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Les marchands du temple

À Antigua, les rues et avenues sont désignées par des numéros: 6e Avenue Sud ou Nord, 4e Rue Est ou Ouest, ça se croise à angle droit, le parque central est au milieu. En principe, c’est-à-dire sur le papier de tous les plans de la ville, c’est simple comme chou. Pourtant, ne me demandez pas pourquoi, au coin des rues, on ne trouve aucune de ces appellations, mais des noms d’inspiration religieuse: Calle Santa Maria, Avenida de la Santa Familia… essayez un peu de vous y retrouver. Mon légendaire sens de l’orientation, ici, fait merveille. J’ai fini par renoncer à chercher mon chemin. Bizarrement, depuis, je le retrouve systématiquement.

Bref, on voit tout de suite quelle importance a la religion ici: il y a des églises et des couvents plus ou moins en ruine à chaque esquina (coin de rue), et tous ces noms religieux donnent le tournis. Mais là, en ce moment, à l’occasion de la Semaine sainte, la ville est assiégée de pénitents, de pèlerins, de touristes, de policiers, de soldats, de statues de plâtre, de vendeurs de tout et de n’importe quoi. Il y a des embouteillages invraisemblables dans les vieilles rues empierrées aux trottoirs inégaux, et si l’on veut savoir où a lieu la velation (veillée d’adoration), il n’y a qu’à suivre le flot des passants et le son des sifflets de la police.


Puis, à l’approche de chaque église, une kermesse vous happe, une foire animée et grouillante où flottent des odeurs de viande grillée et d’encens, au son de ce qui semble être toujours le même air funèbre joué toujours par la même fanfare. Les vendeurs de rosaires, de lampions et de bondieuseries diverses font des affaires d’or, les infirmes font pitié, les femmes font le signe de la croix. Si Jésus voyait ça…

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Arrière-pays

Je suis rentrée hier de ce voyage de groupe au lac Atitlan puis à Chichicastenango, dont je vous ai parlé avant de partir. À ce sujet, je corrige: le marché de Chichi est le plus grand et le plus ancien d’Amérique centrale, non d’Amérique latine. Ça fait quand même une petite différence…

Mais commençons par le lac Atitlan. Douze kilomètres sur huit, des volcans (éteints) tout autour, on dit que c’est le plus beau plan d’eau du monde. Hélas, c’est la saison des récoltes de canne à sucre, qu’on cultive encore sur brûlis. Résultat: le paysage est noyé dans une fumée blanche au parfum très doux, si bien que nous n’avons pu que deviner la cime des volcans, qui se dressent comme des fantômes dans ce décor de fin du monde. Nous avons néanmoins visité quelques villes et villages, et mon coeur se serre au souvenir de ces hommes que l’on sortait ivres-morts d’une guinguette où jouait de la salsa et que l’on déposait sur l’étroit trottoir comme de pauvres sacs de maïs avarié.

Plus loin, sur le chemin de l’église, trois hommes assis cuvaient leur aguardiente. Quand nous sommes repassés, l’un d’eux était tombé carrément dans la rue, où nul ne se souciait de le ramasser, et du sang s’écoulait de sa joue sur l’asphalte. Triste spectacle que celui de ces gens si fiers qu’ils refusent de se laisser photographier mais que l’espoir d’une vie meilleure semble avoir quittés à jamais…

Le long des rues, des familles entières se vouent au négoce d’objets d’artisanat (surtout les femmes et les enfants, en fait – comme partout dans les pays « en développement », on ne voit pas beaucoup les hommes ailleurs qu’au café). Les femmes sont parfois si petites que, vues de dos, on croit qu’il s’agit de fillettes de 8 ou 9 ans. Elles portent un bébé sur le dos, ou devant lorsqu’elle l’allaitent tout en travaillant, dans ce tissu aux couleurs éclatantes qui sert à tous les usages. De fait, il est bien possible qu’elles aient eu leur premier bébé à 11 ou 12 ans.

Et à Chichicastenango, alors là, moi qui raffole des marchés, j’ai été servie. Il y a là un foisonnement de couleurs, d’odeurs, de sons comme je n’en ai jamais vu. Les petits cireurs de chaussures vous suivent sur des mètres en vous suppliant de leur confier vos sandales, des fillettes proposent des poupées, ou des foulards, ou des colifichets, les femmes se cachent le visage si vous faites mine de vouloir les photographier (l’une d’elles m’a même jeté un sort, j’en suis sûre, parce que j’ai eu le malheur de prendre en photo la devanture de sa boucherie, où bourdonnaient les mouches autour des quartiers de porc pendus à des crochets).

Dans les marches de l’église, des hommes font brûler de l’encens à en étouffer, les femmes vendent des fleurs, et toujours les petits cireurs de chaussures vous suivent… J’ai donné à l’un d’eux la mangue que je venais d’acheter, il s’en est allé content comme si je lui avais offert sa paie de la journée, souriant de toutes ses belles dents éclatantes.

Aujourd’hui, il fait une chaleur tropicale à Antigua. Je vais dîner tantôt chez mes hôtes, qui sont adorables, puis je dois voir cet après-midi un homme qui a mis sur pied un projet d’aide scolaire pour les enfants en difficulté, et qui a besoin de bénévoles à Huehuetenango, dans le Guatemala profond. Si j’y vais, ce qui est probable, ça risque d’être une expérience assez fameuse.

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En odorama

J’écris sur un clavier tellement usé que la moitié des touches sont effacées. Remerciez-moi (ou félicitez-moi) de réussir à trouver les accents sur ce clavier aveugle, moi qui tape déjà comme une incapable.

Je voudrais pouvoir vous envoyer des odeurs et des sons. À l’approche de Pâques, la ville devient de plus en plus fébrile. Les environs de cathédrale de La Merced débordent de marchands ambulants, qui offrent des bocadillos (sandwiches), des bijoux, des bananes plantain frites, de la barbe à papa, des tissages mayas traditionnels, des jus aux couleurs bizarres vendus dans de petits sachets de plastique, des mangues fendues de deux incisions en croix, qu’on pèle et mange comme des bananes (moi qui n’ai jamais aimé les mangues chez nous, me voici accro, je n’en ai jamais goûté d’aussi sucrées, tendres, parfumées, un vrai péché!).

Mais le plus beau, ce sont les Mayas des villages environnants qui, en prévision du dimanche des rameaux, tressent et vendent des ornements faits de fleurs, d’épis de blé, de feuilles de palmier. Les femmes portent toutes le costume traditionnel, avec une coiffe de velours qui leur permet de poser en équilibre sur leur tête des paniers immenses pleins de leur travail. Je ne me lasse pas de les observer, mais les prendre en photo relève du défi. Vous envoyer des images aussi, d’ailleurs: avec le type de connexion qu’on a ici, je n’ose même pas m’y risquer. Et c’est bien dommage parce que, aujourd’hui, il y avait la procession des enfants, les garçons en habit de pénitent violet, les filles en robe blanche. Un spectacle ahurissant!

Certains groupes de petits enfants, huit ou neuf ans à peine, portent à plusieurs, en marchant d’un pas cadencé, une énorme statue de Jésus en sang ou une vierge au regard halluciné. La fanfare qui les suit (tuba, grosse caisse, caisse claire, xylophone, piccolo, tout le toutim) joue des airs mortuaires et, derrière eux, un camion ramasse les aiguilles de pin et les pétales de fleurs qu’on a semés dans la rue avant leur passage. Jamais vu un camion de déchets sentir aussi bon! La procession parcourt toute la ville, pas moyen d’y échapper.

Il y a de l’encens qui brûle partout, la ville baigne dans un halo de sainteté et de délire religieux qui laisse songeur. Pas ici qu’on observera un mouvement d’apostasie…

Demain, je pars pour le week-end à Chichicastenango, une ville du Nord-Ouest célèbre pour son marché, le plus grand et le plus acien d’Amérique latine. Je vous en reparle…

Muchos besos

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Premières impressions

Me voici donc à Antigua, très jolie ville nichée au milieu de volcans et patati et patata, pour la suite, y a les guides touristiques (et il y aura des photos, mais c’est vrai que c’est drôlement joli).
Je suis arrivée tard hier soir après un voyage interminable. Me suis mise au lit sans demander mon reste et sans égard au décalage horaire. Ce matin, forte d’une bonne nuit de sommeil, je me suis levée à 7h sans comprendre pourquoi la maison dormait encore. On m’avait pourtant dit que le petit déjeuner était servi à 7h15! Ponctualité guatémaltèque, ai-je pensé.
Eh non. Je m’étais levée également sans égard au décalage horaire… Il était 5h, heure du Guatemala (7h à Montréal). Mes excuses à la ponctualité guatémaltèque.
J’ai donc eu mon premier cours d’espagnol dès ce matin, le cerveau encore un peu brumeux du fait que je m’étais recouchée en attendant le plantureux petit-déjeuner de Karla.
Ma prof s’appelle Cristina, elle m’arrive au coude, elle est excellente. Je sais maintenant tout ce que je ne sais pas. Mes amis, y a du boulot.
Je vous écris de l’école, dont j’ai obtenu la permission de squatter l’ordi parce que tous les autres élèves sont partis visiter le musée du café. Je tâtonne pour trouver les accents, et j’ai l’impression de bafouiller en vous écrivant comme je bafouille en tâchant de m’exprimer en espagnol. Ma torture n’aura donc pas de fin!
Maintenant, je m’en vais explorer un peu cette ville splendide, qui n’a rien à voir, me dit-on, avec le « vrai » Guatemala. On y croise néanmoins des femmes mayas en costume traditionnel, portant sur la tête d’immenses paniers de mangues, de lessive, de tortillas ou que sais-je encore. On en voit aussi beaucoup, assises le long des trottoirs, qui mendient tristement, accompagnées d’un ou deux enfants minuscules et faméliques. Ça crève le coeur.
Hasta luego, amigos

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C’est ça qui est ça

Bon.

J’ai enfin bouclé ma valise. Lu toutes les mises en garde des guides de voyage et du ministère des Affaires étrangères, que je me suis empressée d’oublier parce que sinon on n’irait jamais nulle part. Fait mes dernières recommandations à mon fils. Décidé de ne pas emporter mon Mac (on a beau oublier les mises en garde du ministère des Affaires étrangères, quand même, j’aime mieux qu’il reste ici en sécurité, quitte à écrire ce blogue sans accents).

Je suis remarquablement détendue, et j’en remercie la Société des alcools du Québec, qui vend à petit prix des vins blancs aptes à déglacer une casserole de veau à l’orange et au paprika hongrois tout en procurant à la cuisinière l’agréable sentiment du devoir accompli. Je vous donnerai la recette un jour (du veau, pas du devoir accompli).

Il me reste bien sûr quelques questions de fond à régler, comme justement le fond de ce blogue: noir ou pas? Je vous laisse juges. De toute façon, comme je me connais, je pourrais bien en cours de route abandonner cette lubie pour revenir au bon vieux courriel.

Nous verrons bien.

Hasta la vista, y muchos besos a todos.