Joies du scooter

Hier, encore une folle chevauchée en scooter dans les montagnes du Triangle d’or. La campagne thaïlandaise, quand elle se mêle d’être jolie, ne sait faire que ça. Les rizières s’étalent en terrasses, séparées par les canaux d’irrigation où travaille parfois un paysan, dans l’eau jusqu’aux genoux.
Il y a des bosquets de bananiers et des huttes rondes en chaume, pour s’abriter ou ranger les – ou les deux. Une odeur de fumée flotte en permanence dans l’air, feux de cuisine ou feux de broussaille (après la récolte, on brûle le chaume qui reste avant de labourer et de replanter).

Nous avons passé par quelques villages de tribus montagnardes, qui vivent dans des conditions similaires à celles de nos autochtones. Les maisons de torchis et de chaume au sol de terre battue parsèment la montagne le long d’un raidillon que se partagent les poulets, les chiens et les enfants crasseux au sourire édenté.

Certaines vieilles femmes portent toujours le costume traditionnel, et elles ont les dents rougies et gâtées par le bétel qu’elles chiquent en permanence. Elles brodent devant leur
maison et placotant, rigolent en nous regardant passer, nous saluent gentiment.
Le dimanche, les petites filles sont en costume pour faire plaisir aux touristes. On voit parfois un jean dépasser d’une jupe brodée. Elles apprennent très jeunes à demander des sous contre une photo ou une chanson. Évidemment, on ne leur refuse pas quelques pièces, et leur sourire fait à la fois peine et plaisir à voir. Après un ou deux villages, nous avons laissé tomber: ces gens-là ne sont pas des bêtes de cirque…

Le long du chemin, des étals offraient des fraises, du jus de fraises, de la confiture de fraises… C’est en plein la saison. Dommage qu’on ne puisse pas en manger, question de santé, parce qu’elles ont l’air délicieuses. En revanche, nous avons goûté un très bon vin de litchi, de même qu’un cidre tout a fait honnête.

Évidemment, sur la route, une succession de wats (temples bouddhistes) s’offrent aux dévots. On y fait sonner une cloche ou un gong pour la chance, on dit salut au bouddha (assis, debout une main levée, deux mains levées, couché, marchant… on les connaît tous, maintenant. Il y en a un pour chaque jour de la semaine!). La végétation s’insinue partout, les poinsettias sont des arbres et les magnolias sont en fleurs.
L’accident

Au retour, un tout petit kilomètre avant l’entrée du village où nous logeons, un jeune couple en moto a fait irruption sur la route sans même regarder s’il venait quelqu’un. Pierre a tenté de les éviter, et la moto est partie de son côté, nous du nôtre. Heureusement, nous avions tous les deux nos casques: celui de Pierre s’est fendu sur une bonne dizaine de centimètres, et il a une belle ecchymose en dessous. Imaginez s’il avait été tête nue… Il s’est cassé la clavicule, et j’ai un genou de la grosseur d’un pamplemousse.
En tout cas. J’ai hélé un pick-up qui passait par là, deux jeunes hommes en sont descendus pour nous secourir. Ils rigolaient doucement, je pense parce que les étrangers se plantent régulièrement à moto. Enfin. Pierre est monté dans la cabine pendant que je retournais au scooter, lamentablement couché sur l’accotement. Je croyais qu’on allait le mettre dans la boîte de la camionnette et rentrer tous ensemble au village, mais… le chauffeur est parti sans attendre! Son compagnon m’a regardée calmement, a redressé le scooter, l’a fait démarrer et m’a fait signe de monter derrière lui. Si je m’attendais à ça!
Nous avons donc rejoint Pierre, vert de douleur, à l’hôpital de Chiang Saen. Plutôt un dispensaire, en fait. On n’est pas loin de la médecine de guerre. N’empêche, nous sommes sortis de là au bout d’une heure ou deux, dûment radiographiés, soignés contre la douleur et munis moi d’antibiotiques, Pierre d’une attelle astucieusement bricolée par l’infirmière, parce que le format thaïlandais standard était trop petit pour lui. Tout ça pour l’équivalent de 35$. J’aurais volontiers donné trois fois plus!
Pendant que nous attendions, les médecins et les infirmières, derrière un simple rideau, s’affairaient à garder en vie une vieille dame. On pouvait entendre le son du moniteur qui s’affolait, du respirateur manuel qu’actionnait une infirmière, les ordres du médecin…
Un groupe de personnes debout dans l’entrée de la salle d’urgence nous observait avec curiosité, nous les farangs (étrangers) ensanglantés et couverts de poussière. J’ai échangé avec eux des sourires, des gestes pour expliquer ce qui s’était passé (Pierre, avec sa clavicule cassée, essayait surtout de ne pas tomber dans les pommes). Tout le monde a eu l’air profondément désolé. Dieu qu’ils sont gentils, tous.
Alors aujourd’hui nous nous tenons tranquilles en attendant de partir demain pour deux jours de bateau sur le Mékong. Le fleuve est d’une largeur étonnante, on dit qu’il y a dedans des poissons-chats de trois mètres (TROIS MÈTRES!!!). 
Ici, à Chiang Saen, une jolie promenade longe le bord de l’eau. Le soir, des marchands de rue y installent leur petite cuisine ambulante et des tables basses sur de jolies nattes. On commande un poisson grillé, une salade de papaye verte, l’inévitable bol de riz, une ou deux Singha, on s’assoit par terre et on mange tranquillement en écoutant les grillons et les enfants qui jouent. Ravissant.

Voilà, je m’en vais boitiller un peu le long du Mékong, et peut-être m’acheter un sarong ou deux.

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