Prière à saint Sauveur

«Ce sont tes deux derniers jours au cahier Voyage, sors, gâte-toi!» m’a dit aujourd’hui ma très gentille patronne, Stéphanie.

Il était question de faire un reportage sur un endroit près de Montréal, genre: Cinq bonnes adresses à _____ (insérez ici le nom d’un chouette village – Knowlton, Sainte-Adèle, Val-David…).

Au final, ce sera… SAINT-SAUVEUR!

Non pas que ce soit du goût de Stéphanie plus que du mien, mais il y a là une sorte de défi, comme d’essayer de trouver quelque chose d’authentique à Las Vegas, ou d’espérer manger une salade de jeunes pousses au miso chez McDonalds.

Saint-Sauveur, donc. Dans ce royaume du kitsch et du clinquant s’alignent une pléthore de restaurants qui servent tous la même chose, le genre de trucs qu’on a découverts il y a 35 ans en même temps que le camembert Meilleur-avant, le pain Cousin et le gros rouge: escargots au beurre à l’ail (au secours!), bavette à l’échalote (beurre maître d’hôtel en cas d’absolu raffinement), foie de veau au vinaigre de framboise, salade César au poulet grillé, penne all’arrabbiata.

C’est du moins ce que révèle une recherche dans la liste des restaurants que procure le site de la municipalité, sous l’onglet «cuisine française». Il y a bien un onglet «cuisine gastronomique ou inventive», mais il est vide («inventive»?).

Sous «cuisine familiale», on trouve notamment: St-Hubert, la Cage aux sports et le Chalet grec. (Misère! est-ce donc à cela que se réduit désormais notre cuisine familiale?)

L’expérience m’a appris que, d’une manière générale, les fautes d’orthographe du menu annoncent assez justement les défaillances du chef en cuisine. Si j’en juge par ce que j’ai vu jusqu’ici sur les interwebs, j’aime autant vous le dire tout de suite, un autre scandale Orford Express est à nos portes.

Côté shopping, je me demande ce que je dois penser de la boutique Buck (vêtements pour hommes) ou du fait que, sous l’onglet «art, décoration, matériel d’artiste», on trouve Au Coin du vitrail et Aubaines du dollar.

Mais vous me connaissez: rien ne m’empêchera de faire mon dur devoir de dire. J’irai donc, l’esprit ouvert et, comme vous êtes à même de le constater,  sans a priori. J’irai, toujours drapée dans mon inaltérable objectivité journalistique. J’irai, j’irai, prête à défendre jusqu’à la mort le droit du public à l’information, la liberté de la presse et toutes ces choses philosophiques qu’il serait trop long d’énumérer ici.

Sauf qu’il y a ce petit verglas qui tombe obstinément depuis un moment, vous savez? Du genre de celui qui a pratiquement paralysé la ville en 1998?

Au moment où j’écris ces lignes impérissables, d’aimables stalactites de cristal frangent la rambarde de mon balcon et pleurent leur espérance de durer jusqu’à demain. Ce n’est pas moi qui vais les contrarier.

Je prie avec elles: que ça continue juste assez longtemps pour que ce soit vraiment trop dangereux de prendre la route demain sans que ça m’empêche de prendre l’avion dimanche. Est-ce trop demander?

Saint Sauveur, priez pour moi!

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