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Progreso, Progreso…

Je suis arrivée ici jeudi avec en tête l’idée de me poser pendant une semaine, bien tranquille, pour profiter du soleil et de la mer avant de retourner à Mérida, une ville qui me tente depuis longtemps, et de poursuivre ensuite ma cure de soleil sur une autre plage.

Pourquoi Progreso? Allez savoir. Il y a d’autres villes en bord de mer non loin de Mérida. Mais celle-là est la plus proche, et j’avais jeté mon dévolu sur un petit hôtel bien sympa.

Si j’avais le moindrement poussé mes recherches au lieu de me fier à mes vieux fantasmes, j’aurais su que Progreso est le port par lequel transitent tous les conteneurs à destination du Yucatan, du Campeche et du Quintana Roo. En outre, des navires de croisière y déversent des centaines de touristes chaque jour au bout de ce qui serait la plus longue jetée au monde.

Il paraît que, en juillet et août, la plage fourmille de milliers de personnes.

Bon, ce moment, ça va, nous sommes hors saison, il y a de l’espace en masse, les gens sont aimables, la mer est belle et bonne, mais c’est quand même un peu triste de voir ce qu’on est en train de faire à cette petite ville. D’abord, la plage, en certains endroits, a pratiquement disparu, emportée par l’érosion due à la hausse du niveau de la mer (c’est du moins ce que m’a expliqué un lifeguard désoeuvré à qui j’ai posé la question).

On essaie de la rétablir à grands renforts de voyages de sable, mais je pense que c’est peine perdue. Donc il y a ça.

Il y a aussi le long de ce qu’il reste de plage des restos péteux qui te servent un dé à coudre de vin blanc bon marché pour 180 pesos (13$).

C’est ridicule.

Il faut savoir que, comme il n’y a aucune ombre sur la plage, on a quatre possibilités:

1. S’installer au grand soleil et rôtir comme un lechón a la parilla;

2. Apporter sa chaise et son parasol;

3. Louer une chaise et un parasol à la journée (300 pesos, soit environ 22$);

4. Trouver un resto qui a des tables et des parasols, où l’on peut passer tout le temps qu’on veut pourvu qu’on commande quelque chose.

Mon quartier général

J’ai bien sûr choisi la dernière option, puisqu’il faut bien manger et que c’est pas vrai que je vais me mettre à cuisiner mes soupers à l’hostal, où je n’ai jamais vu un chat et d’où on ne voit pas la mer.

Ça fait que je me suis échouée le premier jour à l’un des plus anciens restos de l’endroit, La Carabela. Ai-je bien fait!

La serveuse qui m’a accueillie a les cheveux coupés en brosse, des tatouages louches jusque dans le cou et un anneau dans le nez – pas un genre courant au Mexique, disons. Une soie, avec un sourire lumineux et un regard d’une rare intensité, je l’ai aimée tout de suite.

J’ai donc établi mon quartier général à La Carabela. À force, on a eu le temps de bavarder un peu – les questions habituelles, du moins de ma part: d’où viens-tu, aimes-tu ton travail, ce genre de chose.

J’ai appris que Bianca travaillait à ce resto depuis une semaine seulement, qu’elle venait de rentrer à Progreso (où elle est née) et que, avant, elle était dans une alberga à Campeche.

Une alberga, dans mon esprit, c’est une auberge, alors je lui ai demandé candidement quel était son travail là-bas. Mais elle m’a expliqué qu’une alberga, en l’occurrence, c’est un centre de réadaptation, où elle avait passé 10 mois après des années d’errance et de dépendances diverses.

À 27 ans.

Je ne l’en ai aimée que davantage. De la voir bosser comme ça, forte, debout, vaillante, ouverte, déterminée… Une guerrière. Une douce guerrière.

Alors ce soir, je lui ai fait mes adieux avec beaucoup d’affection, une propina juste pour elle et une accolade qu’elle m’a bien rendue.

Parce que, finalement, je ne resterai pas à Progreso. Je m’en vais demain à Mérida, d’où partent la plupart des excursions de groupe dans la région. J’ai besoin de compagnie.

Je vous laisse avec la chansonnette du marchand de pain ambulant, à qui je n’ai pas manqué d’acheter una barra (une baguette) et quelques pâtisseries.

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