Non, ce n’est pas mon avion qui passe le mur du son. C’est le choc du retour à l’hiver, dont j’avais réussi à oublier l’existence.
Dans l’avion, il y avait plein de gens devenus des amis pour la vie, qui ont papoté pendant toutes et chacune des quelque 320 minutes qu’a duré le vol, comparant mérites et déroutes de leurs hôtels respectifs. Celui-ci s’indignait que la madame du Holiday Inn n’ait semblé aucunement impressionnée par la carte Gold User censée lui conférer un statut international de VIP, celle-là se plaignait des algues qu’il y avait dans l’eau (ben oui, Chose, des ALGUES!!! A-t-on idée!!!). Pendant ce temps, à Kaboul…
Il y avait notamment un couple qui semblait tout droit sorti d’un film porno cheap (ou prêts à y entrer), elle avec ses boules surdimensionnées qui menaçaient de jaillir hors de son t-shirt à paillettes, lui avec son bronzage Pantone 659, sa casquette marquée ARUBA plantée à l’envers sur sa calvitie graisseuse et son faux diamant à l’oreille. Il y avait beaucoup de familles, et aussi de jeunes couples dont la peau s’écaillait comme celle d’un serpent en train de muer, même qu’une femme s’appliquait à peler son aimé comme un kiwi en attendant les valises.
Appétissant.
Nous sommes rentrés à Montréal à 23h30, le plan étant de récupérer la voiture de Patrick (le photographe) à La Presse, puis qu’il me raccompagne chez moi. Arrivés là: silence radio. La batterie de la voiture était à plat. Comme nous l’étions aussi, ça ne nous a pas mis de bonne humeur. Mais bon, y a pire. On a croisés ce bon Richard Chartier, qui a obligeamment proposé à Patrick de survolter sa batterie à l’aide des câbles idoines que tout automobiliste québécois devrait toujours avoir avec lui. J’ai décidé de reprendre un taxi plutôt que d’attendre la manoeuvre. Le chauffeur, comme le précédent d’ailleurs, n’a pas daigné lever le petit doigt pour m’aider à mettre mes valises dans le coffre – non plus que pour les en tirer. Y a des valeurs qui se perdent, et des coups de pied au cul itou.
Mais bon. Là, faut que je me mette à l’écriture, je ne sais absolument pas par quel bout je vais prendre l’affaire.
Mais d’abord, un autre vrai bon café qui goûte quelque chose.
Je vous embrasse tous et toutes
(S) Joséphine Baker (c’est parce que je suis vraiment très bronzée, mais je ne danserai pas vêtue d’une jupe de bananes, n’y songez même pas.)
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Aruba
Je vous écris de la terrasse de mon hôtel, d’où, assez fâcheusement, on ne voit aucunement la mer, bien qu’elle soit à trente pas. Mais le vent (constant ici) a exactement la bonne température et, franchement, je serais malvenue de me plaindre. Nous logeons dans le chic Holiday Inn, probablement l’hôtel ,le moins cher de l’île, ce qui explique qu’il soit rempli de Québécois qui veulent se faire des amis. J’essaie de parler français le moins possible. (Est-ce que je suis en train d’être pas fine, moi là?)
Hier, nous avons loué une Jeep et nous avons écumé l’île de long (80 km) en large (10 km). Si l’on pouvait produire de l’éthanol avec des cactus, Aruba serait milliardaire. Au volant de la Jeep, Patrick, le photographe, m’a fait revivre un glorieux épisode de Commando du désert, cette émission mythique de mon enfance (qu’il ne connaissait pas, bien sûr, ce bébé) où des soldats américains traquaient les méchants Fritz dans le Sahara durant la Seconde Guerre mondiale. Une chance que je ne suis pas nerveuse en auto.
On s’est bien amusés et on a vu des paysages complètement surréalistes. Par exemple: une plage digne du Lagon bleu – sable éblouissant, eau turquoise, le topo habituel – avec à quelques kilomètres (deux ou trois, peut-être moins que ça), les cheminées d’une raffinerie de pétrole qui crachent une abominable fumée noire. Trop bizarre.
Je suppose qu’il s’agit de ne pas regarder dans cette direction.
Nous nous nourrissons exclusivement de fish and chips et de tranches de tomates, parce que le soir venu nous sommes trop crevés pour chercher à manger ailleurs qu’au bar de la plage. Nous avons bien essayé hier soir, mais il n’y a rien d’autre aux alentours que des trucs pour touristes tout-inclus: restos italiens, grils, ce genre de chose, où tout est hors de prix et vraisemblablement immangeable. Ayant à cœur notre santé et celle, financière, de notre employeur, nous préférons nous rabattre sur des valeurs sûres.
Il nous donc a été impossible de découvrir la gastronomie arubéenne mais, compte tenu des influences néerlandaises qui sévissent en tout lieu ici, je n’ose former de grands espoirs à cet égard. Il reste nous encore deux jours – ce soir, peut-être, nous armerons-nous de courage et affréterons-nous un taxi pour qu’il nous emmène quelque part. Le taximètre est une notion inconnue à Aruba: le tarif (prohibitif, comme tout ici) est fixé par le chauffeur d’une manière qui paraît complètement aléatoire et qui n’est absolument pas négociable. Et le dimanche, c’est plus cher. Et si vous voulez un reçu, vous avez besoin de vous lever de bonne heure.
Bon, j’ai l’air de cracher dans la soupe, mais pas du tout, je me plais bien et les gens sont adorables, pas compliqués du tout, très gentils et pleins d’humour.
Je vous laisse, je vais me saucer. Et puis je ne veux pas brûler tous mes scoops, quand même.
Il y a un bon Dieu pour les innocents
Figurez-vous que, décalés comme nous l’étions, nous étions convaincus d’avoir un vol pour Paris aujourd’hui lundi. Or, nous nous sommes rendu compte hier à 15h20 que notre avion venait de décoller! Résultat: nous avons dû racheter un billet pour aujourd’hui, ou comment rendre coûteux un vol économique. Mais ç’aurait ou être pire: au moins, il y avait des places.
Alors voilà, nous dormons ce soir à Paris, repartons demain matin pour Roissy et zou! à la maison.
Nous avons passé notre dernière journée à Marrakech à errer dans le souk, pour marchander une dernière paire de babouches, acheter un morceau d’encens, absorber les couleurs du couchant sur les remparts de la ville. Nous nous sommes une fois de plus perdus dans le labyrinthe des venelles qui se ressemblent toutes, avons été tirés de là par un bel ado de 15 ans qui nous a un peu raconté sa vie… Je ne me lasse pas de regarder toute cette jeunesse et cette force de vie — il faudra bien un jour que le pays en fasse quelque chose.
À la fin de la journée, nous avons bu un verre de lait aux amandes et aux dattes sur une terrasse qui domine la place Jamaa el Fna, là où se pressent badauds, touristes, parieurs, diseuses de bonne aventure, charmeurs de serpents et autres vendeurs d’eau qui sont là pour faire plaisir aux touristes. Même si cette place n’est plus, dit-on, ce qu’elle était, elle nous attire comme un aimant. Les sons, les odeurs, l’atmosphère vous happent et ne vous quittent plus.
Je me suis rendu compte en me relisant que je vous ai à peine parlé d’Essaïd et de sa famille, qui nous ont reçus comme de vieux amis et que nous n’oublierons jamais, et très peu aussi de Hassan et de Zoulikha, de même que de tous ceux qui nous ont fait aimer leur pays, ses contrastes et ses différences.
Aïe aïe aïe. Il faudra que j’y revienne… Ou que j’y retourne.
Marrakech
Nous logeons dans un petit gîte familial inconnu au catalogue, caché au fond d’une impasse que même le gamin qui prétendait nous montrer le chemin ne connaissait pas. De temps à autre, il s’arrêtait et demandait à des garçons, qui indiquaient tous en même temps une direction différente. Mais nous avons fini par trouver, et le gamin a lui aussi dédaigné les pièces que nous lui avons offertes en disant qu’elles n’étaient bonnes qu’à acheter des bonbons aux enfants. Moralité: ne jamais sortir sans une bonne provision de pièces de 10 dirhams!
Ce soir, nous avons goûté aux escargots dont semblent se délecter les Marocains. Sur la place Jamaa el Fna, plusieurs stands identiques les proposent à un prix identique et préparés d’identique manière. On choisit donc le vendeur qui a la meilleure tête. Les bêtes sont cuites dans un bouillon épicé, et on les sert à la louchée dans un bol – 5 dirhams le petit, 10 le grand.
Après, nous avons été kidnappés par un des innombrables garçons de l’un des innombrables comptoirs qui offrent tous la même chose (tagines, couscous, brochettes, salades) au même prix. Encore là, on se laisse séduire par le plus rigolo ou le plus habile. Nous n’avons pas été déçus. La bouffe était quelconque, mais le spectacle!
Parlant de spectacle, je ne vous ai rien dit de celui que nous a offert la route de Taroudant à Marrakech. Je crois que je n’ai jamais rien vu de plus beau. Je vous passe le classique couplet sur le car en fin de vie dépourvu d’amortisseurs (si c’est le prix à payer pour qu’il ait des freins, je veux bien). La route en lacets longe des précipices affolants et ne permet pas à deux véhicules de se croiser, si bien que le chauffeur actionne sans cesse son avertisseur dans les virages pour signaler notre présence.
Mais ou sont-ils tous donc?
Parlant d’homme, Pierre vient de s’asseoir à côté de moi et me raconte les nouvelles de Montréal pendant que je vous écris (il va me rendre folle).
Essaïd et Khadija
De Tineghir à Ouarzazate
Désert
Maroc!
La fin
Je regarde mes photos et je me pince: je suis vraiment allée là-bas, moi? Pendant un mois?