Folies sévillanes

Séville, Séville… On entend des castagnettes, des accords de guitare, le murmure d’une fontaine; on imagine de somptueux palais, des grilles de fer forgé, des venelles fleuries…

Oui, oui, clichés, mais pas tant que ça (les clichés ont quand même souvent un fondement, non?). Sauf  que, en ce moment, il n’y a pas moyen de trouver un bar où l’on présente du flamenco: tout le monde se retrouve dans un parc un peu en dehors du centre historique, lieu de la Feria de Abril.

Pour savoir où c’est, facile: on suit une grappe de jeunes femmes en robe flamenca, la fleur piquée au sommet de la tête comme une antenne parabolique, les franges du châle et les volants qui se balancent au rythme de leurs pas pressés.

Elles s’arrêtent volontiers dès qu’on pointe vers elles un appareil photo et prennent la pose, très maquillées, très apprêtées, puis repartent du même pas. Des autobus remplis de jeunes femmes toutes pareilles et toutes différentes nous dépassent, et aussi des taxis, et encore des calèches, attelées de deux, parfois quatre chevaux superbes, menés par des cochers impeccablement élégants. Tout le monde, vous dis-je, s’en va à la Feria.

Et là… là! La folie, mes amis! Plusieurs milliers de personnes s’entassent dans des centaines de casetas, sortes de petits chapiteaux commandités qui par une entreprise, qui par une association, qui par un parti politique. On y va pour boire et manger, écouter et danser le flamenco, mais surtout, d’après ce que nous avons compris, pour voir et être vu.

Dans les allées, un flot incessant de calèches rutilantes et de caballeros sanglés dans leurs habits de fête, une belle toute poudrée en croupe, fait lever une poussière jaune qui colle aux visages en sueur sous le soleil implacable. Il y a autant de gens dans les allées que dans les casetas, parce que n’entre pas là qui veut. Il faut y être invité, faute de quoi on reste debout, à boire ce qu’on a apporté. Les jeunes trimballent des sacs de plastique avec le nécessaire: une bouteille de deux litres de 7-Up, un litre de vin blanc, des glaçons. Ils ont tous à la main, garçons et filles, de vastes gobelets de plastique remplis à ras bord de ce mélange.

Après nous être remplis de ce spectacle, nous sommes sortis de l’enceinte pour retourner vers le centre-ville. Aux abords du parc, les trottoirs, les rues, les ruelles, les terrasses s’étaient remplies de monde. Une dizaine de femmes d’une soixantaine d’années, toutes en falbalas, assises autour d’une table non loin de celle où nous nous étions posés pour la sainte bière de 17h, chantaient et dansaient tour à tour, fort élégantes, joyeuses, belles à voir.

Pendant ce temps, le centre-ville est abandonné aux touristes, Français pour la plupart, mais aussi, bien sûr, Japonais en grappes qui se prennent mutuellement en photo devant n’importe quoi, et qussi quelques Allemands. La ville est splendide, ses monuments fastueux (l’Alcazar m’a largement consolée de n’avoir pu visiter l’Alhambra), mais il y manque l’âme de Malaga, par exemple. Comme Florence, c’est une ville-musée désertée par ses habitants, où l’on pratique des prix prohibitifs pour une nourriture moins bonne qu’ailleurs.

Nous sommes donc bien contents de nous être rabattus sur Carmona, à une trentaine de kilomètres de Séville. C’est une très ancienne ville ceinte de murailles qui datent des Carthaginois, où nous logions dans une maison vieille de 700 ans (excusez du peu).

Hier soir, avant d’y retourner, nous avons pris un verre dans un café où un écran de télé montrait la corrida du jour. Rien à faire, je ne m’y habituerai jamais. J’ai eu beau me rappeler les paroles de ma chère Françoise, camarguaise amatrice et connaisseuse de tout ce qui touche les chevaux et les taureaux, qui dit que c’est pour la bête une mort glorieuse et noble, je trouve inhumaine cette façon de harceler un animal jusqu’à l’épuisement pour l’achever d’un coup d’épée entre les omoplates. Que voulez-vous, je suis une grande sensible.

Nous partons tout-à l’heure pour Cadix, dont on dit le plus grand bien. Je tâcherai de vous mettre des photos la prochaine fois.

Hasta luego!

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s