Avatar de Inconnu

Carthagène

Quatorze heures de bus. C’est le temps qu’il faut pour se rendre de Medellín à Carthagène. Il n’y a que 500 km à parcourir, mais sur des routes de montagne plus ou moins étroites, plus ou moins défoncées, parfois à la limite du praticable. Il faisait un froid inhumain dans l’autocar et les lampes de lecture ne fonctionnaient pas, mais nous avons bravement surmonté cette terrible épreuve, survécu et même dormi comme des bûches.

Au matin, un jeune homme est monté dans le car avec sur l’épaule un plateau chargé d’une pyramide d’empanadas, de buñuelos et d’acras qu’il offrait à vendre. La route était fort mauvaise, le car tanguait et roulait, si bien qu’arriva ce qui devait arriver: le jeune vendeur a perdu l’équilibre, il a cherché à se raccrocher à un dossier, et la moitié du chargement de son plateau s’est renversé… sur ma tête. Tout le monde a éclaté de rire, bien entendu – sauf le jeune homme, qui venait sans doute de perdre une bonne demi-journée de labeur. Une dame l’a gentiment aidé à ramasser ce qui était tombé par terre, je lui ai mis sans un sachet de plastique qu’il m’avait tendu ce qui était resté sur mon siège, et il est sorti du car, la mine déconfite. Je me désolais encore de sa mésaventure quand je me suis prise à espérer que, peut-être, il vendrait tout de même ce qui était encore présentable.

Qui le saurait?

***

Ce qui nous a frappés en arrivant à Carthagène, c’est le rythme. Caribéen pur coco: les gens marchent lentement, parlent lentement, il y a dans l’air une langueur tout antillaise qui tranche radicalement avec l’air affairé des gens de Medellín ou de Bogota.

Et Dieu, que cette ville est jolie! Des fleurs partout, des balcons ouvragés, la mer qui apparaît au bout d’une venelle, les clochers peints comme des gâteaux à la crème, des placettes tout ombragées où des hommes jouent aux dames avec des bouchons de plastique en guise de pions… C’est La Havane en plus beau, en moins désespéré. Comme c’est aujourd’hui dimanche, tout le monde est à la plage, alors nous avons les rues pour nous.

Joueurs de dames sur la Plaza Bolivar

 Il paraît que, pour rendre la ville présentable aux touristes, on l’a purgée de ses mendiants et des enfants de la rue (on dit même qu’ils ont été carrément abattus). J’espère que c’est une légende urbaine, mais comment savoir?  Même à Medellín, nous n’avons pas vu d’enfants des rues. Avons-nous mal regardé?
Nous logeons dans un petit hôtel bon marché à l’extérieur du centre historique, La Casona de Getsemani. C’est une maison coloniale charmante, avec un patio intérieur tout fleuri. Nous espérions avoir une chambre chez un couchsurfer, mais en fin de compte ça n’a pas fonctionné. Il reste peut-être une option, j’attends une réponse, mais autrement nous nous trouvons fort bien là où nous sommes, même si nous y perdons un peu en couleur locale. De toute façon, pour qui ne fait pas le difficile, on peut se loger et manger pour trois fois rien: petit déjeuner à 2$, repas du midi à 3 ou 4$, bière à 1,50$, chambre pour deux à 20 ou 30$ la nuit…

Demain, playa, farniente, peut-être un peu de shopping (mon amoureux s’est acheté un très beau panama, il ressemble maintenant à un ami de Pablo Escobar, faudra que je me dote d’un look à la hauteur)… La vie est dure.

J’ai commencé une collection de portes et de fenêtres, la voici:

Avatar de Inconnu

Medellín (bis)

Portraits
Ce jeune homme, 25 ans peut-être. Peut-être moins, la vie les use tellement!

Il n’a qu’une sandale, boite légèrement de son pied nu sur le pavé humide. Il pleut, il fait relativement froid. Le jeune homme est grand et mince, plutôt beau. Nous sommes à une terrasse qui surplombe le parc Bolivar, couvert de très grands arbres. Il pleut, il pleut, de ces pluies tropicales qui tombent à grosses gouttes lourdes comme des larmes.
Chaque fois qu’un taxi (innombrables, les taxis) s’arrête pour déposer son passager, le jeune homme se précipite pour ouvrir la porte, dans l’espoir de récolter une pièce. Le passager lui tourne le dos, indifférent, comme si l’autre était transparent. Le jeune homme reprend son manège. Dès que son regard croise celui de Pierre, il ne le quittera plus. Avec des gestes, des mimiques, il quémande une pièce. Pierre me le désigne discrètement, mais assez clairement pour que le jeune homme remarque que je l’ai remarqué. Il fait de grands gestes des bras, porte à sa bouche ses doigts joints, dans ce geste universel qui exprime la faim.
Je fouille dans ma poche, il s’approche, grand Pierrot de la rue, il lève son visage vers moi, je laisse tomber une pièce entre ses mains jointes. Il me bénit, retourne de l’autre côté de la rue, ouvrir les portes des taxis sans que personne lui jette un regard.
Il est peut-être un enfant de la rue, peut-être est-il là depuis toujours, n’a-t-il connu d’autre vie que celle-là, petit fantôme encombrant qui crie muettement sa faim à des gens qui ne veulent pas le voir.
 ···
Un couple, peut-être dans la trentaine, chez nous on dirait plus. Lui est très beau, métis, le visage à moitié couvert de blanc; elle plutôt espagnole, grande et mince, elle a aussi mis du blanc. Un théâtre de rue. Leurs costumes sont par terre, de petites piles bien classées de vêtements usés, de perruques couettées, de chapeaux cabossés. Il joue du conga, elle des maracas ou de quelque chose d’approchant, ils annoncent le grand spectacle du théâtre X. Ils sont plutôt bons. Elle se change en un tournemain devant public, passant par-dessus son collant noir un pantalon de satin jaune à volants, ou une robe noire et un fichu pour incarner une vieille. La petite foule est attentive.
Puis l’orage éclate, chacun cherche un abri, le parc se vide. Plus personne pour jeter une pièce dans le chapeau.
Ils en seront quittes pour recommencer.

Avatar de Inconnu

Medellín

Nous sommes arrivés à Medellín hier soir, après un vol éclair d’une petite heure. Il a ensuite fallu une heure en taxi collectif pour couvrir les 35 km qui séparent l’aéroport du centre-ville. Le chauffeur conduisait à tombeau ouvert, zigzaguant entre les autobus, les motos, les autres taxis, dans une route tout en courbes mouillée par une pluie récente.
Il faut avoir les nerfs solides. Je lui ai dit en rigolant que quelqu’un qui conduirait comme ça au Canada finirait direct en prison. Ça l’a fait rire.
Medellín ne compte que 2,3 millions d’habitants, mais j’ai rarement vu une ville aussi dense, aussi frénétique, aussi bruyante. Même Mexico me paraît bien sage en comparaison.
La ville elle-même est sans charme, privée de tout immeuble historique au profit de l’arquitectura racional. Dans un pays où rien ne semble rationnel, disons que le pari était perdu d’avance.

Une foule normale

Atelier de réparation de vélos en pleine rue

Émules de Botero

Écolières au centre culturel Uribe Uribe

Centre commercial
Marchand de cuivre et de laiton

Bar typique

Medellín est nichée dans une vallée et ceinturée de hautes montagnes que les maisons de brique rouge assiègent peu à peu. Nous avons voulu aujourd’hui prendre ce qu’on appelle le metro cable (en fait, un simple téléphérique) qui mène jusqu’à un faubourg perché là-haut, mais il était fermé pour entretien (ce qui, tout compte fait, est tout de même rassurant). Nous en avons été quittes pour visiter ce qui tient lieu de centre-ville. Une vraie fourmilière. Il y a partout sur les trottoirs des vendeurs ambulants qui offrent des lacets, des cintres, de la soie dentaire… On se demande comment ils peuvent gagner leur vie. Il faut croire qu’ils y parviennent, mais on voit bien que rien n’est facile. Il y a beaucoup de gens très abîmés par la vie, la drogue, l’alcool ou les trois. Ça crève le coeur.
Les gens semblent s’être donné le mot pour rivaliser d’amabilités avec les touristes (étonnamment nombreux), nous sommes sans cesse étonnés de leur courtoisie.

Avatar de Inconnu

Bogotá

Nous voici donc à Bogotá, qui n’est pas le coupe-gorge qu’on vous a dit, n’ayez crainte. Les gens sont affables, courtois, serviables… et toujours un peu étonnés de rencontrer des touristes dans leur ville à la réputation si sulfureuse.
Hier, dans la Candelaria (le quartier historique), alors que je prenais des photos, un technicien de cinéma (il y a des tournages tous les jours, nous a-t-on dit) a fait mine de prendre la pose avec ses copains en rigolant. Je l’ai photographié en rigolant moi aussi. Tout étonné de ma réaction, il m’a demandé d’où nous étions, et ce que diable nous fabriquions en Colombie.
– Ben, les touristes, tiens, je lui dis.
– Ah, mais c’est qu’on n’en voit jamais, ici. C’est bien que vous soyez là!

Bogotano et fier de l’être, à droite, avec ses copains.

Mais ce qui est drôle, c’est que lui-même, tout comme Diego, notre hôte, s’est mis à nous donner toutes sortes de conseils de sécurité!

Doris et Diego 

Parlant de nos hôtes, Diego et Doris, ils habitent dans le nord de la ville, un quartier résidentiel parfaitement sûr. Ils sont les parents d’une jeune amie maintenant montréalaise (hola, Andrea!). Bien qu’ils soient probablement bien plus à l’aise financièrement que la moyenne des gens, ils vivent modestement et possèdent peu de choses comparativement à ce que l’on voit chez nous, toutes proportions gardées. Ils sont adorables. Doris, énergique et vive, pépie comme un petit oiseau – elle parle espagnol à une vitesse étourdissante et je dois souvent lui demander de ralentir un peu son débit. Diego est le cuisinier du foyer. Il a toujours un dicton, une anecdote ou une bonne histoire à raconter. Tous les deux nous reçoivent sans façon et montrent une grande patience devant notre espagnol hésitant. Daniel, leur fils de 16 ans, est une soie. C’est un garçon curieux, ouvert, doux et plein d’humour.
La maman de Doris est atteinte d’une forme précoce d’alzheimer, elle nous salue affablement matin et soir, rit parfois de petites choses, lit studieusement le matin en articulant chaque syllabe, assise bien droite sur sa chaise, son livre posé sur les genoux, en suivant les lignes de son doigt osseux.

Le temps qu’il fait
Le climat ici est une énigme. Bogotá s’étire à l’ombre des contreforts des Andes, à 1600 mètres d’altitude. D’austères montagnes violettes barrent tout l’est de la ville, c’est bien pratique pour s’orienter. En revanche, comme on est au début de la saison des pluies, il peut faire très beau en matinée, puis des nuages noirs commencent à coiffer les montagnes au milieu de la journée, et il se met à faire frais et à pleuvoir des cordes en fin d’après-midi.
Diego m’a dit que j’étais bronzée comme une sabanera (travailleuse des champs), et c’est bien le cas. Crème solaire et chapeau sont de rigueur, mais aussi imperméable et petite laine. Impossible de voyager léger!

Transports

Pas de métro dans cette ville de 7 millions d’habitants. Un projet a plusieurs fois été évoqué, mais on a fini par l’enterrer (!) et par construire un réseau byzantin d’autobus articulés. Il faut un doctorat (ou être bogotano) pour comprendre le système des horaires parce que tous les bus n’arrêtent pas à toutes les stations, mais les gens nous renseignent volontiers. Nous faisons des progrès; encore un mois ou deux et nous finirons par naviguer ici comme des poissons dans l’eau.

Pour le reste, Bogotá est une ville… urbaine, immense, dense, grouillante, polluée, aussi nous n’y passerons pas beaucoup de temps – d’autant que nous devrons y revenir pour reprendre l’avion. Voilà, je vous laisse là-dessus, je me trouve aussi plate qu’un dépliant touristique.

Avatar de Inconnu

L’art du lâcher-prise

Ce n’est pas pour me vanter, mais je crois que, en vieillissant, je m’améliore.

Par exemple: mon avion décolle de Plattsburgh à 2h du matin dimanche. C’est vraiment nul. Je devrais rouspéter, traiter la compagnie aérienne de ci et de ça. Mais hé, ho: ça veut dire que j’ai toute la journée de demain pour faire tout ce que j’ai remis à plus tard toute la semaine!

Bon, à l’heure où j’écris, on est déjà demain, mais les priorités se résument à préparer mon bagage, à me faire couper les cheveux (Alina, à midi), à acheter quelques cadeaux pour nos hôtes et, bien sûr, à essayer de voir si mon fils (qui en principe vit avec sa vieille mère) est toujours vivant. Le reste (contester l’évaluation foncière de mon appartement, faire plus de sport, essayer de récupérer mon nom d’utilisateur et mon mot de passe auprès du fisc québécois pour savoir ce qu’il y a dans le message qu’il m’a envoyé, manger moins salé, faire le ménage du frigo, plier six mois de lessive, changer la litière des chats), le reste attendra.

En tout cas, tout ça pour dire que nous partons, mon Pierre et moi, pour la Colombie. Nous atterrirons à Bogota dimanche à 13h06. (13h06? Vraiment?) La maman de ma jeune amie Andrea viendra nous cueillir à l’aéroport, nous logerons dans sa famille deux ou trois jours, et puis nous irons là ou le vent nous poussera. Nous avons déjà des familles d’accueil à Medellin, à Carthagène et près de Popayan, au centre du pays, où dit-on les fêtes de la Semaine sainte dépassent tout ce qui existe ailleurs. On dit cela aussi d’Antigua, au Guatemala, où j’ai en effet trouvé que le délire religieux atteignait des sommets. Ce qui est chouette, c’est que je pourrai comparer.

Avouez que, pour une apostate, c’est quand même rare.

À ceux qui trouvent que c’est un voyage bien téméraire, je conseille de regarder cette petite vidéo.

Pour le reste, j’ai tous les vaccins possibles, des médicaments contre la malaria, la turista et la gueule de bois, et pas du tout la gueule d’Ingrid Betancourt, alors je ne crains rien.

Un abrazo

Fabiana

Avatar de Inconnu

Un désir nommé tramway

On dira ce qu’on voudra, Toronto ne manque ni de charme ni d’intérêt.

À commencer par ses tramways, efficaces, nombreux, abordables, dont les conducteurs sont invariablement courtois et serviables, et j’aime les jetons métalliques qui servent à payer le passage. J’avais hâte d’être à Toronto rien que pour ça!

Quand je vois saillir sous l’asphalte les rails de ceux que nous avions à Montréal, je ne peux m’empêcher de maudire ce mépris que nous avons pour notre patrimoine, maudire aussi notre obsession pour le neuf, le nouveau, le propre – clin d’aluminium, vinyle et préfini –, maudire ce supposé progrès, qui vieillit mal et coûte toujours plus cher.  (J’ai justement lu hier cette entrée dans le blogue de mon ex-collègue Richard Chartier quant à la déréliction de nos transports en commun, on ne saurait mieux dire.)

J’aime l’architecture des maisons victoriennes un peu décrépites en plein centre-ville, j’aime Kensington Market et ses friperies, j’aime Chinatown, j’aime même ce qu’on a osé faire au Royal Ontario Museum, pas parce que cela me paraît vraiment réussi (à vrai dire, je trouvais cela plus joli sur plan), mais parce qu’on a osé, justement. J’aime le campus de l’université, j’aime les petites boutiques de Queen Street dans Beach, j’aime le musée Bata.

J’aime l’omniprésence du lac Ontario, dont les rives sont partout dégagées, accessibles, et où, songez-y, on peut même se baigner! J’aime qu’on n’ait pas canalisé et caché sous le bitume les rivières qui s’y jettent, comme on l’a fait ici de la rivière Saint-Pierre, notamment.

J’aime la gare centrale, élégante, classique, royale, avec ses vitraux, ses frises et ses plafonds vertigineux.

Ben oui: j’aime Toronto.
Et j’aime aussi mes amis Catherine et Thomas, qui m’ont reçue comme une reine.

Avatar de Inconnu

Toronto en train

J’ai choisi le train. J’adore le train. La classe affaires n’était pas tellement plus chère que la classe prolo et revenait à peu près au même prix que l’avion. On me promet un repas quatre services avec vin; je me suis dit que, pour avoir mes aises – de la place pour mes jambes, une table pour mon ordi, un siège confortable pour mes fesses –, ça valait bien la différence.
Quant aux cinq heures que demande le voyage, fi! Comptez ça comme vous voulez, une demi-heure pour se rendre à l’aéroport avec les deux heures d’avance réglementaires, une demi-heure pour l’embarquement, une heure de vol, une demi-heure pour sortir de l’aéroport et encore une demi-heure pour se rendre au centre-ville, c’est à peu près kif-kif.
J’avais en mémoire ce train de nuit entre Prague et Cracovie, les draps immaculés tout craquants d’amidon, la couette de duvet, les oreillers douillets… Ou la classe affaires d’Air France, où les fauteuils de cuir soupirent d’aise quand vous vous y enfoncez, où l’on vous sert des repas de prince à grands renforts de linge empesé et d’ustensiles en bel et bon acier.
Las! Nous sommes au Canada, où le train, pourtant élément fondateur du pays, est le parent pauvre des transports.
J’en suis donc à remercier la providence de m’avoir convenablement rembourré les fesses puisque le siège où je les ai posées n’a pas vu le tapissier depuis un sacré bail. En fait de table, je suis condamnée à poser la moitié de mon MacBook sur un bout de plastique branlant de la taille d’une carte de crédit.
Pour comble, j’avais comme voisin un monsieur aussi large que haut, qui débordait de tous les côtés (surtout du mien), ce qui fait que je me suis retrouvée coincée entre le mur (pas de fenêtre à ma hauteur, comme de raison) et sa volumineuse personne. Heureusement, le steward vient à l’instant de proposer à monsieur Patate un siège où il serait plus à son aise (et moi itou par le fait même).
Je vous écris donc maintenant les pieds sur le siège d’à côté, mon ordi en équilibre sur une cuisse, pendant que défile le morne paysage de l’autoroute 20 dans les fenêtres sales. Me voilà quelque peu consolée. Attendons voir ce que nous réserve la gastronomie de VIArail…

Avatar de Inconnu

Cuba (encore)

Crème solaire, maillots, sandales, des tonnes de livres, quelques robes d’été, une petite laine pour les soirées fraîches, des lunettes de rechange (si je les perdais, mes lunettes, hein? Ça s’est vu… Et alors à quoi bon ces tonnes de livres?). Voilà, ma valise est (presque) prête.

Dans sept petites heures, je serai à Cuba, à mi-chemin entre La Havane et Varadero, en pleine cambrousse (mais au bord de la mer, quand même!). M’en vais lire, ne rien faire, dormir et parler espagnol. Et voir les poissons, bien sûr, parce que le principal attrait de cet endroit, c’est le récif de corail, à quelques brasses, qui grouille de vie et de couleurs.

Au fait, où ai-je bien pu fourrer mon tuba et mon masque, moi? J’allais les oublier!

Faut que je les trouve. Je bloguerai de là-bas!

Avatar de Inconnu

Mais comment font-ils?

Depuis que je suis ici, je m’envoie des repas qui me paraissent gargantuesques, que les Français autour de moi avalent sans ciller en moitié moins de temps. Et que je t’ajoute un petit fromage par-ci, et madame prendra bien un petit dessert? Un petit café, peut-être… Ah, mais ce ne sont que quelques mignardises, vous mangerez ce que vous voulez.

Pavé de foie de veau et sa poêlée de gnocchi.

Hier soir, j’ai largement dépassé mes capacités, et j’ai pourtant laissé un peu de l’entrée (pétoncles et cèpes poêlés, jus de volaille), un peu du plat (pavé de foie de veau et gnocchi), un peu de fromage (dont un fourme d’ambert, ah, avec une confiture de dattes, oh!). J’ai cru que je n’avalerais plus jamais rien de ma vie. De fait, ce matin, aucune envie de petit-déjeuner, d’autant moins que m’attendait un repas dans un étoilé Michelin. Me voilà donc, à midi et demi, après une virée d’achats compulsifs dans le marché du mercredi place du Capitole et un peu aux alentours, dans ce resto minuscule aux murs anthracite (20 couverts au gros maximum).

On m’a servi avec une exquiiiiise politesse des choses exquiiiiises, que j’ai réussi à manger avec délectation tout en plaisantant avec les serveurs (qui ont réussi à plaisanter).

Mise en bouche (oh, trois petites choses mignonnes et rigolotes, rien pour se faire du souci).
J’écoute les conversations de mes voisins, et aussi les présentations des serveurs, je note.

Le plat (khadaïf de cabillaud sur crème de céleri-pomme, chou-fleur cru, émulsion de crustacés)

Entrée. (Mes voisins ont deux entrées. Moi, je suis déjà comblée.)
Plat. (Mes voisins n’ont pas les mêmes, et la récitation est plus longue. Quand mon plat arrive, je défaille: y arriverai-je?)
Dessert. (Moi qui n’en prends jamais, je n’y puis résister, mais j’en laisse la moitié. Le garçon: «Madame n’a pas aimé le praliné?»)
Café. Mignardises.

Au secours!

Je regarde mes voisins, qui ont l’air tout à fait sains d’esprit, et qui ne sont pas du tout gros. En fin de compte, je me dis que, chez eux, ils doivent manger de la salade toute l’année. Sinon, c’est trop injuste.

Le dessert: praliné fourré crème d’amande surmonté d’un sorbet poire, poire pochée fourrée à la crème d’orange, feuillantine crème caramel, mini-clafoutis à la framboise, qu’est-ce que vous voulez que je vous dise?

En tout cas, au final, la réponse, je suppose, c’est que ce genre de chose, une fois l’an, deux à la limite, très bien. Mais deux fois dans la même semaine, c’est jeter des perles aux pourceaux. Et s’il y a des gens qui carburent à ça, franchement, je les plains.

Bon, c’est pas tout ça. Faut encore que je fasse ma valise, parce que je prends le train demain pour Carcassonne, où j’espère qu’on me fichera la paix avec la gastronomie: je veux juste manger du foie gras et du confit, compris?

Avatar de Inconnu

À table!

Ce midi, dîner (ou déjeuner? ah, chuis toute mêlée!) à L’Amphitryon, un peu en dehors de Toulouse. Rien que pour vous dire, ce soir, je n’ai pas soupé (ou dîné, comme vous voudrez). Amuse-doigts (sic), mise en bouche, entrée no 1, entrée no 2, plat, dessert, café, mignardises, avec l’accord mets-vins, j’ai cru mourir (de plaisir!).
Avec ça que j’ai vécu ma première vraie expérience de cuisine moléculaire, ce que je résumerais en gros par: l’art de déstabiliser le client en lui servant des trucs qui n’ont pas l’air de ce qu’ils sont. Ou qui ne sont pas ce qu’ils ont l’air d’être.
Tout cela et bel et bon, vraiment, mais vous savez quoi? Rien ne vaut les vraies affaires au vrais jus. L’escalope de foie gras sur tomates éclatées et le pigeonneau rôti et fumé avec son jus, sur la purée et le carpaccio de chou-fleur (ô, la bonne idée!!!), je vais vous dire, m’ont mis les larmes aux yeux (vraiment), bien plus que les langoustines en pannequets de nouilles udon ou ce biscuit qui semblait de chocolat fourré fraise, mais qui était en fait d’olives noires fourré de sorbet de tomate.

Mais euh, dans tous les cas, on est dans des sommets jamais atteints, n’est-ce pas?

Et je ne vous parle pas des amuse-doigts, de petites choses aussi insolites que délectables, parce que je ne veux quand même pas tout vous dire, il me reste un article à écrire, eh, ho.

Après, promenade dans les vieilles rues de Toulouse, qui n’est rose, m’a-t-on dit, que depuis que ses habitants ont cessé de crépir de blanc les murs de brique (ils trouvaient que ça faisait pauvre au regard de la pierre). De fait, dans certains quartiers moins touristiques, on voit encore des vestiges de crépi sur les murs. Ce n’est pas moins joli, c’est seulement différent.

Il a fait aujourd’hui un temps de fin du monde, avec un vent à m’arracher mes lunettes. On l’appelle le vent d’autan, du provençal altanus (vent de la haute mer). Je l’aurais appelé mistral ou tramontane, mais il semble qu’il y ait ici autant de noms pour le vent que les Inuits en ont pour la neige.

Enfin, j’ai atterri dans un bar à vins, chez le Père Louis, un minuscule estaminet établi en 1889 et qui n’a assurément pas changé depuis, où il n’y a que cinq tabourets (ne me demandez pas pourquoi; on pourrait en mettre au moins 15). Patrick, le patron, va du bar (où il boit café sur café) à la cuisine (où il prépare des assiettes de confit d’oie et de jambon cru); Hélène, sa complice, sert le vin ou le quinquina maison (vin apéritif fait d’une écorce amère aux propriétés toniques et fébrifuges fournie par diverses espèces d’arbustes du genre cinchona – merci Petit Robert) dans des coupes grandes comme des dés à coudre, remplies à ras bord. J’ai dit en rigolant que c’est pour que, si le client en renverse en portant le verre à sa bouche, il comprenne qu’il a assez bu. Le patron m’a dit: «Non, c’est qu’il faut hurluper.» Hurluper, c’est boire à même le verre, comme la vache à l’abreuvoir.
Décidément, j’aurai pris de bonnes manières.