux faire 500, parfois 600 km avec un plein. Je vous tiens au courant.

Après Gaspé, j’ai longuement flâné au parc de Forillon, toujours magnifique, mais qui me crève toujours le coeur quand je pense aux familles qu’on a sauvagement expropriées lors de sa création, en 1970. On a donné à ces gens des sommes dérisoires pour leurs terres et leurs maisons, qui sont restées tristement abandonnées, muets témoins d’une vie rude et souvent miséreuse, mais une vie, tout de même. Ces gens ont été relogés en ville, à Gaspé, ou ailleurs, dans des HLM sans âme et sans air. C’est une chose qui serait impensable de nos jours, et il y a eu des excuses officielles et tout, mais le mal est fait, maintenant.

Passé Rivière-au-Renard, la route devient sinueuse, montagneuse, presque dangereuse. La mer, qui était aujourd’hui d’un indigo profond et toute mouchetée d’écume, se déploie soudain comme un grand tissu moiré au détour du chemin, ça hypnotise presque, mais tu tiens le volant à deux mains et tu te concentres. Heureusement, j’ai eu la route pour moi seule, ou presque. Si une voiture me rattrapait, je me rangeais dès que possible pour la laisser passer, et me laisser ensuite absorber par le paysage.  

Assez ironiquement, j’ai perdu la radio à la hauteur de Pointe-à-la-Renommée, où Marconi a installé la première station de radiocommunication maritime nord-américaine. Au bout d’un bon moment, j’ai attrapé une radio country surréaliste où jouait une chanson intitulée «Cocu content». Je n’en suis pas encore revenue.

J’en ris encore.

Vendredi soir à Gaspé

Crevée comme j’étais en arrivant à Gaspé, je n’ai pas voulu me casser le bicycle, comme on dit. J’ai brièvement arpenté la rue principale (baptisée rue de la Reine et ne me demandez pas pourquoi), et j’ai fini par me résoudre à entrer au Brise-bise, dont la terrasse débordait jusque sur le trottoir. Une quinzaine de personnes attendaient une place. Personnellement, c’est contre ma religion de faire la queue pour entrer dans un resto. C’est là que la personne seule a un avantage: elle est seule! La jeune hôtesse m’a expédiée au bar, où j’ai réussi à m’insérer entre un couple de locaux qui connaissaient la barmaid par son petit nom et deux chums qui se racontaient la dernière fois qu’ils avaient été arrêtés par la police alors qu’ils avaient bu.
J’ai demandé une bière du Naufrageur, une bavette à point et le mot de passe du wi-fi.
Le couple parti, un monsieur qui ressemblait à Victor Lévy Beaulieu s’est installé en laissant, comme il se doit, une place vide entre lui et moi. Il a demandé la carte des bières. Il y a 16 pompes, dont je ne sais combien de brasseries locales. Il a commandé une pinte de Coors Light.
Ben coudon.
La jeune serveuse était tellement efficace qu’elle m’étourdissait.
Ma bavette était bonne – cuite juste ce qu’il fallait -, les frites aussi, la salade fraîche. Pas le repas du siècle, mébon, vraiment pas le pire non plus.

Le tour de l’île

Aujourd’hui, avec William, on a fait le tour de l’île Bonaventure, d’abord en bateau, puis à pied. Ma légendaire prévoyance et moi, nous avions apporté anorak et lainage en nous disant qu’il ferait peut-être froid et pluie, vu les prévisions de la météo. Mais comme le ciel et la température défiaient une fois de plus cette science inexacte, j’ai dit merci quand même à ma prévoyance et laissé tout ça au bureau d’accueil. J’ai eu si chaud pendant la première moitié du trajet que j’ai vraiment remis en question, pendant un moment, l’idée de retourner au Bénin, fût-ce pour deux mois. (Quoi? Je ne vous l’ai pas dit? Ben oui, en septembre. Mais c’est une autre histoire.) Au retour, on a attrapé un orage qui nous est arrivé dessus sans prévenir, si bien que j’ai fait l’aller et le retour trempée, mais pas pour les mêmes raisons. Heureusement, le soleil est vite revenu et, grâce à ces fabuleux textiles qui sèchent en un rien de temps, je ne suis pas morte de froid dans le bateau du retour. Et de toute façon, eussé-je eu mon imper, j’aurais tellement sué dedans que j’aurais fini par l’enlever. CQFD.

Les fous de Bassan

Ils plongent en piqué à une vitesse supersonique et ressortent de l’eau sans jamais rien dans le bec. C’est qu’ils assomment les poissons par la dureté du choc qu’ils produisent, puis ils les avalent sous l’eau. Wikipédia nous affirme que c’est en raison de cette pêche apparemment vaine que les marins les ont traités de fous. Mais au vu de leurs comportements sur terre, qui ont toutes les apparences d’un paquet de désordres mentaux bien documentés, je pense que Wiki a fait un peu court.
D’abord, ils se marient pour la vie et reviennent année après année dans le même nid, qui n’est rien de plus qu’une vague saillie dans le sol nu, probablement créée par des années d’accumulation de guano. D’ailleurs, l’odeur, je ne vous dis pas. On s’approche de la dépendance affective.
Ils n’ont qu’un petit par an. Si ce dernier a le malheur de «tomber» du nid (juste une petite dégringolade de quelques centimètres), il est kaput, ses parents ne s’en occupent plus et il crève là, à portée de bec de ces deux imbéciles. Compte tenu de la maladresse extrême avec laquelle les fous de Bassan se posent (on dirait mieux «s’écrasent») sur le sol, on s’étonne que de telles dégringolades de bébés ne surviennent pas plus souvent. Négligence parentale, trouble de l’attachement, déficit d’attention, troubles psychomoteurs.
Les deux parents se relaient pour aller quérir la pitance de leur rejeton, qui est si laid à la naissance que, finalement, on peut les comprendre de le laisser tomber à la première occasion. Là, je n’ai pas de diagnostic clair.
Quand le mâle rentre au nid, il a l’amabilité de signaler son retour par une violente attaque de la femelle, un peu comme un mari ivrogne et soupçonneux qui lui reprocherait d’être allée avec tous les voisins (qui sont nombreux). Il lui mord le cou par derrière, ce à quoi elle répond par des gestes de soumission que je préfère ne pas décrire.
À noter que le fou de Bassan est un oiseau extrêmement territorial, ce qui ne l’empêche pas de nicher dans l’équivalent du camping de Sainte-Madeleine. Si ça ne frise pas la schizophrénie, je veux bien qu’on me dise ce que c’est. Tsé, si t’es pas capable d’endurer tes voisins, t’es pas obligé de vivre dans un condo.
J’dis ça, j’dis rien, hein.
En tout cas.

William

Nous nous sommes laissés, mon très cher William et moi, dans le stationnement de la compagnie de bateaux. Nous avions tous les deux le coeur gros. Une grosse accolade, pas beaucoup de mots.
On a passé une maudite belle semaine. On a ri, on a regardé la mer sans rien dire, on a dit des conneries, on a parlé de choses sérieuses et pas sérieuses, on a cuisiné, on s’est régalés, on a marché, on s’est foutu la paix ou on l’a savourée ensemble.
Il nourrit une affection immodérée pour ses trois chattes pas de poil (des rex de Cornouailles). L’une d’elles, P’tite fille, fait pipi partout. Je pense qu’elle a pissé sur mes sandales. Ou sur quelque chose. Bref, ça sent le pipi de chat dans ma chambre.
En tout cas.
Sur la route vers Gaspé, je me suis arrêtée saluer Gérard et Catherine, de Gaspésie sauvage, ces deux extraordinaires personnes sur qui j’ai écrit ce reportage il y a deux ans. Ils ont été d’une gentillesse extrême, m’ont montré leurs projets (ils n’arrêtent pas), je les admire et je les aime. J’en reparlerai.

Gaspé

Là, j’écris d’un motel tellement anonyme qu’il en est reconnaissable. La connexion internet est si aléatoire que je pense que j’ai plus de chances de gagner le gros lot à la 6-49 (même si je n’achète jamais de billet) que d’envoyer ce texte sans encombre, mais bon, mon optimisme m’a bien servie jusqu’ici, soyons fous.
Le motel est au bord de la 132, à 4 km du centre-ville de Gaspé. Comme La Malbaie, Rimouski, Alma ou de dis-le-nom-d’-une-ville, Gaspé est une ville laide. Un centre commercial hideux donne sur le bassin du Sud-Ouest, au bord duquel la route 132 a été construite à grands renforts de remblayage, si bien que les habitants n’ont plus accès à l’eau que par une étroite promenade en contrebas, avec en fond sonore le bruit des voitures et des camions qui y circulent en permanence.
On l’a-tu, l’affaire.<

De choses et d’autres

Le ciel s'est couvert en après-midi; les nuages ont lâché quelques gouttes sans grande conviction et ont fini par y renoncer, par paresse sans doute. La mer a pris un gris métallique, elle soupire sous le ciel blanc comme si elle s'ennuyait.

Demain, William m'emmènera voir les fous de Bassan à l'île Bonaventure, après quoi il rentrera dans son royaume tandis que je poursuivrai ma route, avec étapes à Percé, Mont-Saint-Pierre, Sainte-Félicité (près de Matane, d'où je prendrai le traversier pour Baie-Comeau). Ensuite, dodo à Portneuf-sur-Mer, quelque part sur la Côte-Nord, que je n'ai jamais visitée. Si tout va comme prévu, mon itinéraire ressemblera à ceci:

https://goo.gl/maps/Q11RgSTCLJq

Ça me fait tout drôle de me trouver hors de chez moi pour aussi longtemps sans être à l'étranger. On devrait tous faire ça au moins une fois dans sa vie. Bon, on ne s'émerveillera pas de l'architecture ni de l'aménagement des villes (quel aménagement?), c'est un cas désespéré: au Québec, le clin de vinyle, le bardeau d'asphalte et l'aluminium émaillé on fait des ravages irrémédiables. Les centres commerciaux ont fait le reste. Il faut bien le dire, nos villes et nos villages sont laids. Heureusement, il reste les paysages. Et les gens.

Les Gaspésiens me font mourir de rire. Ils ont une gouaille inimitable, un naturel désarmant, une familiarité bon enfant irrésistible.

Comme cela se faisait quand j'étais enfant, les gens débarquent les un chez les autres sans s'annoncer, juste pour dire bonjour en passant. Ils restent deux minutes ou deux heures, parlent de choses et d'autres, accepteront volontiers la bière ou le café qu'on ne manquera pas de leur offrir. J'ai toujours adoré ce genre de visite impromptue, dont l'habitude se perd dans les villes.

Hier, nous sommes allés manger chez Le Chialeux, un resto d'une quinzaine de places où le proprio, Jean-Pierre Duguay, fait tout tout seul: la cuisine, le service et… l'animation. C'est un personnage complètement extravagant, qui houspille ses clients s'ils arrivent en retard (les repas sont servis à heure fixe) ou si un égaré se présente sans avoir réservé. Il mitonne des plats généreux, simples mais bons et bien faits, à 30$ par convive (entrée, plat, dessert, café). Si vous passez par Chandler, allez-y. Mais n'oubliez surtout pas de réserver… et apportez votre vin.

Sociabilité

Il me dit, avec une pointe d'inquiétude: «Toi qui es si sociable, je t'emmène juste voir des chevaux et des bisons!»
Entre-temps, on est arrivés face à face avec son amie Céline, qui revenait de chez son neveu et qui a dû reculer le gros pick-up de son chum pour nous donner accès à la ferme du neveu. Nous sommes ressortis de là avec un bouquet de radis de la mort et une douzaines d'oeufs frais pondus. Juste avant, nous étions allés acheter des carottes pour gâter les chevaux du rond de course. Tous les chevaux connaissant William. William connaît tous les chevaux. Il connaît aussi (et surtout) toutes leurs propriétaires. Au Québec, les chevaux sont des histoires de femmes.
Je suis sociable, oui.
Mais j'aime tellement les chevaux!

Mer

IMG_0015Je la contemple inlassablement, j’observe ses couleurs changeantes – blanche ce matin, indigo ce soir, violette hier – je guette un éventuel souffle de baleine à l’horizon (sans succès jusqu’ici, mais ça viendra, m’assure William). Depuis jeudi, trois eiders à duvet et leur couvée se laissaient ballotter par les vagues juste devant la maison. Aujourd’hui, ils sont invisibles, j’interroge la mer sur leur disparition. Un chapelet de fous de bassan passe au ras des flots, un goéland marin fait l’important sur un rocher, deux becs-scies arpentent la rive couverte de varech. Un cormoran fait comiquement séher ses ailes au soleil. On a même eu la visite d’un couple de huards, qui s’interpellaient mélancoliquement tout près de la berge.

Aujourd’hui, je n’ai rien fait d’autre que lire et lever les yeux de temps à autre pour observer cette vie discrète. L’eau, en ce moment même, est en train de prendre une teinte turquoise dans la lumière dorée du soleil déclinant. Il fait frais, nous rentrerons bientôt pour bricoler un souper. On mange du homard tous les jours. Riz au homard, omelette au homard, pâtes au homard. Non, on ne se lasse pas (pas encore). William en a plein son congélateur, des bêtes énormes que lui ont données ses amis pêcheurs. Contre toutes les lois de la congélation raisonnée, il les a sommairement emballées dans un vieux sac de pain. «C’est pas comme s’ils allaient rester là ben longtemps», argue-t-il quand je m’en étonne.

Vu de même…

William

Je l’ai connu au cégep de Chicoutimi, où j’étudiais en lettres et où, avec quelques mauvais compagnons, il faisait des folies inimaginables et pas racontables (sauf par lui, et alors c’est toujours à mourir de rire). Je dis «connu», mais nous n’étions pas amis. Je l’ai connu comme tout le monde connaissait William, qui passait difficilement inaperçu avec ses longs cheveux roux frisés et les coups pendables qu’il commettait, de préférence devant public.

Nous nous sommes retrouvés par hasard, par un soir pluvieux d’avril, dans un bar de Montréal. Quand j’ai vu entrer ce monsieur chauve à barbichette blanche au Verre bouteille, j’ai surtout remarqué son compagnon, une sorte de géant avec une grosse tête patibulaire qui aurait pu lui faire décrocher un rôle dans un film d’horreur de série B.

Le bar, à cette heure tardive, était presque vide. Je sentais sur moi le regard de ce monsieur à barbichette, qui a fini par s’approcher et me demander poliment: «Pardon, madame, mais est-ce que par hasard vous venez de Chicoutimi?

– Heu… oui?

– Étiez-vous au cégep dans les années 76, 78?

– Heu… oui?, ai-je répondu, de plus en plus interloquée.

– Fabienne?

– Heu… oui? (Cette fois complètement mystifiée.)

– je suis William.

Je suis tombée sur le cul. WILLIAM! Je n’ai jamais compris pourquoi et comment il m’avait reconnue, ni pourquoi il se souvenait de moi. Mais nous sommes restés amis, et voici que je suis chez lui, et que ses amis viennent nous visiter, juste parce que je suis là.

William est ce genre d’ami irremplaçable, qui me dit que je peux rester tant que je veux mais que, disons à Noël, il va peut-être se tanner.

Bonne chance.

Fleuve

J’ai mis sept heures pour couvrir les 210 km qui séparent Québec de Rivière-du-Loup. Comptez là-dedans un (petit) bout d’autoroute à 120 à l’heure. Le reste, tout doucement, en passant par les villages, en me posant avec délice ici et là, au gré de mes envies.

Je me suis d’abord arrêtée à L’Islet-sur-Mer, lieu de naissance de Joseph-Elzéar Bernier, qui a commencé à naviguer sur le fleuve avec son père dès l’âge où il a pu marcher, et qui est devenu à 14 ans officier de marine, puis capitaine et explorateur. Une vie incroyable, racontée dans un musée dont j’ignorais complètement l’existence et où j’ai passé une bonne heure. 

Le fleuve, jusqu’à Kamouraska, garde toujours une couleur boueuse, boudeuse, je ne l’ai jamais vu autrement. Mais dès qu’on passe Saint-André ou Saint-Germain, il devient doux et bleu, il répand son parfum iodé jusqu’à la route. Sur l’autre rive, les montagnes violettes de Charlevoix dorment doucement sous un ciel qui ne m’a jamais semblé aussi infini qu’ici. 

J’ai dormi à l’Auberge internationale de Rivière-du-Loup, comme je me l’étais promis, et j’y ai comme prévu rencontré des personnes formidables. Parmi celles-là, Christophe, au Québec pour trois petites semaines, que j’ai embarqué jusqu’à Rimouski et à qui j’ai fait voir mes coins préférés: Cacouna, Saint-Fabien… Il s’est montré enthousiaste, curieux, intéressant, d’une confondante gentillesse. Il restera un ami. C’est la magie de Rivière-du-Loup!

Avec Christophe, sur la grève de Saint-Fabien.


Après, j’ai filé jusqu’à Chandler par la vallée de la Matapédia, toujours somptueusement belle. J’ai eu la route pour moi seule jusqu’à Carleton, que j’ai trouvée affreusement clinquante et criarde. Ce talent que nous avons de défigurer les lieux d’exception…

J’ai mis pied en fin d’après-midi à Pabos Mills, chez mon ami William, qui habite chez ses trois chats avec sa soeur Julie. Depuis que j’y suis, une vieille chanson de Michel Rivard me trotte sans arrêt dans la tête: «Moi j’ai un ami que je vois pas souvent mais que j’aime tout autant / C’est un drôle de gars qui vit dans une drôle de maison avec un drôle de chat…»

Sa maison, toute semée de plats de croquettes, de bacs de litière, de jouets à plumes et de coussins de chats, est plantée droit devant la baie des Chaleurs. La mer et le ciel y entrent à pleines fenêtres, on ne se lasse pas de ce spectacle. Hier soir, nous avons eu droit à un lever de lune surréaliste, à mes yeux du moins – William dit que c’est comme ça tous les soirs.