Fleuve

J’ai mis sept heures pour couvrir les 210 km qui séparent Québec de Rivière-du-Loup. Comptez là-dedans un (petit) bout d’autoroute à 120 à l’heure. Le reste, tout doucement, en passant par les villages, en me posant avec délice ici et là, au gré de mes envies.

Je me suis d’abord arrêtée à L’Islet-sur-Mer, lieu de naissance de Joseph-Elzéar Bernier, qui a commencé à naviguer sur le fleuve avec son père dès l’âge où il a pu marcher, et qui est devenu à 14 ans officier de marine, puis capitaine et explorateur. Une vie incroyable, racontée dans un musée dont j’ignorais complètement l’existence et où j’ai passé une bonne heure. 

Le fleuve, jusqu’à Kamouraska, garde toujours une couleur boueuse, boudeuse, je ne l’ai jamais vu autrement. Mais dès qu’on passe Saint-André ou Saint-Germain, il devient doux et bleu, il répand son parfum iodé jusqu’à la route. Sur l’autre rive, les montagnes violettes de Charlevoix dorment doucement sous un ciel qui ne m’a jamais semblé aussi infini qu’ici. 

J’ai dormi à l’Auberge internationale de Rivière-du-Loup, comme je me l’étais promis, et j’y ai comme prévu rencontré des personnes formidables. Parmi celles-là, Christophe, au Québec pour trois petites semaines, que j’ai embarqué jusqu’à Rimouski et à qui j’ai fait voir mes coins préférés: Cacouna, Saint-Fabien… Il s’est montré enthousiaste, curieux, intéressant, d’une confondante gentillesse. Il restera un ami. C’est la magie de Rivière-du-Loup!

Avec Christophe, sur la grève de Saint-Fabien.


Après, j’ai filé jusqu’à Chandler par la vallée de la Matapédia, toujours somptueusement belle. J’ai eu la route pour moi seule jusqu’à Carleton, que j’ai trouvée affreusement clinquante et criarde. Ce talent que nous avons de défigurer les lieux d’exception…

J’ai mis pied en fin d’après-midi à Pabos Mills, chez mon ami William, qui habite chez ses trois chats avec sa soeur Julie. Depuis que j’y suis, une vieille chanson de Michel Rivard me trotte sans arrêt dans la tête: «Moi j’ai un ami que je vois pas souvent mais que j’aime tout autant / C’est un drôle de gars qui vit dans une drôle de maison avec un drôle de chat…»

Sa maison, toute semée de plats de croquettes, de bacs de litière, de jouets à plumes et de coussins de chats, est plantée droit devant la baie des Chaleurs. La mer et le ciel y entrent à pleines fenêtres, on ne se lasse pas de ce spectacle. Hier soir, nous avons eu droit à un lever de lune surréaliste, à mes yeux du moins – William dit que c’est comme ça tous les soirs. 

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