Moi Jane

Me voici donc à Sayaxché, où, en effet, comme je l’ai écrit hier, il n’y a rien.
C’est, au bord du Rio de la Pasión, un bourg d’une dizaine de milliers d’habitants, poussiéreux et d’une laideur irrémédiable.
J’aurais préféré filer droit à Coban mais, outre le fait que rien ici ne semble pouvoir filer droit, il appert que mon guide Lonely Planet, pourtant récent, s’ingénie à me donner des renseignements périmés. Toujours est-il que, comme la société de transport sur laquelle je comptais n’existe plus, je me suis rabattue sur un minibus pour Sayaxché en me disant que j’en profiterais pour aller voir les ruines de Ceibal.
Dans le minibus s’entassaient 12 adultes, 6 enfants (dont un sur mes genoux) et une poule. Question couleur locale, j’étais servie!
J’ai acheté avant de partir une mangue dont j’ai distribué les tranches à la ronde. La maman à côté de moi m’a demandé si j’avais des enfants (et m’a regardée d’un air consterné quand je lui ai dit: solo uno), d’où je venais et pourquoi j’étais ici, si j’avais eu du mal à obtenir mon visa, etc. Elle croyait que le Canada était l’un des Estados Unidos, où elle rêve d’aller travailler. Je l’ai détrompée en lui expliquant que le Canada est plus au nord, qu’il y fait bien froid l’hiver et que la vie n’y est pas nécessairement plus facile qu’au Guatemala.
– Ay, elle a dit d’un air dubitatif. C’est pour ça que tu viens suer ici.
Bon, OK, j’ai rien dit.
J’ai donc débarqué à Sayaxché, trouvé un hôtel (comme mon guide dit que c’est le meilleur de la ville, j’aime autant ne rien savoir des autres), puis un lanchero (batelier) qui pouvait m’emmener à Ceibal.
On s’est entendus sur un prix (prohibitif), et vogue la lancha. Nous avons navigué sur des eaux vert jade dans un paysage qui me rappelait étrangement le Mékong, au Laos. Ici et là, des hommes tendaient leurs filets dans des barques fines et étroites à faire peur, des femmes et des enfants se baignaient, quelques boeufs blancs paissaient tranquillement.
Au bout d’une heure, Carlos a abordé le rivage.
– Je vais te faire un plan, qu’il me dit.
– Mais tu ne m accompagnes pas?
– Non, moi, je t’attends ici.
Il prend un stylo rouge et, sur un bout de papier que je lui tends, il dessine quelques lignes:
« Tiens, tu passes ici, tu tournes comme ça, tu reviens par là, tu ne peux pas te tromper et tu vas tout voir. Vaya!»

Me voici donc fin seule au milieu de la jungle, sous une canopée si épaisse qu’elle me protège de la pluie qui commence à tomber. Les singes hurleurs s’en donnent à coeur joie et, si je ne les avais pas entendus la veille, j’aurais été plus qu’inquiète. Est-ce qu’un orang-outan va venir m’enlever? Est-ce que je vais me faire dévorer par un jaguar? Les termites auront-elles raison de moi? Et Tarzan viendra-t-il à mon secours? Ou alors puis-je compter sur le Fantôme, l’Esprit qui marche, avec sa bague à tête de mort?
J’ai trouvé tant bien que mal le chemin que Carlos m’avait indiqué. Mon Lonely Planet s’est révélé une fois de plus sans utilité, car son plan ne concordait pas avec la signalisation (euh… quelle signalisation?). En tout cas, pour être lonely, je l’étais!
J’ai réussi à gagner le camp des gardes, l’un d’eux m’a indiqué un vague chemin au bout duquel j’ai trouvé un temple et quelques stèles. C’était beau, mystérieux, émouvant, mais comme j’avais quand même un peu peur de me perdre étant donné mon légendaire sens de l’orientation, je n’ai pas osé explorer les lieux plus avant.
J’ai prudemment repris le sentier du retour, contente malgré tout (au prix qu’elle m’a coûté…) de cette promenade au milieu des lianes, des fromagers, des palmiers et autres plantes que je ne saurais nommer.
Au retour, il ne pleuvait plus, le ciel était somptueux, l’eau de jade miroitait, le bruit du moteur faisait s’envoler les martins-pêcheurs, les ibis et les hérons.

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