Joies de l’imprévu

Samedi, pour me rendre à Rio Dulce, je suis entrée dans la première agence de voyages que j’ai trouvée sur mon chemin, à Antigua, afin d’acheter mon billet de car. Dans le minibus qui devait me déposer au terminus de l’une des compagnies de transport de Guatemala Ciudad, nous étions une dizaine de voyageurs, serrés comme des sardines, nos bagages empilés et amarrés sur la galerie du toit.
Le chauffeur a d’abord déposé deux Britanniques au mauvais endroit (il a donc fallu réattacher leurs bagages sur le toit après les en avoir laborieusement descendus); il a ensuite déposé le gros du troupeau à l’aéroport, puis a de nouveau fait descendre les Britanniques et leur barda, pour enfin me laisser, avec cinq minutes de retard, à mon terminus. Comme de juste, le car était parti sans moi et, contrairement à ce que m’avait affirmé le chauffeur, il n’ avait pas d’autre départ avant 16h30.
J’ai donc pris un ticket pour Morales, et de là, je devrais prendre un autre minibus pour Rio Dulce.
Le car a traversé un paysage quasi désertique, des hectares de culture de melons, des villages même pas sur ma carte, où il s’arrêtait systématiquement pour prendre ou déposer des passagers, livrer des colis, bref, comme on dit, faire la run de lait.
Les haut-parleurs braillaient de la musique mexicaine, à un moment un jeune homme de 20 ans a pris le siège à côté de moi et s’est mis à me faire du plat.
– T’es mariée? Non? Une belle femme comme toi? Je pourrais m’occuper de toi, moi!
– Hé, mon coco, je pourrais être ta mère, je disais.
– Preciosa, je ne te plais pas?
– Si, tu es très mignon, mais j’ai déjà un fils!
– Ay, il disait, t’es méchante.
J’ai bien rigolé.
Avec tout ça, je suis arrivée à Morales à la nuit tombée. On me montre où se trouve l’arrêt des minibus, il y a huit ou dix personnes qui attendent placidement, je m’installe donc là avec confiance après m’être assurée auprès d’un monsieur que j’étais au bon endroit.
Un autocar s’arrête, tout le monde monte à bord, et le monsieur me fait signe que je ne dois pas monter puisqu’il ne va pas à Rio Dulce. Je me dis que le minibus va finir par passer. Cinq minutes s’écoulent, puis dix, toujours pas de minibus. Dans la nuit noire, un pick-up passe, ralentit, deux hommes sont assis dans la boîte, et deux enfants s’entassent dans la cabine avec le chauffeur.
– Tu vas à Rio Dulce?
– Euh… Oui…
– Monte!
– Ben c’est que j’attends le minibus.
– No hay mas à cette heure-là, senora. Monte, on va te déposer.
Ce que je fis. Les enfants m’ont fait passer un vieux coussin élimé, je me suis carrée dans un coin, et hop.
L’air sentait le jasmin, le foin, la vanille, le chocolat; le vent chaud emmêlait mes cheveux et m’empêchait d’entendre ce que disaient les deux types à côté de moi. Le ciel était splendide avec sa Grande Ourse à l’envers, c’est le plus beau tour de truck de ma vie.
Aujourd’hui lundi, avec des amis rencontrés à Antigua qui ont un voilier ici à Rio Dulce, nous allons aux sources thermales de je ne sais plus où.
Demain, direction Tikal avec une de leurs copines.

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