Ce soir, un orage comme on n’en voit pour ainsi dire jamais à ce temps-ci de l’année dans cette région nous a fait courir comme des folles dans le jardin, Michelle et moi, pour ramasser le linge mis à sécher et les hamacs dans lesquels nous nous prélassions quelques minutes auparavant. «El tiempo es loco» (le temps est fou), a commenté Jaqui en soupirant.
Le tonnerre gronde encore au moment où j’écris ces lignes, quelque cinq heures après les premières gouttes. Loco, oui, mais aussi troublant.
Il paraît en tout cas que ce sera bon pour la pêche aux crevettes demain. Je me promets un petit festin.
Parlant de pêche, nous avons été abordées aujourd’hui par un jeune homme manifestement dans la misère (ça se voyait à ses vêtements). Il s’est approché doucement, et il a commencé à essayer de nous expliquer son histoire dans un laborieux mélange d’anglais et d’espagnol. Je l’ai interrompu… pour lui dire qu’il pouvait parler en espagnol.
Il s’est plié en deux, les mains sur la tête, et il est resté comme ça quelques secondes. J’ai cru qu’il allait pleurer de soulagement.
«Te escuchamos» (nous t’écoutons), j’ai dit en lui mettant la main sur l’épaule.
Et il nous a raconté qu’il était pêcheur, qu’il travaillait dur, qu’il rapportait de tout – poissons, crevettes, poulpes, crabes… jusqu’au jour où le traître vent du nord s’est levé et a renversé sa barque. Il est tombé à l’eau et a pour ainsi dire été éventré par l’hélice du moteur, qui tournait toujours.
Il nous a montré ses cicatrices sur les bras et aussi (chose que j’aurais préféré ne pas voir) sa colostomie, que j’avais devinée sous son chandail.
Il demandait un peu d’aide pour payer ses soins.
Je lui ai donné toute la monnaie que j’avais, tout en regrettant de n’avoir rien de plus.
J’aurais voulu le prendre en photo, lui demander son nom, mais un sachet de plastique dans lequel Michelle gardait trois plumes de flamant rose que quelqu’un lui avait données un peu plus tôt s’est envolé. Michelle a couru pour le rattraper, le jeune homme a couru derrière elle pour l’aider… et il n’est pas revenu.
Je n’arrête pas de penser à cette histoire.
Ça fait mal au coeur.
Comme consolation, quelques images prises sur la plage aujourd’hui.









