Luang Prabang

La ville impériale de Luang Prabang rappelle un peu La Havane, en beaucoup plus petit (et en moins décrépit). Sa gloire passée est manifeste, et elle est comme figée dans le temps. Cela et les restes de l’influence française lui donnent un charme inouï. Les femmes sont encore nombreuses à porter le sarong traditionnel – même les plus jeunes, qui montent alors en amazone sur le scooter que conduit leur amie, leur frère ou leur mari. 
Car le scooter sévit ici comme ailleurs. Même si nous autres Occidentaux n’avons pas de leçons à donner à quiconque sur la question de la motorisation, on se prend parfois à imaginer combien cette ville devait être agréable du temps où tous se promenaient a vélo. Même les antiques cyclopousses ont été démontés et greffés à des motos. On n’arrête pas le progrès…
D’ailleurs, la douceur de vivre et l’indolence qu’on observe ici sont peut-être en voie de disparition. Le tourisme de masse fait son œuvre et les enfants apprennent très tôt à offrir aux touristes des bijoux de pacotille en indiquant le prix en anglais avec un irrésistible geste de la main.
Parlant de main, nous avons assisté hier à un spectacle de danse traditionnelle laotienne, très proche de ce qu’on connaît de la Thaïlande, où seuls les bras, les pieds et surtout les mains sont mis à contribution. 
Une vingtaine de jeunes femmes également menues, fines, aériennes, habillées de sarongs chatoyants et arborant un sourire tout ce qu’il y a d’oriental ont gracieusement habité la scène pendant une heure. Un délice. Mon amoureux en est sorti tout tourneboulé.
Nous passons nos journées à nous promener dans la ville, où les marchés du matin, de l’après-midi et du soir se succèdent. Dans le premier, on vend surtout des légumes, des fruits et tout ce qui se mange: poissons grillés, intestins, pieds ou flancs de porc, brochettes, poulets entiers, au-dessus desquels on agite sans relâche un sac plastique au bout d’un bâton pour chasser les mouches. Si j’étais fine bouche, ce serait suffisant pour que je devienne végétarienne, mais vous savez comment je suis… J’ai mangé l’autre soir un filet de buffle qui enlève toute velléité de changer de religion!
Nous avons bien sûr visité l’ancien palais royal, assez modeste comparé aux fastes de la royauté thaïlandaise. C’était un petit roi… Toute la famille a été envoyée en camp de travail à la révolution, en 1975 – papa roi, maman reine, les princes et les princesses, et ils y sont morts les uns après les autres. Comme des milliers de Laotiens ordinaires, d’ailleurs.
Demain, nous repartons pour la Thaïlande, ses plages et ses merveilles. Nous avons besoin de nous poser un peu: mon genou va de mal en pis, et Pierre aussi commence à fatiguer. 
Un peu d’acrobatie
Je vais renouer avec les installations sanitaires siamoises, qui forment probablement des générations d’acrobates sans que personne se soit avisé de la chose. Avis aux recruteurs du Cirque du Soleil. Qu’on en juge.
Primo, la cuvette est à mi-chemin entre l’installation à la turque et celle que nous connaissons: en porcelaine, rectangulaire, elle fait environ 30 cm de hauteur. Les côtés, d’une huitaine de centimètres de largeur, sont rainurés de sorte que l’on n’y dérape pas en s’y juchant. Précaution bien inutile parce que, d’une manière générale, ils sont mouillés. À côté, un réservoir plein d’eau (parfois un simple seau) et une louche ou une écuelle, qui servent de chasse d’eau. Et parfois un pistolet à jet, genre rince-légumes, en l’occurrence un rince-fesses. En Orient, on juge que le papier hygiénique porte bien mal son nom.
L’Occidentale qui voyage en Asie ne se sépare donc jamais de son rouleau de papier toilette, qu’elle transporte dans son sac en toute circonstance. Vous entrez donc dans le cabinet après avoir versé les trois bahts réglementaires à la dame pipi (on se demande d’ailleurs à quoi elle sert parce que c’est généralement quand il y en a une que les toilettes sont mal tenues). Si vous voulez du papier, c’est un baht de mieux, mais vous avez toujours le vôtre avec vous.
Le sol est mouillé parce que l’eau que l’on verse dans la cuvette pour en chasser le contenu a éclaboussé un peu partout, à moins que ce soit le rince-fesses. Pas de crochet pour suspendre votre sac. Vous le suspendrez donc à votre cou. Vous avez aussi retroussé le bas de votre pantalon pour ne pas vous mouiller. Vous devez maintenant le baisser sans que le bas touche la cuvette. Vous vous accroupissez sur la cuvette et faites votre petite affaire. Vous luttez pour conserver votre équilibre en fouillant dans votre sac suspendu à votre cou pour trouver le papier tout en maintenant votre pantalon au bon niveau.
Vous n’avez plus de papier. Solution rince-fesses. Pas de rince-fesses. Il faut se rabattre sur l’écuelle et le seau, mais la loi de la gravité est la même dans le monde entier, et l’eau s’obstine à descendre. Vous aurez donc les fesses mouillées pour le reste de la soirée, de même que le bas de votre pantalon, que vous avez oublié de maintenir à une hauteur appropriée.
Évidemment, les Thaïlandaises sortent toujours de là impeccables, alors que vous avez l’air d’un chien qui vient d’aller jouer dans un lave-auto.
Parlant de chien, j’ai tout un chapitre là-dessus, mais je vous le garde pour la prochaine fois. Je ne voudrais pas vous lasser.

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