La cuisine de Pélagie

Je vous ai déjà parlé de Pélagie ici. Du moins de son sourire, qui est maintenant tout réparé, la preuve:

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Pélagie a quatre enfants: Judichaël, Mirabelle, Merveille et Fréjus (oui, on fait preuve d’une certaine créativité ici quand il est temps de choisir un prénom, un trait que le Bénin partage avec Haïti). Elle dit volontiers qu’elle en a trop mais qu’elle mangerait du sable plutôt que d’en confier un seul à une autre famille, comme ça se fait pourtant beaucoup au Bénin quand on n’a pas de quoi nourrir toute la famille (comme en Haïti!).

Quand elle vient travailler chez nous, la maison s’emplit d’enfants qui entrent et sortent, montent et descendent, l’aident ou non, selon leur âge ou leur degré d’obéissance. En plus des siens, on voit souvent Samuel, 6 ans, le fils d’un des voisins de Pélagie, qui la suit comme un petit chien et dit qu’il veut l’épouser. Il y a parfois Fifamé, une adorable petite de deux ans et demi, fille d’une autre voisine, qui vous salue en vous tapant dans la main comme un marin et qui veut épouser Pierre (!). Merveille, qui a 10 ans, amène de temps en temps une ou deux copines, et Fréjus, le petit dernier (8 ans) fait le guignol sans se lasser.

La semaine dernière, nous avions convenu que, le samedi suivant, Pélagie et moi irions ensemble au marché et qu’elle me montrerait ensuite à préparer le wo (pâte de farine de maïs, base de l’alimentation au Bénin) et le ninnou, ou sauce crincrin, une sauce gluante faite d’un type particulier de feuilles, auxquelles on ajoute des tas de bonnes choses, et qui se mange, comme de juste, avec le wo.

Chose promise, chose due: samedi matin, Pélagie m’attendait devant chez elle à 9h, vêtue de sa plus belle robe, une robe des grands dimanches, bleu royal avec de la guipure au col et aux manches. Je me suis ébaubie de la voir comme ça. « Je sors avec toi, il faut te faire honneur », a-t-elle dit. Nous avons pris le taxi collectif jusqu’à Dantokpa, où Pélagie m’a traînée derrière elle par la main comme une gamine, fonçant dans les allées étroites, me poussant sur le côté quand un tireur de charrette s’annonçait, reprenant sa marche entre les étals, les enfants, les marchandes ambulantes… Elle a choisi les ingrédients avec soin: néré (condiment qu’on appelle aussi moutarde africaine), crabes de rivière bien vigoureux, poisson fumé, petits piments verts, crincrin et tout.

Elle a eu à négocier plus âprement que d’habitude, parce que les marchandes jugeaient que, puisque c’était la Yovo qui payait, ça pouvait bien être un peu plus cher. Elle refusait que je porte des paquets, il a fallu que j’insiste beaucoup et que je lui prenne les choses des mains. J’ai aussi dû lui dire plusieurs fois de garder ses sous pour elle.

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Quand nous sommes rentrées, elle a remis son pagne de tous les jours et est revenue chez nous avec son fils Judichaël et son arsenal: casserole de fonte d’alu au fond bombé, bassin de plastique, pierre à moudre… et nous nous sommes mis à l’ouvrage, avec ma copine Eugénie, qui voulait apprendre aussi.

Judichaël avait pour tâche d’effeuiller le crincrin. Évidemment, sa présence a servi de sésame à tous les autres: il n’a pas fallu 10 minutes pour que le reste de la marmaille s’amène!

La recette

Quand tout a été prêt, j’ai invité tout le monde à venir s’asseoir sur la natte pour manger. Les enfants ont refusé d’un air gêné. J’ai insisté. Ils ont regardé Pélagie. Et j’ai compris. « Mais Pélagie, personne ne va repartir sans manger, voyons! Je t’avais dit que je voulais que nous mangions ensemble…
– Bon, mais nous allons nous asseoir ici, a-t-elle finalement déclaré en montrant un coin à l’écart.
– Tssss. Pas question. Hop, tout le monde sur la natte! »

C’est bien d’avoir de l’autorité, je trouve. Voyez comme on fait une belle famille:

Mirabelle, Merveille,, Péélagie, Fréjus, Samuel, Judichaël, Pierre et Charles, l'amoureux d'Eugénie, qui a pris la photo contrairement à ce que dit le filigrane.

Mirabelle, Merveille, Pélagie, Fréjus, Samuel, Judichaël, Pierre et Charles, l’amoureux d’Eugénie (laquelle a pris la photo, contrairement à ce que dit le filigrane), et Tatie fabi.

4 réflexions sur “La cuisine de Pélagie

  1. Le sourire de Pélagie est emprunt de bonté, de bienveillance, de sagesse et de bonne humeur… profite de ces beaux moments Fabienne !

  2. Merci Fabienne de partager avec nous ces beaux moments, c’est vraiment super!.Je suis curieuse…j’aimerais bien savoir comment se passe ta `mission`, ton travail au Bénin. Marie
    P.S Si un jour j’ai une petite-fille, je vais demander à mon fils qu’il l’appelle Merveille..quel beau nom!

  3. Suis pas une grande fan de la sauce crincrin, je préfère le gboman dessi, mais le wo, miam (encore meilleur quand c’est la version rouge, amiwo) !, En revanche le piron est plus simple et rapide à préparer quand on débute, je trouve.

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