PUVIRNITUQ — C’est à quelque 1600 km de Montréal à vol d’oiseau. On est sur le 60e parallèle et, à vrai dire, dans un monde parallèle.

J’accompagne une amie qui a la garde de deux petits garçons inuit, qu’elle emmène périodiquement visiter leur famille d’origine. Le plus vieux, que j’appellerai Charlie, a 5 ans et est né ici, à Puvirnituq. Le petit, baptisons-le Eric, a 18 mois et est né à Inukjuak.
Nous avons donc atterri mardi à Inukjuak après une équipée de 8 heures à bord d’un Dash 8 (45 passagers) qui s’était successivement posé à La Grande, à Kuujuarapik et à Iliujak.

À Inukjuak, c’était l’Halloween, on devait faire la tournée des maisons avec la maman d’Eric, mais notre avion est arrivé avec deux heures de retard.
Ici, enfants et adultes commencent la tournée à 16h, dans une frénésie de VTT où l’on s’entasse à cinq, six, voire plus (évidemment sans casque, pour quoi faire?).
Une demi-heure après, c’est fini: tous les bonbons ont été distribués, ce qu’indiquent des affichettes scotchées dans la porte: « Sorry, no more candies. »
C’est ce à quoi nous nous sommes heurtées à 17h, quand nous sommes enfin sorties après avoir dûment costumé les deux enfants. Pouet pouet!
Heureusement, mon amie Sylvie avait elle-même apporté une tonne de friandises dans le but de les distribuer — ce que nous n’avons évidemment pas pu faire — et on est restées avec notre butin, si bien que Charlie n’a pas été trop déçu: il a des bonbons pour le restant de ses jours!
Le lendemain, petite promenade dans les rues du village, il ne faisait pas trop froid, c’était juste bien. Charlie s’est fait un copain.


Puis on a soupé tous les quatre chez mes chers amis Anne-Marie et Sylvain, qui travaillent là-bas. Ça avait quelque chose de complètement surréaliste de nous voir dans ce cadre.
Ce matin, activité de confection de biscuits à l’école de cuisine où enseigne Sylvain, avec quelques élèves de la classe de troisième année primaire où Anne-Marie remplace la prof… d’inuktitut.
Il va sans dire qu’elle ne leur enseignera pas l’inuktitut, mais au moins elle leur fait travailler leur français et les plonge dans toutes sortes d’activités créatives incroyables — sculptures de papier mâché, gouache, collage, expérimentation à l’acrylique sur cartons récupérés… Ça donne des résultats franchement épatants.
Ils ont de la chance de l’avoir, ces enfants, parce que n’importe qui peut se voir engager comme prof suppléant. Vraiment n’importe qui, du moment qu’il y a un adulte dans la classe. C’est assez triste, mais c’est comme ça.
À l’école de formation professionnelle où enseigne Sylvain, il y a tout ce qu’il faut pour former des mécaniciens, des menuisiers, voire des plombiers. Des ateliers immenses, équipés à n’y pas croire. Mais ils ne servent à rien: y a pas de prof.
C’est affligeant.
Mais bon, la séance de cuisine, à laquelle je suis allée avec Charlie, a été très rigolote. Il n’y aura pas d’autres photos pour protéger l’identité de Charlie.

Quand nous sommes sorties de l’école (Sylvie était venue nous rejoindre après avoir laissé Eric avec sa mère pour une ultime rencontre), il y avait un blizzard à vous arracher la tête. On a craint que notre avion pour Puvirnituq ne puisse décoller, mais le temps s’est calmé juste assez pour que nous puissions partir.
Là, je suis crevée, j’ai attrapé le rhume des enfants, j’espère que ça ne tournera pas en bronchite avant le 5, jour prévu de notre retour, si la météo collabore.