J’irai revoir ma Normandiiiiiie

Sitôt rentrée de mes folles pérégrinations à Aruba au milieu des cactus, des ânes sauvages et des iguanes mangeurs d’hommes, je me suis immergée dans un marathon d’écriture dont je ne sors qu’à peine. 

Mon bronzage pâlit déjà, et ce n’est pas en Normandie que je vais pouvoir le raviver. Eh oui. J’irai revoir… (air connu, et j’entends d’ici mes collègues du pupitre se lamenter de ne pouvoir entendre ma profonde voix d’alto leur susurrer cet air impérissable. Ce sera pour la prochaine fois.)
 
À défaut d’entretenir mon cancer de la peau, je m’en vais donc préparer ma cirrhose au pays du calvados. Nous irons à Honfleur, à Rouen, à Lisieux, voir la terre bénie d’où nos vaillants ancêtres, ne sachant sans doute point ce qui les attendait, ont quitté la douce France pour venir manger de la misère et attraper le scorbut en Amérique. 
 
Ce voyage aura une saveur généalogique; je suis censée partir à la recherche de mes racines. Le hic, c’est que le premier Couturier arrivé au Québec, André de son prénom, est parti de Franche-Comté. Et pour tout vous dire, je m’en soucie autant que de ma première paire de bottines. Mais si vous avez une mission à me confier, je suis preneuse.
 
La Normandie, en fait, m’intéresse bien plus parce que feu mon vieux papa y a fait le débarquement en 44. Mon ami Jean (coucou, Jean!) m’a emmenée l’an dernier en faire la tournée. À Arromanches, j’ai appelé papa: Allô, papa? J’y suis, il y a encore le pont flottant là devant, je le vois pendant que je te parle.
 
Il a voulu savoir s’il y avait encore des traces des batailles (oui), si les bunkers allemands étaient toujours là (re-oui), s’est émerveillé de ce que je semblais l’appeler de la maison d’à côté (papa criait toujours au téléphone comme si on était encore en 1930), m’a parlé de la bataille de Caen (où je ne suis pas allée, et où hélas je n’irai pas cette fois non plus). Il était ému et content que je l’appelle.
 
C’est mon meilleur souvenir de la Normandie. 
 
Ça et les huîtres. Charnues, fines, soyeuses, rien à voir avec celle qu’on a ici. Eh. C’est la France. En fait, je pense que j’en veux un peu à cet imbécile de Colbert, sans qui on aurait pu vivre une vie peinarde là-bas à manger du camembert et à boire du calva. Mais bon, c’était il y a longtemps, alors peut-être que je vais profiter de ce voyage, en fin de compte, pour me réconcilier avec lui (et pour manger quelques huîtres).
 
D’ici là, il me reste évidemment quelques équations à résoudre, comme: combien de paires de chaussures réussirai-je cette fois à faire entrer dans ma valise? Mon record est de cinq, mais il est vrai que, dans le Sud, on n’a besoin que d’un mouchoir pour s’habiller. Et de quelques mouchoirs de rechange, bien sûr.
 
Remarquez, je suis en train de devenir experte: chacun s’émerveille de l’apparente sobriété de mon bagage, une petite valise que je peux emporter en cabine. Mais nul ne se doute des trésors d’ingéniosité que je déploie pour y faire tenir toutes ces chaussures, quatre ou cinq bouquins (comme si j’allais avoir l’énergie de lire) et une quantité affolante de petites bouteilles de 100 ml remplies de ces liquides maudits, dûment et hermétiquement scellées dans un Ziploc réglementaire, que mon plus gentil sourire contrit réussit toujours à faire accepter aux préposés à la sécurité. Sauf quand c’est une femme, bien sûr.
 
Voilà, sur ces questions capitales, je vous embrasse, je tâcherai de vous écrire de là-bas, entre une réception avec le directeur de l’office du tourisme de X et une visite des archives de Y.
 
D’ici là, ne ratez pas notre palpitant reportage sur la route des Keys, à paraître samedi dans votre journal préféré. 

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