Mondanités

Hier, mon amie Celia m’avait invitée à la fête donnée pour le 69e anniversaire du Club Union, qui réunit toute la bonne société de Caraz. J’y suis allée, bien sûr, et j’ai revu sensiblement les mêmes personnes qu’à la soirée du Nouvel An.

On avait décoré la salle de drapés rouge et blanc, avec des noeuds, des cocardes, des rosettes, des rubans et des falbalas; les chaises de plastique étaient houssées de satin, des roses rouges expiraient dans des coupes de cristal… C’était muy bonito. Le rendez-vous était fixé à 13 h, nous sommes arrivées pile mais, comme de bien entendu, rien n’a commencé avant une bonne heure.

Au Pérou, on aime les cérémonies. Alors on a entamé tout ça avec l’hymne national, un ode à la révolution qui a bouté les Espagnols hors du pays. Puis on a appelé un à un les dignitaires à la table d’honneur — applaudissements, accolades, bises, poignées de main –, et on a fait prêter serment (sur la Bible pis toute) au président nouvellement élu, puis aux membres du comité de direction, puis aux membres du comité des dames, puis aux nouveaux membres tout court (oui, eux aussi, ils ont juré sur la Bible). Discours de l’un, de l’autre et d’un autre encore, applaudissements, congratulations.

On a ensuite remis des certificats de mérite aux membres qui se sont illustrés au cours de l’année. Applaudissements, photos, sourires.

Le vin mousseux, servi depuis un moment déjà, achevait passivement de perdre son gaz dans les flûtes quand on nous a annoncé qu’on allait inaugurer la toute nouvelle galerie des présidents, où sont suspendus, comme son nom l’indique, les portraits des présidents du club depuis sa fondation. Ça se trouve dans une très ancienne (et magnifique) demeure coloniale adjacente. La compagnie s’est donc déplacée pour admirer le tout. Coupe de rubans, photos, discours, applaudissements.

Il était bien 15h quand le repas est arrivé. Jambon serrano en entrée, canard rôti avec riz ET patates (c’est une constante) et un émincé d’oignons crus (ça aussi). L’orchestre s’est mis à jouer, trop fort évidemment: je n’allais plus rien entendre de ce qui se dirait à table.

La danse a commencé avant même que le repas soit terminé. Les Péruviens adorent danser (y a-t-il des Sud-Américains qui n’aiment pas danser?). Ils me regardent tous d’un drôle d’air quand je dis que je ne danse pas. Comme si je disais: «Non, merci, je préfère ne pas respirer.»

La fête avait l’air de vouloir durer, mais je me suis excusée poliment vers 17h. Je n’ai hélas pas réussi à sortit discrètement: j’ai trouvé le moyen de m’enfarger dans la housse d’une chaise de plastique, beding-bedang!

Des fois, je me sens comme Mr. Bean.

Je me suis retrouvée dans la rue, un peu étourdie, tout étonnée qu’il fasse encore jour. Il avait plu, ça sentait bon, le ciel avait des airs de fin du monde, j’ai marché doucement jusque chez moi.

Un petit samedi tranquille.

Feliz Año Nuevo!

Je mets des majuscules dans mon titre parce que, ici, on aime les majuscules.

Et pourquoi pas?

J’ai fini par me faire adopter non pas par une famille de Chimbote (qui n’avait du reste jamais entendu parler de moi), mais bien par la propriétaire de mon appartement, Chela, laquelle vit à Lima. Je vous passe les détails, mais bon, je me suis retrouvée avec elle au club social de Caraz, vêtue aussi chic que je pouvais (c’est-à-dire pas très, mais c’était absolument pas grave).

Le billet d’entrée coûtait 60 soles (24$) et comprenait brindis (toast de pisco sour), repas, mousseux, cotillónes (sifflets, ballons, crécelles), orchestre, en tout cas, un paquet de trucs, le tout dans une salle beaucoup trop grande, éclairée au néon, où j’ai cru que je ne me réchaufferais jamais.

Nous, les Québécois, on se trouve bien braves de vivre dans des 20 degrés en-dessous de zéro. Hahaha! Ici, pas de chauffage dans les maisons. S’il fait 10 degrés la nuit, tu t’arranges avec des vêtements et des couvertures. Prendre sa douche, dans ces circonstances, demande une certaine préparation psychologique parce que, même si tu peux espérer de l’eau chaude, tu sais que tu vas quand même grelotter dès qu’un bout de beau échappera au jet (et jusqu’à ce que tu te sois rhabillé).

J’dis ça, j’dis rien. En tout cas.

Donc, dans cette salle immense ouverte à tous les vents, nous sommes arrivées, Chela et moi, à l’heure de l’ouverture des portes, à 20h. Rien n’était commencé, il n’y avait presque personne, les tables n’étaient pas mises, quelques jeunes femmes posaient des bouquets de fleurs jaunes un peu au hasard, puis des serviettes, des couverts… Au fur et à mesure, quand des gens arrivaient, Chela me présentait comme una amiga. Ici, tout le monde se fait une bise sur la joue droite, alors j’ai embrassé une incroyable quantité de joues droites en disant buenas noches, qué tal, mucho gusto, gracias. Quand le repas est enfin arrivé, il était bien passé 22h, je mourais de faim et de froid. Heureusement, c’était sorprendientemente très bon. Dinde, riz, pommes de terre, légumes. Avec bien sûr un petit plat de sauce muy picante qui a disparu le temps de le dire. Même moi, j’en ai manqué.

Chela a été adorable de gentillesse. Je l’avais prévenue que je ne danserais pas (j’ai ma fierté), mais, à un moment donné, ç’a été plus fort que moi (j’aime quand même ça) et j’ai fini par céder. Au bout de cinq minutes, à bout de souffle, je me suis dit que je vieillissais décidément plus vite que je ne croyais et je me suis maudite de haïr l’exercice… jusqu’à ce que je réalise que ce n’était pas ma faute, mais celle de l’altitude. Fiou!

Chela a expliqué ça à notre tablée, où j’ai été reçue comme une soeur, une cousine, une amie, et où le vin, les voeux et les sourires ont circulé comme le sang dans le coeur. À minuit moins quelque, comme il se doit, le compte à rebours a commencé. Les néons se sont éteints, chacun s’est emparé de sa crécelle et de son sifflet pour accueillir en fanfare le Nouvel An. La tradition veut aussi que l’on mange 12 raisins verts, un pour chaque mois de l’année qui vient, en faisant un vœu à chacun. Joli, non?

Après, j’ai observé sans me lasser ces femmes vêtues de robes hyper moulantes, souvent des modèles de Botero, en talons vertigineux, qui dansaient d’un air un peu absent, l’ai de ne pas y penser… Mon Dieu, combien de fois me serais-je rétamée sur le terrazzo, chaussée comme ça?

Un réveillon en robe d’été?

J’étais bien tranquille dans l’inconfort absolu de mon sofa neuf, en train de lire sur mon Kindle un roman de Mario Vargas Llosa (en espagnol, oui, je suis assez fière), quand j’ai entendu mon proprio m’appeler d’en bas: «Fabiana? Fabiana?» (C’est mon nom, ici, j’aime assez ça.)

Il m’invitait à faire la connaissance de sa maman, qui est ici pour les Fêtes. Je suis descendue, on a placoté un buen ratito. Celia (la maman) est adorable, fine comme de la soie. Les deux, en fait. J’ai bien sûr cherché mes mots, trébuché dans mes conjugaisons, probablement inventé des vocables et des consonnes et des temps de verbes, mais on a quand même réussi à avoir une conversation. Surtout, Celia parle avec une telle clarté, j’ai compris sans effort TOUT ce qu’elle me disait, un vrai miracle.

D’une chose à l’autre, il se trouve qu’ils vont demain à un réveillon dans un club social de Caraz. Et ils ont eu la gentillesse de m’inviter. Hein? Qu’est-ce que vous dites de ça?

Bien sûr, j’ai dit oui.

Remarquez, je ne suis pas au bout de mes peines, parce que hé! Comment je m’habille, là? Est-ce que mon éternelle robe d’été préférée va faire la job? Avec pas de talons hauts? Quand on sait comment les femmes s’habillent et se maquillent et se coiffent ici, heu… Bon, pas grave, je suis canadiense, je suppose que ça me donne un peu le droit d’avoir l’air d’une bûcheronne. Pis je pense que j’ai apporté mon collier de perles, ça devrait compenser pour les sandales à talon plat.

Ça fait que, à 20h demain soir, la pauvre orpheline seule et abandonnée d’avant-hier, dépourvue de marraine-fée qui lui procurerait une tenue digne de la soirée, va quand même faire son entrée dans la bonne société de Caraz.

C’est drôle, la vie.

Je vous souhaiterai bonne année demain.

Seule et abandonnée

Le jour de l’An s’en vient. Il semble bien que je le passerai seule comme un cactus dans le désert. Je ne veux pas faire pitié ni rien, mais j’avoue que je ne m’attendais pas à ça.

Que voulez-vous.

Noël, je m’en tape un peu. Je l’ai passé seule comme une grande, et j’ai d’ailleurs été très étonnée de voir que, contrairement à chez nous, où, le 25 décembre, on observe une sorte de hiatus bizarre, une rare trêve dans la course consumériste, la vie, ici, poursuivait son cours: beaucoup de commerces étaient ouverts, le marché grouillait comme d’habitude… Mis à part une orgie de pétards et de feux d’artifice le soir du 24, c’était presque une journée comme les autres. Disons un dimanche ordinaire.

Aujourd’hui, avant-avant-veille du jour de l’An, en plein vendredi, le marché tournait au ralenti, comme endormi. Beaucoup d’étals étaient fermés, il régnait là une torpeur inhabituelle, comme si on ramassait son énergie en prévision de ce qui s’en vient.

J’ai acheté des oignons à une vieille dame qui avait plus d’argent dans la bouche que dans ses poches; de la farine et de la levure à une toute jeune femme qui disparaissait littéralement au milieu du fatras de sa marchandise; une petite casserole et quelques contenants de plastique à mon habituel fournisseur de tout-pour-le-foyer; une rallonge électrique à 5 soles (qui ne fonctionne pas) à la quincaillerie…

Mon petit train-train, quoi.

Je passe tellement de temps seule que, quand vient le temps de parler à quelqu’un, je ne sais plus comment faire. Les mots se dérobent, les temps de verbe jouent à cache-cache, j’ai l’air d’une demeurée. Si, si, je vous jure, je le vois dans le regard des gens!

Ça fait que, plutôt que de parler toute seule et de me morfondre ici comme une pauvre orpheline, je pense que je vais essayer de me faire adopter par une famille à Chimbote (une ville au bord du Pacifique, de quelque 325.000 habitants, à 85 km et trois heures et demie de route de Cara).

J’en ai trouvé une sur CouchSurfing. On verra bien ce qu’elle me répondra… À la dernière minute comme ça, les espoirs sont minces, même si, personnellement, je ne laisserais jamais personne, fût-ce un pur étranger, passer le jour de l’An seule dans un pays inconnu. Mais il me reste beaucoup de choses à comprendre dans les coutumes péruviennes…

A ver, comme on dit!

Un 26 décembre à Huaraz

Huaraz est la capitale (on dirait mieux le chef-lieu) de la région d’Ancash. C’est le point de départ de la plupart des excursions qui mènent les amateurs de trek, d’escalade et d’autres sports dangereux vers les glaciers. Ce que ces bonnes gens ne savent pas, c’est que Caraz, avec ses quelque 25.000 habitants, est non seulement plus cool et plus jolie que Huaraz, mais elle est aussi plus proche des principaux attraits du parc de Huascarán (et du fabuleux sommet du même nom, que j’aperçois de mon salon, tsé).

Mais c’est très bien, les amis, continuez de vous agglutiner à Huaraz.

Perso, je suis venue ici parce que je me disais que, forte de ses 130.000 habitants, la ville m’offrirait peut-être un peu plus de choix que Caraz au rayon «tout pour le foyer». Et je voulais aussi voir le musée d’archéologie. Et voir autre chose que Caraz, en fin de compte, pendant ces quelques jours de congé.

On n’est qu’à 70km de Caraz, mais le minibus met quand même plus d’une heure et demie pour s’y rendre, d’une part parce qu’il s’arrête à tout bout de champ pour prendre ou déposer des passagers et, d’autre part, parce que sa vitesse est limitée à 80 km/h. Heureusement, d’ailleurs: je n’ose imaginer à quelles acrobaties se serait livré le chauffeur n’eût été le «biiiiiiip» impérieux qui le dénonçait chaque fois qu’il dépassait cette limite.

J’ai quand même somnolé un peu, la tête posée sur mes bras, eux-mêmes croisés sur mon petit sac à dos rouge, parce que ça ne sert à rien de s’énerver.

Et on est arrivés à Huaraz, aussi peu jolie que je m’y attendais. Pas sa faute, elle a été détruite à 85% en 1970 par un tremblement de terre qui a fait quelque 70.000 morts. On l’a reconstruite un peu à la va-comme-je-te-pousse, que voulez-vous.

Je pensais passer trois jours ici, mais c’est nettement trop. J’irai demain faire un tour au marché central, puis visiter le petit musée, et je crois bien que ce sera tout, merci beaucoup.

Ce soir, avant de me coucher, j’ai sagement replacé dans mon sac à dos certains objets essentiels, genre: portefeuille, bouteille d’eau, chaussures, pantalon, imper. Comme ça, si jamais je suis obligée de sortir en catastrophe pour cause de tremblement de terre, je ne serai pas tout-nue trop longtemps.

On ne sait jamais.

Le déménagement

J’ai refait mes bagages, ce matin, et j’ai douté un instant que tout ce que j’en avais sorti, durant ces 11 jours de vie d’hôtel, pourrait y rentrer. Mais j’y suis arrivée. J’ai aussi douté que mes deux hénaurmes valises tiendraient dans le triporteur qui m’a emmenée jusqu’à mon nouveau chez-moi. Mais oui, elles tenaient. Le chauffeur s’est décarcassé pour me monter ça jusqu’à l’étage, tout gentil, comme si ça allait de soi. Ça, et mon sac à dos, et aussi ma petite valise bleue. Pour 3 soles (prononcez «solèss»). Trois soles! Soit autour de 1,20$. Autant dire rien du tout.

La dame de l’hôtel, toute gentille elle aussi, m’a fait la bise, à la mode péruvienne, une seule bise sur la joue droite. «Tu reviendras me voir de temps en temps?», m’a-t-elle dit. Mais oui! Como no?

Hier, alors qu’il tombait des cordes, des hallebardes, des chiens, des chats et des paquets de flotte, Yony et moi sommes allés aux bureaux d’Allpa pour y récupérer quelques objets laissés là par une ancienne coopérante. Un collègue s’y trouvait, en train de compiler des résultats de formation. Yony n’a fait ni une ni deux et l’a réquisitionné pour transporter mon frigo et ma cuisinière, chose qui ne devait se faire que demain lundi. Elmer n’a fait ni une ni deux non plus. À la pluie battante, ils ont hissé et attaché ça dans la boîte du pick-up, puis grimpé ça jusque chez moi, merci, bonsoir. Juste avant, l’increvable Yony m’avait aidée à monter mon lit, et aujourd’hui il a branché le gaz de la cuisinière et m’a aidée à faire des courses.

Résultat: je dors ce soir chez moi pour la première fois. J’ai acheté aujourd’hui une couverture d’alpaga épaisse comme ça, avec des tigres dessus. Je vais rester bien au chaud, protégée par mes gros félins.

Le monsieur qui me l’a vendue, au marché, m’a serré la main je ne sais combien de fois. Il casse maison et m’a dit que, si j’avais besoin de quoi que ce soit, je n’avais qu’à sonner chez lui, au numéro 280 de la rue juste à côté, la seule maison où il y a une sonnette, et que lui ou sa femme seraient là, et qu’ils me feraient de bons prix sur tout ce que je veux.

Et j’ai aussi parlé avec un petit monsieur qui vend des tables et des chaises de bois rustiques. Il s’appelle Geronimo et il sera là encore dimanche prochain, comme tous les dimanches, et j’aurai une jolie table de chevet, une table a manger et quatre chaises, le tout fait à la main dans du bon bois d’arbre, pour 230 soles, soit environ 95$.

Les innombrables chiens de Caraz commencent leur concert du soir, j’entends des klaxons, les rumeurs d’une fiesta quelque part, des pétarades de motos-taxis.

Je suis chez moi.

De choses et d’autres

Les chiens

Celui-ci, c’est le boss de mon hôtel.

Je pense qu’il y a au moins autant de chiens que d’humains dans cette petite ville de quelque 25.000 habitants. Ils roupillent à l’ombre sur les crottoirs (non, ce n’est pas une coquille), trottinent de guingois en quête d’on ne sait quoi, éventrent les sacs poubelles, se reniflent mutuellement l’arrière-train et, évidemment, copulent à tout venant. Ils entrent carrément dans les restaurants et se couchent discrètement dans un coin, d’où personne ne songe à les chasser. Ils sont parfois très laids, hirsutes, vagues héritiers de cette race péruvienne sans poils qui leur a laissé le corps absurdement nu et quelques touffes de crin sur l’échine. L’universel chien jaune, évidemment, tient une bonne place dans cette meute mouvante et disparate, mais on y voit aussi divers bâtards de toutes couleurs, de toutes tailles et de tout poil.

J’ai rencontré dimanche une dame très gentille qui en a adopté six (SIX!), auxquels elle a abandonné ce qui devrait être son salon. Quand on arrive devant chez elle, on est accueilli par un affreux concert d’aboiements déchaînés. Beurk.

Maria-Angelica (c’est son nom) m’a abordée alors que je marchais le nez en l’air, dans l’espoir d’apercevoir une éventuelle affiche «Departamento de alquiler» (appartement à louer). Elle a cru que je cherchais un hôtel et voulait me proposer le gîte qu’elle tient non loin du marché. Quand je lui ai expliqué le but de ma quête, elle m’a tout de suite demandé si j’aimais les animaux. Spontanément, j’ai dit non, parce que j’avais visité l’appartement d’une ancienne coopérante de SUCO qui avait recueilli un chien errant, ce dont la propriétaire s’était montrée fort mécontente. Quand j’ai visité l’appartement, c’est la première chose qu’elle a demandée: si j’avais un chien. Une fille soigne son dossier…

Mais, sur le visage de Maria-Angelica, ma réponse a peint une consternation telle que je me suis sentie obligée de préciser que je n’avais rien contre les animaux mais que je n’avais simplement pas l’intention d’en garder chez moi. C’est là qu’elle m’a demandé si je connaissais une certaine Catherine… la coopérante qui avait adopté un chien!

C’est drôle.

Logement

Dans une petite ville comme celle-ci, les possibilités ne sont pas innombrables. L’ancien logement de la fameuse Catherine m’a paru sombre et déprimant. J’en ai visité un autre tellement grand que j’aurais peur de m’y perdre. Un autre si petit que je ne pourrais pas avoir de visite. Un autre, pas très grand mais coquet, qui aurait pu faire l’affaire s’il n’était pas juste à côté du marché, donc au milieu d’un brouhaha constant, de jour comme de nuit, avec les pétarades des motos-taxis, les cris des vendeurs, la musique, les fiestas… non merci. Un autre encore, que j’ai vu aujourd’hui, a bien deux chambres, mais il se trouve aux limites de la ville, dans un quartier un peu glauque, près de la base militaire.

Y en aura pas de facile, comme on dit.

Je suis en train d’épuiser les possibilités et peut-être aussi mon pauvre Yony, qui me sert d’ange gardien, de conseiller, d’interprète et de mémoire. Va falloir choisir. J’ai un autre logement à visiter demain, je croise les doigts pour qu’il y ait deux chambres, assez de lumière, un calme relatif et de bonnes serrures.

Le temps qu’il fait

La saison des pluies commence. Il fait doux et beau le matin, puis des nuages noirs s’amoncellent au-dessus des montagnes. Ça se met à tomber comme des cordes vers 16h, puis ça s’arrête (ou pas). Quand ça s’arrête, l’eau continue de dévaler les rues en pentes, déborde des caniveaux, sort en jets des gouttières. Puis le soleil reparaît (parfois) dans un ciel de fin du monde, fait luire tout ça d’un éclat argenté, une petite vapeur monte… on ne sait plus comment s’habiller. La nuit, quand ça tombe dru, j’ouvre ma fenêtre pour entendre bruire les feuilles du citronnier sous l’averse. J’adore ça,

Les gens me demandent si je ne souffre pas trop du froid. «Qué frío?», je réponds. Quand je leur dis qu’il doit faire –5 en ce moment au Québec, ils me regardent d’un air horrifié. C’est drôle, ça aussi.

On en a comme ça pour jusqu’à la fin février, apparemment. Après, ce sera l’été. Les prés qui grimpent à l’assaut des montagnes seront tout verts, puis rouge feu grâce aux épis plumeux des plants de kiwicha. Ce sera le moment de venir me voir. Je ne garantis pas que j’aurai une chambre pour vous… mais mon amie Maria-Angelica loue des chambres vraiment pas chères et il y a à tous les coins de rue de petits hôtels très corrects à 15$ la nuit (comme celui où je loge présentement).

À suivre, en tout cas…