Un repas marocain

Aujourd’hui, repas chez la maman de Larbi. Je ne sais pas dire si c’était un dîner, un déjeuner ou un souper, tous vocabulaires confondus: nous avons mangé vers 16h, un tajine de poulet à tomber par terre, une profusion de préparations de légumes, avec du riz, du pain, en voulez-vous, en voilà.

La maman de Larbi nous avait reçus Pierre et moi en 2014, alors que nous revenions du Bénin, et j’avais souvenir des trésors qu’elle posait sur la table avec l’air de ne pas y penser.

Et encore là, comme dans le cas de ma chère Khadija, personne ne songe à la remercier, à la féliciter. Ça me tue.

Nous étions bien une dizaine, serrés autour de la table basse qui ne suffisait pas à contenir tous les plats. La mère, le frère et les deux soeurs de Larbi, plus évidemment sa compagne, Imane, avec sa mère à elle, et puis aussi Touria, une voisine avec laquelle Larbi et son ami Mehdi entretiennent une relation de moquerie absolument inconcevable dans mon pays, et encore quelques personnes dont je n’ai pas tout à fait compris qui elles étaient.

Larbi et Imane ont une petite fille de six mois, qui s’appelle Tidar (un nom berbère qui signifie «vie» ou «vivre») et qui est l’objet de toutes les attentions, le centre de toutes les conversations, comme de coutume quand un petit enfant arrive le premier dans une famille.

Elle est forte et belle et en paix, cette petite fille aimée au delà du dicible. Je suis contente qu’elle soit tombée dans cette famille bruyante, bruissante, probablement assommante parfois: elle ne se sentira jamais seule.

C’est du moins la grâce que je lui souhaite, moi, en tant que mortelle dénuée de tout pouvoir, et je sais que cela se réalisera par la force des choses.

Mais si j’étais une fée chargée de me pencher sur son berceau comme dans La Belle au Bois dormant et de lui attribuer des qualités, je lui souhaiterais surtout d’avoir une tête de mule. Il en faut, pour faire son chemin comme femme au Maroc. Je dis toujours qu’ici, si les hommes ne peuvent pas avoir une femme, ils ont un âne.

Alors ma petite Tidar, sois têtue.

Fonce, ou refuse d’avancer là où tu ne veux pas aller. Fais exactement ce que tu veux. Va, vis, voyage, explore et ose.

Ne te laisse jamais dire que tu n’es pas capable, ou apte, ou compétente.

Tu feras ça, j’espère, en mémoire de tes grand-mères.

Bonne vie, ma belle Tidar.

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