La classe

Chers et estimés,

Je suis rentrée en classe affaires, oui messieurs-dames, et j’aime autant vous dire qu’Air France ne niaise pas avec ces choses-là. Et que je te déplie une petite nappe blanche sur ta petite table, et que je te pose là-dessus un petit plateau lui-même nappé de blanc, avec encore une serviette blanche qui enveloppe deux fois trop de couverts en bon et bel acier, à croire que les terroristes susceptibles de commettre un attentat au couteau de table ne pourraient songer à débourser le malheureux supplément qu’il faut pour avoir le droit de manger comme des personnes civilisées en avion et d’égorger ensuite le pilote, le copilote et tous les agents de bord. 


Remarquez, c’est bien agréable de faire dînette comme ça, mais un peu moins de tissu blanc ne changerait rien à l’affaire. Trop de chichis, c’est comme pas assez.

Aussi galonné que des membres de l’amirauté, le personnel traite les passagers de ce côté-ci du rideau comme de grands convalescents. Vous me direz, c’est pareil en classe écono. Ah mais pas du tout. En classe écono, on nous traite comme des déficients légers. Pourtant, s’il y a une chose qui devrait être inversée, c’est bien celle-là.

À l’aéroport, nous sommes arrivés en même temps que deux ou trois fournées de joyeux naufragés de retour de Punta Cana ou de je ne sais quel bord de mer. Des beaufs en marcel et bermuda avec leur dame boudinée dans une minijupe de jean, le chapeau de palme tressée attaché à la poussette, des valises absurdement énormes, ça s’interpelle, ça pleure au contrôle de la douane parce que ça n’a pas rempli son formulaire ou parce que ça rapporte une bouteille de rhum de trop, tout ce beau monde est toasté comme un paquet de biscottes, ils sont contents d’être heureux et on est heureux pour eux, mais contents de ne pas être eux, quand même.

Bon, encore des commentaires subjectifs, ma boss n’aimerait pas ça.

Voilà, j’ai donc retrouvé mes deux fauves affamés qui m’ont ronronné dans les oreilles toute la nuit, mes six oreillers, mes insomnies et mon angoisse de l’écran vide. J’en suis déjà à mon second café, je n’aurai bientôt plus d’excuse, faudra que je m’y mette.

Mais pas avant d’avoir lu mon journal. 

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