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Cracovie

Ben Dobry (ou quelque chose du genre, en tout cas, ca veut dire bonjour),

Nous avons quitte Prague hier. Trop de monde, trop de touristes, trop de restos, de bars et de boutiques de souvenirs a notre gout. Certes, c’est une ville magnifique, mais comme disait ma mere, la beaute, y a par que ca dans la vie… Un peu comme a Florence, on a l’impression que tout, la-bas, est axe sur la meilleure maniere d’arnaquer le touriste, de l’occuper, de le distraire, de lui vendre quelque chose.

Nous avons donc fait nos adieux a nos hotes et saute dans le train de nuit en direction de Cracovie. Nous avions achete nos billets a la gare le matin meme, 42 malheureux euros pour un compartiment prive avec couchettes. Nous n’en revenions pas. Arrives dans le train, alors que nous nous preparions avec delice a passer une nuit de genereux sommeil berces par le roulis, le controleur nous demande nos billets. 
— Ben, vous l’avez dans vos mains, notre billet, repondons-nous dans notre meilleur tcheque. 
— Ah non, ca, c’est votre reservation pour la couchette. You need also a ticket to ride, repond le controleur. 
— Mais la dame au guichet de la gare nous a dit que nous n’avions pas besoin d’autre chose, que vous alliez faire nos billets!

Il nous regarde avec un air de grande commiseration mele de profonde desolation: Ah. Ensore une qui a mal fait son boulot. Ca arrive souvent… 

Pendant ce tepms, le train s’ebranle. Bon, je dis, en tout cas, la, on part, alors vous ne pouvez pas nous jeter dehors. On fait quoi, maintenant?
— Eh bien, il faut payer, voyez, ca coute 135$US par personne for the ticket to ride. (Il nous montre un billet qui vient d’on ne sait ou.)
Devant ce qui semble l’evidence, on ne peut que s’incliner. S’il faut payer…
— Bon, alors prenez-vous les cartes de credit?
— Ben non, cash only. Mais il ajoute, dans sa grande magnanimite, et toujours avec l’air le plus accommodant du monde, qu’il y a bien un guichet automatique a une gare ou nous arreterons vers 1h30, qu’il se chargera obligeamment de nous reveiller pour que nous puissions retirer et lui remettre les sommes necessaires.

C’est la qu’on a commence a se dire qu’il y avait quelque chose de bizarre… Nous avions bel et bien demande a la dame du guichet deux couchettes aller seulement dans un compartiment double pour Cracovie. Elle nous a bel et bien donne un recu. Que le controleur a garde apres nous avoir souhaite la bonne nuit…

Nous nous sommes donc renseignes aupres d’autres passagers, qui nous ont confirme qu’ils n’avaient pas du tout paye 135$US pour un tichet to ride! Mais il etait vrai aussi que la dame du guichet (je me suis demande si elle n’etait pas de meche avec le controleur) ne nous avait pas vendu le bon billet. Mon pauvre Pierre en a donc ete quitte pour, en effet, se relever a 1h30 et accompagner le controleur jusqu’a un guichet automatique… mais nous lui avons paye seulement la difference entre notre reservation de couchette et le fameux billet, soit une petite trentaine de dollars. Non mais. 

Autrement, Cracovie est une ville vraiment etonnante, completement decrepite, vivante et quelque peu chaotique. Plus proche de Naples que de Florence, si vous voyez ce que je veux dire. Nos logeons dans un vaste appartement que nous partageons avec d’autres voyageurs. Propre, confortable et tranquille, ca va nous reposer un peu! 

Allez, je vous laisse, faut que j’aille manger des pierogis.

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Prague

Nous voici a Prague depuis deux jours, dans une famille d’un genre dont je ne connaissais aucun specimen jusqu’ici. La maman fait la greve du menage, dort sur un canape-lit devant la tele dans la cuisine. Le papa, journaliste pour une radio americaine, passe ses soirees enferme dans ce que sa femme, Laima, appelle her husband’s kingdom. Le plus petit des quatre fils dort avec sa maman, l’avant-dernier joue de la guitare electrique en ce moment meme pendant que je vous ecris sur son portable, dans sa chambre qui sent la chambre d’ado.
 
Nous sommes alles ce soir entendre un concert d’un groupe de gitans roumains dans une salle qui date sans doute de l’epoque sovietique mais qui m’a rappele les premieres annees du Spectrum.
 
La biere coule a flots et coute moins cher que l’eau minerale, on mange des patates et de la viande, je suis en train de devenir aussi grosse que Ginette Reno. Mais je m’amuse, meme si Prague est un peu trop belle et un peu trop parfaite apres Berlin, un peu comme une trop belle femme qui ne se livre jamais vraiment. Beaucoup de tres beaux immeubles, mais peu de vraie vie. Enfin.
 
Je vous laisse parce que Julius (l’ado gothique) doit fatiguer un peu. Je suppose que je trouverai le moyen de vous decrire un peu mieux ce magnifique concert et tout le reste.
 

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Berlin

Nous voici donc à Berlin. Nous logeons chez Julia, une comédienne de 40 ans qui a tellement d’énergie que j’ai l’air d’une larve à côté d’elle. Elle parle parfaitement anglais, français et (évidemment) allemand, souvent dans la même phrase, vit dans un appartement typiquement berlinois aux plafonds vertigineux ou il règne un bordel permanent. Elle a deux petits garçons (que nous n’avons pas encore vus), deux chats et deux perruches. Il y a des jouets et des dessins d’enfants partout, des objets africains (elle est née en Afrique de parents diplomates), des bouquins, des trucs et des machins. Nous passons complètement inapercus dans cette joyeuse anarchie, c’est parfait. Ce soir, nous nous sommes engagés à faire le souper (poulet et frites, pour faire plaisir aux enfants), on va rigoler dans le placard qui sert de cuisine, je sens ça.

Julia a aménagé dans l’une des pièces une mezzanine que l’on atteint en escaladant une échelle, et dont on descend par une glissoire. En principe, c’est la «chambre» des enfants; en l’occurrence, c’est là que nous dormons. Personnellement, je descends par l’échelle (j’ai ma fierté), mais Pierre, qui ne recule jamais devant une nouvelle expérience, préfère la glissoire. À 3h du matin, je dois vous dire que ce fut un spectacle assez divertissant.

Hier nous avons marché dans la ville, comme nous aimons faire. Nous avons traversé un marché turc en plein air tout plein d’odeurs et de couleurs, puis longé le tracé du mur-qui-n’existe-plus-sauf-dans-la-tête-des-Berlinois jusqu’à
 la porte de Brandebourg. 

Il y a une quantité remarquable de jeunes et belles personnes (mais où sont les vieux?), pas trop de touristes – quoique la file devant le Reichstag (le parlement) nous a dissuadés d’en tenter l’ascension. Demain, peut-être… 

Nous avons aussi fait un tour sur la Spree, la rivière qui traverse la ville, et les bâtiments modernes qui la bordent nous ont soufflés. Quelle audace! Quelle géniale façon d’aménager une ville! On a décidément des leçons a tirer de toute cette beauté. De place en place, un immeuble ancien montre ses fioritures et ses vieilles cicatrices de guerre au milieu de ces murs d’acier et de verre, et cela crée un contraste vraiment surprenant.

Mais bon. Mon amoureux attend que je libère l’ordi, alors je vous laisse la-dessus. Aujourd’hui, nous irons longer à vélo l’ancienne emprise du mus, il paraît qu’il y a bien des choses a découvrir.

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Dans un peu plus de six heures…

… nous serons dans l’avion en direction de Londres.

Ma valise n’est pas finie, mon lit est un champ de bataille où une quantité de t-shirts, froissés de n’avoir pas été choisis pour le voyage, font la grève avec des chaussettes, quelques chemises, un jean ou deux… Eh. On part pour un mois, quand même, et sans plan précis… Finirons-nous par nous écraser sur une plage de Croatie? Déciderons-nous sur un coup de tête de sauter dans un avion pour Istanbul? Il faut prévoir toutes les éventualités. Et si nous allions au concert à Vienne? Et s’il fait un froid de caribou à Ljubljana? Et si la canicule s’abat sur Prague? Ah, mes amis, ces questions philosophiques m’épuisent.

En tout cas, pour l’heure, nous passerons la journée de demain dans la City, puis nous nous envolerons le soir même pour Berlin, où une famille nous attend. Je pense commencer une collection de noms de saucisses.

Bon. Je vais essayer de remettre de l’ordre dans mes idées et dans ma chambre, je vous redonne des nouvelles bientôt.

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Retour et redépart

Ben voilà. Suis rentrée de mes quatre jours au Club Med avec une laryngite et la carte du monde tatouée en rose et brun dans le dos (gracieuseté du soleil d’Ixtapa). Maintenant, j’ai l’air d’une crème glacée napolitaine (vanille, fraise, chocolat) et j’ouvre les paris sur le moment où va se déclarer mon cancer de la peau. 

Je n’ai rien vu du Mexique, évidemment, mais n’empêche, ça m’a donné envie d’y aller, pour vrai cette fois. On verra ça l’an prochain.

L’avion entre Atlanta et Montréal tenait plus d’un autobus scolaire ailé que d’un appareil à réaction. J’y ai rencontré un type qui s’est empressé de me laisser entendre que le fric lui sortait par les oreilles. À vrai dire, ce qui lui sortait des oreilles, outre, je le soupçonne, une disgracieuse pilosité, c’est un ego surdimensionné et une suffisance proportionnelle. Qu’ess tu veux que ça me fasse, Chose, que tu aies des maisons dans tous les pays du monde et que tu reviennes d’un week-end dans ta villa du Belize? Pis pourquoi t’as pas un jet privé? Il est vrai que, dans un jet privé, il y a moins de femmes à impressionner.

Tsss. Il est mal tombé, le pauvre. 

Enfin.

Je suis en outre heureuse de vous annoncer qu’on a donné des cours de service à la clientèle aux douaniers américains. Ils sont moins grossiers qu’avant, presque gentils, et il y en a même qui sourient et qui disent s’il vous plaît, merci, have a good day. N’empêche, à défiler comme ça en compagnie de mes camarades d’infortune dans des corridors aux parcours byzantins, je me sens toujours comme une prisonnière qu’on interne. Et que je te fais retirer ta ceinture, tes souliers, tes (rares) bijoux. Et que je te fouille la valise. Et que je t’examine avec suspicion les petites bouteilles de crème comme si c’était du TNT. Au suivant! 

Le plus drôle, c’est au Mexique. Là, pas d’appareil à rayon X: c’est une douanière qui tâtonne sommairement le contenu de votre bagage à la recherche d’un objet suspect. Elle déplace la trousse de toilette, soulève une chaussure, écarte vaguement un vêtement, et bien entendu n’arrive plus à refermer le zip tant ma petite valise est paquetée serré. On n’y mettrait pas une pièce de monnaie. Et franchement, si j’avais une peau d’ours polaire ou des défenses d’éléphant à faire passer en douce, croyez-vous vraiment que je mettrais ça sur le dessus de mon sac?

On nous prend vraiment pour des déficients.

Je reprends mon boulot de correctrice vendredi pour trois semaines, après quoi je repars (est-ce que je vous l’ai dit?) pour un mois en Europe centrale (Berlin, Prague, Bratislava, Budapest…). Cette fois en vacances.

Comment ça, des vacances? Ben oui. C’est comme ça.

Je vous embrasse, bande de jaloux.

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Le ventre plein

… En l’occurrence, ce qui est encore pire, le ventre plein du pâté chinois que mon amoureux et moi avons mitonné avec une connivence peu commune, le pâté chinois de chaque Québécois qui se respecte étant par définition inaltérable, immuable et inchangé depuis des générations pour la simple raison que chacun est persuadé que le sien est le meilleur.

(À mes amis étrangers qui le demanderont la recette, je m’engage à leur transmettre toutes celles que mes amis québécois m’enverront. Pas pire comme défi, quand même. Mieux encore, je ferai suivre à tous les envoyeurs de recette les commentaires de tous les essayeurs qui me les feront parvenir. Ce qui est encore plus pas pire, je trouve.) (Pour mes amis étrangers, je précise que la locution « pas pire » équivaut à « pas mal ».)

Bref, j’étais en train de me plaindre le ventre plein, et je ne vais pas m’arrêter en si bon chemin, pâté chinois ou pas. La princesse au petit pois, c’est moi, je vous prie de ne pas l’oublier.

Je dois me lever demain à 3h30, une heure qui n’est pas faite pour les chrétiens, même si j’ai l’habitude, à cette heure, de me lever de mon propre chef pour manger un bol de Cheerios. (Pour mes amis étrangers: des Cheerios, ce sont des céréales d’avoine en forme d’anneaux, supposément sucrées au miel et additionnées de noix dont je dois confesser n’avoir jamais reconnu le moindre atome, mais bon, on noie ça dans du lait froid et ça n’a pas son pareil pour vous replonger sa femme – en l’occurrence moi-même – dans un sommeil de nouveau-né.) 


Mais le but de la minute Cheerios est justement d’aider la femme (en l’occurrence moi-même) à retrouver le sommeil, alors que là, avant d’avoir absorbé la moindre molécule de caféine, je vais devoir appeler un taxi, me rendre à l’aéroport, parler à des gens, me faire traiter comme une vache d’abattoir par les douaniers américains, être gentille, reconnaissante et polie avec la responsable VIP du voyage idiot que je m’en vais faire et attendre pendant deux heures qu’on daigne me faire monter dans un avion pour… Atlanta.

Atlanta.

Je vous demande un peu.

Mais si le but était Atlanta, je suppose que, étant donné mon enthousiasme naturel, j’y trouverais quelque chose d’intéressant. Non, là, on parle de l’aéroport d’Atlanta, où j’attendrai un vol pour Mexico.

Bon, Mexico, on serait bête de se plaindre. Mais là encore, je ne ferai que passer, parce que je dois y glander pendant deux ou trois heures dans l’attente d’un coucou de Mexicana qui me mènera à Zihuatanejo, d’où je me rendrai au chic, nouvellement rénové et follement design Club Med d’Ixtapa avec une bande de pseudo VIP comme moi pour un reportage sur l’inauguration du chic, nouvellement rénové et follement design Club Med d’Ixtapa. Ce sera transcendant, je ne vous dis que ça, surtout de la part d’une femme qui loge dans les pensions les plus modestes quand elle voyage de son propre chef, juste pour le plaisir d’éviter les pseudo VIP, les touristes argentés et les maîtres d’hôtel hautains.

Pendant ce temps, à Montréal, les gens sont à moitié dingues de ce soleil qu’ils ont attendu pendant si longtemps, et encore hier je suis allée communier à cette allégresse collective rue Saint-Denis et je vous le confesse: j’aime mieux ça que n’importe quel Club Merde du monde. Oui, il y a une foule démente, on ne passe que de peine et de misère à travers les poussettes, les percés, les tatoués, les énervés nu-pieds dans leurs sandales, les chiens, les crottes de chien, les vieux couples, les drogués, les jeunes couples, les poussettes, les tatoués… Mais je ne sais pas, il y a ici une sorte d’euphorie que j’adooooore.

Mais bon. Je vais me faire un petit fond de bronzage, et puis le 5 mai je pars pour un mois avec mon amoureux pour Berlin, Prague, Budapest et je ne sais trop où. 

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Le retour

Les amis, je ne veux pas vous faire de peine, mais qu’est-ce que c’est laid, ici!

Je suis rentrée aujourd’hui, après trois heures de train, deux heures à glander à l’aéroport et sept heures d’avion, et qu’est-ce qui m’attend ici? Des tas de neige sale et baveuse, des rues fangeuses et défoncées, des trottoirs impraticables couverts de détritus… On se croirait dans le tiers-monde!

Je n’ai pas vu le soleil depuis 10 jours, il m’est tombé sur la tête des averses glaciales, de la grêle, de la neige fondante, j’ai été obligée de boire une sorte de bière différente chaque soir, j’ai dû manger plein de frites et de croquettes de pommes de terre avec mon lapin à la bière et mon boeuf à la bière, je me suis égarée dans des rues plus courtes que leur nom, j’ai vu des champs couverts de jonquilles en fleurs, j’ai visité des églises frigorifiantes toutes sombres pleines de vieilles toiles d’on sait plus qui, et je vais vous dire, malgré toutes ces souffrances, j’échangerais volontiers deux ans de vie à Montréal contre une seule année à Bruges. Ou à Amsterdam. 

Enfin. Là, je suis CREVÉE, alors si ça ne vous fait rien je vais gagner mon beau grand lit tout neuf, dont le matelas mesure au moins un mètre d’épaisseur, c’est ridicule. Mais c’est un nuage. Alors bonne nuit les petits, pour moi il est 3 h du mat, je crois que ça suffit pour aujourd’hui.

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Bruges, BRUGES!

Oh…

Qui a osé me dire que Gand est la plus belle ville d’Europe? Sans doute est-il tombé raide amoureux là-bas de quelque nymphe flamande, ou alors il n’est jamais venu à Bruges… 

D’accord, je n’ai pas vu Venise, ni Prague, ni un tas d’autres villes susceptibles de conquérir mon coeur infidèle. Mais Bruges! 

Bon, c’est vrai, on gèle. Il a grêlé ce matin, puis il a fait soleil cinq minutes, puis il a plu des clous pendant cinq minutes, et le reste du temps il a fait gris souris et froid de canard. Malgré cela, il y a déjà des touristes partout – j’aime autant ne pas penser au mois de juillet ici, ça doit ressembler à une représentation de l’enfer par ce vieux Jérôme Bosch. En dépit de cela, et de ce temps de chien, et de la solitude qui commence à me peser (manger toute seule chez moi, ça ne me fait pas un pli, mais au resto tous les soirs, euh…), bref, en dépit de ces légers inconvénients, je n’ai pas assez d’yeux pour tout aimer, pas assez d’âme pour tout embrasser, pas assez de temps pour vous dire comme cette ville est belle, parfaite en elle-même, même si elle est maquillée et refaite comme une pute.

Je loge dans un B&B absolument impeccable, juste assez pas trop proche du vieux centre et sans doute beaucoup trop cher pour moi, dans une trop jolie maison ancienne (euh, je n’ai rien vu ici qui ne soit pas ancien, mais bon…) dont la proprio, Annie, est une soie exquise – à son image, tout ici est exquis.

Vous m’excuserez si je vous écoeure, mais franchement, Bruges…

Allei, bien des bises, en général trois.

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Simone

Comme je le craignais, Gand est une ville tellement trop romantique que je ne veux plus partir. Mais Bruges m’attend, et je sais que je ne serai pas déçue. On me dit que c’est plus petit et plus tranquille que Gand, j’aime autant vous dire que je ne me ferai pas mourir là-bas, sauf d’amour pour les vieilles pierres.
J’ai rencontré vendredi le fils d’une femme que mon père, paraît-il, a failli épouser quand il était jeune policier militaire, pendant la Deuxième Guerre. Hier, nous sommes allés voir sa maman, Simone, au foyer où elle attend désormais que sa vie se termine. Elle est toute menue et tassée, n’a plus du tout de mémoire et se conduit comme une petite fille timide, demandant sans cesse si elle doit payer pour ceci ou cela, mangeant avec gourmandise mais fort proprement la glace que son fils lui apporte… 
Je lui ai montré des photos d’elle à 24 ans, avec papa en uniforme qui l’enlace bien solidement d’un bras pendant que, de l’autre, il tient  Jeanne, sa maman  à elle. Sur d’autres photos, on voit Simone, souriante et jolie dans une simple robe à carreaux, ou papa, beau et fier comme Marlon Brando à cet âge, sanglé dans son uniforme. Elle a eu un bref éclair dans le regard, qui s’est éteint aussitôt. Quand je lui ai dit que ce jeune homme avait été son amoureux autrefois, elle s’est écriée, étonnée, incrédule même, comme en s’excusant : «Ah oui ? Je savais pas ! Je me souviens pas !» J’ai dit : «Il était beau, hein ? Et regardez comme vous êtes jolie, vous aussi !
– Ah oui, il est beau… C’est moi, là ? Et là, c’est ma maman ? Ah bon ? Je me souviens pas…»
C’était un peu triste, mais pas trop. Et puis elle s’est mise à dire qu’elle était mall, très mall, vous savez ? Avec cet accent bellge si particulier. Mais ce qui était chouette, c’était qu’elle se souvînt de son français, que presque plus aucun Flamand ne parle maintenant, et qu’elle-même n’avait plus parlé depuis des lustres.
Ensuite, Frédéric et sa femme, qui sont absolument adorables, m’ont emmenée manger devinez quoi ?
Allons, un petit effort…
Ouéééé ! Moules et frites, allei. Que c’était bon !
Aujourd’hui, j’ai marché sous la pluie (vive le climat belge!), visité le château des comtes et deux ou trois autres trucs, et j’ai terminé la journée au musée des beaux-arts, où la collection d’art flamand a bien failli me terrasser à jamais. Brueghel, Bosch, Rubens, Van Dyke, en voulez-vous, en voilà. J’ai bien essayé de me déguiser en plante verte à l’heure de fermeture, mais on m’a démasquée et j’ai dû sortir comme tout le monde.
Puis j’ai soupé dans la famille du monsieur qui m’avait aidée, il y a trois ou quatre ans, à retrouver Simone. Il a écrit des livres sur la guerre et sur les Juifs de Gand, on a parlé de tout ça et du reste, et voilà.
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Tous à Amsterdam!

Mes amis, quelle ville adorable. Quel peuple génial. Quelle qualité de vie, c’est à en pleurer. Je ne vous raconterai rien parce que tout sera dans le journal un de ces jours et ce serait franchement le bout de la comète si je devais me scooper moi-même, mais enfin bref, malgré le vent qui souffle à décoiffer Mireille Mathieu en personne, le temps gris et parfois vraiment affreux qui nous a suivis tout du long, je suis irrémédiablement amoureuse d’Amsterdam, de ses canaux, de ses vélos, de ses habitants, de cette langue bizarre, des cafés, de tout tout tout. Sauf de la gastronomie, franchement, je regrette d’avoir à le dire.

Nous sommes allés ce soir faire un tour dans le Red Light, paraît qu’on ne vient pas ici sans ça. Oh, que je suis contente de n’être pas la maman de ces petites filles-là… Elles sont si jeunes, si jolies, si pathétiques! Je me suis retenue à deux mains pour ne pas toquer à la fenêtre de l’une d’elles: «Combien ça coûte, une heure? Je veux juste parler, dis-moi d’où tu viens et pourquoi tu es ici, comme une pauvre bête de zoo, à montrer ton joli derrière et tes faux seins…»

Et c’est vraiment trop bizarre de voir monsieur et madame Touriste-Moyen se photographier mutuellement devant une enseigne de sex-shop comme s’ils étaient devant un resto grec de la rue Duluth!

Enfin. Demain, je prends le train pour Gand, dont on m’a dit que c’est la plus belle ville d’Europe. Si c’est vrai, je crains de ne pas revenir, mais ne cherchez pas à savoir ce que je suis devenue, et ne vous inquiétez pas pour moi: je peux toujours venir arrondir mes fins de mois à Amsterdam, ce n’est qu’à deux heures de train. Et la chirurgie plastique fait des miracles de nos jours, alors l’âge n’est même plus un obstacle. Même, je pourrais adopter une ou deux de ces pauvres petites perles slaves au regard fatigué…