Il y a donc, au rez-de-chaussée, la cuisine et le séjour. Et l’escalier meurtrier qui mène à l’étage, où se trouvent la salle de bains et une chambre avec lits superposés. De là, une autre volée de marches, tout aussi traîtresse que la première, mène à la chambre principale et à une terrasse qui a vue sur le clocher, les toits de tuiles ocre et les montagnes violettes, au loin.
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¡Viva España!
Ça s’est décidé mercredi dernier. Mon nouveau passeport est arrivé d’Ottawa ce jour-là, alors que je ne l’attendais pas avant la fin de la semaine, voire le début de la semaine d’après. Je n’ai fait ni une, ni deux: j’ai écumé les sites de ventes de billets d’avion, j’ai trouvé une aubaine pour Málaga, en Andalousie. Nous avions déjà prévu deux petites semaines de vacances fin avril mais, vu que mon passeport était lui-même en voyage, nous n’avions pas de vrai plan, sauf peut-être une virée vers Washington DC.
– Allô, chéri? L’Espagne, ça te dit?
– Euh… Pis Washington?
– Au diable Washington! J’ai trouvé un aller-retour Montréal-Málaga sans escale pour 600$ toutes taxes incluses, départ lundi prochain.
– Lundi prochain? Dans cinq jours?
– ¡Si señor!
Ça fait qu’on part demain.
J’ai trouvé une adorable maison à louer dans un petit «village blanc», niché au milieu de collines couvertes de vignobles et d’oliveraies. De là, nous comptons explorer la région, peut-être pousser jusqu’à Cordoue, Grenade, voire Séville. Mais ça fait quand même beaucoup de route, mon amoureux est absolument crevé, et le village semble si adorable que nous pourrions bien nous «contenter» de microtourisme.
À nous tapas, xeres, flamenco et autres bonheurs!
Photos, histoires et anecdotes à venir.
Hasta luego,
Fabiana
Chez ma sœur
Une semaine que je suis chez ma sœur, je suis à moitié morte.
Tous ses amis skieurs émérites me disent la même chose: aucun ne peut suivre Paula. C’est comme dans tout: elle nous fatigue! Elle se lève à 7h chaque matin (8h les jours fastes), descend au sous-sol allumer le feu dans le poêle à bois (et pour cela fend quelques bûches, TCHAC!, comme si de rien n’était), prépare le déjeuner pour sa tribu et les sandwiches du midi, houspille son distrait de mari, lave la vaisselle, s’habille, démarre le camion et file à la montagne pour skier des pentes dont vous n’avez pas idée. Elle m’a emmenée aujourd’hui faire un tour même pas jusqu’au sommet, en téléphérique. Elle est gentille, elle devait avoir les skis qui la démangeaient, mais non: juste un tour de téléphérique avec sa sœur, comme une touriste.
Suis-je heureuse de connaître mes limites! Eussé-je écouté mon Pierre, je me serais peut-être aventurée dans cette montagne à la dénivelée invraisemblable. Au lieu de quoi, pendant que tous ils risquent leur vie au mépris des dangers d’avalanche (encore un mort hier), je sors marcher un peu au centre-ville, je fais des gâteaux ou du pain aux bananes et je cuisine des petits plats pour le plaisir de voir mes deux neveux bâfrer comme des ogres, ma sœur se réjouir d’avoir une housewife à la fin de sa journée de ski et mon beau-frère se rendre compte que, au fond, il aurait mieux fait d’épouser une femme qui n’aime pas le sport (on rigole, hein, ma sœur cuisine divinement, mais elle aime mieux le ski, alors que je skie très médiocrement et que j’aime mieux cuisiner – chacune ses plaisirs.)
Hier soir, veille du jour de l’An, il y avait une partie de broomball, ou ballon-balai, à laquelle voisins et amis sont convoqués depuis quelques années par un jeune couple.
La chose se passe dans le grand dehors, chacun étant invité à apporter un authentique balai de bois (le plastique est interdit, on sait vivre!), sa tasse pour le cidre chaud à la cannelle, des bouchées ou des sucreries pour la joie de l’estomac. Jeunes et vieux se mêlent à une partie anarchique de ballon-balai dans la rue, il y a un grand feu où se réchauffer, les chiens et les enfants couraillent entre les jambes des grandes personnes qui placotent en anglais, en français, en franglais (parfois dans la même phrase) sur fond de musique à tue-tête.
À minuit, des feux d’artifice fusent d’un peu partout dans le voisinage, on se souhaite la bonne année, c’est absolument, complètement et tout à fait sympathique.
J’adore le côté boomtown de Revelstoke, ses jolies maisons centenaires au toit pentu couvert de tôle pour faciliter le glissement de la neige, ses deux petites rue commerçantes où il y a plus de magasins de vêtements de sport que dans n’importe quel quartier de Montréal, les montagnes qui l’entourent comme des gardes du corps (d’un côté, la chaîne des Selkirks, de l’autre les Monashees), la gentillesse toute simple de ses habitants… Je n’y vivrais pas, mais je comprends ma sœur de s’y être établie.
Voilà, je vous souhaite à tous une très belle et bonne année 2012, remplie de tout ce que vous aimez. Comme, jusqu’à un certain point, il n’en tient qu’à nous que ce soit le cas, je vous (et me) souhaite surtout l’énergie joyeuse que j’admire chez ma sœur. Ça devrait réussir.
Moi, Fabienne C., mécréante et apostate
Je ne sais pas pour vous mais, personnellement, je ne prends jamais l’assurance-voyage offerte par les compagnies aériennes. Je n’ai jamais non plus pris l’assurance hypothécaire de ma banque.
J’ai pour ça, respectivement, une carte de crédit MasterCard Or (publicité gratuite) et une assurance-salaire. Ça me coûte déjà assez cher, me semble que ça suffit.
Dans le même esprit, j’ai demandé à l’Église catholique, il y a peut-être deux ans, de rayer mon nom de ses registres, c’est-à-dire d’annuler mon baptême. En d’autres mots: j’ai mis fin à mon assurance-paradis.
Non que mon statut de catholique me coûtât quoi que ce soit (admirez l’imparfait du subjonctif et les deux accents circonflexes), mais je pense que, si vraiment le bon Dieu existe et qu’il nous aime autant qu’on le dit, il va m’aimer pareil, que mon nom soit ou non dans les registres de la paroisse du Sacré-Cœur de Chicoutimi, où un quelconque curé m’a versé un peu d’eau sur le front et ointe d’une huile suspecte en faisant quelques simagrées de circonstance. (Je viens de faire une phrase de cinq ou six lignes, chose que je reproche régulièrement à mes jeunes journalistes et parfois même aux vieux. Mais comme je dis toujours: une phrase longue, si elle est bien structurée, n’est pas un problème. Après tout, c’est là-dessus que Proust – que je trouve par ailleurs insupportable – a bâti sa carrière. Ce qui s’appelle une digression.)
Bref, j’ai fait ça (l’apostasie) parce que je refuse que monsieur le pape, quand il excommunie une petite fille au motif qu’elle s’est fait avorter d’un enfant conçu lors d’un viol, lorsqu’il condamne l’homosexualité et la contraception, lorsqu’il refuse l’ordination des femmes, protège des prêtres pédophiles et persiste à obliger tous ses ministres à un absurde célibat, je refuse qu’il parle en mon nom. Je ne fais donc plus partie des X millions de catholiques dont il se réclame.
On trouvera donc étrange que je m’en aille en reportage chez les moines cisterciens, ceux d’Oka, qui ont déménagé à Saint-Jean-de-Matha, pour une retraite de trois jours.
Comprenez ça comme vous voudrez, j’ai de l’admiration pour ces gens-là, qui choisissent de consacrer leur vie à une chose complètement intangible et irrationnelle, et qui sont pour la plupart fondamentalement bons.
C’est aussi vrai pour les bouddhistes que j’ai rencontrés en Thaïlande, et pour les musulmans que j’ai connus au Maroc ou en Égypte. Ça n’a donc rien à voir avec le dieu auquel on s’adresse. C’est une question d’éthique personnelle.
Quand ma tante Cécilia, qui est sœur du Bon Pasteur et bonne comme du bon pain, m’écrit pour me dire qu’elle prie pour moi, je suis touchée. Quand ma marraine Gaétane, tout aussi bonne et d’autant plus qu’elle est ma seconde mère, me dit qu’elle prie sainte Anne pour sa fille Lucie, atteinte d’un cancer (Lucie, je ne prie pas mais je pense à toi, je crois que ça revient au même), ou pour moi, ou pour quiconque a besoin de ses prières, ça m’émeut. Quand Charlotte, mon autre seconde mère (il ne peut pas y avoir de troisième), me dit que son Léo vient lui parler dans ses rêves, je l’envie un peu.
Le chant grégorien me touche profondément, et j’ai un grand attachement à cet héritage qui me permet de comprendre les plus belles œuvres d’art au monde. Pensez à Michel-Ange, au Tintoret, à Raphaël, aux icônes russes, pensez à tout ce qu’on aime de l’Italie, au charme des églises de campagne du Québec ou d’ailleurs… C’est au point où je regrette de ne pas avoir transmis ce savoir à mon fils, élevé dans la plus pure laïcité.
Le pape ne parle plus en mon nom, j’en suis fort aise. Mais demain, je m’en vais dans un univers de silence, de paix et d’accueil de l’autre. Les moines ne sauront pas que je ne suis ni croyante, ni aucunement catholique.
Mais je crois savoir qu’ils m’accueilleront comme le veut leur règle de vie: sans jugement, avec simplicité et ouverture. On verra bien.
Hé. Allez savoir: je me ferai peut-être nonne? Après tout, c’est un bon moyen de finir ses jours en Italie à peu de frais…
Passage à l’acte
Ça y est: tout est prêt pour ma disparition durant le temps des Fêtes. Ce sera dans un mois presque jour pour jour, le 25 décembre exactement.
Mais non, je n’ai pas planifié mon suicide à l’eggnog. Je n’ai pas non plus l’intention de me jeter du haut du sapin de la place Ville-Marie, ni de m’immoler par électrocution en me branchant sur le jeu de lumières DEL qui transforme la façade de mes voisins en succursale de Las Vegas.
Non, simplement, je me sauve chez ma sœur à Revelstoke, en Colombie-Britannique, où elle habite depuis une bonne quinzaine d’années avec son Américain de mari et ses deux adorables fils. Je ne l’ai pas vue depuis quatre ans, il est plus que temps.
Revelstoke est une petite ville aux allures de boomtown, pleine de baba-cool écolo-grano, de ski bums et de fanas du plein air. Ma sœur fait partie de la dernière catégorie: escalade, vélo de montagne, ski hors piste, ski tout court, rien ne l’arrête. À se demander si on a vraiment eu les mêmes parents, mais bon. J’ai d’autres qualités.
Je jubile en songeant à tout ce à quoi j’échapperai – les échanges de cadeaux inutiles, les soldes d’après-Noël, la gadoue montréalaise, les rigodons en boucle à la radio et peut-être même la prison pour méfait après avoir pété toutes les décorations gonflables du quartier avec une aiguille à tricoter (un autre vieux fantasme).
Il se pourrait que, en contrepartie, je consente à aller skier. C’est mon amoureux qui serait content: je fais la grève depuis des années parce qu’il m’a emmenée une fois de trop dans une pente cotée deux losanges, et aussi parce que je gèle tellement des pieds que les orteils m’en tombent. Mais il y a à Revelstoke un centre de ski franchement amazing, je serais bien bête de ne pas au moins aller voir ça de plus près (ou de plus haut). Et puis il paraît que, avec les skis paraboliques, on n’a même plus besoin de skier, ils font ça tout seuls. C’est fait pour moi.
En attendant, il me reste quand même quelques reportages «spécial Noël» à faire pour le cahier Voyage. Vous ne pourrez pas dire que je n’aurai pas payé ma dette à la société: train de Noël Orford Express (oui, le train de Josélitoasté), «Féerie de Noël» à Saint-Élie-de-Caxton, marché de Noël à Compton… Je me sens comme une végétalienne à qui on demanderait de faire un reportage sur les abattoirs halal.
Que ne ferais-je pas pour le droit du public à l’information?
Matinik tchè en mwen
Ça veut dire: Martinique de mon cœur. Enfin, en principe, hein, et sans doute Antoine, notre jeune accompagnateur, se fendrait-il discrètement la gueule (on dit «yol» en martiniquais, c’est quand même proche de yeule, non?) devant cette pitoyable tentative de kreyol.
Mais peu importe. Il sera aussi content de savoir que je reviens enchantée, au sens d’ensorcelée, de son île.
La gentillesse des gens, leur affabilité, leur façon de nous regarder en plein dans les yeux, et aussi ce créole si plein d’humour, si imagé et parfois si proche du nôtre (oui, je persiste à dire que nous parlons une forme de créole), à tout cela, impossible de résister. C’est une leçon de vie en société: à peine rentrée, je m’étonne de voir les gens que je croise marcher tête baissée ou détourner le regard pour n’avoir pas à saluer leur prochain. Je reste là comme une banane trop mûre avec mon bonjour dont personne ne veut.
En Martinique, ne pas dire bonjour aux gens est une grossièreté. Comme en Guadeloupe, d’ailleurs, où mon amie Marcelle croyait que je faisais la fière parce que je ne saluais pas les gens que nous croisions.
Exemple. Au marché, si vous dites: «Combien, les mangues?», les mangues coûteront les yeux de la tête.
Si vous dites: «Bonjour madame, comment allez-vous?», vous aurez, éventuellement, treize mangues à la douzaine pour trois fois rien, avec une recette de confiture et d’autres fruits à goûter. Qui plus est, vous aurez une amie. Bref, et ce n’est pas bref, il faut prendre le temps de parler, de s’informer, toutes choses que nous avons oubliées ici.

Curieusement, les Martiniquais qu’il m’a été donné de rencontrer n’ont que de bons mots pour les Québécois, avec qui ils ont de multiples liens: unetelle a étudié à l’université Laval, celui-ci a toute sa famille ici, un troisième y vient régulièrement pour le travail, une autre rêve d’y venir…
Il faut croire que nous ne sommes pas si inaptes (et ineptes), mais je persiste à dire que nous pouvons faire des progrès. Défi: saluez donc la première personne que vous croiserez sur le trottoir après avoir lu ces lignes. Je suis certaine que, rien que comme ça, nous pouvons créer un mouvement.
En tout cas, personnellement, plus je voyage, plus je comprends que cette ouverture à l’autre est la clé de toutes les expériences qui nous rendent meilleurs, et j’ai encore appris à ce sujet cette semaine grâce à une très jeune personne que je ne nommerai pas mais qui se reconnaîtra si elle lit ces lignes.
Poulet boucané
En route pour le seul établissement Relais et Châteaux des Antilles (excusez du peu), nous nous sommes arrêtés, à ma demande expresse, à un petit boui-boui de bord de route pour manger du poulet boucané.
Mes collègues ont d’abord fait la fine bouche. «J’ai pas faim», ont-elles dit (comme si c’était une excuse!). «Ou alors juste pour goûter.»
Ah, les chochottes.
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| Le meilleur poulet boucané de Martinique, selon notre chauffeur. Je le crois. |
Je m’enorgueillis de vous dire qu’elles ont toutes fini par en manger, là debout sur l’accotement, devant cette cabane de planches et de tôle tenue par un ami de notre merveilleux, admirable, adorable chauffeur Michel.
Oh, la chose délicieuse que voilà! Des cuisses de poulet fumées à chaud à la canne à sucre, que ça leur donne un petit goût caramélisé impossible à décrire, la peau croustillante et parfumée, la chair tendre et juteuse… On nous a servi ça sans façon, arrosé de sauce pimentée, dans du papier alu, avec quelques serviettes de papier, un gobelet de jus de canne et, évidemment, un large sourire.
Je vous jure que le repas que je viens de prendre dans ce luxueux hôtel, servi par un personnel aussi nombreux que stylé, ne m’a pas paru meilleur.
Décidément, je ne suis pas faite pour le luxe: ça m’énerve.
Je vous écris du seul établissement «Relais et châteaux» des Antilles, dans une suite dite «jardin» (la catégorie bas de gamme (il y a encore la suite de luxe et l’«exécutive», avec living-room, chambre à l’étage et piscine privée). Je m’y cogne partout comme une perruche lâchée dans une maison, je sursaute en me heurtant à moi-même dans un miroir alors que je crois sortir de la salle d’eau, je cherche en sacrant l’interrupteur de la salle de bains…
J’ai mieux aimé notre séjour chez Léon, au Morne des Cadets, un gîte rustique tenu par un personnage fascinant qui fait la promotion de l’agriculture vivrière traditionnelle, a mille histoires à raconter et fait un «rhum arrangé» littéralement hallucinant.
Bon, c’est pas tout ça, on a encore une grosse matinée de plage demain. Courage. Ça achève.
La maison de Joséphine
Hier, nous sommes allés voir le lieu de naissance de Marie-Josèphe-Rose de Tascher de La Pagerie, dite Joséphine Beauharnais, première épouse de Napoléon Bonaparte.
Imaginez une grande maison créole, une véranda, des jalousies de bois verni, de multiples pièces en enfilade parcourues d’un doux vent tropical, tout cela au milieu d’un jardin planté de cocotiers, de bougainvilliers, de manguiers… Les dépendances, la plantation, les écuries… Vous y êtes?
Eh bien, vous avez tout faux! (Comme moi, d’ailleurs.)
Bon, la maison en question a bel et bien existé, mais elle a été détruite par un cyclone en 1766. Ça fait donc un petit moment.
La famille de Joséphine, quoique noble, n’avait pas l’argent pour rebâtir, apparemment parce que le bonhomme avait tout perdu au jeu. La maman et ses trois filles (le papa, officier de l’armée, ne se montrait pas souvent) ont été contraintes de se réfugier à l’étage de la sucrerie, au milieu des mouches, de la chaleur des chaudières et des odeurs de bagasse, et la maison n’a jamais été reconstruite.
Le domaine a été longtemps à l’abandon, notamment parce que les Martiniquais ne portent pas tous dans leur cœur leur célèbre compatriote, qu’ils accusent d’avoir incité Napoléon à rétablir l’esclavage dans l’île.
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| La statue de Joséphine à Fort-de-France, si souvent décapitée et arrosée de peinture rouge que le gouvernement a renoncé à la réparer. |
C’est un passionné d’histoire qui a racheté le domaine et qui, à ses frais a aménagé un petit musée dans le seul bâtiment encore debout, où se trouvaient les communs (la cuisine, toujours séparée de la maison).
Ça se visite en un quart d’heure. Une dame vous bombarde de noms et de dates, vous ressortez de là un peu moins ignorant qu’avant d’y entrer, mais complètement estourbi et franchement désappointé.
Enfin. Il faut dire qu’il y a aussi un jardin botanique, que nous n’avons pas vu.
La végétation dans ce pays ne cesse de me stupéfier. Des pruniers, des arbres à pain, des goyaviers, des manguiers, des cocotiers couverts de lianes, de lierre, d’orchidées et de mousse, avec des fleurs comme on ne pourrait même pas en imaginer… Tout pousse sur tout ce qui pousse, partout, tout le temps. C’est vert vert vert, on se repose rien qu’en regardant.
C’est sans parler des plantes médicinales, qui donnent envie de ficher au panier toutes les saloperies qu’on nous prescrit et de déménager.
Aujourd’hui, quartier libre, je m’en vais m’étendre là, juste là, à l’ombre, devant la mer, et n’en plus bouger jusqu’au signal du départ.
Martinique
Me voici donc en Martinique, aux frais de l’Office du tourisme. Je ne voudrais surtout pas avoir l’air de me plaindre, mais cinq heures et demie de vol, ça me paraît longuet. Quoi ! C’est le même temps que pour se rendre à Londres ! Avec cela que, pour les vols dits continentaux, les transporteurs ne servent plus de repas – enfin, oui, mais moyennant finance, et pas à prix d’ami. Treize dollars pour un misérable plat de poulet qui a probablement la texture de la gomme à effacer, accompagné de riz et de macédoine surgelée. On se fout du monde ou quoi ?
Bref, j’y suis depuis dimanche, mais je n’ai pas eu le temps d’écrire une ligne. Nous sommes cinq journalistes ou blogueuses montréalaises, accompagnées par la version martiniquaise et masculine de la sémillante Gudrun (la guide bavaroise).
C’est un tout jeune homme prénommé Antoine, gentil, professionnel, organisé et en tout début de carrière. Ce dernier élément fait en sorte que, compte tenu de la précarité des emplois en métropole (oui, en Martinique, on ne dit pas en France puisque nous SOMMES en France), il a intérêt à mener son poulailler tambour battant, ce qu’il fait avec un doigté qui n’a d’égal que sa fermeté. Tous les matins, lever à 8h, petit-déjeuner, départ de l’hôtel à 9h, visite (d’une distillerie, d’un jardin, d’une fermette), repas, re-visite (d’une cascade, d’une plantation, d’une réserve naturelle), re-repas, dodo, et on recommence.
Demain, en principe, ce sera mieux, et samedi nous avons quartier libre.
Pour l’heure, nous mangeons et rions comme des baleines, surtout hier soir. Je ne sais pas ce que le garçon avait mis dans les apéros, mais nous étions franchement déchaînées, au grand désespoir d’Antoine, dont les patrons dînaient (ou soupaient, comme vous voulez) non loin de nous. Vous connaissez le goût des Français pour le décorum et le respect de la hiérarchie, le pauvre était dans ses petits souliers. Mais bon, nous l’avons rassuré: ses patrons, tout coincés soient-ils, ont certainement mieux aimé nous voir rigoler que nous ennuyer à 100 sous l’heure… Non?
Ah, ces Québécoises!
Je vous mettrais bien des photos, mais mes collègues et moi avons décidé de cuisiner dans la petite villa que nous occupons; elles ont commencé à préparer la salade (nous avons quartier libre aussi ce soir), et il faut que j’aille les superviser, vous savez bien.
Des hommes et des bêtes
Je ne vous l’ai pas dit mais, la semaine dernière, avec mon ami Jean et sa douce, qui sont venus me rejoindre à Nîmes, nous sommes allés voir des courses camarguaises.
La course de taureau camarguaise n’est pas à proprement parler une course, encore moins une corrida, quoiqu’elle tienne un peu des deux. Hommes et taureaux y courent beaucoup, c’est vrai. Mais le taureau n’est jamais mis à mort. Ce serait plutôt un jeu dans lequel les hommes – les «raseteurs» – tentent de s’emparer de la cocarde, des glands et des ficelles attachés aux cornes de la bête. Chaque attribut a sa valeur, et plus la joute est longue, plus cette valeur augmente en fonction des enchères qu’y mettent divers commanditaires.
«En mémoire de la petite Manon, un euro de plus – les quincailleries du Sud, un euro de plus – Marcel Pignon, grand chasseur devant l’éternel, porte le premier gland à 20 euros», débite l’annonceur avec son bel accent de soleil. Dans les gradins, ça rigole, ça prend des notes, ça s’interpelle…
Le raseteur qui décroche l’attribut remporte la mise. Au bout d’un quart d’heure, le taureau est retiré de l’arène et, si personne n’a réussi à prendre les ficelles (les plus difficiles à décrocher), la somme en jeu va dans la caisse du club taurin.
Un bon cocardier meurt de sa belle mort dans sa manade (l’élevage). Si son propriétaire l’avait en grande affection, il sera enterré, DEBOUT, au lieu d’être lamentablement envoyé à l’équarrissage comme les taureaux de corrida, qui finissent bouffés en ragoût.
Pour tout dire, j’ai trouvé cela pas mal plus passionnant qu’un match de hockey: il faut de l’adresse, de la ruse et de l’endurance, mais il n’y a jamais de bagarre ni de gestes disgracieux.
Les chevaux
Avec l’élevage des taureaux, celui des chevaux est l’autre pôle de la vie rurale camarguaise. La race camargue est d’ailleurs l’une des plus anciennes du monde. Je pars tout à l’heure pour une manade, justement, à une petite quinzaine de kilomètres d’Arles, pour un stage d’une semaine où alterneront les activités de randonnée à cheval et de travail plus technique (maniabilité, dressage, parcours de pays…).Évidemment, je vous en reparlerai…







