Essaïd et Khadija

Ouarzazate, franchement, vous me la donneriez, je n’en voudrais pas. Enfin, on parle pour parler, mais on se demande pourquoi tant de touristes s’y pressent. Bon, oui, la casbah de Taourirt, un incroyable labyrinthe de pièces en enfilade où nous avons failli nous perdre, c’était bien. Mais toute cette poussière! 
Enfin, nous n’y sommes pas restés, ce n’était qu’une étape vers Taroudant, où Essaïd et sa famille nous attendaient. Nous y sommes arrivés fort tard, après six heures dans un car déglingué qui tenait de justesse dans les virages en épingle à cheveux. Nous avons bien regretté qu’il fasse nuit: le paysage était déjà magnifique sous la pleine lune, mais nous aurions aimé le voir en couleur!
À mi-chemin, nous avons fait étape dans un hameau de montagne. Nous sommes descendus du car dans la fumée des braseros où grésillaient les poulets et les brochettes mis à cuire en prévision de notre arrivée.

Les serveurs haranguaient les passagers un peu hébétés qui s’asseyaient au hasard aux tables de plastique. Nous avons mangé du poulet grillé et des lentilles, servis d’autorité avec du pain maison. 

Non loin de nous, un homme a étendu son tapis et fait sa prière au beau milieu du tumulte comme s’il était seul au monde. Je l’ai soupçonné d’avoir voulu donner une leçon à tous ces mécréants: il pouvait quand même se mettre un peu à l’écart, et il avait au front cette marque grande comme une pièce de monnaie (appelée dirham pour cette raison) que se font les dévots à force de se prosterner.
Toujours est-il que, au bout de trois quarts d’heure, le chauffeur du car s’est mis à klaxonner comme un sourd. Tout le monde à bord! Fini, pas fini, nous sommes repartis. Nous sommes arrivés à 1h30 sur la place de Taroudant, où Essaïd nous attendait bravement depuis une bonne heure. Sa femme, Khadija, nous a servi une soupe et du thé avec un sourire à faire fondre un glacier.
Elle trime comme ça du matin au soir, s’occupe des enfants avec une patience et une gentillesse inaltérables; fait la cuisine, la lessive et le ménage et refuse systématiquement que je l’aide. D’ailleurs, quand enfin elle y consent, je me sens empotée comme si je n’avais jamais mis les pieds dans une cuisine.
Hier, nous sommes allés à la plage à Agadir avec les enfants, qui ont joué dans l’eau comme de jeunes chiens. J’ai pris un coup de soleil sur le nez et nous avons eu notre dose de mer, si bien que nous filerons sans regret demain pour Marrakech.
Essaïd nous a emmenés aujourd’hui dans deux des écoles rurales dont il est directeur. Nous avons visité les classes, où les élèves sont assis deux par deux comme chez nous autrefois. À l’arrivée de monsieur le directeur, tous se sont levés d’un seul mouvement, et les tout-petits ont entonné une petite comptine de salutation. En nous voyant, les filles se cachaient derrière leur main pour rigoler, les garçons regardaient en l’air ou se poussaient du coude, c’était chou comme tout.
Nous sommes revenus en «grand taxi», ceux qui font les liaisons régionales, qui ne partent que lorsqu’ils sont pleins. Mais pleins! Quatre passagers derrière, deux devant, plus le chauffeur, le tout dans une Mercedes hors d’âge rafistolée de partout. Par exemple, le compteur de celui qui nous avait menés de Skoura a Ouarzazate était bloqué à 425 800 km. Depuis combien de temps? Telle est la question!
Dans celui qui nous a ramenés à Taroudant aujourd’hui, j’étais serrée entre Pierre et une très grosse dame munie d’un très grand cabas. Le chauffeur a dû s’y reprendre à deux ou trois fois pour réussir à fermer la portière sur nous.

J’avais un sachet de cacahuètes salées que j’ai partagées avec Essaïd, Pierre et la grosse dame, qui m’a souri de toutes ses gencives et quelques dents.
Voilà, nous partons demain pour Marrakech, où nous finirons notre voyage. Je vous récris de là-bas.
B’s’lama!

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