Mon ami Antonio

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Vous savez, ce cocktail de l’ambassade où je ne voulais pas aller? Où je devais présenter mon mandat à l’aimable assistance et expliquer le comment du pourquoi? Bien sûr, vêtue de ma plus belle robe, j’y suis allée. Je n’avais rien préparé pour ma présentation, pas de Power Point ni de photos ni rien, d’une part parce qu’on m’avait dit que ce ne serait pas possible pour des raisons de sécurité, et, d’autre part, parce que je suis une immense paresseuse et que franchement ça faisait mon affaire de paresseuse.

Ça fait que j’ai expliqué à tout ce beau monde ce que je suis censée faire ici comme je l’aurais expliqué à des amis, ni plus, ni moins.

Paraît que j’avais un accent du Saguenay à couper au couteau mais que j’ai bien fait ça.

J’imagine que, à mesure qu’on prend de l’âge, ces choses-là deviennent vraiment accessoires.

En tout cas.

Après ce cocktail où tout le monde s’est plus ou moins ennuyé (chose absolument normale et presque obligatoire dans ce genre d’événement), nous sommes allés envahir une terrasse de la rue Berlin, la rue des bars dans ce coin de Lima. Je dis «nous», ça veut dire, essentiellement, des Québécois, jeunes et moins jeunes, dont une belle gang de Québec sans frontières. Antonio était leur accompagnateur. Les jeunes et moi, et plus tard avec Antonio, on a placoté en masse et longtemps, tout ça a été hautement et éminemment sympathique et agréable.

Antonio est né en Espagne. Il vit au Québec depuis 30 ans. Quand il parle français, il sacre comme vous et moi, câlice de tabarnak pis toute. Quand il me parle en espagnol, je me sens comme une championne parce que je comprends TOUT ce qu’il me dit, et parce qu’il me dit que je parle un excellent espagnol.

UN EXCELLENT ESPAGNOL!

Mon ami Antonio vient de partir pour Lima. On a passé la fin de semaine ensemble, à parler de tout et de rien (EN ESPAGNOL!), à marcher dans la montagne, à être attentifs à tout ce qui nous entourait: les couleurs, les sons, les parfums… Son émerveillement devant la beauté de Caraz et de ses habitants (surtout des habitantes, en fait) m’a rappelé à quel point j’ai de la chance de vivre ici.

Alors que nous marchions dans la montagne, vers un village bien trop lointain pour que nous puissions raisonnablement l’atteindre compte tenu de l’heure à laquelle nous étions partis, nous nous sommes arrêtés un moment. Il y avait une chapelle, un abri contre le soleil, quelque chose de paisible et de doux. Tout à coup, une dame invisible sous les frondaisons, qui nous avait entendus, s’est adressée à nous. Nous lui avons dit que nous étions de simples passants et que nous ne voulions pas la déranger. Elle nous a invités à manger avec les ouvriers de sa ferme, en toute simplicité.

Un moment de grâce.

Elle s’appelle Suzana, elle a une âme irrésistible, c’est sûr que nous allons nous revoir elle et moi. Mais si Antonio n’avait pas été là, je ne serais jamais allée là-bas, je ne l’aurais jamais connue.

Ce soir, avant de partir, Antonio a cuisiné deux omelettes espagnoles à se rouler par terre, l’une aux pommes de terre, l’autre à l’oignon.

On a mangé ça en parlant de l’infini et des mystères qui nous entourent.

Hé. Si tu restes dans ton salon, tu vivras jamais ça.

3 réflexions sur “Mon ami Antonio

  1. Bien vrai, l’immobilisme ne provoque pas les rencontres et les découvertes. Cependant, je crois que c’est surtout l’attitude et une disposition d’esprit qui déclenche tout. En voyage l’esprit s’ouvre naturellement et facilement, les conditions sont favorables aux expériences de vie.

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