
On ne peut pas dire que c’est le genre d’endroit dont on tombe amoureux au premier regard, loin de là. Ainsi de mon court trajet en tuk-tuk de la place centrale à mon hébergement:
Tout semble vaguement à l’abandon, négligé, avec des maisons éventrées ici et là, probablement en attente d’un acheteur qui spéculera sur la valeur à venir du terrain – parce que ça ne manquera pas de se produire.
Je me prends à essayer d’imaginer de quoi avait l’air ce village avant l’arrivée catastrophique des blocs de béton, qui ont supplanté les matériaux locaux des constructions traditionnelles, pourtant si bien adaptées au climat et aux ressources dont disposaient les habitants qui les avaient conçues. Je me souviens d’avoir eu les mêmes pensées au Bénin, notamment.
Ici, il ne reste apparemment qu’une seule maison de bois de type caribéen, comme celles qu’on voit encore à Cuba ou en Haïti: de plain-pied, d’un seul étage, faites en planches plus ou moins disjointes, couvertes de tôle ondulée, avec des persiennes et une petite galerie. Je suis tombée dessus par hasard aujourd’hui – enfin, sur ce qu’il en reste. Et quelque chose me dit que, si je reviens l’an prochain, il n’en subsistera plus rien.

Je me demande en fait ce qu’il adviendra de ce village quand il sera rattrapé par le tourisme de masse.
Francisco, le mari de Jaqui, chez qui je loge, pense que ce serait une fort bonne chose, comme il estime que les navires de croisière qui affluent à Progreso y apporteront la prospérité, alors que je n’y vois qu’une calamité. On pourra en reparler dans un an ou deux.
En attendant, quelque chose ici me rappelle mon bon vieux Bénin: les rues sablonneuses, les motos omniprésentes, la poussière qu’elles soulèvent, la mer toute proche, les enseignes délirantes, les détritus qui traînent dans tous les coins… Ce côté anarchique et indolent qui peut choquer ou énerver finit toujours par me faire sourire, ne me demandez pas pourquoi.



