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Celestún

On ne peut pas dire que c’est le genre d’endroit dont on tombe amoureux au premier regard, loin de là. Ainsi de mon court trajet en tuk-tuk de la place centrale à mon hébergement:

Tout semble vaguement à l’abandon, négligé, avec des maisons éventrées ici et là, probablement en attente d’un acheteur qui spéculera sur la valeur à venir du terrain – parce que ça ne manquera pas de se produire.

Je me prends à essayer d’imaginer de quoi avait l’air ce village avant l’arrivée catastrophique des blocs de béton, qui ont supplanté les matériaux locaux des constructions traditionnelles, pourtant si bien adaptées au climat et aux ressources dont disposaient les habitants qui les avaient conçues. Je me souviens d’avoir eu les mêmes pensées au Bénin, notamment.

Ici, il ne reste apparemment qu’une seule maison de bois de type caribéen, comme celles qu’on voit encore à Cuba ou en Haïti: de plain-pied, d’un seul étage, faites en planches plus ou moins disjointes, couvertes de tôle ondulée, avec des persiennes et une petite galerie. Je suis tombée dessus par hasard aujourd’hui – enfin, sur ce qu’il en reste. Et quelque chose me dit que, si je reviens l’an prochain, il n’en subsistera plus rien.

Je me demande en fait ce qu’il adviendra de ce village quand il sera rattrapé par le tourisme de masse.

Francisco, le mari de Jaqui, chez qui je loge, pense que ce serait une fort bonne chose, comme il estime que les navires de croisière qui affluent à Progreso y apporteront la prospérité, alors que je n’y vois qu’une calamité. On pourra en reparler dans un an ou deux.

En attendant, quelque chose ici me rappelle mon bon vieux Bénin: les rues sablonneuses, les motos omniprésentes, la poussière qu’elles soulèvent, la mer toute proche, les enseignes délirantes, les détritus qui traînent dans tous les coins… Ce côté anarchique et indolent qui peut choquer ou énerver finit toujours par me faire sourire, ne me demandez pas pourquoi.

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Une mise au point

Certains lecteurs se sont offusqués des propos que j’ai tenus au sujet des touristes chinois dans mon dernier billet. Je suis sincèrement désolée si ce que j’ai écrit a paru outrancier. Ceux qui me lisent avec régularité auront sûrement remarqué que, si je ne cultive aucun préjugé, je ne suis pas non plus particulièrement férue de rectitude politique. J’aime bien me moquer tant de mes travers que de ceux de mes frères et soeurs humains, d’où qu’ils viennent, et j’adore exagérer.

Il me semble par ailleurs que ce n’est pas être raciste que de reconnaître les conséquences du tourisme chinois, qui connaît une expansion sans précédent, à tel point que de plus en plus de chercheurs sérieux l’étudient. Il suffit de googler «comportement touriste chinois» pour s’en rendre compte.

On peut dire que les touristes chinois d’aujourd’hui sont l’équivalent de ce qu’étaient les Allemands il y a 30 ou 40 ans. À l’époque, les Allemands avaient (très) mauvaise réputation parce qu’ils n’avaient pas l’habitude de voyager et n’avaient pas appris à adapter leur comportement aux us et coutumes des pays qu’ils visitaient. C’est un fait, c’est tout.

La principale différence, c’est que la Chine compte 1,4 milliard d’habitants. En 2020, le nombre de Chinois titulaires d’un passeport aura doublé par rapport à ce qu’il était en 2018. Cela se traduit forcément en millions de personnes de plus dans les principaux circuits touristiques, et particulièrement au Maroc, l’un des premiers pays récepteurs de ces nouveaux voyageurs. Ce n’est pas négligeable, et ça explique la réaction de Fatima, que je n’ai pas inventée. Voici un article intéressant à ce sujet: http://french.peopledaily.com.cn/Tourisme/n3/2018/0930/c31361-9505373.html

Je vous conterai demain ma rencontre avec Hassan, ce sera bien plus rigolo (et plein de clichés sur les Marocains).

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Cité interdite

Hier, avant de partir, nous sommes allés visiter la Cité interdite. Cauchemar touristique. Des nuées de Chinois s’y pressent et s’y bousculent, on est si occupé à manoeuvrer dans ces foules dont nous n’avons pas l’habitude qu’on ne peut rien apprécier. Moralité: si tout le monde dit qu’il faut y aller, n’y allez pas. Mes plus grandes déceptions, en voyage, sont toujours venues de ces lieux supposément incontournables: j’ai préféré Pérouse à Florence, une ville-musée où plus personne ne vit et où l’on mange mal et cher. L’Alhambra de Grenade m’a laissée de glace, mais j’ai été émerveillée par la cathédrale-mosquée de Cordoue. Au Guatemala, j’ai aimé mieux Coban qu’Antigua. Je ne suis jamais montée dans la tour Eiffel, mais j’ai traversé Paris à pied dans tous les sens. La Cité interdite, on l’a vue en photos et au cinéma, c’est bien suffisant. J’ai préfé le temple des Lamas, plus calme, plus petit, tout aussi beau.
Refaire ce voyage en Chine, je n’irais pas à Shanghai, une ville prétentieuse et chère qui n’a pas grand-chose à offrir à part ces gratte-ciel tape-à-l’oeil et un air irrespirable, à laquelle le Routard consacre pourtant un très long chapitre. Je passerais plus de temps à Pékin et je miserais sur Couchsurfing pour l’hébergement ou au moins pour rencontrer des gens du cru. Et puis je m’arrangerais pour apprendre un peu plus de mandarin — ce n’est pas aussi difficile qu’on le croit, en tout cas pas si on se limite à l’oral, et ça fait tellement rigoler les gens!

Parlant du Routard, notre divorce était imminent, voilà qu’il est consommé. Les meilleures auberges, nous les avons trouvés-mêmes avec l’aide du web. Les restos, tu marches un peu, tu entres dans celui qui te semble sympa, de toute façon c’est bon presque partout. Bien sûr, il y a eu quelques moins bonnes expériences — surtout à Shanghai, d’ailleurs. Mais franchement, tous ces a priori, ces idées préconçues, ces jugements de valeur… Ça m’éneeeeerve!

Les guides de voyage ne vous diront pas à quel point les Chinois peuvent être gentils, serviables, affables. Ils ne disent pas à quel point ils aiment leurs enfants et leurs vieux, qui sont toujours ensemble, d’ailleurs, ceux-ci s’occupant de ceux-là pendant que les parents triment du matin au soir. À la sortie des classes, ils se massent devant les écoles, où ils attendent leur unique petit-enfant pour le ramener à la maison, à vélo ou à pied, en devisant doucement. Ces enfants aux cheveux de soie, calmes, souriants, épanouis, comme ils sont beaux et sages! Jamais de crise, jamais de larmes, jamais un mot plus haut que l’autre. Et ces vieux qui jouent aux cartes sur les trottoirs, qui font du tai chi dans les jardins publics, qui marchent en se tapant vigoureusement les avant-bras (massage chinois), ils m’impressionnent.

Et puis les parents, qui travaillent, travaillent, travaillent, comme ils ont l’air fatigués, le soir, dans le métro! On les voit somnoler ou fixer un point dans le vide, chargés de paquets ou parfois d’un enfant, lui-même épuisé par un long jour de garderie… 

La Chine trime dur, mes amis. La Chine change vite. La Chine est jeune, fume comme un pompier, consomme fénétiquement, voyage beaucoup. Les vieux crachent toujours par terre après un raclement de gorge aussi sonore qu’écoeurant, mais ce temps-là achève. Le sol des gares brille comme un miroir, les trains sont à l’heure, le métro roule. La Chine est propre, organisée, éduquée et bien élevée, et si, quand nous étions petits, nous «achetions» des petits Chinois pour leur venir en aide, ce sera bientôt eux qui nous achèteront. Et ils paieront comptant.