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Le nord du nord

Nous prenons le bus dans une demi-heure pour Chiang Saen, petit village à l’extrême nord de la Thaïlande.

Hier, nous avons grimpé en moto jusqu’au sommet d’une montagne où se trouve le temple le plus vénéré du nord du pays. Ça valait le coup d’oeil. La petite moto a travaillé dur, et moi aussi.
Mon amoureux a réussi à maîtriser sans trop de mal la conduite à gauche, mais pour le passage des vitesses, disons qu’il a encore des progrès à faire. Je me demande s’il n’a pas essayé de me larguer en route. Mais peine perdue: je m’accrochais, nos casques s’entrechoquaient, la moto faisait deux ou trois bonds de crapaud et repartait en râlant. En redescendant, l’aiguille du compteur de vitesse a pété, rendue folle par autant de témérité. Je vous reparlerai de la façon de conduire des Thaïlandais – à côté de ça, les Italiens sont des modèles de rectitude.

Pierre, avec son casque, ressemble à la fourmi atomique. En avant les as, A-TO-MAS!!! Le mien offrait autant de protection qu’un casque de baseball, aussi ai-je imité les Thaïlandais et l’ai-je retiré pour laisser les doigts du vent décoiffer mon opulente chevelure (un bon point pour la métaphore).

J’ai aussi, comme les Thaïlandais, appris à mettre devant ma bouche et mon nez un foulard, une manche ou n’importe quoi susceptible de filtrer un tant soit peu les émanations de gaz. Il flotte au dessus de cette ville un smog aussi épais que permanent.

Allez, le bus ne nous attendra pas, je vous laisse.

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Changement de plans

Vous serez heureux de me savoir ressuscitée après une crise de tourista (de touristhai?) atomique qui m’a terrassée pendant 48 heures. Je n’ai perdu que quelques kilos (merci cipro, un antibiotique) et deux jours de pérégrinations. Hier, comme j’étais un peu remise, nous en avons profité pour m’achever : nous avons loué une petite moto pour aller nous perdre (littéralement) dans la campagne.
Nous nous sommes rendus à des sources chaudes, tout pleins d’anticipation à l’idée de nous plonger dans une piscine d’eau bouillante et sulfureuse aux vertus thérapeutiques
mondialement reconnues. Nous nous sommes en fait introduits (séparément) dans une baignoire format thaï : si on s’immerge les épaules, il faut obligatoirement en extraire les genoux, et vice-versa. Mais ça remet quand même sa petite femme d’aplomb, la preuve.

Comme mon indisposition nous a forcés à prolonger notre séjour à Chiang Mai, nous songeons à faire une croix sur le Vietnam pour nous concentrer sur la Thaïlande et un petit bout du Laos, ce qui implique la descente du Mékong en bateau depuis l’extrême nord du Triangle d’or jusqu’à l’antique cité de Luang Prabang. Je vous tiens au courant. Pour l’heure, mon chum m’attend pour repartir en tape-cul – euh, pardon, en moto.

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Sukkothai et Chiang Mai

Après six heures de bus climatisé à fond (j’ai cru un instant que nous nous étions trompés et que nous étions montés dans un fourgon réfrigéré, mais la vue des autres passagers m’a rassurée), nous voici à Chiang Mai (ses temples, ses ruines, ses scooters). C’est à la limite du Triangle d’or, ainsi nommé en raison du trafic d’opium qui a eu cours entre la Birmanie, le royaume de Thaïlande et le Laos. 
Maintenant, le gouvernement thaïlandais essaie de convaincre les paysans de se convertir à d’autres cultures, notamment le chou. Me semble, oui: je vois d’ici le paysan s’enfiler sa petite pipe de chou après une journée à essayer de vendre sa production au marché, à 5
cents le boisseau… Enfin.

Avant de quitter Sukkothai (ses temples, ses ruines, ses scooters), nous sommes allés faire un petit tour au marché du matin (il y a aussi un marché de nuit et un marché de jour). On a pu observer les paysans venus vendre leurs produits. Parfois, c’est un maigre bouquet de brocolis chinois et quelques arachides (mais comment font-ils pour vivre?). Parfois, ce sont des tas de poissons qui grouillent dans un vivier (plus frais, il  n’y a pas), et parfois ce sont des choses dont on n’arrive pas à savoir si elles sont animales ou végétales.

Dans tous les cas, les marchands nous accueillent avec le sourire, rient de notre air interloqué ou nous invitent à goûter.
Partout il y a des gens, des chiens errants, des motos, des gens, des tuk-tuks, du bruit, des gens. Et puis, chaque matin à 8h tapant, les haut-parleurs se mettent à crachoter. Une sonnerie se fait entendre, une voix annonce quelque chose, et l’hymne national se met à jouer. 
Comme par magie, chacun finit par cesser toute activité et se met debout (hormis quelques courageux ou inconscients). Pendant une vingtaine de secondes, le marché s’immobilise. On croirait qu’un sort a été jeté sur la place, c’est presque silence (si une telle chose est possible). On ne blague pas avec le patriotisme, ici.
À la fin, tout reprend graduellement – le bruit, les gens, les tuk-tuks, les chiens, les gens, comme si de rien n’était. 
Chat with a monk
Arrivés à Chiang Mai, nous sommes partis en reconnaissance. Devant un temple très ancien, de jeunes moines offraient aux passants de leur faire la conversation en anglais. Nous en avons profité, mais évidemment les questions les plus brûlantes n’ont pas franchi nos lèvres (la vie, l’amour, la mort, genre). N’empêche, voilà encore une sorte de gaspillage: ces jeunes gens sont pour la plupart bien mignons, brillants et instruits, et ils ont consacré leur vie à Bouddha (soupir).

Après un tour au marché de nuit (il y en a un autre de jour, comme de raison), nous avons encore mangé des trucs à nous arracher la gueule ce soir, je me demande quand nous aurons le réflexe de demander moins d’épices dans les plats. À ce rythme-là, je vais perdre des morceaux et je ne tiendrai pas longtemps ! Mais jusqu’ici, ça va, même si je m’inquiète un peu de n’avoir pas emporté davantage d’extrait de fraise, remède miraculeux contre tous les maux intestinaux, dont j’ai hélas épuisé mes réserves. Je vais donc recommander mon corps à Bouddha.

Et au sommeil.

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Massage et autres plaisirs

Bonjour-bonsoir,

Dernière journée à Bangkok, demain nous partons pour Sukkothai, dans le nord-est de la plaine centrale. Ça va nous reposer un peu de la frénésie de cette ville – que nous arrivons quand même à apprivoiser.

Aujourd’hui, mon amoureux est allé au Mission Hospital, se faire réparer une dent qu’il avait cassée à l’aéroport de Chicago dans un combat inégal contre un sachet de noix, scellé sans doute de façon à ce qu’il résiste (le sachet) à une attaque terroriste. Expérience édifiante : nous sommes dans un pays du tiers monde mais, curieusement, l’hôpital nous a fait honte. Propreté digne d’une pub de Monsieur Net, personnel affable, service rapide à un coût défiant toute concurrence. Moralité: devenons adventistes du septième jour ou bouddhistes…

Hier, autre expérience unique, mais d’un tout autre ordre: nous avons rencontré une jeune femme qui vendait des tours de bateau dans les canaux de Bangkok. Nous avons cédé à ses irrésistibles et désopilants arguments (pour notre plus grand bonheur) à la condition qu’elle vienne avec nous. 
Après, elle nous a proposé de l’accompagner dans un salon de massage où ne vont que des Thaïs, pour un massage de DEUX HEURES. Outre que cela nous a révélé des muscles dont nous ignorions l’existence (OUILLE!), nous avons beaucoup ri parce que nous étions les premiers étrangers auxquels nos masseuses avaient affaire. Elles passaient des commentaires sur les orteils en marteau de Pierre, sur la petitesse de mes oreilles et sur un tas de choses que Phat (notre nouvelle amie) n’a peut-être pas jugé bon de traduire. 
La télé jouait à plein volume des téléromans idiots et des pubs encore plus tartes, et la masseuse de Pierre prenait régulièrement des appels sur son cellulaire pour donner des numéros de loterie à des parieurs convaincus de ses talents de voyante.

Je ne vous dis que ça, sans parler du bar où nous avons vu chanter et danser deux ladyboys (des transsexuels) qui auraient confondu n’importe qui. En tout cas, ils étaient les plus mignonnes de la brochette d’amateurs qui se sont produit(e?)s ce soir-là.

Manger, manger

Les Thaïs passent un temps considérable à faire la cuisine et à manger, il y a toujours quelque chose quelque part qui vous donne envie de vous asseoir et de bouffer, ce que nous faisons avec constance. J’ai d’ailleurs appris que « comment allez-vous », en thaï, se traduit littéralement par: « Avez-vous mangé du riz? » –  CQFD.

Ce soir, nous avons mangé au bord du Chao Phraya des trucs pimentés à faire saigner les dents. Je vois quelque chose de pervers là-dedans, mais je n’ai pas encore compris quoi. En tout cas, je pense que c’est pour ça que les Thaïs mangent constamment : on ne peut pas en manger beaucoup à la fois! 

C’est probablement aussi pour ça qu’aucun resto n’offre de vin – seulement de la bière et des jus de fruits, d’ailleurs délicieux –, sinon tout le monde serait saoul tout le temps! Il faut quand même quelque chose pour éteindre ce feu, et jusqu’ici je n’ai trouvé que le riz et la Singha (bière locale, et ceci est pour Marso, mon boss préféré : j’en ai pris au moins une à ta santé, comme tu me l’as recommandé). 
Quoi qu’il en soit, les seuls repas ratés sont les petits-déjeuners à l’américaine. Mieux vaut opter pour la façon thaïe : riz frit avec œufs, poisson ou poulet (ou les trois), légumes sautés, fruits frais (les ananas sont un péché que je recommande vivement pour une accession rapide au grand nirvana). Je vous assure, il y a une vie après le déjeuner continental (ce que les Américains n’ont de toute évidence pas compris).

Bien des bises à tous et chacun; j’adore vous écrire, ça me permet de mettre
un tout petit peu d’ordre dans l’immense fatras de mes impressions.

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Bons baisers de Bangkok

Sawasdee ka! (prononcez: «sawasdee kaaaaaè»)
Ouf! La clim du café internet (où l’on ne sert aucun café) est bienvenue en cette journée digne des plus chaudes de Montréal.
Nous nous sommes posés dans ce petit local après une journée complètement ahurissante dans le quartier chinois, probablement la partie la plus démente de Bangkok. Dans des  ruelles si étroites qu’aucune voiture ne peut y circuler (ce qui ne les empêche pas de s’y engager), des échoppes débordent sur les trottoirs et jusque sur la chaussée. 
Il y a des épices à rendre fou (poivres de toutes sortes, cannelle, anis étoilé, nommez-les), des arachides par poches entières, des noix de cajou et un nombre incalculable de choses non identifiables, des vendeurs de trucs et de machins, des bouibouis qui offrent du poulet, des saucisses ou des bananes grillées, des beignets de ceci et de cela, des soupes d’on ne sait quoi… Tout cela sent délicieusement bon. 
D’ailleurs, depuis que nous sommes ici, je suis constamment obsédée par la nourriture. Enfin, on sort de là un peu sonné et content de retrouver le calme tout relatif des rues environnantes. Partout les tuk-tuks zigzaguent entre les passants et les voitures (qui roulent à gauche, attention quand on traverse!). Quant aux feux, ils ne servent qu’à rassurer les touristes, je pense. Bien en vain, d’ailleurs, puisqu’on a jugé bon, de place en place, de les doubler d’agents siffleurs dont personne ne semble faire de cas.

Recette de pigeon
Aujourd’hui, nous avons aussi connu notre première expérience avec un rabatteur qui avait l’air de vouloir devenir notre ami — mais c’était pour mieux nous manger, mes enfants. La recette : proposez à votre pigeon une visite de quelques attractions choisies moyennant un prix dérisoire. Endormez-le en lui montrant deux ou trois sites d’intérêt. Faites mijoter doucement, puis saisissez-le à feu vif en le jetant chez un tailleur qui lui offrira des costards de cachemire a des prix défiant toute concurrence (note: c’est du vrai et du bon, quand même, et pas cher, mais que voulez-vous que mon amoureux fasse avec un costard de cachemire, fût-il à 300$?). 
Revenons à votre pigeon: il n’achète pas, pas grave : noyez-le dans la sauce en lui expliquant que vous recevez un coupon d’essence pour chaque client que vous amenez au
tailleur, buy, no buy. Comme vous l’avez tout de même patiemment attendu pendant qu’il faisait le zouave à enlever ses chaussures pour aller photographier quelques dévots devant le bouddha, le pigeon ne pourra pas vous refuser 10 minutes de son temps.

Bref, ça peut durer comme ça la journée entière, mais, en l’occurrence, les pigeons que nous étions se sont tannés avant et ont demandé à être conduits dare dare dans le quartier chinois. C’est là que le boudin a remplacé le bouddha, mais nous avons quand même pu apprécier ce dernier, ou du moins sa représentation debout, une incroyable et immense statue dorée qu’on était en train de parer pour la fête de la pleine lune (ce soir). 

Nous avons aussi vu le bouddha chanceux, dans un temple splendide (ils le sont tous), où nous avons rencontré un dentiste qui nous a parlé de la vie-l’amour-la mort avec une gentillesse toute thaïlandaise.

Les gens ici travaillent constamment. On sent que le moindre baht est durement gagné. Mais parce que la valeur de la monnaie est dérisoire, on (le touriste) se prend parfois à négocier âprement pour une trentaine de bahts, soit environ 1$. Quand on y pense, on se sent vraiment idiot! Mais jamais les Thaïlandais ne montrent d’hostilité ou d’impatience. De toute façon, si vous leur tapez sur les rognons, ils sont bien trop polis pour vous le faire sentir. Au pire, ils vous ignoreront. La fameuse impassibilité asiatique n’est pas un mythe !

Nous passerons donc encore deux jours ici (demain, visite du palais royal et du temple adjacent, petite bière au bord du Chao Phraya, massage de pieds – on a essayé ça hier, c’est divin après une journée de marche – et souper, entre autres punitions). Nous pensons monter lundi vers le Nord par le train. Un peu d’air pur nous fera le plus grand bien et, franchement, quand je vois tous ces farangs (ça veut dire « étranger ») revenir de Phuket grillés comme des toasts Melba, je n’ai pas trop envie d’aller les rejoindre.