Venise en vrac et en vrai

Je me rends bien compte que j’ai vu une Venise rarissima. Sérénissime pour vrai, depuis peu et pour on ne sait combien de temps: la piazza San Marco presque déserte (hormis une petite file pour voir la basilique), les rues marchandes «marchables», les canaux aux eaux calmes d’une incroyable couleur de jade, les venelles silencieuses… Pour une fois, je dois bénir la covid (même si l’apparition du nouveau variant me remplit d’anxiété): cette Venise-là n’est pas donnée à tout le monde.

Je reviendrai certainement, hors saison, comme maintenant, flâner dans les quartiers plus populaires où le tourisme de masse ne se rend peut-être pas encore. C’est la Venise que j’ai préférée, la moins lisse, celle qui m’a paru la plus vraie. Grazia a eu un petit rire incrédule quand je lui ai dit ça, au sortir du ghetto, ce minuscule bout d’île où les autorités vétiniennes avaient confiné les Juifs à partir de 1516 (vous saurez, mes amis, que le mot «ghetto» vient de là, une histoire fascinante à lire ici).

J’aurais bien aimé me perdre dans les petites ruelles cachées de ce vieux quartier, où les maisons sont plus hautes qu’ailleurs parce qu’il fallait loger beaucoup de monde dans un périmètre limité.

Manifestement, ce n’était pas du goût de Grazia, qui nous a emmenées là pour me faire plaisir. Ce n’est pas «sa» Venise, si j’ai bien compris – c’est comme si un étranger demandait à un Outremontais de l’emmener dans Hochelaga-Maisonneuve, disons.

J’ai compris que c’est le genre de chose que je ne peux faire que quand je suis seule. C’est bien pour ça que je me promets de revenir.

En tout cas, c’est grâce à Grazia que j’ai pu voir Burano, un bijou fabuleux que je n’aurais jamais pu imaginer et où je ne serais sans doute pas allée sans elle, parce qu’il faut vraiment vouloir. Tout est remarquablement compliqué, à Venise. Si on n’est pas bien préparé, ou si on n’a pas un guide aussi exceptionnel, on est condamné à rester dans les coins les plus fréquentés.

Bon, parmi les milliers de touristes que déversent habituellement les paquebots à Venise, plusieurs centaines réussissent sans doute à se rendre à Burano, moyennant supplément. Mais aucun d’eux n’aura pu contempler ce village de pêcheurs dans toute la beauté et la quiétude qu’il nous a offertes ce jour-là.

Je suis maintenant à Vérone, pour une seule nuit. J’en rêvais depuis toujours à cause de Roméo et Juliette, vous pensez bien. Mais après Venise, bof bof bof…

Le balcon de la Giuletta? Outre le fait qu’il est une pure fiction? Ben j’en ai vu de bien plus beaux et de moins fréquentés, sans imbéciles qui se font prendre en photo avec la main sur un téton de la statue.

Ça fait que demain, je visiterai (peut-être) le musée du Castelvecchio, surtout parce que c’est, dit-on, un exemple fabuleux d’architecture «réparatrice» (mon expression).

Ce qui est certain, c’est que je prendrai un train pour Bologne, où je me ferai un devoir de manger les plus vrais spaghetti alla bolognese de la ville. Et les moins chers, bien entendu.

Buona notte a tutti.

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