Désert

Salam oualeikoum,

Nous avons quitté Merzouga ce matin, un petit village au bord du désert, tout près de la frontière algérienne. Il y a une palmeraie avec des jardins communautaires chichement arrosés par un filet d’eau, dont la source se trouve à quelques kilomètres. Chacun a droit à une heure d’eau par jour. On y cultive des dattes, des olives, du blé pour faire la semoule et le pain, qu’on fait cuire dans un four à bois communal. 

Les maisons sont toutes en pisé, et une bonne partie d’entre elles ont été emportées par un orage en mai dernier. Le village a un petit air d’abandon, mais les hôtels, les maisons d’hôtes et les marchands d’artisanat y prolifèrent — le tourisme est la première source de revenus dans ce coin perdu. Nous avons d’ailleurs été harponnés dès notre arrivée par Ali, un Berbère aussi fier que futé à qui je n’ai pu faire autrement que d’acheter un tapis après des négociations qui feraient pâlir d’envie nos chefs syndicaux (ils devraient songer à embaucher des Marocains).
Nous avons visité les dunes de l’erg Chebbi le lendemain (hier) avec Ahmed, un pince-sans-rire qui connaît le désert comme la paume de sa main. Il nomme chaque plante et en décline les vertus médicinales; quitte soudain la piste sans raison apparente pour bifurquer vers une autre piste qui apparaît comme par magie sous nos yeux éblouis par la lumière crue… Les dunes ocre et brillantes s’élèvent comme un mystère au milieu d’une vaste plaine de roches noires, on se croirait sur la lune. Ahmed nous a emmenés dans un lieu ou on trouve des fossiles à la pelle; c’est ahurissant. Il n’y a qu’à se baisser et on les cueille comme des fleurs.
Puis nous avons laissé la Land Rover au pied d’une dune et nous avons marché dans ce sable aussi fin qu’une poussière d’or, brûlant comme des braises, jusqu’à une oasis plantée là comme un caprice. Nous avons pique-niqué à l’ombre d’une tente berbère, fait une petite sieste, discuté autour de l’inévitable thé à la menthe. Puis Ahmed a disparu. Nous avons cru que c’était pour la prière, mais non : il cherchait un réseau pour son cellulaire!
Au retour, après les 20 minutes de laborieuse marche qui nous ont ramenés à la Land Rover, Ahmed s’est rendu compte qu’il avait laissé les clés à l’oasis. Consternation! Pierre, dans sa grande générosité, était prêt à retourner les chercher. Mais c’était encore un coup de ce blagueur d’Ahmed : il les avait dans la capuche de sa djellaba.
Aujourd’hui, nous avons donc quitté le village de Merzouga dans le minibus d’Abdullah, grâce aux propriétaires du petit café où nous avons soupé hier soir, avec qui nous avons eu une grande conversation sur la vie, l’amitié, la mort et Allah. 

À Tineghir, Abdullah nous a confiés à Mohammed, qui nous a cédés à Hassan, qui nous a fait visiter le village et avec qui nous avons partagé un plat de kefta (viande hachée) grillé avec des tomates et des oignons (délicieux, je ne trouve pas le point d’exclamation, mais il y en a un ici). 

Puis Hassan nous a mis dans le taxi d’Essaïd (non sans nous avoir préalablement vendu un tapis), lequel (Essaïd, pas le tapis) nous a conduits à l’hôtel Yasmina, dans le petit village d’Ait Quelque Chose, d’où je vous écris, et où il règne en permanence une terrible odeur de gazole à cause des groupes électrogènes qui alimentent les maisons.

Hassan nous a promis, la main sur le cœur, de revenir nous chercher demain matin, huit heures, pour une randonnée dans les gorges. J’espère que mon petit genou tiendra le coup.

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