La fois où je n’ai pas vu Toulouse

Me voici donc au chic restaurant Courtepaille (l’équivalent, disons, d’un Normandin au Québec), à quelques mètres à vol d’oiseau du non moins chic hôtel Ibis Budget de l’aéroport de Toulouse, où je passerai la nuit en prévision de mon vol pour Valence, demain matin à 8h.

J’aurais bien voulu flâner un peu dans cette bonne ville que j’aime tant avant de venir m’enfermer dans un hôtel bon marché au bord de l’autoroute, mais les Gilets jaunes, qui soulignaient aujourd’hui le premier anniversaire de leur mouvement, en ont décidé autrement: manif, gaz lacrymo, centre-ville paralysé, on repassera.

Je suis donc restée un peu plus longtemps à Foix, et j’ai pu aller marcher avec ma chère Séverine dans les contreforts des Pyrénées, saupoudrés de la première neige, sous un soleil qui jusque-là nous avait cruellement fait défaut. C’était magnifique, lumineux, bleu, infini, doux comme un velours.

Séverine m’a finalement déposée à la gare de Foix à temps pour le train de 17h05. Je la laisse pleine de soucis, et je maudis le rhume qui m’a empêchée de la distraire, de sortir avec elle, d’alléger un peu son quotidien. J’espère seulement qu’elle finira par sortir de la tempête de merde que lui balance son ex sans se lasser.

Je ne comprendrai jamais ça.

Cette méchanceté, envers quelqu’un qui ne t’a RIEN FAIT, avec qui tu as vécu pendant des années et qui est la mère de tes enfants.

En tout cas.

Je quitte donc la France demain matin.

Quelques constats:

Boucane

Les Français fument. Jeunes (et même très jeunes), vieux, hommes, femmes, ça fume, beaucoup et partout: sur les terrasses, sur les quais de gare ou de tramway, dans les abribus, dans la rue, dans les files d’attente, on a toujours une bouffėe de boucane dans le nez. C’est dégueulasse. En revanche, ils ont la décence de ne pas jeter leurs mégots dans la rue, le croirez-vous? Je n’en ai vu aucun.

Accent

Notre accent québécois «pogne» toujours autant, c’est étonnant. Je ne peux pas vous dire combien de fois j’ai entendu «Rhôôô, l’accent, j’adooooore!» J’avoue que ça m’agace un peu. Mais je refuse de le gommer.

Argent

La vie est chère, très chère, bien plus chère que chez nous, et pour ça on peut comprendre les Gilets jaunes, parce que la fameuse couverture sociale, par ailleurs, est en train de devenir un mouchoir de poche. Exemple: deux mois et demi de congé de maternité! Dix jours pour l’autre parent!

* * *

En tout cas. Mon repas de ce soir a été parfaitement dégueulasse, mais je n’en attendais rien de toute façon.

Je vais donc régler mon addition (à laquelle ne s’ajoutera ni taxe ni pourboire et c’est quand même bien agréable) et remarcher vers mon hôtel.

Demain, même heure, je serai chez mon cher ami Antonio, en train de boire du vin d’Espagne et de parler espagnol.

¡Hasta pronto!

Y en aura pas de facile

Mon amie Séverine, je vous l’ai dit, habite un minuscule appartement au centre de Foix. Une chambre à coucher, une pièce à vivre qui comprend une cuisinette réduite à sa plus simple expression, une salle de bains et un WC séparé. C’est charmant, sauf que, à 48 ans, ce n’est pas nécessairement la vie rêvée.

Comme le disait cette pub de je ne sais plus quoi, c’est une simplicité qui n’est ni simple, ni volontaire.

C’est que mon amie Séverine a une ex qui se trouve aussi à être la mère biologique de ses enfants, et qui fait absolument tout pour éviter de lui payer une pension décente. Je précise que Séverine a quitté un bon emploi à Montréal (où elles vivaient ensemble depuis des années) pour la suivre dans cette région de France où elle ne connaissait personne et, puisqu’elle ne trouvait pas de boulot dans son domaine, se consacrer au soin des deux enfants.

Je précise que l’ex est médecin et gagne beaucoup de fric.

Je précise aussi que, au Québec, l’ex n’aurait pas pu traiter Séverine comme elle le fait ici. Elles étaient mariées, la question de la parentalité de l’une ou de l’autre ne pouvait faire l’objet d’aucune contestation, non plus que la nécessité d’une pension et d’une indemnité compensatoire pour Séverine.

Ici, en France, Séverine a dû se battre pour pouvoir adopter officiellement ses propres enfants! Elle doit bien sûr lutter aussi afin d’obtenir une pension pour elle-même et pour eux. On n’en voit plus le bout parce que l’autre déploie des efforts inouïs de mesquinerie pour la maintenir dans l’indigence, dans l’espoir probable que les enfants se lasseront de passer du temps dans ce logement bien trop petit et inconfortable pour une famille.

En attendant, Séverine vivote dans ce petit appartement, certes charmant si on a 20 ans et qu’on commence sa vie d’adulte, mais qui est en effet loin d’être idéal pour recevoir un ado de 13 ans et une petite fille trisomique de 11 ans une semaine sur deux.

Vous voyez le tableau?

Séverine est fatiguée.

Séverine est photographe, elle est bourrée de talent, et, à travers tous ces soucis, elle doit se décarcasser pour trouver des clients et se faire un nom, dans cette France sclérosée où déjà être une femme constitue une forme de handicap. Imaginez une femme de 48 ans. Homosexuelle. Mère de deux enfants dont l’une trisomique.

Séverine est courageuse, mais, parfois, elle perd espoir de voir ce cauchemar se terminer enfin.

Si j’étais une fée… Si j’étais juste un petit peu sorcière… En tout cas.

Allez donc voir ses photos, tenez: http://www.severinegalus.com/fr/accueil.html

Si ça vous dit, faites circuler: on ne sait jamais.

En attendant, voici les pauvres miennes, de photos, plombées par un ciel aussi bouché que mon nez et mes oreilles.

Tout va trop vite

Je m’étais pourtant promis de prendre mon temps. Je le prends autant que je peux, mais il me file entre les doigts.

Je suis restée un jour de plus à Versailles, chez ma délicieuse amie Anne. Puis j’ai squatté chez Jean bien plus longtemps que je ne voulais (la faute aux grèves de la SNCF, mais aussi sa faute à lui, puisqu’il est toujours trop accueillant), et je suis aussi restée collée chez Aurélie et Mehdi, dont les deux petites filles m’ont happée, charmée, fait rigoler et, accessoirement, passé un rhume.

Me voici donc à Foix, chez mon amie Séverine, qui vit dans un tout petit appartement, au troisième et dernier étage d’une très vieille maison aux poutres apparentes, où elle me reçoit sans façon, comme j’aime.

Je me sens comme une enfant, émerveillée, enchantée par la vue de ces maisons si anciennes habitées depuis des siècles, jamais lasse d’imaginer la vie au moment où elles ont été construites et toute l’histoire qui les habite.

Je voudrais bien rester plus longtemps, mais comment faire?

En ce mois de novembre, le magnifique château qui domine Foix et tous les sites d’intérêt sont fermés. Je devrai revenir, que voulez-vous…

En attendant, je pars dimanche matin très tôt de Toulouse pour Valence, en Espagne. J’espère que le climat sera un peu plus doux et que mon rhume aura passé. En ce moment, quand je tousse, ça me donne des haut-le-coeur, beurk.