De choses et d’autres

Les chiens

Celui-ci, c’est le boss de mon hôtel.

Je pense qu’il y a au moins autant de chiens que d’humains dans cette petite ville de quelque 25.000 habitants. Ils roupillent à l’ombre sur les crottoirs (non, ce n’est pas une coquille), trottinent de guingois en quête d’on ne sait quoi, éventrent les sacs poubelles, se reniflent mutuellement l’arrière-train et, évidemment, copulent à tout venant. Ils entrent carrément dans les restaurants et se couchent discrètement dans un coin, d’où personne ne songe à les chasser. Ils sont parfois très laids, hirsutes, vagues héritiers de cette race péruvienne sans poils qui leur a laissé le corps absurdement nu et quelques touffes de crin sur l’échine. L’universel chien jaune, évidemment, tient une bonne place dans cette meute mouvante et disparate, mais on y voit aussi divers bâtards de toutes couleurs, de toutes tailles et de tout poil.

J’ai rencontré dimanche une dame très gentille qui en a adopté six (SIX!), auxquels elle a abandonné ce qui devrait être son salon. Quand on arrive devant chez elle, on est accueilli par un affreux concert d’aboiements déchaînés. Beurk.

Maria-Angelica (c’est son nom) m’a abordée alors que je marchais le nez en l’air, dans l’espoir d’apercevoir une éventuelle affiche «Departamento de alquiler» (appartement à louer). Elle a cru que je cherchais un hôtel et voulait me proposer le gîte qu’elle tient non loin du marché. Quand je lui ai expliqué le but de ma quête, elle m’a tout de suite demandé si j’aimais les animaux. Spontanément, j’ai dit non, parce que j’avais visité l’appartement d’une ancienne coopérante de SUCO qui avait recueilli un chien errant, ce dont la propriétaire s’était montrée fort mécontente. Quand j’ai visité l’appartement, c’est la première chose qu’elle a demandée: si j’avais un chien. Une fille soigne son dossier…

Mais, sur le visage de Maria-Angelica, ma réponse a peint une consternation telle que je me suis sentie obligée de préciser que je n’avais rien contre les animaux mais que je n’avais simplement pas l’intention d’en garder chez moi. C’est là qu’elle m’a demandé si je connaissais une certaine Catherine… la coopérante qui avait adopté un chien!

C’est drôle.

Logement

Dans une petite ville comme celle-ci, les possibilités ne sont pas innombrables. L’ancien logement de la fameuse Catherine m’a paru sombre et déprimant. J’en ai visité un autre tellement grand que j’aurais peur de m’y perdre. Un autre si petit que je ne pourrais pas avoir de visite. Un autre, pas très grand mais coquet, qui aurait pu faire l’affaire s’il n’était pas juste à côté du marché, donc au milieu d’un brouhaha constant, de jour comme de nuit, avec les pétarades des motos-taxis, les cris des vendeurs, la musique, les fiestas… non merci. Un autre encore, que j’ai vu aujourd’hui, a bien deux chambres, mais il se trouve aux limites de la ville, dans un quartier un peu glauque, près de la base militaire.

Y en aura pas de facile, comme on dit.

Je suis en train d’épuiser les possibilités et peut-être aussi mon pauvre Yony, qui me sert d’ange gardien, de conseiller, d’interprète et de mémoire. Va falloir choisir. J’ai un autre logement à visiter demain, je croise les doigts pour qu’il y ait deux chambres, assez de lumière, un calme relatif et de bonnes serrures.

Le temps qu’il fait

La saison des pluies commence. Il fait doux et beau le matin, puis des nuages noirs s’amoncellent au-dessus des montagnes. Ça se met à tomber comme des cordes vers 16h, puis ça s’arrête (ou pas). Quand ça s’arrête, l’eau continue de dévaler les rues en pentes, déborde des caniveaux, sort en jets des gouttières. Puis le soleil reparaît (parfois) dans un ciel de fin du monde, fait luire tout ça d’un éclat argenté, une petite vapeur monte… on ne sait plus comment s’habiller. La nuit, quand ça tombe dru, j’ouvre ma fenêtre pour entendre bruire les feuilles du citronnier sous l’averse. J’adore ça,

Les gens me demandent si je ne souffre pas trop du froid. «Qué frío?», je réponds. Quand je leur dis qu’il doit faire –5 en ce moment au Québec, ils me regardent d’un air horrifié. C’est drôle, ça aussi.

On en a comme ça pour jusqu’à la fin février, apparemment. Après, ce sera l’été. Les prés qui grimpent à l’assaut des montagnes seront tout verts, puis rouge feu grâce aux épis plumeux des plants de kiwicha. Ce sera le moment de venir me voir. Je ne garantis pas que j’aurai une chambre pour vous… mais mon amie Maria-Angelica loue des chambres vraiment pas chères et il y a à tous les coins de rue de petits hôtels très corrects à 15$ la nuit (comme celui où je loge présentement).

À suivre, en tout cas…