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Luxe

Hier, nous avons roulé pendant trois bonnes heures et demie dans le fantastique paysage alpin. Enfin, je dis ça, on n’a rien vu parce que les sommets étaient noyés dans la purée de pois et qu’il tombait un crachin tenace, mais bon, ça ne peut pas être tous les jours fête. D’ailleurs, j’aimais autant ça, j’avais tellement sommeil que j’aurais souffert mille morts pour tâcher de rester éveillée afin de ne rien rater, alors que là, j’ai pu somnoler à loisir sans arrière-pensée, malgré les embardées de notre chauffeur, qui conduit son minibus comme un tracteur.

Nous logeons à l’Intercontinental, d’un luxe presque indécent. Rien que pour vous dire, à l’heure de l’apéro (que j’ai passée seule sur mon balcon en buvant du kombucha, je deviens tellement sage que vous n’en reviendriez pas), à l’heure de l’apéro, donc, deux charmants employés (une fille, un garçon) ont sonné à ma porte (sonné, oui, il y a une sonnette) pour le turn down service. Ça se traduit par: «préparation personnalisée pour la nuit». J’ai décliné l’offre sans trop savoir en quoi ça consistait, j’avais peur qu’ils me donnent un bain, me mettent en pyjama et me fourrent au lit (pas de mauvaises pensées ici, bande de malappris!) sans même me raconter une histoire. Sans blague. Il paraît qu’ils ouvrent le lit (comme si je ne pouvais pas le faire moi-même),  tirent les rideaux (mais et le coucher de soleil, alors?), allument les lampes et je ne sais quoi encore.

Je constate que, plus les gens ont du fric, plus ils sont traités comme de grands malades dans les endroits qu’ils fréquentent, ce qui confirme ma théorie: le fric rend débile.

Enfin. De mon balcon, j’ai tout de même pu observer le ciel bleu layette se zébrer peu à peu de nuages pêche au-dessus des pics enneigés. Vraiment spectaculaire.

Là, je rentre à peine, nous avons mangé au resto de l’hôtel (c’était délicieux, surtout le dessert – moi qui n’en mange jamais, j’en bouffe à tous les repas, j’espère que vous me reconnaîtrez à mon retour malgré mes 85kg). Je me sens pleine comme un oeuf, et il faut encore que je fasse ma valise (laquelle sera aussi pleine). Nous quittons demain Berchtesgaden (encore un nom que je n’arrive pas à retenir), où ce vieux salopard d’Hitler avait une résidence d’été et où on avait aussi construit le fameux Nid d’aigle, tout en haut de la plus haute montagne, pour lui qui avait peur des hauteurs et qui n’aimait pas la campagne. C’était un cadeau du parti nazi pour son 50e anniversaire, mais c’était surtout pour montrer ce petit Autrichien déplaisant sous un jour favorable aux Allemands, pour qui la région était un lieu de prédilection.
Toujours est-il que, après des années de tergiversations, on a décidé de construire ici cet hôtel de suuuuper-luuuuuxe, pour redonner au canton sa vocation initiale de villégiature haut de gamme et décourager le tourisme de mauvais aloi, genre pèlerinage néo-nazi. On a aussi créé un «centre de documentation» sur l’histoire du lieu, ce que nous irons voir demain avant de partir.

Je prends le train de nuit pour Paris en fin de soirée, j’aurai un après-midi de plus pour flâner à Munich.

Ben oui, ça pourrait être pire.

Auf wiedersehen.

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Garmisch-Partenkirschen

Comment trouvez-vous mon accent allemand?
Personnellement, j’en suis assez fière, même si je n’ai pas encore réussi à dire d’un seul coup Ausgezeichnet (excellent) et Enschuldigung (pardon) avec le naturel et la spontanéité voulus, mais ça viendra. Je manque aussi encore un peu de souplesse pour le plus-que-parfait du subjonctif et quelques autres vétilles, mais j’espère régler ça avant mercredi, jour de mon départ.

Trêve de bêtises; aujourd’hui, je dois dire que j’ai pu profiter de l’une des plus belles randonnées qu’il m’ait été donné de faire depuis un moment (d’autant plus qu’il y a vraiment un sacré bail que je n’en ai pas fait).

Nous avons longé le Partnach, un torrent qui dévale la montagne au fond d’une étroite gorge, au pied des Alpes. Au bout d’une heure et demie de montée, on arrive dans une vallée où l’on ne peut pas s’empêcher de fredonner les grands succès de La Mélodie du bonheur. Les moutons à clochettes, les maisons aux balcons ouvragés tout fleuris, la neige qui coiffe les austères sommets alpins…  que voulez-vous? Me voyez-vous, en dirndl, en train de tournoyer joyeusement dans les alpages comme Julie Andrews?

Fabienne en Dirndl

Riez, riez, n’empêche que, vous saurez, le dirndl et le lederhose (costume traditionnel masculin) se portent encore couramment lors des fêtes populaires et de l’Oktoberfest (lequel, comme on sait, a lieu en septembre).

Bref, au retour de cette randonnée ausgezeichnet, nous avons visité les petites villes de Garmisch et de Partenkirschen, maintenant jumelées et qu’on appelle familièrement Gapa, sans doute pour imiter Homa, le diminutif d’Hochelaga-Maisonneuve (amis étrangers, n’essayez pas de comprendre).
Au passage, j’ai aperçu trois jeunes hommes vêtus bizarrement – pantalon noir à pattes d’éléphant, chapeau melon, veste noire – qui portaient chacun un baluchon. J’ai d’abord pensé à quelque trio de musiciens costumés qui s’en allaient donner un spectacle, mais pas du tout.
Vous souvenez-vous, dans les contes de Grimm, quand un jeune homme se faisait dire par ses parents: «Fils, tu es en âge d’aller courir le monde, va-t’en par les chemins, tu reviendras quand tu seras un homme!»? (Bon, je paraphrase, hein.)
Eh bien cette coutume, en Allemagne, existe toujours. Ces jeunes gens sont des apprentis (menuisiers, cordonniers, boulangers, que sais-je). Vêtus de ce costume traditionnel qui permet de les reconnaître comme tels, ils vont de ville en village, pour se placer chez un maître, qui les fera travailler contre le gîte et le couvert. C’est pourquoi on trouve, à l’entrée des villages, ce qu’on appelle un «arbre de mai», ou mât de cocagne, auquel sont fixées les enseignes de tous les artisans qui tiennent boutique. Ainsi les apprentis peuvent-ils savoir s’ils ont des chances de trouver un patron qui les emploiera.
C’est pas beau, ça?

Bon, je vous mettrais bien des photos, mais nous partons demain matin à 8h pour je ne sais plus très bien où – j’ai la flemme d’aller chercher le programme, et puis la batterie de mon ordi faiblit (la mienne aussi, d’ailleurs).

Bis bald!

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Liberté

Aujourd’hui, premier après-midi de liberté. Je suis allée au marché, comme de raison. J’aurais voulu y aller en matinée pendant que les autres allaient au musée BMW, mais il faisait un temps de fin du monde, la pluie fouettait les vitres de ma chambre quand je me suis réveillée. Mettre le nez dehors tenait du suicide. J’ai donc suivi notre petite meute au musée, et bien m’en prit. Le lieu est magnifique, épuré, intelligent, innovateur… Je me fiche pas mal des voitures en général, mais BMW réussit à intéresser le public le plus indifférent.

Après, dîner dans un gril très chic où j’ai mangé… une salade. De légumes grillés, mais quand même, il fallait être dans un gril pour ça! Je suppose que j’ai ma dose de vitamines pour le reste du week-end.

Ensuite, donc, on nous a libérées pour l’après-midi, et je suis allée musarder au marché, très chouette, au coeur de la vieille ville – ou de ce qu’il en reste, puisqu’elle a été détruite à 65% pendant la guerre.
Les étals de schwein (porc) sous toutes ses formes pullulent, évidemment, mais aussi les fruits, les légumes, les fromages… J’en déduis que les Allemands ne mangent pas que de la choucroute, ça me rassure.

J’en ai aussi profité pour faire l’acquisition d’une ravissante paire de chaussures italiennes au look montagnard, en prévision de la randonnée de à Garmisch Partenkirschen (admirez mon accent), là où ont eu lieu les derniers championnats de ski alpin, si je ne m’abuse. Je serai d’un chic tout munichois.
Non, je ne vais pas essayer le tremplin, merci beaucoup.

Ah, et là-bas, pas de wi-fi, alors ne vous inquiétez pas si je ne donne pas de nouvelles. Je n’essaierai pas le tremplin, vous dis-je!

Alors comme nous nous lèverons aux aurores demain matin et que ma valise n’est pas bouclée, je vous laisse là-dessus, non sans tenter de vous mettre quelques photos. J’aurais aimé le faire avant, mais mon fil USB n’a accepté de fonctionner qu’aujourd’hui.
Auf wiedersehn!

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Efficacité germanique

Aujourd’hui, visite de la ravissante ville de Füssen, où nous sommes arrivées avec une petite demi-heure de retard sur l’horaire prévu. Notre guide, Gudrun (ça ne s’invente pas), nous a regardées sévèrement par-dessus ses lunettes et, après nous avoir demandé d’un œil suspicieux la raison de notre retard, nous a menées au pas de charge à travers les rues de la cité médiévale.
Gentiment et avec le sourire, oui, mais il n’y avait pas une minute à perdre:
ici, le cloître, roman, le cloître. Là, le château, plus loin, la rivière, là-bas, les Alpes. Voyez les ornements en trompe-l’œil, les fenêtres en encorbellement, la chapelle rococo.
Bon, c’est pas tout ça, hop, hop, faut être au château de Neuschwanstein à 15h15 pile, et d’abord manger.
Ça s’est passé si vite, je crois que toutes mes photos seront floues (même pas eu le temps de les regarder). Dommage, c’est justement un endroit où on aimerait flâner. Joli, joli, le décor des contes de Grimm.
Il faut dire, il faisait un temps de chien, froid et pluvieux, mais tout de même.
Au resto, j’ai pris des kässpätzle, probablement ancêtres de tous les macaronis au fromage de la planète (en meilleur, quand même).

Légume du jour: oignons poêlés. On ne s’étouffe pas avec les petits pois, dans ce pays. Ni avec les asperges, le brocoli ou tout autre végétal susceptible de contenir un peu de chlorophylle.
Pourtant, à en juger par la forme de Gudrun, née pendant la guerre et qui   caracolait devant nous en piaffant comme une pouliche dans la montée jusqu’au château de Neuschwanstein, ça n’a pas l’air de leur manquer.
Donc, on a mangé en quatrième vitesse, expédié les politesses avec le patron de Gudrun, venu gentiment nous accueillir et nous parler de la région (elle a trouvé qu’il faisait trop long!), et on a filé au château de Neuschwanstein, construit au pied des Alpes par Louis II de Bavière.
Le pauvre, il avait sûrement un grain.
Construire un pareil ramassis de clichés médiévaux, en plein XIXe siècle… Il se prenait pour Lohengrin, ou pour Perceval, et voulait recréer la grandeur des rois et des chevaliers du Moyen-Âge. Bon, je résume grossièrement, hein, il est tard.
On ne sait trop s’il a vécu seul parce qu’il était fou, ou s’il était fou parce qu’il vivait seul, mais toujours est-il qu’il s’est retrouvé roi à 18 ans, pas du tout préparé pour cela, qu’il a été brièvement fiancé à la sœur de Sissi, qui était non seulement bel et bien bavaroise (contrairement à ce que j’ai écrit l’autre jour, abusée par le fait qu’elle a régné sur l’Autriche et la Hongrie), mais aussi, tenez-vous bien, sa cousine.
Bref, le pauvre Louis a rompu les fiançailles (on dit qu’il était gai) et s’est replié dans ce sinistre château qui a dû coûter une fortune au bon peuple de Bavière, et qui n’a jamais été terminé. On a fini une aile ou deux pour faire joli, mais elles sont vides de chez vide.
Quant à Louis, il a été trouvé mort dans le lac de la propriété où on l’avait enfermé la veille pour aliénation mentale. Son psychiatre était mort aussi, noyé. Le mystère règne toujours sur ce qui s’est vraiment passé.
Le château est plus beau de loin que de proche, et là aussi la visite se fait au pas de charge, qui plus est au milieu d’armées de Japonais bien désemparés (pas le droit de prendre de photos).
Drôle de truc.

Nous sommes revenues à Munich sous la pluie, tout le monde dormait dans le minibus, épuisées par le cardio extrême que nous avait imposé Gudrun.
Pour souper: assortiment de saucisses servies dans un bol d’eau bouillante, accompagnées d’un bretzel. Ça non plus, ça ne s’invente pas. Ah, et il y avait de la moutarde.

Gastronomie teutonne, quoi.

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C’est reparti!

Voilà, je repars, cette fois à titre de vraie de vraie journaliste, affectée pour trois mois au cahier Vacances/Voyage de votre quotidien préféré.

(YAYY!!!)

Je passerai d’abord une semaine en Bavière. J’ai écrit hier que j’y serais  en plein Oktoberfest. Erreur. Comme son nom l’indique, la fête a lieu en septembre (et la fameuse exactitude germanique, alors?) et se termine le premier week-end d’octobre. Tant mieux, je sens que j’en aurais bavé (d’où le nom de Bavière, sans doute). C’est un voyage dit «de presse», nous serons donc quatre journalistes gâtées-pourries à nous faire promener par monts et châteaux. Thèmes du circuit: Route romantique et Route des Alpes. M’en vais me prendre pour Sissi dans des châteaux de contes de fées (je sais, elle était  autrichienne, et alors?), manger de la choucroute et admirer les vaches à clochette dans les montagnes.

Après, train de nuit Munich-Paris, puis direction Nîmes, Arles, Marseille, avec arrêt dans une manade (l’équivalent camarguais d’un ranch, si vous voulez), où j’apprendrai à soigner un cheval, à le seller et à le monter convenablement.

À moi la bouillabaisse, les marais salants et les arènes romaines! Je me demande si je pourrai visiter Tarascon, ville du valeureux Tartarin. J’aurais aimé aller à Aubagne, en hommage à Pagnol. Mais on ne peut pas tout faire…

La logistique «valise», en l’occurrence, s’avère particulièrement délicate. Songez un peu: restaurants chics et temps de chien en Bavière (on prévoit 9° et de la pluie pour la majeure partie de la semaine), puis chaleur, promenades urbaines et équitation dans le Midi (il fait 29° à Arles). La quadrature du cercle, à côté de ça, me paraît bien banale.

Enfin. L’éventuel contenu de mon bagage est empilé là, à côté de la valise béante (noire) dans laquelle, évidemment, un chat (blanc) n’a pas manqué de se coucher, façon poule couveuse.

J’ai inventorié quinze fois ma garde-robe et mes tiroirs aujourd’hui, rien ne va. Ça va encore finir par un jean ou deux, des tas de trucs superflus, trop de chaussures et pas assez de place pour rapporter tout ce que je verrai de beau là-bas. Je vais pourtant finir par me dompter?

Eh. On ne sait jamais.

Je vous mettrai des photos (pas de ma valise, voyons!). Là, Tatie se couche, elle est morte.

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Faux départ

Hier, jour de Pâques, branle-bas de combat sur les routes et au terminus d’autobus: tout le monde rentre chez soi en cette fin de vacances. Résultat: pas moyen de trouver des places pour Tunja. Nous avons donc dû rester une nuit de plus à San Gil, et nous devrons nous passer de Villa de Leyva parce que la route est bloquée par un éboulis. Zut!
En tout cas, nous avons mangé hier soir des testicules de taureau (mais s’il n’a plus ses testicules, ce n’est plus un taureau, non?) et bien rigolé avec notre jeune serveuse lorsqu’elle nous a dit, hilare, ce qu’étaient les criadillas que nous avions commandées sans savoir.
Nous partons tout à l’heure pour Tunja, donc, un voyage de quatre heures par monts et par vaux. Je ne m’habitue pas à la facon de conduire des Colombiens – heureusement que je ne suis pas nerveuse.

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San Gil et Barichara

Le marché de San Gil

Nous sommes arrivés hier à San Gil, une petite ville coloniale très vivante, très sympathique, au terme d`un voyage qui tient presque de l’épopée. Le car de nuit que nous avions pris à Valledupar a été arrêté en rase campagne par  des soldats en armes qui ont fait sortir tout le monde, ont aligné les hommes contre l’autocar pour les fouiller comme des bandits et ont inspecté l’intérieur du bus sans qu’il y ait moyen de savoir ce qu’ils cherchaient.
Arrivés à Bucaramanga, autre surprise: le terminus était fermé pour cause de jeudi saint. Donc, pas de bus pour San Gil! Mais ce n’est pas un petit contretemps de rien du tout qui allait nous arrêter. Nous avons pris un taxi vers le centre-ville en nous disant qu’il y aurait sans doute des taxis collectifs quelque part. Comme de juste, nous avons pu nous entasser à 20 dans un minibus, qui a parcouru une route sinueuse à souhait dans un fantastique paysage de montagnes coiffées de nuages, parsemées d’haciendas au toit de tuiles rouges.

Il y a en ce moment à San Gil un festival de musique. Tout à l’heure, nous sommes entrés par hasard dans le centre d’histoire de la ville (une magnifique hacienda toute fraîche aux épais murs chaulés où l’on verrait bien Zorro faire la cour à sa douce). Un petit orchestre y était en répétition en prévision du concert de ce soir. Nous avons appris que c’est l’un des meilleurs groupes de musique colombienne au pays. Nous avons donc eu droit à un petit concert privé, c’était charmant.
Nous arrivions tout juste de Barichara, à quelques kilomètres de San Gil, un adorable village colonial dont voici quelques images.

Clocher à Barichara.

Ouvrier au travail dans le cimetière de Barichara.

Même mort, un Colombien ne se sépare jamais de son chapeau.

Voilà. Demain, départ pour Tunja et Villa de Leyva, deux villes coloniales juchées dans les montagnes.

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De retour de nulle part

Nous voici à Valledupar, capitale de la musique vallenata, où nous allons malheureusement manquer le festival que l’on y consacre, qui commence le 26. Dommage, je suis certaine que ca  aurait été sympa, cette musique va me rester dans les oreilles pour toujours.

Nous avons donc passé deux jours dans la péninsule de La Guajira, qui sera un jour à la Colombie ce que la Gaspésie est au Québec. En attendant, on y arrive au bout de deux heures par une route défoncée, dans un taxi collectif ou une camioneta surchargée qu’on prend à Uribia, un bourg frontalier avec le Venezuela. Jamais vu un lieu plus chaotique, plus déglingué que cet endroit. Il faut dire que nous avons débarqué en plein marché – les chevreaux attachés par les pattes entassés près du camion qui les emmènera à l’abattoir, les appels des marchands de rue, les klaxons des taxis, la poussière, les vélos, les camionetas invraisemblablement bourrées de gens et de bagages qui s’ébranlent aux deux minutes à destination de La Guajira…

Un peu étourdis, nous n’avions pas eu le temps de nous reconnaître que déjà quelqu’un nous prenait nos valises, les jetait à l’arrière d’un 4×4 et nous poussait à l’intérieur, où se trouvaient déjà quatre très beaux et très sympathiques jeunes Bogotanos en vacances. Et vogue la galère! La route est affreuse, en terre jaune, parfois coupée d’une vaste flaque de boue que Maiker, notre chauffeur, traversait en sifflotant. De temps en temps, un chevreau quittait le milieu du chemin en courant pour aller retrouver sa mère. S’il échappe à cette mort par collision, il n’échappera pas à la casserole: le chiche (chevreau mijoté lentement dans sa propre graisse, avec les abats) est un plat très prisé (et délicieux).

Maiker nous a déposés devant une posada tenue par une forte femme qui mène son affaire tambour battant. Nous avons dormi dans des hamacs (c’est que nous commençons à y prendre goût!), pas fait grand-chose hormis boire de la bière, placoter avec nos jeunes amis de Bogotà, aller à la plage, manger et dormir.

J’ai bien failli commettre un crime ce matin quand, à 5h, nos voisines de hamac (une mère de 30 ans qui se prenait pour Shakira et sa mongole de fille de 13 ans qui se prenait pour sa mère, les deux adulées par les parents de Shakira) se sont mises à jacasser comme si elles étaient seules au monde, alors que nous étions bien une dizaine de personnes à dormir sous cet abri fait de lattes de cactus. (Il ne faut pas être trop jaloux de son intimité, disons.) Elles se sont levées en papotant, ont papoté en faisant leur bagage, se sont toilettées en papotant, et ont continué de papoter malgré quelques requêtes polies de ma part. En fin de compte, elles m’étaient pas pressées du tout puisqu’elles ont déjeuné en même temps que nous. Avant de partir, j’ai eu envie de desserrer discrètement les noeuds qui retenaient leurs hamacs pour qu’elles tombemt sur leurs petits culs de pétasses en se couchant ce soir, mais je me suis retenue.

Je le regrette encore.

Bref, nous sommes à Valledupar, une ville qui nous semble étonnamment disciplinée après les derniers jours. Demain, en route pour Barichara, ville coloniale dont on dit beaucoup de bien.

Je vous reparle de La Guajira plus tard, mon homme s’impatiente, et puis c’est l’heure de la sainte Bière.

Hasta Luego!

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Santa Marta

Pas de vacances pour les fourmis!

Nous avons quitté Carthagène en bus, direction Santa Marta, station plus ou moins balnéaire dont la plage, précisent les guides, n’est plus guère propre qu’à la promenade. La route dure quatre heures, avec pause à mi-chemin. Nous en avons profité pour nous sustenter un tantinet et avons fait l’achat de deux empanadas, farcies d’à peu près tout ce qu’on peut mettre entre deux rangs de pâte frite: oeufs, saucisse, poulet, boeuf. Arrosé d’un jus carotte-orange, ça nous a tenu au ventre pour le reste de la journée.
À Santa Marta, nous avons trouvé un petit hostal sympa tenu par un Irlandais architecte (ou vice versa) et décoré à l’avenant. Murs blancs, portes de bois teint noir, tout très simple, très élégant, de loin ce que nous avons eu de plus luxueux depuis le début de ce voyage, pour la somme exorbitante de 60 000 pesos la nuit (30$).
Il y a un autre hostal absolument ravissant tenu par un couple de jeunes Français, dont la jolie patronne nous a indiqué un resto où déguster du poisson. Dare dare, nous nous y sommes rendus. C’est une petite gargote de quartier, grande comme la main, qui ne paie pas de mine, mais nous y avons bien mangé, Pierre une cazuela de mariscos (soupe de fruits de mer), moi un filet au gril, avec une bouteille de vin chilien. Nous étions attablés avec un Irlandais très rigolo. Une belle soirée.
De retour à l’hôtel, je me suis mise à me sentir, oOoOoohhhh… pas très bien.
Au milieu de la nuit, j’ai fini par rendre tout mon souper, service compris. Pierre a aussi été malade, nous avons passé la journée à dormir.
J’accuse les empanadas.
PLUS JAMAIS!

Le lendemain, nous nous sentions déjà beaucoup mieux, nous avons donc pris le chemin du parc de Tayrona, dont on dit le plus grand bien. Il faut pour s’y rendre faire une bonne heure de bus, puis prendre un colectivo, puis marcher une heure et demie avant d’arriver à une posada où l’on vous loue pour la nuit un hamac tendu sous un abri de palme grillagé.

Le bus pour se rendre à Tayrona

Là, la mer est si agitée qu’il est interdit de se baigner. Il faut marcher une vingtaine de minutes jusqu’à une anse plus propice à la baignade. Mais de microscopiques moustiques attendent le gringo et sa peau tendre. Il fallait voir ces peaux constellées de boursouflures! Bref, nous ne sous sommes pas vraiment attardés. Nous sommes rentrés à la posada, l’extinction des feux est prévue pour 20h. Extinction des feux à 20h il y eut. Nous avons passé la soirée à nous balancer doucement dans nos hamacs en placotant en attendant le sommeil. Il a plu à boire debout la nuit durant, de temps en temps un bourricot poussait un braiement qui semblait d’ennui… Contre toute attente, nous avons très bien dormi!

Nos hamacs

Nous sommes rentrés à Santa Marta aujourd’hui, sales comme des bûcherons – heureusement, nous avions troqué l’heure et demie de marche à pied pour une agréable balade à dos de cheval: le sentier était un ruisseau de boue et de crottin où je m’avais aucune envie de m’enliser. Ces robustes petits chevaux ont le pas sûr et l’habitude du chemin, pourquoi se compliquer la vie?
Demain, en route pour La Guajira, le point le plus au nord de l’Amérique du Sud. Y vivent les Wayus, aborigènes assez indépendants et fiers qui ne sont pas, dit-on, toujours commodes. Nous verrons bien.
Hasta luego!

Vu de la salle à manger, à la posada Paraiso.
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Le ventre de Carthagène

Aujourd’hui, visite au marché Bazurto, une expérience… unique! C’est le côté ombre de Carthagène, celui que les touristes ne voient généralement pas. J’ai exploré pas mal de marchés dans ma vie, je les aime d’amour, ils sont le ventre des villes, leur coeur et leur âme. Je peux dire que celui de Carthagène dépasse en anarchie tout ce que j’ai pu voir jusqu’ici.
Les odeurs (de la coriandre fraîche jusqu’à la viande avariée, en passant par les empanadas ou les caldos des bouibouis), les sons, les produits, tout vous happe, vous agresse presque, dans un labyrinthe vraiment inextricable où l’on s’enfonce en faisant bien attention où l’on pose le pied: il y a des trous, des détritus, de la boue, parfois un chien errant, et par là-dessus des types qui poussent en courant presque des charrettes lourdement chargées de tout ce que vous pouvez imaginer.

Dans ce chaos absolu, les gens sont d’une affabilité qui me renverse. Alors que, au Mexique ou au Guatemala, il fallait déployer des trésors de diplomatie ou de ruse pour réussir à prendre quelqu’un en photo, ici, ils rigolent, prennent la pose, me suggèrent de tirer le portrait de la personne de l’étal voisin…
Quand nous avons émergé du marché, il avait plu. Pendant à peine une heure peut-être, mais plu comme il pleut sous les tropiques, sans merci ni relâche, et les rues étaient complètement inondées d’une eau fangeuse dans laquelle les bus, les taxis et les motos se frayaient un chemin en chuintant.

La photo est floue (dommage!)
mais c’est pour montrer qu’on vend les poules avec
les oeufs DEDANS. Et ça se mange.