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Veracruz

Samedi soir à Veracruz: muy caliente, je ne vous dis que ça!
Sur le Zòcalo, les musiciens se font la guerre: c’est à qui jouera le plus fort (et parfois le plus mal). Étourdis par tant d’effervescence, nous avons cherché un peu de calme sur une placette en retrait. Or, il y avait là un congrès de médecins, et pour l’occasion un orchestre installé sur une scène extérieure et des bailadores de danzon (une musique d’origine cubaine, mais en plus lent), les messieurs coiffés d’un panama blanc, les dames munies d’un éventail qu’elles agitent nonchalamment à un moment précis de la danse (mais nous n’avons pas vraiment compris lequel).

Nous avons invité une dame qui cherchait un siège à s’asseoir avec nous. Silvia Eugenia, adorable de gentillesse, nous a fait la causette toute la soirée, ne s’interrompant que pour accepter les invitations à danser d’un monsieur très élégant. Ce qu’ils étaient beaux à voir! Toute la place était occupée par les danseurs et par cette musique magique, lente, sensuelle à mort…
«Vous ne dansez pas? a demandé Silvia.
– C’est que, à côté de vous, nous nous sentons comme des éléphants», ai-je répondu en riant.
Je lui ai expliqué que, contrairement aux Veracruzanos, les Québécois qui veulent danser la salsa, le merengue et toutes ces choses, doivent APPRENDRE, suivre des cours, bref: travailler.
Elle n’en revenait pas!
Nous avons quand même risqué quelques pas après la première bouteille de vin, et Silvia a vite compris ce que je voulais dire.
Veracruz est une ville bruyante, décatie, désordonnée, presque affolante, mais l’air y est incroyablement doux (et parfois terriblement puant), les gens sourient, rigolent, il y a des enfants, des vendeurs ambulants et de la musique partout… J’adore!
* * *
Dimanche soir à Veracruz, toujours aussi caliente! À la fin d’un après-midi à la plage non loin de la ville (plage très correcte, contrairement à ce que prétendent nos guides Routard et Michelin), nous avons retrouvé Silvia sur la même placette que la veille. Tout endimanchée, toujours aussi pleine de joie de vivre, elle nous a conseillé un itinéraire pour le reste de la semaine, a abondamment dansé avec un autre monsieur très taciturne (photo), et nous nous sommes fixé rendez-vous dimanche soir, après le départ de Pierre pour Montréal via Mexico.
Après l’avoir quittée, nous nous apprêtions à rentrer à l’hôtel quand nous sommes passés devant un tout petit bar où jouait un groupe de salsa. Quand je dis qu’il y a de la musique partout, c’est qu’il y a VRAIMENT de la musique absolument PARTOUT. On ne pouvait pas rentrer comme ça, quand même! Nous nous sommes résignés à prendre un dernier verre et, la Modelo Oscura aidant, avons esquissé quelques pas de danse sous l’œil amusé des autres clients.

Là, maintenant, cap sur Tlecotalpan, village au bord d’une lagune, classé au patrimoine mondial de l’UNESCO. Je sens que je vais craquer!

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Puebla

Aujourd’hui, visite de trois églises plus baroques les unes que les autres. Des angelots coiffés de plumes qui descendent en cascades du plafond au plancher, des dorures, des volutes de stuc, des saints à la figure compassée en veux-tu en voilà, des Christs sanguinolents à l’air complètement consterné (j’ai commencé une collection), des Vierges en robe de dentelle et cape de velours, couronnées d’or et d’argent, des symboles païens à travers tout cela… On ne peut que s’émerveiller d’une telle profusion. Les Espagnols avaient de la main-d’œuvre en masse, ils en ont profité. On dit que, à Cholula, Cortes avait juré de construire 365 églises, une pour chaque jour de l’année. Heureusement qu’il s’est arrêté avant, on ne saurait plus où donner de la tête!
 Autrement, Puebla est une ville étrange, à la fois très touristique et extrêmement réservée, et sans doute la plus parisienne des villes mexicaines. Il y a au centre-ville un immeuble de style Eiffel, en acier, avec les boulons et tout, construit par une firme française, et un passage couvert dont la façade s’orne d’une splendide verrière art déco. Les façades des immeubles coloniaux sont couvertes d’azulejos (tuiles de céramique), c’est spectaculaire.

La grand-place bourdonne d’activité, ça grouille de monde, des Mexicains pour la plupart. Nous sommes toujours épatés par la quantité de bébés qu’il y a partout. Les parents les portent dans leurs bras comme un précieux colis (pas de poussettes ici, c’est impossible à manœuvrer!) et, dès que les petits savent marcher, ils trottinent placidement aux côtés de papa ou maman, ou d’un grand frère extraordinairement attentionné. La famille, ici, est une valeur cardinale qui n’est dépassée que par la piété, et encore.
Il paraît que Puebla est l’une des capitales gastronomiques du Mexique. Je ne sais trop qu’en penser. Nous n’avons pas encore eu notre baptême de mole poblano (sauce à base de cacao, d’amandes et d’épices diverses, que l’on sert sur du poulet), mais j’ai tenté avant-hier une expérience avec le pipián (sauce verte à base de graines de citrouille) qui s’est avérée fort décevante.
Heureusement, la soirée a été sauvée par un homme qui s’est amené au resto vers 20h et s’est installé au piano. Nous étions les seuls clients, nous avons noué conversation et fini par passer la soirée en sa compagnie. Il avait dans ses cahiers quantités de vieilles chansons françaises que je me suis fait un plaisir de lui transcrire phonétiquement pour qu’il puisse les chanter dans le texte. Je signale à mes collègues de La Presse que LUI, au moins, a su apprécier mon talent vocal, héhéhé!

En fin de compte, pour revenir à la cuisine, ma préférée est encore celle des rues: les généreuses quesadillas (celles d’aujourd’hui, farcies de fleurs de courgettes et d’un très bon fromage frais, étaient franchement exquises), la guacamole avec la bière de l’apéro, la sopa azteca (un bon potage tomaté garni d’avocat dans lequel, cela va sans dire, baignent des lanières de tortilla frite)…
On mange très bien pour trois fois rien dans ces petites gargotes, j’adore l’odeur des tortillas chaudes et je m’émerveille sans cesse de la quantité de façons qu’on a inventées pour les cuisiner afin qu’on n’ait pas l’impression de bouffer sempiternellement la même chose!

N’empêche, hier, nous avons dépensé l’équivalent de trois nuits d’hôtel (il faut dire que l’hôtel ne nous coûte vraiment, mais vraiment pas cher) dans un restaurant espagnol assez péteux, où nous avons dégusté une côte de bœuf grillée digne d’Obélix. Que voulez-vous, je n’ai aucun penchant pour le végétarisme, il me faut ma tranche de cadavre de temps en temps…

Demain, cap sur Cacaxtla (je n’arrive pas à prononcer ce mot), où il y a paraît-il des fresques préhispaniques admirablement conservées. Pierre y tient beaucoup. Pour ma part, je commence à être un peu saturée des déesses de la fertilité (grandes oreilles, grosses cuisses, bouche en cul de poule), je finis par trouver qu’elles se ressemblent toutes, mais bon. Les fresques de Cacaxtla sont apparemment éblouissantes, nous verrons bien.

Ensuite, direction Veracruz, pays du danzón et de la marimba… et enfin la mer! La Costa Esmeralda, plus précisément. J’espère qu’elle porte bien son nom…

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Petite journée

Le lac de Pátzcuaro a déjà été l’un des plus beaux du Mexique, à ce qu’on dit (vrai, il n’y en a que trois ou quatre, mais bon). Cerclé de montagnes, émaillé de villages, serti de quatre îles elles-même toutes semées de maisons aux toits de tuiles rouges, il fait plusieurs kilomètres de longueur. Autrefois, dans des barques à la fragilité affolante, les pêcheurs capturaient au filet de petits poissons qui avaient fait la réputation de la gastronomie de la région.

Plus rien de cela n’existe. Le niveau du lac n’a cessé de baisser depuis 25 ans. Son eau, couleur café au lait, est envahie d’algues qui l’étouffent; les poissons sont en voie d’extinction, les pêcheurs ne capturent plus rien. Les villages, exsangues, offrent le triste spectacle de communautés qui dépendent quasi exclusivement du tourisme: les enfants courent après les gringos pour leur vendre de menues marchandises, les femmes offrent d’un air las des tissages et des poteries tous pareils… Nous avons passé la journée à visiter quelques villages, dont l’un où se trouvent quelques ruines purépechas (pyramides de pierre au milieu d’un vaste champ, quelques vestiges d’une vie agricole…). En fin de compte, nous avons négocié avec un jeune homme le prix d’un passage en lancha jusqu’à la plus grande des îles, que nous avons parcourue de part en part avec un sentiment grandissant de consternation. Nous avons repris un bateau pour regagner avec soulagement la douce animation de Pátzcuaro.

Demain, retour vers Morelia, puis direction Veracruz, sur la Costa Esmeralda, en passant peut-être par Taxco ou Puebla, nous verrons. En attendant, nous allons souper dans un de ces restos qui offrent à peu près tous les mêmes plats au menu, qui se révèlent immanquablement différents de ceux que l’on avait commandé la semaine d’avant et qui, pourtant, portaient le même nom. Je découvre des mots que mon dictionnaire ne contient pas, mais heureusement les Mexicains, toujours aussi affables et gentils, prennent le temps d’expliquer, de réexpliquer, de répéter…

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Patzcuaro

Ce matin, après le petit déjeuner de pain grillé et de café de olla (parfumé à la cannelle), nous avons sauté dans un taxi. Nous souhaitions nous rendre au terminus de bus pour en prendre un de seconde classe vers Patzcuaro, à une heure de route, en principe. Le chauffeur nous a plutôt proposé de nous emmener à la sortie de la ville, où un taxi collectivo nous emmènerait droit au village en moins de temps et pour moins cher qu’un bus. Chose dite, chose faite.
Nous sommes donc arrivés à Patzcuaro, un village tellement vieux, tellement différent de tout ce que nous avons vu jusqu’ici qu’on pourrait se croire dans un tout autre pays. Ici, les maisons sont faites de pisé, le bas est peint en rouge sang-de-boeuf, le reste blanchi à la chaux, et les toits sont couverts de tuiles. Les gens ne sont pas riches, ça se voit clairement, mais tous nous saluent fort gentiment. La grande place est bordée de palais coloniaux plus jolis les uns que les autres, mais cela ne se devine pas de la rue. Il faut pousser les antiques portes cochères pour découvrir des jardins, des fontaines, des balcons, des chambres fraîches et ombragées qui contrastent avec les rues poussiéreuses et bruyantes où se pressent des vendeurs ambulants, des familles, de petites vieilles édentées et rabougries, des ados en uniforme scolaire, toute une vie qui grouille et palpite sans arrêt.

Nous logeons dans un charmant petit hôtel au patio tout fleuri, une chambre impeccable avec salle de bains privée qui nous coûte la fortune de 250 pesos pour deux, ce qui équivaut à environ 20$ canadiens. Il fait bien plus frais ici qu’à Morelia, la petite laine sera de rigueur ce soir pour la première fois depuis notre arrivée au Mexique. Tellement que, même pour l’heure de la Sainte Bière, sous les arcades de la place qui est dit-on la plus grande d’Amérique, il a fallu que je mette mon châle. La grosse misère, quoi…
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Beautés coloniales

Après la folie de Mexico, Querétaro nous a paru bien paisible. Nous y sommes parvenus après trois heures et demie de route dans un car ou jouait à tue-tête un film particulièrement criard avec Cameron Diaz (les Mexicains adorent le bruit). La ville compte plus ou moins un million d’habitants (nous avons cru comprendre que ça augmente très vite), mais on traverse le centre historique en une petite demi-heure. Ça, bien sûr, c’est si on s’empêche d’entrer dans les innombrables églises que l’on croise, et on aurait bien tort: on y trouve de délirants et immenses retables dorés à la feuille, des toiles anonymes dont l’imagerie sanglante m’étonnera toujours, des Christs naïfs étendus dans des chasses vitrées… et puis il y fait toujours frais, ce qui n’est pas de refus sous ce soleil de plomb!

C’est d’ailleurs à cause de cette chaleur qui devient écrasante vers 15h que nous avons adopté le rythme mexicain: petit-déjeuner vers 9h, repas consistant vers 14h, sieste jusqu’à 18h, promenade dans les rues piétonnes de la vieille ville et ses jolies placettes ombragées, souper léger plus tard en soirée. Cela, joint à l’architecture arabo-andalouse des maisons, nous ferait croire sans mal que nous sommes en Espagne. Mais les Mexicains ont une sorte de joie de vivre, de gentillesse intrinsèque, de spontanéité que l’on ne trouve peut-être pas chez les Espagnols.

Tout à l’heure, nous avons assisté à une procession religieuse, avec fanfare et pétards, en l’honneur de la sainte patronne de la province ou de la région, je ne sais trop. J’aurais cru que, Pâques étant tout juste passé, on aurait pris un petit moment de repos, mais Pierre croit qu’il faut vite relancer la business pour que ça ne s’essouffle pas. Rien n’est moins sûr: pendant que je pioche ces mots sur un clavier tout collé, j’écoute des airs de Noël à la sauce celtique. Ça ne s’invente pas!

Demain, direction Guanajuato, puis Patzcuaro, autres villes citées au patrimoine mondial de l’UNESCO. On va encore être obligés d’entrer dans plein d’églises et de musées et de palacios, de prendre des photos de maisons aux murs ocre ou roses aux balcons de fer forgé remplis de fleurs, de faire la sieste même si on n’est pas fatigués, pffff.

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Mégapole mégafolle


Nous y sommes donc. Arrivés vendredi soir assez exténués par le voyage, nous avons vite mis de côté nos velléités d’aller explorer la ville tout de go. Direction l’hôtel, la Casa Vieja, qui porte bien son nom. Caché dans une ruelle borgne de la Zona Rosa, il compte quatre dortoirs, plus deux chambres au confort spartiate aménagées dans des cubes de béton construits en ajout sur le toit. Tout est un peu de guinguois, mais propre. Et puis, du moment qu’aucune bestiole indésirable ne fait mine de vouloir partager notre lit…

Mexico, maintenant. Pfiou! Ça tonitrue, ça klaxonne, ça s’interpelle, ça mange constamment, ça n’arrête pas! Samedi, nous avons marché dans la vieille ville, visité quelques musées, sacrifié au rite de la sainte bière, comme il se doit, dans un estaminet inconnu des touristes et, bien sûr goûté à quelques spécialités du cru, notamment une tostada bleue couverte de frijoles, de cactus haché, de salsa et de fromage.

Le Palacio Nacional est une splendeur, et les fresques de Diego Rivera, dans le plus pur style réalisme soviétique, valent vraiment le coup d’oeil. Au centre du Zocalo, le gouvernement a dressé une structure assez laide, où l’on présente une expo de photos magnifiques de Willy Souza à l’occasion du 200e anniversaire de l’indépendance. C’était beau de voir les Mexicains regarder ces portraits d’eux-mêmes et des beautés de leur pays comme s’ils ne s’étaient jamais vus aussi beaux, riches d’une culture millénaire et d’une histoire tourmentée.

Le soir venu, il y avait une mer de monde venue écouter le discours d’une sorte de prédicateur. Le Zócalo, immense place au coeur de la vieille ville, était pris d’assaut. Obéissante, la foule a chanté « Si tu aimes Jésus-Christ, tape des mains » en agitant des dizaines de milliers de drapeaux blanc et bleu; c’était surréaliste. Tout autour, les vendeurs itinérants proposaient tristement leur pauvre marchandise, les amuseurs publics bonimentaient, les marchands de chicharrones (peau de porc frite), d’enchiladas, de barbe à papa s’affairaient… Je ne me lasse pas de ce spectacle. Mais comme toujours, ce qui me brise le coeur, ce sont les enfants des rues, et les femmes assises sur le trottoir qui mendient d’un air las, un enfant ou deux dans leur giron… Apparemment, il n’y a ici aucun filet de sécurité sociale, ce qui explique que chacun tente de survivre en inventant un petit métier. Dans le métro (très propre et moderne), de jeunes hommes munis d’un lecteur de CD portent dans un sac à dos quatre haut-parleurs qui crachent desd compils qu’ils offrent à 10 pesos pour 150 chansons. Il faut en vendre, des CD, pour réussir à gagner sa vie… Songez qu’un dollar canadien vaut 12 pesos!

Aujourd’hui, nous avons visité la maison de Frida Kalho et nous sommes baladés dans le quartier, envahi par une foule des Mexicains en promenade dominicale. Nous sommes entrés dans un marché couvert où nous avons mangé de délicieux burritos de boeuf cuit avec des feuilles d’agave, vendus par un type qui semblait au bord de l’apoplexie tant il avait la figure rouge. D’autorité, il nous a mis dans la main une bouchée de viande.
– Tiens, goûtez-moi ça, c’est bon, non? Allez, asseyez-vous. Chico! Donne ta chaise à madame! Combien, deux chacun?
On a avalé ça avec un jus de mandarines fraîchement pressé, ça nous tient au ventre depuis.
(Comme d’habitude je ne songe qu’à bouffer, je commence à comprendre pourquoi toutes les Mexicaines sont gorditas!)

Pierre et moi nous accordons à dire que les Mexicains sont incroyablement affables, on placote avec tout le monde dans notre espagnol un peu bancal, c’est tout à fait sympathique.

Demains, nous partirons probablement pour Querétaro, petite ville coloniale classée au patrimoine mondial de l’Unesco (comme plusieurs villes ici).

J’essaierai de vous mettre des photos la prochaine fois.

Hasta luego!

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Cuba en vrac

Je ne sais pas si c’est parce que je parle espagnol mieux que dans mes précédents séjours ou si les choses se dégradent vraiment, mais il m’a semblé que les Cubains sont plus désespérés, plus cyniques, plus amers que jamais.
Conversation (en traduction libre) avec X, ingénieur, qui nous emmène à La Havane dans sa voiture, une vieille allemande conservée comme un bijou (si je le nomme, si je donne des détails, si j’en dis plus, il m’a assuré qu’il serait dans la merde jusqu’aux yeux):
LUI: Rien ne fonctionne ici. Tout est un vaste mensonge!
MOI: Mais les écoles? Tous le monde est scolarisé à Cuba, non?
LUI: Tu parles! Mon fils devrait avoir 32 périodes de classe par semaine. Tu sais combien il en a eu la semaine dernière? Trois!
MOI: Mais comment ça?
LUI: Le prof n’était pas là, et il n’y avait pas de remplaçant! Les enseignants préfèrent travailler dans l’hôtellerie. C’est la seule chose qui permet de vivre un peu mieux, et pas parce que c’est plus payant, juste parce que les touristes apportent des cadeaux!
MOI: Et les hôpitaux? On dit qu’aucun Cubain ne paie pour ses soins de santé?
LUI: Il y a des médecins dans les grands centres, oui. Des hôpitaux internationaux équipés à la fine pointe, il y en a quatre ou cinq à Cuba, et très peu de gens y ont accès. Dans les villages, il n’y a que des dispensaires mal équipés, pas de médicaments, rien.
MOI: Mais où va tout l’argent du tourisme, alors?
LUI: Devine…»

Pourquoi les terres ne sont-elles pas cultivées alors que tout pourrait y pousser, pourquoi sert-on dans les hôtels des carottes en conserve venues de Chine dans ce pays si fertile, pourquoi La Havane tombe-t-elle en ruine, pourquoi personne ne peut lancer en paix une petite entreprise, pourquoi Machin ou Chouette ne peut-il pas tout bonnement nous prendre à bord de son auto et nous emmener faire un tour sans craindre la police, pourquoi y a-t-il tant de jeunes Cubains diplômés sans emploi, pourquoi, pourquoi, pourquoi?

L’embargo des États-Unis? Quelle blague! C’est le meilleur prétexte que l’on puisse donner à Fidel pour maintenir son peuple dans cet esclavage absurde. Si on l’abolissait demain matin, on verrait bien que là n’est pas le problème. Le problème, c’est la dictature. Le discours vide. Le mensonge.

Les slogans qui émaillent la seule autoroute du pays, là où nous verrions des pubs de MacDonalds ou de Subways (non que ça me plaise, mais au moins j’ai le droit de dire ouvertement que c’est de la merde), annoncent depuis 50 ans l’avènement d’un temps nouveau qui n’est jamais venu, proclament la gloire d’une révolution en marche alors que ce pays qui aurait tout pour être autosuffisant est exsangue, rendent hommage à la fierté d’un peuple déshonoré parce qu’on le prive de toute initiative et qu’on le réduit à la mendicité.

Je me suis demandé pendant un temps si j’allais revenir dans ce pays qui ne vit que par et pour le tourisme. Mais n’y plus retourner, c’est laisser à l’abandon ces gens si aimables, si fiers malgré tout, si joyeux et si dignes. Alors oui, j’y retournerai.

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Atterrir en catastrophe

Dimanche 6 décembre, 15h15, le pilote nous annonce que nous entreprenons notre descente vers Montréal. Je suis debout depuis 6h30: Oriol m’avait dit qu’il ouvrirait le bar un peu plus tôt pour me faire un dernier café, que j’ai savouré en regardant la mer s’agiter sous un ciel d’acier. Il ventait, ça sentait les embruns, il n’y avait personne que moi. Même moi, étais-je vraiment là?

17h, je suis rentrée depuis un petit quart d’heure, le téléphone sonne. «Fabienne? C’est Richard (mon patron). Est-ce que tu t’en viens bientôt?
– Euh… Où ça?
– Ben, on t’attend au journal.
– C’est une blague?
– Mais non, tu es à l’horaire aujourd’hui, Marie-Hélène est en vacances, on n’a personne d’autre à la correction.
– Tu veux rire?
– Non, non… Tu ne pensais pas travailler aujourd’hui?
– Euh… C’est que je viens de rentrer de vacances, tu te souviens? Je suis chez moi depuis 15 minutes. Je devais reprendre le travail demain seulement.
– Ah? Penses-tu que tu peux me dépanner? Je suis vraiment dans la m…
– Bon. C’est bien parce que c’est toi. Je serai là dans une demi-heure.»

J’ai vidé ma valise sur le plancher du vestibule pour trouver quelques indispensables accessoires, laissé le reste épars et sauté dans ma petite auto pour aller défendre le droit du public à une information exempte de fautes d’orthographe. À quoi bon avoir un afficheur?

Ça m’apprendra.

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Dormir, manger, dormir

Depuis un peu plus de 24 heures que je suis ici, j’ai bien dû en dormir 14. Je dors sur la plage entre les repas, je fais une sieste d’une heure et demie avant le souper et, hier soir, je me suis mise au lit à 22h30 sans demander ni mon reste ni même un autre de ces délicieux cafés espanols qu’Oriol, Juan ou Ramon me sert avec des yeux énamourés comme si j’étais la plus belle femme du monde.
Je suis en tout cas la seule femme seule de tout l’hôtel, fréquenté surtout par des couples anglophones d’un âge certain et par d’autres, francophones, un peu moins décatis. Cela me vaut d’être l’objet de toutes les attentions de Yoel, Roberto ou Rogelio, et je ne m’en plaindrai pas.
L’hôtel ou je me trouve est encore plus au milieu de nulle part que je ne croyais. Quelques hameaux l’entourent, que je n’ai pas encore vus puisque je dors tout le temps, et le village le plus proche est à 14 km ou 30 pesos de taxi, aller-retour.
Mais j’irai d’abord explorer le banc de corail qui fait moutonner la mer juste devant ma chambre. Lionel (employé du club de plongée) m’a proposé de m’y accompagner. Oui, j’ai dit, con mucho gusto: dès que j’aurai assez dormi.
J’ai rencontré un couple de Gatinois fort sympathique, elle, travailleuse sociale, lui arpenteur; nous irons probablement à La Havane ensemble. Le défi: s’y rendre en train, expérience purement cubaine que nous a vivement déconseillée la représentante de Nolitour. «Vous savez, elle a dit, le train, ici, ce n’est pas comme chez vous…» On a répondu en rigolant: «Non, c’est sûrement mieux!»
Bon, cette connexion est aussi lente que tout Cuba, je n’abuserai donc pas des bonnes choses. À 8 pesos l’heure, autant avoir quelque chose a raconter.

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La fin

L’horloge ancienne que m’a léguée mon père marque 10h10, comme dans les vieilles pubs de Timex. Elle ne fonctionne que quand j’en décide ainsi, ce qui est très loin de ma véritable autorité sur le temps.

Je suis de retour à la maison depuis un peu plus de 24 heures. Mon passage à Ciudad Guatemala m’a confirmé ce que je me dis souvent: ne croyez que ce que vous expérimentez. Il n’y a rien de plus à Ciudad Guatemala, du moins le jour (et je serais curieuse de faire l’expérience le soir) que dans les autres capitales de pays dits «en développement»: beaucoup de bruit, de pollution, de gens, d’action; ne vous promenez pas dans les rues désertes en Nike phosphorescents et ne mettez pas votre portefeuille de jeune cadre dynamique dans votre poche de fesse. Le reste, franchement, c’est comme la grippe du cochon: calmons-nous.

Il y a bien plus à craindre des douaniers américains. Quand on arrive à l’entrée de la zone de combat, ils ont une gentille affichette pour vous accueillir: OUR PLEDGE: servir you avec courtoisie and efficiency.

Fuck you, Chose. La matrone de prison qui monte la garde devant le détecteur de métal me traite comme une criminelle ou, au mieux, comme une demeurée (et si j’arrivais du Mexique, elle me traiterait en plus comme une pestiférée pour cause de virus de grippe de machin-chouette): «Enlève tes souliers. TES SOULIERS, j’ai dit! Ta ceinture! Ouais, ton bracelet aussi. Ou c’est que t’as mis ta carte d’embarquement? Il me faut ta carte d’embarquement! BOB!!! Elle l’a laissée dans le bac!
– Comment tu t’appelles ? me demande Bob. HEIN?? (Bob a les yeux collés au plafond parce que je viens de lui dire en très bon français: FABIENNE COUTURIER, et il ne peut franchement pas répéter ça à la matrone, qui commence à perdre patience, comme si elle en avait déjà eu). C’est pas un nom chrétien, ça Feubifjkghpqeiru Coyowrourrruey.

All right, guys, mon passeport va sortir de votre &;*@#*%&a!!; scanner en même temps que mes souliers, ma ceinture et ma petite culotte, vous allez pouvoir vérifier que je suis bien moi-même et arrêter de capoter. Thank you, bonne journée, et si votre pledge est to serve us avec courtoisie, votre face is not au courant.

Là, on prend l’avion, on se dit que le calvaire est fini et NON!!! L’agent(e) de bord est frustré(e) parce qu’il/elle doit s’habiller en femme pour gagner sa vie (ou peut-être parce qu’il/elle regrette son changement de sexe?). Un sourire? Arrête de rêver. «Hein? Une blanket? Quiens, ta F&%#@)&a*Y% couvarte. Bon, quessé qu’a veut, encore? De l’eau? Me niaises-tu? Est-ce que je suis payée pour te donner de l’eau??? Après, je gage que tu vas vouloir aller pisser? ATTACHE TA CEINTURE! »

En tout cas. Je suis rentrée chez moi saine et sauve. Je dois dire que je ne me suis pas tellement ennuyée de Montréal, mais bon. Le cardinal pousse sa chansonnette dans le saule, les feuilles poussent à vue d’œil, j’ai dormi la fenêtre ouverte. C’est le printemps.