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Cuicocha, Cotacachi, Quito… et la fin

Dimanche, donc, visite de la laguna de Cuicocha, un lac volcanique assez impressionnant qu’on atteint par un chemin presque confidentiel. Il y a là une jolie randonnée à faire, mais nous nous sommes contentés d’observer le paysage depuis le belvédère, et d’acheter quelques menus objets aux kiosques qui le bordent.

Je n’ai pas pu résister à un couple de poupées en costume traditionnel, non plus qu’à une paire de jolies espadrilles rouges cousues main — de vraies espadrilles en coton avec une semelle de corde, comme celles que portent les femmes ici et qu’on peut acheter en Espagne à un prix prohibitif.

Puis, visite de la petite ville de Cotacachi, adorable, bien plus plaisante et plus authentique qu’Otavalo. Hommes et femmes y portent fièrement les habits traditionnels, et c’est si beau que, pour un peu, j’en aurais pleuré.

Je suis également fascinée par l’architecture des maisons bourgeoises, directement inspirée de celle des riads qu’on voit au Maroc, et qui a voyagé jusqu’en Amérique via l’Espagne. Le fait que les Espagnols aient tenu mordicus à implanter partout ce modèle pourtant peu adapté au climat andin montre à quel point ils se croyaient chez eux.

Quito

Je confesse que j’ai eu du mal à aimer cette ville tentaculaire qui pue le gaz d’échappement et qui, mis à part le centro historico, est d’une laideur assez consternante malgré le paysage fabuleux au milieu duquel elle est nichée. Illustration saisissante des ravages de l’étalement urbain, des immeubles de béton sans âme, serrés les uns contre les autres, grimpent à l’assaut des montagnes environnantes comme une lèpre incurable. Il ne reste rien, dans ces quartiers, de la verdure qui tapisse encore les sommets de ces anciens volcans.

Il faut dire que j’étais assez malade depuis deux jours, probablement à cause d’une malheureuse cuisse de poulet mal cuite. Ça peut freiner l’enthousiasme, disons.

J’étais avec Amanda, la soeur d’Alejandro, qui connaît son Quito comme la paume de sa main et qui a eu la gentillesse de m’emmener en voiture.

Nous avons visité force églises et monastères, et, après une telle dose de Christs sanguinolents, de vierges éplorées, de pilastres rococo recouverts à la feuille d’or et de légendes de saints morts dans un tel état de grâce que leur corps échappe à la putréfaction (alors que le mien, bien vivant, semblait justement vouloir s’y abandonner), après, donc, une telle débauche de richesses et d’extravagances, j’en ai eu assez et j’ai crié grâce.

Aussi bien, il commençait à pleuvoir, comme souvent les fins d’après-midi dans la région andine.

Nous sommes donc rentrées à la maison, où Martha, avec son habituelle et inextinguible gentillesse, nous a servi à manger (riz et plantain pour moi vu mon état, ça m’a rappelé Haïti).

Maintenant, je suis vannée. Ma valise est faite, elle me promet de dépasser le poids maximum permis et je devrai donc payer un supplément. Si on me pesait avec elle, je suis certaine que ça rétablirait la moyenne, mais ce n’est pas encore dans les moeurs de Copa. J’imagine que ça viendra, tant cette compagnie lésine sur tout.

Dans le prochain billet, à la demande de mon amie Michelle, je parlerai un peu de sécurité.

D’ici là, buena noche a todos y todas!

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« Ley seca » et coupures de courant

La Ley seca, c’est une loi qui, en Équateur, interdit la vente et la consommation d’alcool 36 heures avant le jour d’un scrutin ou d’une consultation populaire. L’interdiction s’étend au jour du vote lui-même et se termine à midi le lendemain. Donc, en l’occurrence, elle dure depuis vendredi à midi et s’éteindra lundi à la même heure.

Le communiqué ci-dessus explique que la police exercera des contrôles accrus durant cette période et que toute personne qui se fait prendre à vendre, à distribuer ou à consommer de l’alcool se verra infliger une amende de 230$US, soit la moitié du salaire minimum, qui est de 460$ par mois.

Dura lex, sed lex, comme disait ce vieux Jules César (« la loi est dure, mais c’est la loi »). Ce qui est drôle, c’est que le mot sed, en espagnol, signifie « soif ».

Par ailleurs, il n’y a pas que la loi qui soit seca: les barrages hydroélectriques du pays le sont aussi. Résultat: le gouvernement a décrété des coupures de courant tournantes d’une durée qui semble fort aléatoire d’une région à l’autre.

Chez Julio et Martha, en banlieue de Quito, les feux se sont éteints à minuit le soir de notre retour des Galápagos pour se rallumer à 14h le lendemain.

Hier, nous sommes arrivés à 18h à notre auberge d’Otavalo, qui était privée de courant depuis 16h. L’électricité n’est revenue qu’à 9h ce matin, et on doit la perdre de nouveau ce soir à 21h*.

Comment voulez-vous fonctionner, comme aubergiste ou restaurateur?

Heureusement, il pleut comme vache qui pisse dans plusieurs régions de la Sierra, ce qui devrait rétablir un peu la situation (ou pas).

Otavalo

J’attendais beaucoup de notre visite dans cette ville autrefois petite, à quelque trois heures de route de Quito, dans une région majoritairement habitée par des Indígenas et des volcans endormis.

Il y a là un marché d’artisanat dont on dit le plus grand bien dans tous les guides.

Je voulais acheter un tissage, une écharpe, voire un poncho, en laine ou en alpaga.

Hélas, trois fois hélas, tous ou presque vendent la même camelote en acrylique probablement faite en Chine ou, au mieux, dans des ateliers de misère quelque part dans la Sierra, et plusieurs prétendent que c’est de l’alpaga. Il faut s’y connaître pour déceler la supercherie, évidemment, et je suppose que nombreux sont les Gringos qui se font avoir.

Je n’ai donc pas trouvé ce que je cherchais, mais j’ai quand même eu le plaisir de placoter un peu avec un artisan du nom de Santiago, une vraie belle âme, à qui je n’ai pu qu’acheter l’un des très jolis bijoux qu’il fabrique lui-même. Je regrette vraiment de ne pas avoir pris sa photo pour me souvenir de sa bonne et belle tête.

Quels que soient leurs arguments de vente, en tout cas, les gens ici sont toujours d’une gentillesse et d’une douceur infinies. Ça m’impressionne toujours.

Et puis ne me lasse pas d’observer la mise des femmes, leurs blouses brodées, leurs longues jupes de laine sombre, leurs ceintures tissées, leurs colliers multiples, leurs sourires souvent émaillés d’or.

Peguche

Nous sommes ensuite allés voir la chute de Peguche, à quelques minutes d’Otavalo. L’orage grondait dans un ciel presque violet au-dessus des montagnes, ça sentait l’eucalyptus et la chlorophylle, j’ai embrassé un arbre immense et nous sommes rentrés cahin-caha, secs comme la loi: l’orage a passé au loin.

Demain, visite de la laguna de Cuicocha, à une petite demi-heure d’Otavalo. On nous annonce le déluge, mais les prévisions météo, ici, tiennent rarement la route. Ce sont les montagnes qui décident!

* Il est 21h30 au moment où je publie ce billet, et l’électricité tient bon. Pourvu que ça dure jusqu’après le déjeuner…

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Négoce

Hier, virée au Centre de promotion de l’artisanat de Cotonou, à l’autre bout de la ville. Comme dans tous les endroits du genre, on y trouve des boutiques qui vendent à peu près toutes la même chose (ici, masques anciens ou récents, statuettes d’ébène aux lignes fluides, bijoux de corne de buffle ou de coquillages, batiks et peintures naïves).

Il a d’abord fallu âprement négocier le prix de la course en zem : on vous le fait toujours le double du tarif «normal». Parfois, un quidam se mêle de la discussion, réprimande le zem pour sa cupidité et le convainc de nous faire un prix raisonnable. Sinon, après quelques feintes, roulement d’yeux et claquements de langue, le type finira par consentir à nous emmener pour 400 francs au lieu de 800. On se sent toujours un peu ridicule d’argumenter comme ça pour des sommes aussi dérisoires : 400F CFA, ça équivaut à 0,80$. Ne négociez pas, le zem aura un sourire narquois qui dit : cet idiot de yovo s’est encore fait avoir. Négociez, et vous vous sentez comme un exploiteur qui abuse de la faiblesse des petits travailleurs.

Au centre d’artisanat, pareil.

Faites seulement mine de ralentir devant une échoppe, on vous presse d’entrer, d’essayer ce bracelet, d’admirer ce tissage; on tire d’un panier où elles sont soigneusement rangées d’admirables figurines de bronze. Manifestez de l’intérêt pour tel ou tel objet, les négociations commenceront alors: «C’est 25 000 francs, madame (50$).
– (Les yeux au ciel) Mais non, c’est bien trop, voyons.
– Combien voulez-vous payer?
– Six mille (ça me gêne toujours, mais c’est la règle: on divise par quatre le prix initial).
– (L’air consterné) Mais madame! Soyez sérieuse. Regardez comme c’est joli!
– Oui, bien joli. Mais je ne paierai pas plus de 6000 francs.
– Pour vous, madame, je le laisse à 20 000.
– Pas question. J’ai dit 6000, mais je veux bien faire une effort. Je t’en donne 8000.»

Invariablement, on finit par s’entendre sur la moitié du prix lancé au départ. C’est ainsi que j’ai fait l’acquisition, hier, d’un très beau masque ancien, d’un bracelet de corne et de deux cadres d’ébène. J’ai résisté à la tentation d’une splendide figurine de bronze qui représentait une femme en train de poser une jarre sur sa tête, d’une petite girafe en pierre de talc et d’un très beau batik. (Mais je ne jure de rien pour la prochaine fois.)

Sur le chemin du retour, je me suis arrêtée à un tout petit étal de rue pour regarder des pagnes (on appelle toujours «pagne» la pièce de 6 verges de coton dans laquelle on coupe les habits traditionnels, même s’ils n’ont bien souvent plus rien du pagne). Deux petites filles gardaient l’étal de leur maman : Sarah et Mouniya. J’ai tâté un peu les tissus, en ai regardé un plus attentivement que les autres et ai fini par ne pas me décider.

Nous nous sommes arrêtés plusieurs mètres plus loin dans un petit bar pour sacrifier au rite de la sainte bière. Tout à coup, les deux fillettes se sont matérialisées près de nous, un sourire timide aux lèvres, et à la main le pagne bleu que j’avais regardé. La journée de vente était terminée, elles tentaient leur chance une dernière fois. Comment résister ?

Je n’ai même pas marchandé.
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