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Dans le port d’Amsterdam…

Dans le port d’Amsterdam
Y a des marins qui chantent
Les rêves qui les hantent
Au large d’Amsterdam
Dans le port d’Amsterdam………………

 
Aha! Voilà, ça y est, je vous ai enfoncé cette chanson jusqu’au fin fond du cervelet, d’où elle ne ressortira que lorsque moi-même serai revenue du périple qui doit me mener là-bas. Je ne pars que le 8 mars, vous avez le temps de souffrir et moi aussi, à me tourner les pouces comme ça entre-temps. Enfin. 
 
J’irai bien sûr visiter la maison d’Anne Frank, et j’espère qu’on ne nous fera pas un jour le coup que Micha Defonseca vient d’avouer qu’elle avait fait avec son livre Survivre avec les loups (dont j’avais fait la recension pour le cahier Lectures de votre journal préféré). Elle avait soutenu que cette histoire était autobiographique. Or, elle a tout inventé. Mais quand on dit tout: elle n’est seulement pas juive! Enfin, ça faisait tout de même une bonne histoire, je me demande pourquoi elle s’est crue obligée de dire que tout était vrai.
 
C’est son éditeur qui doit être content. 
 
Bref. J’irai aussi à Edam, ville du fromage éponyme, et faire semblant de croire qu’il y a vraiment des Hollandais qui portent toujours des sabots à Volendam. 
 
Après la Hollande, ses tulipes, ses sabots et ses moulins à vent, je prendrai le train jusqu’à Gand, en Belgique, puis j’irai à Bruges (Brel a sûrement écrit quelque chose sur Bruges, non? Je vais trouver, vous ne perdez rien pour attendre). 
 
Voilà. Les moules et les frites n’ont qu’à bien se tenir.

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Au pays des castors

Me voici en plein coeur de la forêt laurentienne, où je suis censée traquer le Français assoiffé de grands espaces et recueillir ses impressions. Je reconnais que, à la suite du voyage quasi initiatique que je viens de faire jusqu’aux tréfonds de mes racines dans la Normandie profonde, le contraste est plutôt fort et l’ironie, assez piquante. 

Remarquez, je n’aurai pas loin à marcher, car j’aime autant vous le dire, et je compte en alerter la population: nous sommes INFESTÉS de Français à la recherche d’authenticité!

Donc, au programme demain: randonnée en traîneau à chiens, puis retour aux sombres jours de mon enfance pour une promenade en motoneige. J’ose espérer qu’Armand, mon collègue photographe, aura pour ma pauvre personne plus d’égards que n’en avait feu notre père. Il était fort aimant, certes, mais néanmoins quelque peu emporté. Ainsi lui arrivait-il régulièrement de nous semer en route sans s’en apercevoir, tout occupé qu’il était à maîtriser son rutilant Sno-Jet et à caracoler dans les sentiers cahoteux de la forêt derrière chez nous, où s’élèvent désormais des séries de manoirs californiens en placoplâtre posés sur des mouchoirs de poche gazonnés.

Les temps changent, que voulez-vous.

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La classe

Chers et estimés,

Je suis rentrée en classe affaires, oui messieurs-dames, et j’aime autant vous dire qu’Air France ne niaise pas avec ces choses-là. Et que je te déplie une petite nappe blanche sur ta petite table, et que je te pose là-dessus un petit plateau lui-même nappé de blanc, avec encore une serviette blanche qui enveloppe deux fois trop de couverts en bon et bel acier, à croire que les terroristes susceptibles de commettre un attentat au couteau de table ne pourraient songer à débourser le malheureux supplément qu’il faut pour avoir le droit de manger comme des personnes civilisées en avion et d’égorger ensuite le pilote, le copilote et tous les agents de bord. 


Remarquez, c’est bien agréable de faire dînette comme ça, mais un peu moins de tissu blanc ne changerait rien à l’affaire. Trop de chichis, c’est comme pas assez.

Aussi galonné que des membres de l’amirauté, le personnel traite les passagers de ce côté-ci du rideau comme de grands convalescents. Vous me direz, c’est pareil en classe écono. Ah mais pas du tout. En classe écono, on nous traite comme des déficients légers. Pourtant, s’il y a une chose qui devrait être inversée, c’est bien celle-là.

À l’aéroport, nous sommes arrivés en même temps que deux ou trois fournées de joyeux naufragés de retour de Punta Cana ou de je ne sais quel bord de mer. Des beaufs en marcel et bermuda avec leur dame boudinée dans une minijupe de jean, le chapeau de palme tressée attaché à la poussette, des valises absurdement énormes, ça s’interpelle, ça pleure au contrôle de la douane parce que ça n’a pas rempli son formulaire ou parce que ça rapporte une bouteille de rhum de trop, tout ce beau monde est toasté comme un paquet de biscottes, ils sont contents d’être heureux et on est heureux pour eux, mais contents de ne pas être eux, quand même.

Bon, encore des commentaires subjectifs, ma boss n’aimerait pas ça.

Voilà, j’ai donc retrouvé mes deux fauves affamés qui m’ont ronronné dans les oreilles toute la nuit, mes six oreillers, mes insomnies et mon angoisse de l’écran vide. J’en suis déjà à mon second café, je n’aurai bientôt plus d’excuse, faudra que je m’y mette.

Mais pas avant d’avoir lu mon journal. 

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Capitale du boudin

Chers amis gastronomes (et les autres aussi),

Je me trouve en ce moment à Mortagne-au-Perche, où dit-on le boudin noir est le meilleur de France. Bien sûr, on m’objectera qu’il y a peu de raisons de disputer ce titre à un bled de 4500 habitants, à peu près comme on se soucie fort peu de chicaner au sujet de la suprématie de Louiseville en matière de galettes de sarrasin. Mais on se valorise avec ce qu’on a, et je dois reconnaître que, malgré mon peu d’appétit et la nausée qui me poursuit, je n’ai pu ce soir résister au croustillant de boudin, spécialité de l’hôtel du Tribunal, où nous logeons et où, comme de juste, j’ai hérité de la chambre de la princesse.

J’avais pris mes dispositions pour passer deux jours à Paris au lieu de rentrer dès demain, mais je crains de ne pouvoir résister à l’appel constant de la bonne chère en ce doux pays et de revenir sous perfusion. Alors en fin de compte, je reprends l’avion demain avec deux Gravol et le reste de mes compagnons de voyage.

Nous avons aujourd’hui écumé la région du Perche, où sans doute le mot bucolique a été inventé. Je souffre de vivre dans un pays où l’on s’est appliqué à saccager la moindre parcelle de beauté quand je vois ces maisons si bien fondues au paysage (ou est-ce l’inverse?). Imaginez la Côte-du-Sud sans ces absurdes bungalows californiens, Rivière-du-Loup sans le centre commercial au bord du fleuve, La Malbaie sans l’autoroute… 

Enfin. On pourrait épiloguer longtemps là-dessus mais, comme on dit, le mal est fait. Et il fait mal.

Ça fait que je m’en vais faire dodo dans ma chambre de princesse et essayer de digérer mon fort peu princier boudin, dans l’espoir qu’il me restera assez d’énergie demain matin pour explorer un peu Mortagne, toute vieille petite commune repliée dans sa vallée.

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Je n’ai pas vu Honfleur

La nuit dernière, je me suis réveillée vers trois heures avec un petit mal de coeur qui ne laissait rien présager de bon. Ah, me suis-je gourmandée, tu auras trop mangé. Vous savez ce que c’est. Des huîtres, ah, mais ça se mange sans faim, et puis elles sont si délicieuses, ici! Ce petit sorbet au calvados ne saurait me faire de tort avant mon plat de poulet fermier… Du camembert, mais comment donc, et puis du pont-l’évêque aussi, pourquoi pas? On n’est pas tous les jours en Normandie… Du dessert? Non, merci, je ne mange jamais de… Ah, mais une tarte fine aux pommes et à la crème fraîche, évidemment, ça ne se refuse pas…

Bref, à l’aube, j’ai vomi tripes et boyaux, et plutôt deux fois qu’une, même que j’ai bien cru y laisser aussi mon dernier souffle.

J’ai d’abord soupçonné Jean-Maurice, mon collègue du Journal de Montréal, d’avoir mis quelque chose dans mon café, histoire de neutraliser une concurrence trop dérangeante, mais il jure que non.  Il faut dire que l’une des accompagnatrices du voyage a subi le même sort que moi, alors ça affaiblit un peu l’hypothèse, encore qu’il aurait pu l’empoisonner aussi pour brouiller les pistes. Si personne d’autre ne se montre atteint d’ici à la fin du voyage, les huîtres auront des explications à donner. L’enquête se poursuit.

En attendant, pendant que mes camarades allaient visiter la très jolie ville de Honfleur, je suis restée à agoniser dans ma petite chambre, d’où l’on est venu me tirer à 14h, direction Lisieux. Non, ce n’était pas pour implorer sainte Thérèse de me remettre sur pied, mais pour voir la basilique. J’ai tout de même failli allumer un lampion, mais je me suis dit que Thérèse me rirait au nez, moi la mécréante et la pécheresse. Bon c’est vrai, elle a tout de même guéri Édith Piaf de sa cécité, mais je ne me sentais pas la force d’argumenter.

Ce soir ça allait un peu mieux, grâce à des médicaments que nous a conseillés un pharmacien très gentil, qui nous les a même servis avec un verre d’eau. Disons que ce n’est pas le genre de comptoir auquel je comptais m’attabler, mais les voyages sont remplis d’aléas. 

Nous dormons dans un hôtel au tenace parfum de renfermé, au bord d’une autoroute où il y a aussi un supermégahypermarché et je ne sais trop quoi d’autre. C’est une halte qui nous permet d’être plus près de notre destination de demain, un monument qui souligne la dernière bataille de la campagne de Normandie en 1944 ou 45. J’aurai une pensée pour mon vieux papa, comme vous vous en doutez bien.

Ce soir, nous avons soupé à la salle à manger de l’hôtel, je me suis contentée d’un bol de potage, d’une frite ou deux grappillées dans l’assiette d’un commensal et de quelques bouchées de riz au lait, repas pantagruélique couronné d’une petite infusion menthe-réglisse que je suis venue écluser dans ma chambre. Mais savez-vous, je suis quand même contente: au vu des assiettes de mes compagnons, je n’ai rien raté.

Bon, allez, je me recouche. Je vais réfléchir à une manière de retrouner voir Honfleur, que je rêvais de visiter par-dessus tout. 

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J’irai revoir ma Normandiiiiiie

Sitôt rentrée de mes folles pérégrinations à Aruba au milieu des cactus, des ânes sauvages et des iguanes mangeurs d’hommes, je me suis immergée dans un marathon d’écriture dont je ne sors qu’à peine. 

Mon bronzage pâlit déjà, et ce n’est pas en Normandie que je vais pouvoir le raviver. Eh oui. J’irai revoir… (air connu, et j’entends d’ici mes collègues du pupitre se lamenter de ne pouvoir entendre ma profonde voix d’alto leur susurrer cet air impérissable. Ce sera pour la prochaine fois.)
 
À défaut d’entretenir mon cancer de la peau, je m’en vais donc préparer ma cirrhose au pays du calvados. Nous irons à Honfleur, à Rouen, à Lisieux, voir la terre bénie d’où nos vaillants ancêtres, ne sachant sans doute point ce qui les attendait, ont quitté la douce France pour venir manger de la misère et attraper le scorbut en Amérique. 
 
Ce voyage aura une saveur généalogique; je suis censée partir à la recherche de mes racines. Le hic, c’est que le premier Couturier arrivé au Québec, André de son prénom, est parti de Franche-Comté. Et pour tout vous dire, je m’en soucie autant que de ma première paire de bottines. Mais si vous avez une mission à me confier, je suis preneuse.
 
La Normandie, en fait, m’intéresse bien plus parce que feu mon vieux papa y a fait le débarquement en 44. Mon ami Jean (coucou, Jean!) m’a emmenée l’an dernier en faire la tournée. À Arromanches, j’ai appelé papa: Allô, papa? J’y suis, il y a encore le pont flottant là devant, je le vois pendant que je te parle.
 
Il a voulu savoir s’il y avait encore des traces des batailles (oui), si les bunkers allemands étaient toujours là (re-oui), s’est émerveillé de ce que je semblais l’appeler de la maison d’à côté (papa criait toujours au téléphone comme si on était encore en 1930), m’a parlé de la bataille de Caen (où je ne suis pas allée, et où hélas je n’irai pas cette fois non plus). Il était ému et content que je l’appelle.
 
C’est mon meilleur souvenir de la Normandie. 
 
Ça et les huîtres. Charnues, fines, soyeuses, rien à voir avec celle qu’on a ici. Eh. C’est la France. En fait, je pense que j’en veux un peu à cet imbécile de Colbert, sans qui on aurait pu vivre une vie peinarde là-bas à manger du camembert et à boire du calva. Mais bon, c’était il y a longtemps, alors peut-être que je vais profiter de ce voyage, en fin de compte, pour me réconcilier avec lui (et pour manger quelques huîtres).
 
D’ici là, il me reste évidemment quelques équations à résoudre, comme: combien de paires de chaussures réussirai-je cette fois à faire entrer dans ma valise? Mon record est de cinq, mais il est vrai que, dans le Sud, on n’a besoin que d’un mouchoir pour s’habiller. Et de quelques mouchoirs de rechange, bien sûr.
 
Remarquez, je suis en train de devenir experte: chacun s’émerveille de l’apparente sobriété de mon bagage, une petite valise que je peux emporter en cabine. Mais nul ne se doute des trésors d’ingéniosité que je déploie pour y faire tenir toutes ces chaussures, quatre ou cinq bouquins (comme si j’allais avoir l’énergie de lire) et une quantité affolante de petites bouteilles de 100 ml remplies de ces liquides maudits, dûment et hermétiquement scellées dans un Ziploc réglementaire, que mon plus gentil sourire contrit réussit toujours à faire accepter aux préposés à la sécurité. Sauf quand c’est une femme, bien sûr.
 
Voilà, sur ces questions capitales, je vous embrasse, je tâcherai de vous écrire de là-bas, entre une réception avec le directeur de l’office du tourisme de X et une visite des archives de Y.
 
D’ici là, ne ratez pas notre palpitant reportage sur la route des Keys, à paraître samedi dans votre journal préféré. 

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BANG!

Non, ce n’est pas mon avion qui passe le mur du son. C’est le choc du retour à l’hiver, dont j’avais réussi à oublier l’existence. 

Dans l’avion, il y avait plein de gens devenus des amis pour la vie, qui ont papoté pendant toutes et chacune des quelque 320 minutes qu’a duré le vol, comparant mérites et déroutes de leurs hôtels respectifs. Celui-ci s’indignait que la madame du Holiday Inn n’ait semblé aucunement impressionnée par la carte Gold User censée lui conférer un statut international de VIP, celle-là se plaignait des algues qu’il y avait dans l’eau (ben oui, Chose, des ALGUES!!! A-t-on idée!!!). Pendant ce temps, à Kaboul…

Il y avait notamment un couple qui semblait tout droit sorti d’un film porno cheap (ou prêts à y entrer), elle avec ses boules surdimensionnées qui menaçaient de jaillir hors de son t-shirt à paillettes, lui avec son bronzage Pantone 659, sa casquette marquée ARUBA plantée à l’envers sur sa calvitie graisseuse et son faux diamant à l’oreille. Il y avait beaucoup de familles, et aussi de jeunes couples dont la peau s’écaillait comme celle d’un serpent en train de muer, même qu’une femme s’appliquait à peler son aimé comme un kiwi en attendant les valises.

Appétissant.

Nous sommes rentrés à Montréal à 23h30, le plan étant de récupérer la voiture de Patrick (le photographe) à La Presse, puis qu’il me raccompagne chez moi. Arrivés là: silence radio. La batterie de la voiture était à plat. Comme nous l’étions aussi, ça ne nous a pas mis de bonne humeur. Mais bon, y a pire. On a croisés ce bon Richard Chartier, qui a obligeamment proposé à Patrick de survolter sa batterie à l’aide des câbles idoines que tout automobiliste québécois devrait toujours avoir avec lui. J’ai décidé de reprendre un taxi plutôt que d’attendre la manoeuvre. Le chauffeur, comme le précédent d’ailleurs, n’a pas daigné lever le petit doigt pour m’aider à mettre mes valises dans le coffre – non plus que pour les en tirer. Y a des valeurs qui se perdent, et des coups de pied au cul itou.

Mais bon. Là, faut que je me mette à l’écriture, je ne sais absolument pas par quel bout je vais prendre l’affaire. 

Mais d’abord, un autre vrai bon café qui goûte quelque chose.

Je vous embrasse tous et toutes

(S) Joséphine Baker (c’est parce que je suis vraiment très bronzée,
 mais je ne danserai pas vêtue d’une jupe de bananes, n’y songez même pas.)

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Aruba

Je vous écris de la terrasse de mon hôtel, d’où, assez fâcheusement, on ne voit aucunement la mer, bien qu’elle soit à trente pas. Mais le vent (constant ici) a exactement la bonne température et, franchement, je serais malvenue de me plaindre. Nous logeons dans le chic Holiday Inn, probablement l’hôtel ,le moins cher de l’île, ce qui explique qu’il soit rempli de Québécois qui veulent se faire des amis. J’essaie de parler français le moins possible. (Est-ce que je suis en train d’être pas fine, moi là?)
 
Hier, nous avons loué une Jeep et nous avons écumé l’île de long (80 km) en large (10 km). Si l’on pouvait produire de l’éthanol avec des cactus, Aruba serait milliardaire. Au volant de la Jeep, Patrick, le photographe, m’a fait revivre un glorieux épisode de Commando du désert, cette émission mythique de mon enfance (qu’il ne connaissait pas, bien sûr, ce bébé) où des soldats américains traquaient les méchants Fritz dans le Sahara durant la Seconde Guerre mondiale. Une chance que je ne suis pas nerveuse en auto. 
 
On s’est bien amusés et on a vu des paysages complètement surréalistes. Par exemple: une plage digne du Lagon bleu – sable éblouissant, eau turquoisele topo habituel – avec à quelques kilomètres (deux ou trois, peut-être moins que ça), les cheminées d’une raffinerie de pétrole qui crachent une abominable fumée noire. Trop bizarre.
 
Je suppose qu’il s’agit de ne pas regarder dans cette direction.
 
Nous nous nourrissons exclusivement de fish and chips et de tranches de tomates, parce que le soir venu nous sommes trop crevés pour chercher à manger ailleurs qu’au bar de la plage. Nous avons bien essayé hier soir, mais il n’y a rien d’autre aux alentours que des trucs pour touristes tout-inclus: restos italiens, grils, ce genre de chose, où tout est hors de prix et vraisemblablement immangeable. Ayant à cœur notre santé et celle, financière, de notre employeur, nous préférons nous rabattre sur des valeurs sûres.
 
Il nous donc a été impossible de découvrir la gastronomie arubéenne mais, compte tenu des influences néerlandaises qui sévissent en tout lieu ici, je n’ose former de grands espoirs à cet égard. Il reste nous encore deux jours – ce soir, peut-être, nous armerons-nous de courage et affréterons-nous un taxi pour qu’il nous emmène quelque part. Le taximètre est une notion inconnue à Aruba: le tarif (prohibitif, comme tout ici) est fixé par le chauffeur d’une manière qui paraît complètement aléatoire et qui n’est absolument pas négociable. Et le dimanche, c’est plus cher. Et si vous voulez un reçu, vous avez besoin de vous lever de bonne heure.
 
Bon, j’ai l’air de cracher dans la soupe, mais pas du tout, je me plais bien et les gens sont adorables, pas compliqués du tout, très gentils et pleins d’humour.
 
Je vous laisse, je vais me saucer. Et puis je ne veux pas brûler tous mes scoops, quand même.

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Il y a un bon Dieu pour les innocents

Figurez-vous que, décalés comme nous l’étions, nous étions convaincus d’avoir un vol pour Paris aujourd’hui lundi. Or, nous nous sommes rendu compte hier à 15h20 que notre avion venait de décoller! Résultat: nous avons dû racheter un billet pour aujourd’hui, ou comment rendre coûteux un vol économique. Mais ç’aurait ou être pire: au moins, il y avait des places.

Alors voilà, nous dormons ce soir à Paris, repartons demain matin pour Roissy et zou! à la maison.

Nous avons passé notre dernière journée à Marrakech à errer dans le souk, pour marchander une dernière paire de babouches, acheter un morceau d’encens, absorber les couleurs du couchant sur les remparts de la ville. Nous nous sommes une fois de plus perdus dans le labyrinthe des venelles qui se ressemblent toutes, avons été tirés de là par un bel ado de 15 ans qui nous a un peu raconté sa vie… Je ne me lasse pas de regarder toute cette jeunesse et cette force de vie — il faudra bien un jour que le pays en fasse quelque chose.

À la fin de la journée, nous avons bu un verre de lait aux amandes et aux dattes sur une terrasse qui domine la place Jamaa el Fna, là où se pressent badauds, touristes, parieurs, diseuses de bonne aventure, charmeurs de serpents et autres vendeurs d’eau qui sont là pour faire plaisir aux touristes. Même si cette place n’est plus, dit-on, ce qu’elle était, elle nous attire comme un aimant. Les sons, les odeurs, l’atmosphère vous happent et ne vous quittent plus.

Je me suis rendu compte en me relisant que je vous ai à peine parlé d’Essaïd et de sa famille, qui nous ont reçus comme de vieux amis et que nous n’oublierons jamais, et très peu aussi de Hassan et de Zoulikha, de même que de tous ceux qui nous ont fait aimer leur pays, ses contrastes et ses différences.

Aïe aïe aïe. Il faudra que j’y revienne… Ou que j’y retourne.

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Marrakech

Cette ville est un souk géant, une cour des miracles, un miracle en elle-même.

Nous logeons dans un petit gîte familial inconnu au catalogue, caché au fond d’une impasse que même le gamin qui prétendait nous montrer le chemin ne connaissait pas. De temps à autre, il s’arrêtait et demandait à des garçons, qui indiquaient tous en même temps une direction différente. Mais nous avons fini par trouver, et le gamin a lui aussi dédaigné les pièces que nous lui avons offertes en disant qu’elles n’étaient bonnes qu’à acheter des bonbons aux enfants. Moralité: ne jamais sortir sans une bonne provision de pièces de 10 dirhams!  

Enfin. Les proprios de la maison, Fatima et Mohammed (que voulez-vous…), sont charmants.  Notre lit est un gouffre au milieu duquel nous ne pouvons que nous serrer l’un contre l’autre mon amoureux et moi, il y a des tapis et des coussins partout. Nous nous y réfugions avec bonheur après une journée à respirer les vapeurs d’échappement dans les incessantes pétarades des vélomoteurs, à résister aux boniments des rabatteurs, à éviter les collisions avec les bicyclettes, les charrettes à bras, les ânes et les voitures.

Ce soir, nous avons goûté aux escargots dont semblent se délecter les Marocains. Sur la place Jamaa el Fna, plusieurs stands identiques les proposent à un prix identique et préparés d’identique manière. On choisit donc le vendeur qui a la meilleure tête. Les bêtes sont cuites dans un bouillon épicé, et on les sert à la louchée dans un bol – 5 dirhams le petit, 10 le grand. 


Pour tout vous dire, c’est dégueu. Il faut extraire le gastéropode de sa maison (qui est aussi son tombeau) à l’aide du genre de cure-dents qu’on pique dans les club sandwiches. Il y a un bout pas très cuit dans le fond, ça a un goût terreux et une texture… Excusez-moi, mais on dirait une grosse crotte de nez. Bref, on n’a pas tout mangé.

Après, nous avons été kidnappés par un des innombrables garçons de l’un des innombrables comptoirs qui offrent tous la même chose (tagines, couscous, brochettes, salades) au même prix. Encore là, on se laisse séduire par le plus rigolo ou le plus habile. Nous n’avons pas été déçus. La bouffe était quelconque, mais le spectacle!

Parlant de spectacle, je ne vous ai rien dit de celui que nous a offert la route de Taroudant à Marrakech. Je crois que je n’ai jamais rien vu de plus beau. Je vous passe le classique couplet sur le car en fin de vie dépourvu d’amortisseurs (si c’est le prix à payer pour qu’il ait des freins, je veux bien). La route en lacets longe des précipices affolants et ne permet pas à deux véhicules de se croiser, si bien que le chauffeur actionne sans cesse son avertisseur dans les virages pour signaler notre présence. 


Ici et là dans la vallée, des hameaux aux maisons de pisé se fondent dans les ocres des montagnes. Des jardins en terrasses s’étagent partout où l’on peut amener de l’eau, couverts de blé que les femmes (encore et toujours elles) récoltent à la faucille et portent en grosses bottes sur leur dos. À défaut de femme, on voit parfois un âne transporter la récolte. Un homme? Jamais.

Mais ou sont-ils tous donc?

Parlant d’homme, Pierre vient de s’asseoir à côté de moi et me raconte les nouvelles de Montréal pendant que je vous écris (il va me rendre folle).