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Adios Mérida

Finalement, j’en aurai fait le tour assez vite.

C’est une ville calme, sage, facile à vivre et à comprendre, un peu désincarnée, même. Les musées qu’on y trouve se visitent en quelques minutes – sauf peut-être cette petite expo temporaire d’une dizaine d’oeuvres sculptées dans du bois de figuier, à la Casa Montejo, qui m’a complètement fascinée. Les sites des musées semblent tous hors service, et je n’ai pas eu l’intelligence de prendre des notes, alors on essaiera plus tard de trouver les noms des auteurs de ces oeuvres (je sais que c’est un couple, c’est tout).

J’ai fait aujourd’hui ce que je considère comme un devoir quand j’arrive dans une ville, parce que c’est quand même toujours instructif: un tour en bus à impériale ou non, ou en bateau quand ça existe, bref, un tour de ville.

En l’occurrence, ça m’a démontré que j’avais parcouru à pied l’essentiel de ce qu’il y a à voir à Mérida. Le reste est à vivre: les marchés de quartier, les bouibouis presque clandestins où l’on mange essentiellement la même chose que dans les restos chics mais pour 10 fois moins cher, le quartier du terminus d’autocars, qui grouille de vie et de petits stands où l’on trouve de tout.

Je suis allée manger hier soir au Gran Santiago, un bar-resto non loin de mon logement, dans un quartier quand même un peu excentré. Ben maudit, j’ai passé la soirée à parler anglais avec ma voisine de bar, d’origine portoricaine mais qui vit à New York depuis des décennies et qui ne parle plus espagnol. ¡Qué pena!

Bon, la soirée, c’est beaucoup dire, je n’ai pas veillé tard. J’étais agotada (épuisée) pour m’être levée aux aurores (en espagnol, on dit madrugar, j’adore qu’il y ait un verbe juste pour ça) afin de visiter les ruines d’Uxmal et deux cenotes. Je dois être blasée, mais je ne garderai pas de cela un souvenir impérissable (d’où ces photos fort peu inspirées), mis à part Alya, une jeune Tunisienne qui participait à l’excursion et avec qui je me suis vraiment bien entendue.

Je pars donc demain pour Celestún, où j’entends m’incruster pendant une dizaine de jours dans un hébergement familial qui me semble tout à fait sympathique et dont les hôtes ne parlent qu’espagnol, gracias a Díos. Je ne bronzerai donc pas complètement idiot (oui, au masculin, parce que «idiot» est ici considéré comme un adverbe, vous me remercierez plus tard).

En attendant, je niaise au bord de la piscine de mon petit hôtel en éclusant une couple de Modelos Negras. Y a pire.

Quelques constats

– Les Mexicains sont toujours d’une telle gentillesse que, quand on tombe sur un air bête, on se trouve tout déstabilisé. Ainsi cette dame à la boulangerie, hier soir, qui m’a traitée comme un chien de ruelle alors que je voulais juste savoir s’il y avait du pan salado (c’est-à-dire pas sucré). Y en avait pas.

Je suis sortie de là en ruminant ma revanche. Durant les 20 minutes de marche qui me séparaient de mon hôtel, j’ai mis au point la phrase qui tue, que je ne manquerai pas de dégainer comme un sabre la prochaine fois: «¿Señora, está usted de buen humor? Si es, su cara no lo sabe.» (Traduction libre de: «Madame, êtes-vous de bonne humeur? Parce que, si oui, votre face n’est pas au courant.»)

– J’ignore comment le pays se débrouille dans la gestion des déchets, mais avec 132 millions d’habitants et zéro plan, ça ne peut qu’aller mal: pas de recyclage, ni de récupération, ni de compostage ici. Le plastique est roi partout (les pailles t’arrivent même dans une enveloppe individuelle de plastique, laquelle va nécessairement s’envoler dans la nature au premier souffle de vent). Les deux canettes de bière que je viens d’acheter, 100% aluminium (c’est écrit dessus, avec aussi des mises en garde sur les dangers de l’alcool), ces canettes, donc, iront directement à la poubelle. Ça fait mal au coeur.

– Je plains les végétariens qui espèrent s’alimenter à leur goût sans le secours des restos pour touristes ou hors hôtels tout-inclus: les Mexicains sont des carnivores assumés, et je dois reconnaître que quand on tombe sur un taco de lechón (cochon de lait) bien fait, il y a de quoi se réjouir. C’est d’ailleurs ce que je m’en vais déguster pas plus tard que dès maintenant, au petit marché du Parque Santiago, à quelques cuadras d’ici. Bonus: c’est le soir de la fiesta dans ce parc, danse et musique au programme, como de costumbre.

¡Hasta luego!

DERNIÈRE HEURE: J’avais tout faux, la fiesta était au parque Santa Lucia, bien trop loin de chez moi. J’ai quand même très bien mangé dans un vrai resto, le Johannes. L’aimable Damian m’a servi un excellent plat de poisson grillé accompagné d’une réjouissante abondance de petits légumes sautés au beurre et de deux verres de vin blanc (du VIN! Rarissime au Mexique), le tout pour 42$, pourboire compris.

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Une mise au point

Certains lecteurs se sont offusqués des propos que j’ai tenus au sujet des touristes chinois dans mon dernier billet. Je suis sincèrement désolée si ce que j’ai écrit a paru outrancier. Ceux qui me lisent avec régularité auront sûrement remarqué que, si je ne cultive aucun préjugé, je ne suis pas non plus particulièrement férue de rectitude politique. J’aime bien me moquer tant de mes travers que de ceux de mes frères et soeurs humains, d’où qu’ils viennent, et j’adore exagérer.

Il me semble par ailleurs que ce n’est pas être raciste que de reconnaître les conséquences du tourisme chinois, qui connaît une expansion sans précédent, à tel point que de plus en plus de chercheurs sérieux l’étudient. Il suffit de googler «comportement touriste chinois» pour s’en rendre compte.

On peut dire que les touristes chinois d’aujourd’hui sont l’équivalent de ce qu’étaient les Allemands il y a 30 ou 40 ans. À l’époque, les Allemands avaient (très) mauvaise réputation parce qu’ils n’avaient pas l’habitude de voyager et n’avaient pas appris à adapter leur comportement aux us et coutumes des pays qu’ils visitaient. C’est un fait, c’est tout.

La principale différence, c’est que la Chine compte 1,4 milliard d’habitants. En 2020, le nombre de Chinois titulaires d’un passeport aura doublé par rapport à ce qu’il était en 2018. Cela se traduit forcément en millions de personnes de plus dans les principaux circuits touristiques, et particulièrement au Maroc, l’un des premiers pays récepteurs de ces nouveaux voyageurs. Ce n’est pas négligeable, et ça explique la réaction de Fatima, que je n’ai pas inventée. Voici un article intéressant à ce sujet: http://french.peopledaily.com.cn/Tourisme/n3/2018/0930/c31361-9505373.html

Je vous conterai demain ma rencontre avec Hassan, ce sera bien plus rigolo (et plein de clichés sur les Marocains).

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À Chefchaouen

Croyez tout ce que vous lirez au sujet de Chefchaouen: c’est probablement la plus jolie ville du Maroc, ce qui n’est pas peu dire. Évidemment, ceci expliquant cela, elle est infestée de touristes et minée par les conséquences que l’on imagine.

Je me sens toujours un peu malvenue de déplorer les effets du tourisme de masse puisque, dans une certaine mesure, on peut dire que je contribue à la chose. Mais le phénomène devient vraiment calamiteux, et, je regrette d’avoir à le dire, c’est en bonne partie à cause des Chinois. Au Maroc en particulier, les autocars les déversent à pleines charretées dans les rues des villes; ils se répandent comme des sauterelles, prennent des zillions de photos n’importe où comme des malotrus, mangent invariablement au seul restaurant chinois du coin et repartent sans avoir dépensé un dirham. Tout ce qu’ils laissent aux «locaux», c’est l’impression d’avoir connu l’une des sept plaies d’Égypte. Une pour chaque jour de la semaine.

Parce que le lendemain, ça recommence.

D’ailleurs, Fatima, la maman du proprio de la maison où je loge, m’a bien fait rigoler quand elle m’a expliqué ça avec ses 10 mots de français. Son expression dégoûtée valait tout le vocabulaire du Petit Larousse.

Fatima est chargée des soins de la maison et de ses locataires. Elle m’a accueillie avec sa gentillesse toute marocaine et l’incontournable thé à la menthe, qu’elle a pris le temps de boire avec moi. C’est comme ça que nous avons pu papoter gentiment entre femmes. Elle a 65 ans, elle a sept enfants (cinq garçons, deux filles) qu’elle a élevés seule parce que son mari est mort d’un cancer du cerveau à 35 ans. Elle était alors enceinte de son dernier, Mehdi, le proprio de la maison, justement, qui vit à Melbourne avec Julie, une Australienne d’origine chinoise. Là encore, sa façon d’expliquer comment la Julie a mis le grappin sur son Mehdi valait de l’or.

Ça fait que Fatima ne s’est jamais remariée. Ça aurait voulu dire avoir d’autres enfants, et, pour elle, c’était hors de question («Non non non! Fini-fini!»).

Je lui ai raconté mon petit bout d’histoire au fil de ses questions («et le papa? Fini-fini? Travail? Fini-fini?»). Nous nous sommes montré des photos de nos enfants, elle a trouvé que Jules me ressemble, bref, nous avons bien rigolé.

Pas mal, comme conversation, pour deux femmes qui ne parlent pas la même langue, non?

Fatima, en train de servir le thé de bienvenue.
Mon petit salom

Encore une histoire de taxi

Parlant de langue, j’ai eu ce matin un imbroglio digne d’une comédie burlesque avec un chauffeur de taxi. On dirait que c’est mon destin.

Pour me rendre de Tanger à Chefchaouen, j’avais réservé un billet de bus de la compagnie CTM, qui couvre la distance en trois heures et en tout confort pour la modique somme de 50 dirhams (environ 7,50$).

La fille de mes logeurs m’ayant expliqué que les entreprises de transport avaient toutes été regroupées dans la nouvelle gare routière, construite à grands frais complètement en dehors de la ville, j’ai hélé un taxi au hasard pour m’y rendre.

Roule pis roule, à un moment donné, un affreux doute s’est emparé de moi. J’ai consulté de nouveau mon billet de bus, puis Google Maps, pour me rendre compte que l’adresse de la gare de départ se situait dans la direction complètement opposée à celle qu’avait prise mon chauffeur, que j’appellerai Mohammed sans trop risquer de me tromper (mais c’était peut-être aussi Ali).

J’ai demandé à Mohammed (ou Ali) de s’arrêter et je lui ai montré l’adresse sur mon téléphone. Mais je crois qu’il ne savait pas lire. Il répondait à mes questions dans un mélange d’espagnol, de français et d’arabe absolument indéchiffrable. J’ai fini par décider de lui faire confiance – après tout, j’étais partie avec beaucoup d’avance, j’aurais toujours le temps de me rendre ailleurs au besoin. Nous avons fini par arriver à cette invraisemblable gare routière toute neuve construite au milieu de nulle part, qui s’élève comme un ridicule et orgueilleux palais de ciment blanc dans ce qui était la campagne il n’y a encore pas si longtemps.

Mohammed (ou Ali) a accepté de m’attendre, le temps que j’aille vérifier si mon bus partait bien de là.

Pantoute, mes amis.

Quand je suis revenue, la mine dépitée et pas trop contente, il a protesté: «Ti me dis gare ritière, ji t’amène gare ritière!» J’ai fait amende honorable – en effet, j’avais dit «gare routière». J’en ai été quitte pour le double du prix de la course (puisqu’il a fait le double de la course) et pour un tour de conduite sportive dans la lointaine périphérie de Tanger.

Ça m’apprendra à lire mes billets de bus comme du monde.

Je vous laisse sur les premières photos de Chefchaouen la Bleue. Profitez-en, on annonce trois jours de pluie (zut), je ne pense pas pouvoir faire mieux. B’slama!