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Celestún

On ne peut pas dire que c’est le genre d’endroit dont on tombe amoureux au premier regard, loin de là. Ainsi de mon court trajet en tuk-tuk de la place centrale à mon hébergement:

Tout semble vaguement à l’abandon, négligé, avec des maisons éventrées ici et là, probablement en attente d’un acheteur qui spéculera sur la valeur à venir du terrain – parce que ça ne manquera pas de se produire.

Je me prends à essayer d’imaginer de quoi avait l’air ce village avant l’arrivée catastrophique des blocs de béton, qui ont supplanté les matériaux locaux des constructions traditionnelles, pourtant si bien adaptées au climat et aux ressources dont disposaient les habitants qui les avaient conçues. Je me souviens d’avoir eu les mêmes pensées au Bénin, notamment.

Ici, il ne reste apparemment qu’une seule maison de bois de type caribéen, comme celles qu’on voit encore à Cuba ou en Haïti: de plain-pied, d’un seul étage, faites en planches plus ou moins disjointes, couvertes de tôle ondulée, avec des persiennes et une petite galerie. Je suis tombée dessus par hasard aujourd’hui – enfin, sur ce qu’il en reste. Et quelque chose me dit que, si je reviens l’an prochain, il n’en subsistera plus rien.

Je me demande en fait ce qu’il adviendra de ce village quand il sera rattrapé par le tourisme de masse.

Francisco, le mari de Jaqui, chez qui je loge, pense que ce serait une fort bonne chose, comme il estime que les navires de croisière qui affluent à Progreso y apporteront la prospérité, alors que je n’y vois qu’une calamité. On pourra en reparler dans un an ou deux.

En attendant, quelque chose ici me rappelle mon bon vieux Bénin: les rues sablonneuses, les motos omniprésentes, la poussière qu’elles soulèvent, la mer toute proche, les enseignes délirantes, les détritus qui traînent dans tous les coins… Ce côté anarchique et indolent qui peut choquer ou énerver finit toujours par me faire sourire, ne me demandez pas pourquoi.

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Cuicocha, Cotacachi, Quito… et la fin

Dimanche, donc, visite de la laguna de Cuicocha, un lac volcanique assez impressionnant qu’on atteint par un chemin presque confidentiel. Il y a là une jolie randonnée à faire, mais nous nous sommes contentés d’observer le paysage depuis le belvédère, et d’acheter quelques menus objets aux kiosques qui le bordent.

Je n’ai pas pu résister à un couple de poupées en costume traditionnel, non plus qu’à une paire de jolies espadrilles rouges cousues main — de vraies espadrilles en coton avec une semelle de corde, comme celles que portent les femmes ici et qu’on peut acheter en Espagne à un prix prohibitif.

Puis, visite de la petite ville de Cotacachi, adorable, bien plus plaisante et plus authentique qu’Otavalo. Hommes et femmes y portent fièrement les habits traditionnels, et c’est si beau que, pour un peu, j’en aurais pleuré.

Je suis également fascinée par l’architecture des maisons bourgeoises, directement inspirée de celle des riads qu’on voit au Maroc, et qui a voyagé jusqu’en Amérique via l’Espagne. Le fait que les Espagnols aient tenu mordicus à implanter partout ce modèle pourtant peu adapté au climat andin montre à quel point ils se croyaient chez eux.

Quito

Je confesse que j’ai eu du mal à aimer cette ville tentaculaire qui pue le gaz d’échappement et qui, mis à part le centro historico, est d’une laideur assez consternante malgré le paysage fabuleux au milieu duquel elle est nichée. Illustration saisissante des ravages de l’étalement urbain, des immeubles de béton sans âme, serrés les uns contre les autres, grimpent à l’assaut des montagnes environnantes comme une lèpre incurable. Il ne reste rien, dans ces quartiers, de la verdure qui tapisse encore les sommets de ces anciens volcans.

Il faut dire que j’étais assez malade depuis deux jours, probablement à cause d’une malheureuse cuisse de poulet mal cuite. Ça peut freiner l’enthousiasme, disons.

J’étais avec Amanda, la soeur d’Alejandro, qui connaît son Quito comme la paume de sa main et qui a eu la gentillesse de m’emmener en voiture.

Nous avons visité force églises et monastères, et, après une telle dose de Christs sanguinolents, de vierges éplorées, de pilastres rococo recouverts à la feuille d’or et de légendes de saints morts dans un tel état de grâce que leur corps échappe à la putréfaction (alors que le mien, bien vivant, semblait justement vouloir s’y abandonner), après, donc, une telle débauche de richesses et d’extravagances, j’en ai eu assez et j’ai crié grâce.

Aussi bien, il commençait à pleuvoir, comme souvent les fins d’après-midi dans la région andine.

Nous sommes donc rentrées à la maison, où Martha, avec son habituelle et inextinguible gentillesse, nous a servi à manger (riz et plantain pour moi vu mon état, ça m’a rappelé Haïti).

Maintenant, je suis vannée. Ma valise est faite, elle me promet de dépasser le poids maximum permis et je devrai donc payer un supplément. Si on me pesait avec elle, je suis certaine que ça rétablirait la moyenne, mais ce n’est pas encore dans les moeurs de Copa. J’imagine que ça viendra, tant cette compagnie lésine sur tout.

Dans le prochain billet, à la demande de mon amie Michelle, je parlerai un peu de sécurité.

D’ici là, buena noche a todos y todas!

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Tout va trop vite

Je m’étais pourtant promis de prendre mon temps. Je le prends autant que je peux, mais il me file entre les doigts.

Je suis restée un jour de plus à Versailles, chez ma délicieuse amie Anne. Puis j’ai squatté chez Jean bien plus longtemps que je ne voulais (la faute aux grèves de la SNCF, mais aussi sa faute à lui, puisqu’il est toujours trop accueillant), et je suis aussi restée collée chez Aurélie et Mehdi, dont les deux petites filles m’ont happée, charmée, fait rigoler et, accessoirement, passé un rhume.

Me voici donc à Foix, chez mon amie Séverine, qui vit dans un tout petit appartement, au troisième et dernier étage d’une très vieille maison aux poutres apparentes, où elle me reçoit sans façon, comme j’aime.

Je me sens comme une enfant, émerveillée, enchantée par la vue de ces maisons si anciennes habitées depuis des siècles, jamais lasse d’imaginer la vie au moment où elles ont été construites et toute l’histoire qui les habite.

Je voudrais bien rester plus longtemps, mais comment faire?

En ce mois de novembre, le magnifique château qui domine Foix et tous les sites d’intérêt sont fermés. Je devrai revenir, que voulez-vous…

En attendant, je pars dimanche matin très tôt de Toulouse pour Valence, en Espagne. J’espère que le climat sera un peu plus doux et que mon rhume aura passé. En ce moment, quand je tousse, ça me donne des haut-le-coeur, beurk.