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Santa Marta

Pas de vacances pour les fourmis!

Nous avons quitté Carthagène en bus, direction Santa Marta, station plus ou moins balnéaire dont la plage, précisent les guides, n’est plus guère propre qu’à la promenade. La route dure quatre heures, avec pause à mi-chemin. Nous en avons profité pour nous sustenter un tantinet et avons fait l’achat de deux empanadas, farcies d’à peu près tout ce qu’on peut mettre entre deux rangs de pâte frite: oeufs, saucisse, poulet, boeuf. Arrosé d’un jus carotte-orange, ça nous a tenu au ventre pour le reste de la journée.
À Santa Marta, nous avons trouvé un petit hostal sympa tenu par un Irlandais architecte (ou vice versa) et décoré à l’avenant. Murs blancs, portes de bois teint noir, tout très simple, très élégant, de loin ce que nous avons eu de plus luxueux depuis le début de ce voyage, pour la somme exorbitante de 60 000 pesos la nuit (30$).
Il y a un autre hostal absolument ravissant tenu par un couple de jeunes Français, dont la jolie patronne nous a indiqué un resto où déguster du poisson. Dare dare, nous nous y sommes rendus. C’est une petite gargote de quartier, grande comme la main, qui ne paie pas de mine, mais nous y avons bien mangé, Pierre une cazuela de mariscos (soupe de fruits de mer), moi un filet au gril, avec une bouteille de vin chilien. Nous étions attablés avec un Irlandais très rigolo. Une belle soirée.
De retour à l’hôtel, je me suis mise à me sentir, oOoOoohhhh… pas très bien.
Au milieu de la nuit, j’ai fini par rendre tout mon souper, service compris. Pierre a aussi été malade, nous avons passé la journée à dormir.
J’accuse les empanadas.
PLUS JAMAIS!

Le lendemain, nous nous sentions déjà beaucoup mieux, nous avons donc pris le chemin du parc de Tayrona, dont on dit le plus grand bien. Il faut pour s’y rendre faire une bonne heure de bus, puis prendre un colectivo, puis marcher une heure et demie avant d’arriver à une posada où l’on vous loue pour la nuit un hamac tendu sous un abri de palme grillagé.

Le bus pour se rendre à Tayrona

Là, la mer est si agitée qu’il est interdit de se baigner. Il faut marcher une vingtaine de minutes jusqu’à une anse plus propice à la baignade. Mais de microscopiques moustiques attendent le gringo et sa peau tendre. Il fallait voir ces peaux constellées de boursouflures! Bref, nous ne sous sommes pas vraiment attardés. Nous sommes rentrés à la posada, l’extinction des feux est prévue pour 20h. Extinction des feux à 20h il y eut. Nous avons passé la soirée à nous balancer doucement dans nos hamacs en placotant en attendant le sommeil. Il a plu à boire debout la nuit durant, de temps en temps un bourricot poussait un braiement qui semblait d’ennui… Contre toute attente, nous avons très bien dormi!

Nos hamacs

Nous sommes rentrés à Santa Marta aujourd’hui, sales comme des bûcherons – heureusement, nous avions troqué l’heure et demie de marche à pied pour une agréable balade à dos de cheval: le sentier était un ruisseau de boue et de crottin où je m’avais aucune envie de m’enliser. Ces robustes petits chevaux ont le pas sûr et l’habitude du chemin, pourquoi se compliquer la vie?
Demain, en route pour La Guajira, le point le plus au nord de l’Amérique du Sud. Y vivent les Wayus, aborigènes assez indépendants et fiers qui ne sont pas, dit-on, toujours commodes. Nous verrons bien.
Hasta luego!

Vu de la salle à manger, à la posada Paraiso.
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Le ventre de Carthagène

Aujourd’hui, visite au marché Bazurto, une expérience… unique! C’est le côté ombre de Carthagène, celui que les touristes ne voient généralement pas. J’ai exploré pas mal de marchés dans ma vie, je les aime d’amour, ils sont le ventre des villes, leur coeur et leur âme. Je peux dire que celui de Carthagène dépasse en anarchie tout ce que j’ai pu voir jusqu’ici.
Les odeurs (de la coriandre fraîche jusqu’à la viande avariée, en passant par les empanadas ou les caldos des bouibouis), les sons, les produits, tout vous happe, vous agresse presque, dans un labyrinthe vraiment inextricable où l’on s’enfonce en faisant bien attention où l’on pose le pied: il y a des trous, des détritus, de la boue, parfois un chien errant, et par là-dessus des types qui poussent en courant presque des charrettes lourdement chargées de tout ce que vous pouvez imaginer.

Dans ce chaos absolu, les gens sont d’une affabilité qui me renverse. Alors que, au Mexique ou au Guatemala, il fallait déployer des trésors de diplomatie ou de ruse pour réussir à prendre quelqu’un en photo, ici, ils rigolent, prennent la pose, me suggèrent de tirer le portrait de la personne de l’étal voisin…
Quand nous avons émergé du marché, il avait plu. Pendant à peine une heure peut-être, mais plu comme il pleut sous les tropiques, sans merci ni relâche, et les rues étaient complètement inondées d’une eau fangeuse dans laquelle les bus, les taxis et les motos se frayaient un chemin en chuintant.

La photo est floue (dommage!)
mais c’est pour montrer qu’on vend les poules avec
les oeufs DEDANS. Et ça se mange.



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L’art du lâcher-prise

Ce n’est pas pour me vanter, mais je crois que, en vieillissant, je m’améliore.

Par exemple: mon avion décolle de Plattsburgh à 2h du matin dimanche. C’est vraiment nul. Je devrais rouspéter, traiter la compagnie aérienne de ci et de ça. Mais hé, ho: ça veut dire que j’ai toute la journée de demain pour faire tout ce que j’ai remis à plus tard toute la semaine!

Bon, à l’heure où j’écris, on est déjà demain, mais les priorités se résument à préparer mon bagage, à me faire couper les cheveux (Alina, à midi), à acheter quelques cadeaux pour nos hôtes et, bien sûr, à essayer de voir si mon fils (qui en principe vit avec sa vieille mère) est toujours vivant. Le reste (contester l’évaluation foncière de mon appartement, faire plus de sport, essayer de récupérer mon nom d’utilisateur et mon mot de passe auprès du fisc québécois pour savoir ce qu’il y a dans le message qu’il m’a envoyé, manger moins salé, faire le ménage du frigo, plier six mois de lessive, changer la litière des chats), le reste attendra.

En tout cas, tout ça pour dire que nous partons, mon Pierre et moi, pour la Colombie. Nous atterrirons à Bogota dimanche à 13h06. (13h06? Vraiment?) La maman de ma jeune amie Andrea viendra nous cueillir à l’aéroport, nous logerons dans sa famille deux ou trois jours, et puis nous irons là ou le vent nous poussera. Nous avons déjà des familles d’accueil à Medellin, à Carthagène et près de Popayan, au centre du pays, où dit-on les fêtes de la Semaine sainte dépassent tout ce qui existe ailleurs. On dit cela aussi d’Antigua, au Guatemala, où j’ai en effet trouvé que le délire religieux atteignait des sommets. Ce qui est chouette, c’est que je pourrai comparer.

Avouez que, pour une apostate, c’est quand même rare.

À ceux qui trouvent que c’est un voyage bien téméraire, je conseille de regarder cette petite vidéo.

Pour le reste, j’ai tous les vaccins possibles, des médicaments contre la malaria, la turista et la gueule de bois, et pas du tout la gueule d’Ingrid Betancourt, alors je ne crains rien.

Un abrazo

Fabiana

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Vu de la gloriette

De la gloriette où les propriétaires du camping ont eu la bonne idée d’installer un routeur, j’observe les pêcheurs de palourdes revenir de leur cueillette à mesure que la mer reprend ses droits dans la baie, qui se vide presque entièrement à marée basse.
Nous avons bien tenté tout à l’heure, Pierre et moi, de réitérer notre pêche miraculeuse du mois dernier, mais les surf clams que nous avions ramassées à plein panier l’autre fois se sont faites plus rares, Neptune seul sait pourquoi. Nous en aurons tout de même assez pour des spaghettis vongole ce soir: vin blanc, ail, palourdes, crème, pâte de tomate. Je pense que je cuisine encore plus en camping qu’à la maison, allez y comprendre quelque chose.
L’autre soir, nous avons poussé une pointe jusqu’à Freeport, paradis du shopping. On y trouve plus de magasins que d’habitations, plus de magasineurs que d’habitants et, en fin de compte, pas tant d’aubaines que ça, sauf pour les hommes. Nous-la-femme, apparemment, ne regardons pas à la dépense quand quelque chose nous plaît… Soit je n’ai rien vu qui me plaise, soit je ne suis pas une vraie femme: je n’ai (presque) rien acheté.
Nous avons terminé la journée dans un pub de la jolie ville de Brunswick, où l’on nous a servi un steak de brontosaure que nous avions eu la bonne idée de demander à partager. Songez donc: 14 onces de viande! Et la serveuse nous a dit que bien des gens eat the whole thing! Ces Américains me surprendront toujours.
Hier, la plage de Popham était complètement dissimulée sous un épais brouillard, le coup d’œil était proprement surréaliste. Les pauvres lifeguards n’y voyaient goutte, ça complique drôlement les opérations de surveillance et de sauvetage!

À la fin de la journée, nous nous sommes fait livrer du homard au camping (jusqu’à notre tente s’il vous plaît) par le pêcheur en personne, une sorte de colosse à la voix de baryton, venu avec sa femme. Depuis qu’il a fait un infarctus, c’est elle qui relève les 300 cages qu’ils mettent à l’eau, beau temps, mauvais temps. Quel courage, quand même.
Et puis nous voyons Eric, le propriétaire du camping, toujours en train de réparer ceci ou cela, d’installer un machin, de déplacer un truc, quand il n’est pas lui-même à la pêche aux coques. Il est tout seul pour tout faire et travaille du matin au soir pendant que sa femme s’occupe du téléphone. C’est de l’argent bien gagné!
Bon, c’est pas tout ça, faut encore aller arranger les palourdes. En buvant une bière, ça passera mieux.
J’espère que les moustiques nous ficheront la paix.

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Demain la mer

https://i0.wp.com/commondatastorage.googleapis.com/static.panoramio.com/photos/original/1690857.jpg Bon, ce n’est ni très loin ni très exotique, même pas vraiment dépaysant. Encore que…

Même le Maine, que tout le monde semble si bien connaître, recèle des coins secrets, fréquentés par les locaux seulement, et on peut là comme ailleurs se sentir en voyage. C’est-à-dire fréquenter d’autres lieux, d’autres gens, qui nous apporteront quelque chose de nouveau.

J’ai trouvé cet endroit il y a des années, au cours de vacances au New Hampshire pendant lesquelles j’avais, avec mon habituel sens de l’à-propos, emporté à lire L’Hôtel New Hampshire, de John Irving, un de mes auteurs fétiches.

Il situait le premier hôtel du nom quelque part à l’embouchure de la rivière Kennebec, bizarrement dans le Maine. Pas pu m’empêcher de regarder où ça se trouvait sur la carte. Tiens, ai-je dit à Yves, le père de mon fils et toujours mon meilleur ami, allons donc voir ce qu’il y a là. Nous nous y sommes rendus dare-dare sur notre Honda Nighthawk 450 (chose que je ne referai plus jamais de ma vie, juré-craché, c’est trop dangereux).

La rivière Kennebec se jette bien dans l’Atlantique, mais elle fait mille caprices, se divise en bras infinis où l’on se perd sans cesse entre terre et mer, pointes et baies, îles et marais… Nous avons abouti à Popham Beach, l’un des plus beaux endroits qu’il nous ait été donné de voir. Là, aucun hôtel digne de ce nom, à peine un guest house de cinq ou six chambres (parfait pour nous), un casse-croûte où l’on servait le meilleur shortcake à la rhubarbe au monde, et un camping tenu par un franco-américain qui n’avait plus de franco que le nom mais qui était très fier de nous accueillir comme ses presque-cousins.

Nous sommes tombés amoureux de la région, de ses gens simples, de sa beauté sauvage, de sa reposante modestie. Ici, pas de factory outlets, de boardwalks, de manèges, de salt water taffy… Les gens vivent et travaillent à Bath, au chantier maritime ou ailleurs, ont peut-être une roulotte installée à demeure quelque part dans un camping bon marché, se connaissent entre eux et vous reconnaissent comme étranger, vous accueillent et vous adoptent sans façon, comme les Américains savent faire, ce que nous, Québécois malades d’antiaméricanisme, avons trop tendance à oublier.

Nous y sommes retournés plusieurs fois par la suite, toujours en camping, et en sommes toujours revenus enchantés.

J’y vais demain avec mon Pierre, après un week-end exploratoire en juillet où nous avons rencontré un couple de Franco-Américains avec qui nous avons rigolé comme des bossus. C’est fou, mais j’ai presque aussi hâte de revoir Gerry et Pauline que de revoir la mer, de ramasser des palourdes et de me geler dans les vagues.

Photos à venir…

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Encore une fois Kipawa

Logistique, quand tu nous tiens…
Nous partons vendredi dès l’aube (du moins dans mes rêves) avec mon fils, mon amoureux et sa fille,  visiter le père de mon fils (comprenne qui pourra). Je nous souhaite assez de beau temps pour profiter du lac et de la vie.
Jules conduira, c’est un bon départ.

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Quatre jours à la Barbade

On dira ce qu’on voudra,  ce métier est un esclavage.

J’ai dû me taper six heures d’avion pour un reportage de quatre jours à la Barbade. Depuis, c’est un feu roulant d’activités dans une chaleur de sauna: visite d’hôtel, souper ici, dîner là, excursion en catamaran, tours de ville… Il est temps que ça finisse.

Vendredi soir, donc, souper à Oistins Fish Fry, une succession de bouibouis où l’on sert, comme le nom du lieu l’indique, du poisson frit mais aussi grillé, selon l’humeur du client, et du poulet pour les fines bouches. Sur des tables de pique-nique simplement tendues d’une toile cirée, on vous sert dans une assiette de mélamine votre poisson volant grillé sur lit de rice and beans, que vous aurez bien sûr choisi d’arroser d’une bonne Banks (bière nationale) bien froide.

Dans l’air saturé de la fumée des barbecues, le son du reggae et de la calypso émane de guinguettes à peine éclairées où l’on distingue des couples qui s’agitent malgré la chaleur. Ce soir-là, sur une place qui n’allait sans doute pas tarder à s’emplir de monde, un grand Noir à dreadlocks dansait quelque chose d’absolument explicite avec une touriste blanche et blonde qu’il tenait fermement par les fesses. Elle se croyait probablement bien cool, mais elle était seulement ridicule, ce que prouvait l’hilarité égrillarde de quelques mâles locaux qui observaient la scène en se donnant des coups de coude.

Samedi, excursion en catamaran sur une mer étale mais, hélas, un peu trouble pour le tuba. Que voulez-vous, rien n’est parfait…  En revanche, à la deuxième étape, surprise: les tortues marines, attirées par le poisson que leur jettent les deux guides, arrivent en escadron et nagent au milieu de la soupe humaine que nous formons. Quel spectacle! Je n’en suis pas encore revenue.

Autre curiosité zoologique: il y avait là une fille qui hurlait comme une brûlée vive parce qu’un poisson ou une tortue l’avait frôlée. Heille, Chose, t’avais qu’à rester à la maison, franchement… Elle m’a fait honte, pour tout dire.

C’est quand même d’ouvrage, être une femme…

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Le dernier dimanche + épilogue

Je suis rentrée depuis presque une semaine, mais il me reste à raconter mon dernier dimanche à Mexico. Aussi bien, je dis que je suis rentrée, mais mon cœur est encore là-bas! J’écoute de la musique de mariachis, j’achète des jalapenos, je regarde mes photos en soupirant et je viens de défaire ma valise, abandonnée depuis lundi grande ouverte sur le plancher de ma chambre, son contenu pêle-mêle tout autour (je ne sais pas pourquoi je déteste autant défaire une valise).

Dimanche matin, donc, je file à Xochimilco (enfin, «filer», façon de parler: il faut bien une heure pour s’y rendre, en métro et en tren ligero). C’est un village maraîcher un peu au sud de la grande ville, où je voulais voir les canaux, souvenir de la vie lacustre qui animait Mexico au temps des Aztèques. Les lancheros (bateliers), qui ont vite fait de repérer la rare étrangère que je suis (Xochimilco est surtout fréquenté par les locaux, qui viennent le dimanche s’y amuser en famille ou entre amis), me proposent un tour privé, mais je me vois mal seule comme une gringa dans ces barques faites pour faire la fête. Je veux une colectiva!
«Mira (regarde), me dit l’un d’eux, les colectivas te prennent 100 pesos. Moi, pour 50 de plus, je te fais tout voir et on arrête partout où tu veux. » Non merci, je veux une colectiva, bon! J’ai fini par trouver le bon embarcadère, le tour coûtait 15 malheureux pesos (ah, mais le filou!), j’étais avec plusieurs couples ou petites familles assez tranquilles mais sympa.

Ai-je bien fait! À un moment, nous avons croisé une barque dans laquelle se trouvait un gringo seul avec son batelier, sa Corona et ses tacos. Et tous mes compagnons de s’apitoyer joyeusement:  «Ma qué, pobrecito! Qu’est-ce qui est arrivé aux autres? Ils sont tous tombés à l’eau? Hon! Si c’est pas malheureux!»
Vrai, il faisait presque pitié…
En général, des familles entières (10, 15, 20 personnes) louent une barque, voire plusieurs qu’elles amarrent en caravane. Elles apportent le pique-nique, la bière, la tequila et passent la journée là, dans une ambiance de kermesse dont les Mexicains, décidément, ont le secret. Les lanchas multicolores se bousculent sur les canaux dans ce qui finit par ressembler à une version aquatique des autos tamponneuses (et ce n’est pas qu’une figure de style, les barques s’entrechoquent vraiment!). Ça rigole, ça s’interpelle, les mariachis poussent la chansonnette dans leurs propres lanchas qu’ils amarrent à celles des clients; les barques des marchands de fleurs, de peluches, de ballons et, évidemment, de nourriture zigzaguent à travers tout cela, bref, il règne là un joyeux chaos. J’aurais donc aimé que mon amoureux soit avec moi!

Et dimanche soir, je me suis offert le spectacle du Ballet folklorico de Mexico. Ça m’a rappelé mes jeunes années, à l’époque où j’étais danseuse étoile des célèbres Farandoles de Chicouticou (bon, pas étoile, d’accord), et où nous nous piquions de danse internationale (y compris quelques numéros mexicains).
En tout cas, le spectacle a duré deux heures bien comptées, dans une orgie de robes à froufrous et de frappers de talons, avec une douzaine de musiciens sur scène. Un régal! J’ai trouvé le public bien sage, moi qui aurais tant aimé lancer quelques-uns de ces retentissants  ayayayayaaaaaaayyyy dont j’ai le secret… Mais j’ai eu peur qu’on me mette à la porte, alors je me suis tenue coite.
Je suis rentrée en bus avec mon voisin de strapontin, un charmant médecin britannique venu là en congrès. Nous avons traversé à pied le parc de l’Alameda, où fourmillaient les petites gargotes ambulantes, et je n’ai pu résister à l’envie de m’offrir une dernière paire de tacos, que j’ai dégustés assise sur un muret de pierre. Mon compagnon m’a trouvée bien aventureuse de consommer ainsi de la nourriture de rue, lui qui couchait au Holiday Inn et qui ne voyage qu’en tours guidés… Chacun ses goûts, hein?

Lundi, histoire de m’offrir un dernier bain de Mexico, j’avais résolu de me rendre à l’aéroport en métro. C’est quand même quelque chose, cet aéroport en pleine ville! J’avais soigneusement planifié mon itinéraire pour limiter les changements de ligne, une vraie corvée dans ce réseau qui semble avoir poussé n’importe comment: il faut monter des escaliers, redescendre, remonter, et tourne ici, et va par là… À côté de ça, changer de ligne à Berri-UQAM est un plaisir. C’est dire.
Ça fait que monte, descends (escaliers mécaniques? connais pas), marche et marche, je suis arrivée à l’aéroport au bout d’une heure (une heure!) de transbordements. J’ai eu une bonne pensée pour l’inventeur de la valise à roulettes. Je n’ose imaginer de quoi j’aurais eu l’air si j’avais dû porter un sac à dos, moi qui suis arrivée en nage… au mauvais terminal (évidemment).

L’aéroport de Mexico est fait de deux terminaux. En principe, le numéro 1 est réservé aux vols intérieurs, le numéro 2 aux vols internationaux. Mais ce n’est qu’un principe puisque Air Canada et une poignée de sociétés américaines ont leurs comptoirs au numéro 1. Ce que sachant, c’est là que je me suis dirigée.
Là, pas de trace de Delta. Je m’informe à un agent, il me dit de monter à l’étage et de me rendre jusqu’au bout du corridor (interminable). Au bout du corridor (vraiment très long), pas de Delta. Je m’informe à une agente, elle me dit qu’il faut aller au terminal no 2, donc prendre la navette, au rez-de-chaussée, au bout du $@!&£€∞ corridor!

Heureusement, j’avais du temps…

Alors bon, me revoici dans mes pénates, avec mes chats et une jeune Française qui passera le mois de mai chez moi. Après, j’aurai peut-être la visite d’un jeune couple d’Indiens qui vienne d’immigrer au Canada, et peut-être aussi de mon ami Larbi du Maroc. Ce sera une autre façon de voyager… en attendant le prochain départ.

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Bruits (2)

Aux bruits de Mexico, ajoutons, en ce samedi matin:

L’ahurissante pulsation de la musique techno d’une discothèque, quelque part dans la rue voisine, qui m’a tenue éveillée jusqu’à quatre heures du matin, et qu’aucun bouchon d’oreilles, eût-il été inventé par la NASA, n’aurait su étouffer. Je sais maintenant tout sur les méthodes du DG pour maintenir l’attention de ses auditeurs (ils sont sûrement tous sourds, il faut donc varier l’intensité des vibrations).

La grosse caisse qui, à huit heures ce matin, annonçait le début des manifestations du 1er mai, lesquelles passent toutes par l’autre rue voisine (laquelle mène directement au Zócalo), et qui n’ont pas cessé depuis. Un flot compact et ininterrompu de manifestants déferle vers la grande place, où j’irai jeter un œil tout à l’heure (dès qu’il sera ouvert).
Ils doivent dépasser le million, armés de mégaphones, de sifflets, de tambours, de trompettes, de drapeaux et de bannières. De temps en temps, un camion publicitaire hérissé de haut-parleurs s’insère dans le cortège et ajoute ses annonces à cette cacophonie invraisemblable.

Quand j’aurai pris la mesure de l’ampleur de cette marée humaine, j’irai me reposer à Xochimilco, où vit et prospère depuis l’empire aztèque toute une population de maraîchers qui alimentent la mégapole en fruits et en fleurs. Il y a paraît-il des canaux, des barques colorées et des champs fleuris qui sont à leur plus beau en ce moment même.

Ça me changera!

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Bruits

Au moment où j’écris ceci: Dans le café où je me trouve, à l’heure de la fermeture, le bruit du rideau de fer qu’on déroule. Celui de la télé où joue à tue-tête une telenovela qui a dû coûter très cher de larmes artificielles. Celui du moulin et de la machine à café, de la clim, des ustensiles qu’une serveuse secoue vigoureusement dans un seau de plastique pour je ne sais quelle raison obscure, des voitures qui passent dans la rue, des conversations des gens qui ne sont pas en train de surfer. Le cliquetis des claviers sur lesquels il faut piocher comme des sourds pour en tirer quelque chose, le choc de la vaisselle qu’on ramasse parce que le resto est sur le point de fermer (ce dont personne  ne semble se formaliser), le bip bip de la caisse qui additionne les additions.

La nuit, dans la ruelle autrement tranquille de mon hôtel: Des étudiants qui chantent l’hymne national après avoir fait honneur à la boisson nationale. Le raclement des poubelles d’acier que traînent sur le trottoir les employés du buffet chinois du rez-de-chaussée, et la musique qui les accompagne. Les conversations des gens de l’immeuble d’en face, qui veillent sur le toit.

Le matin: le chuintement des balais sur les trottoirs qu’on lave à grande eau savonneuse (à chaque commerçant son bout de trottoir). Les bus, les voitures, les motos, les zillions de taxis qui klaxonnent pour se signaler aux clients, le sifflet des agents de circulation. Les rideaux de fer qu’on remonte.


Le reste du jour: tout cela en même temps, plus le boniment du clown au Parque Alemada Central, qui m’apostrophe au moment où je passe devant lui: ¡Holà, señorita! Hao ale you? Waile ale you flom? Canada? Qué bonito!
Il y a toute une assistance hilare. Je lui dis qu’il peut me parler en espagnol, il me demande mon nom, et me voici engagée comme clownette de service. Il va me faire une sculpture en ballon, et il en profite pour commettre quelques calembours à connotation sexuelle dont les Mexicains raffolent. Au lieu de me demander quelle couleur je préfère, il me demande: «¿Qué sabor?» Je choisis rose. Il me demande si je les aime grosses ou longues. Je réponds que l’important, c’est ce qu’on fait avec. Il rigole. Il commence, ça a l’air absolument de ce qu’on pense qu’il va faire. Je me marre, il me dit que j’ai l’esprit mal tourné, tout le monde dans l’assistance se tord de rire. Il finit par me fabriquer un très innocent et très joli cygne rose, que je remets gracieusement à un jeune homme derrière moi, puisque je m’en vais faire des courses et que je n’ai absolument pas l’intention de traîner ça au mercado d’artesania.
Bruit des applaudissements.
La clim vient de s’éteindre, je suis la dernière cliente, on passe la serpillère derrière moi. Je rentre.