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Le marché aux bestiaux

C’était dans la région de Gothèye. Il faisait une chaleur de forge, un souffle brûlant qui vous cuit la peau, vous fait bouillir le sang et fondre le cerveau. Mais la vie était partout, j’étais dans un album de Tintin, un film, un rêve, avec pas assez d’yeux pour tout embrasser. Les Touaregs à la peau tannée coiffés de leur inamovible chèche (ou turban) y viennent vendre ou acheter des dromadaires; les Peulhs des boeufs, des chèvres ou des moutons.

On empile les bêtes sans ménagement dans des camions, sur le toit des minibus, dans des charrettes. Les dromadaires résistent, blatèrent, se cabrent; les chèvres attachées par les quatre pattes bêlent désespérément. Les hommes marchandent et boivent du thé, un thé amer qu’ils gardent chaud sur de minuscules braseros en fil de fer. Les femmes, à l’écart sous des tentes de fortune, font la cuisine, la sieste, la conversation.

J’ai fait rigoler un jeune Peuhl, près de l’enclos des dromadaires à l’air dédaigneux, quand je me suis mise à les appeler en tendant la main comme on appelle les poules: «Petits, petits, petits!»

Des fois, je suis drôle.

Après, nous avons erré dans le marché «ordinaire» (je n’ai jamais vu de marché «ordinaire»), acheté des morceaux de noix de coco, de petits beignets de farine de niébé, des mangues, des arachides. C’était bon!

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Au marché de Dantokpa

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Au marché de Dantokpa

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Au marché

Jour faste aujourd’hui : pour la première fois depuis six jours, nous avons de l’électricité ! Le courant a été complètement coupé de samedi à mardi inclusivement. Hier, il est brièvement revenu par à-coups, deux ou trois fois durant 15 ou 20 minutes, peut-être une heure en début de soirée, le temps de recharger la pile de mon ordi. Aujourd’hui, bingo ! Depuis 13h, la télé est allumée, et Elsie regarde des concerts de musique évangélique. En ce moment, six bonnes sœurs chantent les louanges de Dieu en dansant ; elles ressemblent aux marionnettes de Sourissimo (les vieux de mon âge me comprendront).
Je suis allée faire un tour au marché de Mussotte en matinée avec ce cher Wilbens, le gentleman-dandy. Poète, musicien, pince-sans-rire et fervent chrétien, il est toujours tiré à quatre épingles, conduit une petite moto qui grimpe vaillamment les routes caillouteuses de la région et est toujours prêt à rendre service.
Mon ami Wilbens.
C’est ainsi qu’il m’a proposé de m’emmener à ce marché, le plus grand du département. Les gens y viennent parfois de fort loin, à pied, à dos d’âne ou en tap-tap, pour vendre ou acheter tout ce qui peut se vendre ou s’acheter. Chèvres, bœufs, vêtements, chapeaux de paille, fruits et légumes, condiments, bonbons, produits de ménage, articles de toilette, tout cela se côtoie dans le plus grand désordre. Ça n’est pas l’Afrique, mais c’est certainement ce qui se rapproche le plus de l’idée que je m’en fais.
J’ai acheté des petits pains pour demain matin, du sel de mer pour ma cuisine, des bonbons et des biscuits pour les enfants, un couteau qui coupe pour Adèle et un joli chapeau de paille pour moi. Je ne le  porterai pas, mais c’était le prix à payer pour pouvoir prendre la marchande en photo. 

Marchande de chapeaux



Quand nous sommes repartis, un camion attendait d’être archi-plein de gens et de choses avant de s’ébranler. Des chèvres, les quatre pattes liées ensemble, étaient suspendues aux ridelles, la tête en bas, et bêlaient à fendre l’âme. «Elles vont toutes finir à la casserole de toute façon», a dit Wilbens quand j’ai eu l’air de m’émouvoir de leur sort.

En tout cas. On est loin de la muette côtelette du supermarché, disons.
Inévitablement, partout où je passe, les gens me regardent comme si j’étais une apparition. C’est qu’il ne vient guère de Blancs, par ici. Or, dans les Caraïbes, croiser quelqu’un sans le saluer, fût-ce un pur inconnu, est considéré comme la dernière des grossièretés, même à moto. Je passe donc mon temps à agiter la main comme la reine d’Angleterre (tout en me cramponnant à la moto de l’autre de peur d’être éjectée). Il ne me manque que les gants assortis à mes chaussures, je m’en ferai faire de la même paille que mon chapeau.
En ce moment, Elsie soupire comme un soufflet de forge : j’ai eu le malheur de lui faire une page Facebook. Depuis, elle se perche derrière mon épaule dès que j’allume l’ordinateur, elle me tourmente pour que je lui tire le portrait afin de le mettre sur sa page… J’ai créé un monstre !
Je vais enfin lui permettre d’aller se regarder un peu, elle sera contente.