Comme un épilogue

J’ai atterri hier matin à Montréal après un vol qui, fût-il en classe affaires, m’a paru interminable. J’étais accompagnée d’un jeune infirmier qui a consciencieusement pris mes signes vitaux aux trois heures. Il n’a pas eu à utiliser le compresseur dont il était muni, mes poumons ont bien fait leur travail. Pour un peu, je serais fière de moi!

Je suis chez mon fils et sa douce, bien en sécurité dans leur grande maison à Saint-Eustache, en attendant que mon appartement se libère. Je suis si heureuse de les voir chaque jour, ça m’enlève tout sentiment d’urgence ou d’impatience.

Bien sûr, j’ai hâte de faire mes boîtes à fleurs, de marcher dans les rues toutes fleuries de mon quartier, mais ça viendra quand ça viendra.

Je renoue avec les petits plaisirs sur lesquels je me concentrais pour me donner du courage quand j’étais sous respirateur: un café au lait bien mousseux. Un bagel au fromage à la crème et à la confiture dégoulinant de beurre fondu. Des toasts aux cretons. Un verre de vin blanc très frais. Ces petites choses-là, auxquelles on ne pense pas d’ordinaire, tant elles sont ordinaires, justement.

Je viens d’aller marcher un peu dans le grand dehors. Derrière la maison, il y a un petit réseau d’étangs avec des jets d’eau, c’est très joli. J’ai écouté avec délice le cri des carouges, observé les acrobaties d’une hirondelle, respiré le parfum du trèfle, senti la douceur du vent sur ma peau. J’ai en tête cette vieille chanson de Ferrat, vous savez?

Sincèrement, je crois que je ne serai plus jamais la même.

Le début de la fin

Ça fait qu’on m’expédie à Lima demain par avion-ambulance, parce que ce petit hôpital de Huaraz n’arrive décidément pas à stabiliser ma condition. J’ai besoin de sans cesse plus d’oxygène, et, malgré tout, mon taux de saturation ne dépasse pas les 85%. On commencera donc par me ramener au niveau de la mer pour m’aider à récupérer mes fonctions respiratoires. Puis quand je serai assez forte pour voyager, on me rapatriera, avec une escorte médicale.

Voilà, c’est ainsi que se terminent les aventures de Tatie Fabi au Pérou, que je voyais tout autrement, cela va de soi. Je laisserai beaucoup de choses en plan, ici. Tant de choses! Je commençais à peine à prendre mes marques, à me sentir à ma place, utile, avec un but, des réalisations claires… Et puis je me suis attachée à mes collègues, je les aime tous autant qu’ils sont, et voilà que je les quitte sans même pouvoir leur dire adieu. Mais on ne choisit pas toujours ce qui nous arrive.

C’est une expérience de vie, disons, dont je pourrai tracer les contours petit à petit, une fois que les choses auront cessé de bouger dans tous les sens. Deux semaines de fièvre, de médicaments débilitants, d’inquiétude et d’insécurité, ça vous désorganise un cerveau. En ce moment, j’ai l’impression de me trouver dans un kaléidoscope que quelqu’un agite furieusement. Si je le pogne, celui-là, il va apprendre à s’asseoir, je vous en passe un papier.

Je suis en train de concevoir une sainte horreur pour le turquoise (couleur de l’uniforme des infirmières), la soupe au poulet, les solutés (qu’on me pose toujours tellement n’importe comment, je pense qu’ils préparent une anthologie de ce qu’il ne faut pas faire et qu’ils ont trouvé la victime idéale, avec pas de veines et trop faible pour se défendre), les fanfares (il y a toujours une criss de fanfare quelque part), le riz blanc, bref, il est temps que je sorte d’ici, ma santé mentale en dépend.

Mais pour l’heure, j’espère surtout sortir de tout cela sans séquelles permanentes pour ma santé physique. Le médecin m’a dit aujourd’hui que les lésions interstitielles dans mes poumons avaient augmenté. J’ai peur. Si ça manque d’air trop longtemps, ces petits trous-là, est-ce que ça sèche pour toujours?

Mais n’anticipons pas. Ou anticipons, mais sur les bonnes choses.

Prendre le café au lait sur mon balcon et regarder pousser les fleurs.

Aller voir mon ami Yves et me baigner dans la rivière.

Boire un verre de rosé avec Maude.

Lire.

Aller à pied au cinéma.

De petites choses. Qui ne sont pas le Pérou.

Au pire, ç’aura été un rendez-vous manqué.

Rapatriement

Naturellement, c’est la première chose qui vient à l’esprit de tous: Il faut te rapatrier!

Mais ce n’est pas aussi simple. Dans un cas comme celui-là, c’est l’assureur (en l’occurrence la SSQ) qui va décider, au vu de l’information que lui fait parvenir mon médecin péruvien, s’il est préférable de me laisser à ses bons soins, de me transférer à Lima ou carrément de me ramener au Québec.

Je ne peux pas décider comme ça de paqueter mon baluchon et de rentrer tout bonnement chez moi (et je ne suis d’ailleurs absolument pas en état de le faire). Il me faudra un accompagnement médical du départ à l’arrivée, avec une prise en charge assurée une fois au Québec. L’équipe médicale de la SSQ va examiner mon cas demain et me faire part de sa décision.

Je suis partagée entre l’ardent désir de me retrouver en terrain connu et celui de terminer ce mandat que je commençais enfin à m’approprier.

Bien sûr, une fois que je serai sur pied, si je décide de rentrer au Québec, on ne me retiendra pas de force. On sait vivre, quand même. J’ignore combien de semaines de convalescence m’attendront au terme de cette aventure hospitalière, peut-être que ça ne vaudra pas la peine de rester, peut-être que je serai si lasse que j’aurai juste envie de me poser quelque part en lieu sûr et de ne plus bouger.

On verra bien. En attendant, je vous en prie, cessez d’évoquer cela comme quelque chose de simple, ça ne l’est pas. On va faire pour le mieux.

J’ai décidé de faire confiance à mon médecin et à l’équipe soignante. Je n’ai pas vraiment le choix, mais justement: ça ne sert à rien de se battre puisque je n’ai pas le choix. Je vous rappelle que je suis atteinte d’un virus au demeurant assez courant (beaucoup de personnes en sont porteuses sans le savoir). La forte fièvre qui l’accompagne est certes très incommodante, j’ai l’impression d’avoir la tête remplie de coton, je frôle parfois le délire, mais c’est juste de la fièvre. Pas la première fois que ça m’arrive. Il faut attendre que ça passe et essayer de soulager les inconforts, ce qu’on fait très bien ici.

Quand j’étais petite, ma mère ne me bourrait pas de Tylenol, elle me frictionnait à l’alcool et me bassinait les tempes et le front à l’eau tiède, et je ne suis pas morte.

La pneumonie me préoccupe un peu plus parce que le scan révèle des lésions interstitielles apparentées à un début de fibrose pulmonaire, la maladie qui a eu raison de mon père et de bon nombre de ses frères et soeurs.

Mais encore là, tous ces gens ont joyeusement fumé comme des pompiers pendant des années, ce qui n’est pas mon cas, et le médecin dit que c’est vraiment accessoire dans le portrait. Bref, y a pas le feu, on pourra voir ça au retour. On va essayer de traiter la pneumonie pour commencer. Dans mon délire, ne me demandez pas pourquoi, je la vois toujours comme une grande tranche de pizza avec plein de petits trous remplis de fromage fondu.

Je n’ai pas une pneumonie, j’ai une pizza.

En plongée

Ça fait que me voici hospitalisée à Huaraz depuis vendredi pour une forte fièvre qui durait depuis cinq jours. Oui, bon, cinq jours mais pas TOUTE la journée. Enfin, pas au début. On m’a d’abord diagnostiqué une fièvre paratyphoïde B, mais des tests plus poussés ont rejeté cette hypothèse. Comme je ne peux pas écrire beaucoup, notamment pour cause de perfusion dans le pli du coude qui m’empêche justement de le plier, ce coude, je vous mets ce que j’ai publié jusqu’ici sur Facebook. Désolée pour ceux d’entre vous qui auront déjà lu tout ça.

SAMEDI, 14h11 (après un mouvement de panique suscité notamment par mon frère au bout de 12 heures de silence, dont huit de sommeil — mon frère est un grand inquiet)

Les amis! Pas de panique s’il vous plaît. Je suis entre bonnes mains, on va me faire tous les examens possibles pour trouver la raison de cette fièvre, l’hôpital est très bien, mes collègues se relaient à mon chevet et je parle chaque jour avec les gens de SUCO.

Je n’écris pas beaucoup parce que je ne peux pas plier le bras gauche à cause du soluté (on n’a pas trouvé de veine ailleurs que dans le pli du coude).

Voilà.

Je vous tiens au courant s’il y a du nouveau.

SAMEDI, 20h26

Mon vocabulaire espagnol du domaine de la santé est en train de s’enrichir, vous crèèriez pas ça. Y a des avantages à tout.

DIMANCHE, 15h37 (un peu excédée par ma dieta blanda)

Saviez-vous ça, vous autres, que boire de l’eau froide, c’est DANGEREUX?

Ma mère nous disait ça quand on était petits. Elle disait aussi qu’on pouvait attraper la polio (ou la diphtérie?) si on se baignait dans un lac avant le 24 juin, la diphtérie (ou la polio) si on mangeait des pelures de banane (ne me demandez pas pourquoi on aurait fait ça) et que manger des patates crues donnait des vers.

Mais on n’est plus en 1965, là. Adelante, Perú!

LUNDI, 16h14

On attend toujours les résultats des tests. Quand le mot «patient» prend tout son sens.

Et oui, c’est un cliché tellement éculé que, dans mes années de correctrice, j’aurais fouetté le journaliste qui m’aurait pondu ça.

Mais après plus d’une semaine de surchauffe extrême à une température constante de 39 degrés, mon cerveau a des courts-circuits.

J’en peux juste pu. J’ai envie de mordre les infirmières. De me déshabiller tout-nue dans le corridor et de me vider le bidon d’eau minérale sur la tête en hurlant. De lancer mes plats sur le mur. De chanter «En revenant de Rigaud» à tue-tête en pleine nuit.

MARDI, 14h38, avec une photo similaire à celle qui coiffe cet article:

La bruxellose et le cytomégalovirus ayant été éliminés de la liste des suspects, j’ai décidé de me mettre à la plongée sous-marine pour passer le temps d’ici à ce qu’on trouve ce que j’ai.

Sans blague, on soupçonne une pneumonie. Je passe un scan ce soir. J’ai jamais tant souhaité avoir une maladie de ma vie.

MARDI, 18h

Mes amis, je m’ai toute trompée tantôt, la piste du cytomégalovirus n’avait point été écartée pantoute. C’est lui le coupable, dans la salle à manger avec le chandelier (que ceux qui n’ont jamais joué à Clue prennent une douche glacée pour avoir cru que la démence venait de m’attaquer par derrière dans la bibliothèque avec la matraque).

En un mot comme en trois, j’ai ça. Le cytomégalovirus.

La tomodensitométrie a également révélé une pneumonie interstitielle.

On en saura plus demain avec le rapport du radiologue.

Il reste à déterminer si la pneumonie est bactérienne et peut se soigner avec des antibiotiques (j’espère que oui).

Voilà, nous sommes fixés.

À partir de là, comme disent nos amis les Anglais, it’s all downhill. Ça va aller tout seul. Ou presque.

Depuis que j’ai compris que, ici, à l’hôpital, il faut se plaindre et réclamer, je suis très bien soignée. Mes collègues sont incroyables de prévenance et de gentillesse, je me suis découvert à Caraz une amie indéfectible, la nourriture est bien meilleure que dans n’importe quel hôpital québécois (vous me direz que c’est pas dur à battre)… Bref, ne vous inquiétez pas. Je vais survivre.

AUJOURD’HUI, au fil de la journée:

Voilà. Je ne vous copie pas les bas de vignettes, je suis au bout de mon rouleau.

Excusez les «fantaisies» de mise en page, pour la même raison.

Hasta pronto.

Un dimanche à la campagne

P1130569.jpgMon collègue José vit et travaille à Caraz, mais sa femme et ses deux enfants habitent à Casma, à quelque quatre heures et demie de route d’ici. Il se rend là-bas deux fois par mois, pour passer trois ou quatre jours en famille. Le reste du temps, il travaille. Nous sommes donc deux à nous ennuyer quelque peu les fins de semaine, ce que nous n’avons réalisé que récemment.

Je l’aime bien, José. Il est drôle, il aime la vie, il est sensible, il est gentil et il n’est pas compliqué.

Un bon camarade.

Bref, aujourd’hui dimanche, après être allés voir «nos» petits producteurs au marché, nous avons pris une moto-taxi pour monter jusqu’au au Paraíso, une des trois ou quatre piscicultures autour de Caraz où les truites frétillent dans des bassins de béton alimentés par l’eau qui descend des montagnes. On te fait là un ceviche à tomber par terre, les proprios sont adorables, la bière est fraîche, ça porte bien son nom.

Je pensais rentrer ensuite sagement chez moi pour plier la montagne de linge que j’ai lavé moi-même de mes blanches mains (croyez-le ou non, les draps, les serviettes, les bobettes, les chemisettes, alouette), qui m’attend depuis des jours sur un fauteuil dans ma chambre. Mais José a reçu un appel de son vieux papa, qui vit sur une ferme à 10 minutes de Caraz et qui espérait sa visite.

Une ferme? Avec des vaches, des cochons, des moutons, des canards? Que pensez-vous que j’ai fait?

J’ai demandé à José si je pouvais l’accompagner, bien sûr. Il a rappelé son papa, qui a dit oui, bien sûr.

Le papa de José a 80 ans. Il a quitté sa femme pour une autre qui, actuellement, en a 36 tout au plus. Quand ils se sont connus, elle avait déjà deux enfants. L’aîné (dont j’oublie le nom, malheureusement) doit avoir 14 ou 15 ans, peut-être un peu plus. La deuxième, Carla, a 9 ou 10 ans. Les deux sont adorablement gentils, brillants, amènes, tout ce que tu voudras. Leur maman est d’une douceur infinie.

Et José a un petit frère de 6 ans, Abraham, qui lui a sauté dans les bras comme un petit ouistiti quand nous sommes arrivés, et qui ne nous a plus quittés.

Vous dire le bonheur qui m’a envahie là, à travers ces gens simples et bons, les enfants libres et beaux, les cochons tout contents d’être heureux, les canetons qui errent dans la cuisine, les inévitables chiens qui courent partout…

On a bu de la chicha de jora, une boisson fermentée à base de maïs. Abraham, magnifique petit garçon aux yeux pétillants d’intelligence, curieux comme tout, ne tarissait pas, il voulait tout savoir, tout me dire, tout me montrer. À un moment, il m’a dit qu’il avait un lion. «Ah, un lion, vraiment? Et où ça?

— Juste là, en bas, avec les moutons.

— Bon, je veux le voir!

— En plus, je le monte.

— OK, je veux voir ça aussi!»

Il se trouve que le lion en question est un mouton (une brebis?) avec, en effet, une grosse tête de laine pareille à une crinière. Ici, on garde tous les animaux attachés par une patte. Abraham a détaché l’extrémité de la corde nouée à un arbre et n’a fait ni une ni deux, hop! Il a enfourché son lion, qui s’est mis à trotter n’importe où. Sous les branches basses, sous les clôtures, mon Abraham se baissait comme un champion de rodéo, tombait, se relevait, se remettait en selle… Quand le mouton s’arrêtait, il lui saisissait la queue et tirait dessus en disant que c’était comme ça qu’on relançait le moteur, et de fait, le pauvre animal se remettait à avancer.

Carla se tordait de rire et moi aussi, ç’a été un fameux moment.

Puis nous sommes allés marcher un peu vers la montagne. Abraham, qui galopait autour de nous comme un jeune chien, a bien dû faire quatre fois le chemin que nous avons parcouru. «Jusqu’où allez-vous monter? Nous a-t-il demandé.

— Jusqu’à ce que nous soyons fatigués», ai-je répondu.

Il n’a pas cessé, ensuite, de nous demander si nous étions fatigués, et de nous affirmer que lui, non, et de nous le prouver par toutes sortes d’acrobaties. «¡Mi batería esta llena!» (Ma batterie est pleine!), disait-il à tout moment.

Quand nous avons rebroussé chemin, le soleil enflammait les montagnes d’en face, l’or des foins brillait en contrebas, le ruisseau bruissait le long de la piste pierreuse, Abraham nous attendait la tête en bas dans un avocatier.

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Que voulez-vous que je vous dise?

 

Crise politique

À travers la vitrine sale du bar de la Catedral del Pisco, au Gran Hotel Bolívar, j’ai vue sur la plaza San Martín, d’où partent toutes les manifestations à Lima. Les gens ont commencé à s’y rassembler vers 16h, une petite foule paisible qui a enflé lentement, sous le regard des policiers en tenue de combat.

La police est sur un pied d’alerte depuis hier, en prévision d’un vote au Parlement sur l’éventuelle destitution du président, Pablo Kuzcinski, dit PPK, lequel a finalement démissionné. Sa renuncia n’a rien réglé parce que ceux qui le haïssent veulent qu’il soit jugé pour corruption (et aussi parce qu’il a amnistié Alberto Fujimori, lui-même accusé de crimes contre l’humanité par la cour pénale internationale) et craignent qu’il ne quitte le pays pour échapper à son procès.

Hier toujours, on a diffusé des vidéos qui montrent des fujimoristes en train d’essayer d’acheter des votes contre la destitution de PPK, alors que, en principe, ces deux partis ne devraient pas être alliés.

En tout cas, c’est compliqué, et je ne vous ferai pas un cours de politique péruvienne, je suis loin de m’y retrouver. Seule dans le bar où j’ai commandé une Cusqueña malta, j’assiste à ces événements (comme à tout le reste) avec intérêt. J’aurais bien aimé être accompagnée de quelques collègues d’Allpa pour pouvoir en discuter, mais il semble que tous aient eu mieux à faire ce soir.

Depuis un moment, le portier du bar a fait baisser le rideau de fer, et un bataillon d’agents casqués vient de s’aligner devant «ma» vitrine, si bien que je ne vois plus rien de ce qui se passe (ou ne se passe pas) sur la place. J’aurai une haie d’honneur quand je sortirai pour parcourir les 10 mètres qui me séparent de la porte de l’hôtel. Et il ne se passera rien d’autre: j’ai vu courir quelques personnes et entendu deux détonations il y a une heure, mais maintenant tout est calme: des gens déambulent tranquillement dans la rue et les clients du bar ne jettent même pas un oeil vers l’extérieur.

On verra donc demain aux nouvelles comment tout cela aura abouti.

En attendant, je m’en vais essayer ma haie d’honneur, dont déjà les rangs se sont éclaircis. Est-ce parce qu’ils ont été appelés ailleurs?

Vivre dangereusement

Aujourd’hui, désespérée par la quantité de cheveux que je trouve quotidiennement partout (dans mon assiette, sur l’éponge de l’évier, sur mes vêtements), sans parler de mon peigne et du balai (le balai, c’est vraiment effrayant), j’ai décidé de passer à l’acte et de faire couper ce qu’il me reste, dans l’espoir d’en sauver une partie.

Il y a à Caraz bon nombre de petits salons de coiffure, en particulier dans l’une des étroites rues qui mènent au marché, ainsi qu’au marché lui-même. Mais, pour dire le moins, aucun ne m’attirait vraiment. Ici, on ne lave pas cheveux avant de les couper. Est-ce qu’on lave les peignes, les brosses? Je ne sais même pas si c’est la norme au Québec, mais disons que l’état des lieux en général ne me disait rien qui vaille. Et puis sur quel genre de coiffeuse peut-on tomber? Une qui s’est improvisée telle? Une qui n’a jamais coupé de petits cheveux mous?

J’ai arpenté comme ça les environs du marché jusqu’à tomber sur une échoppe toute peinte en vert lime, qui semblait propre et bien tenue. Un critère comme un autre. Et ça n’était pas non plus comme si je devais aller aux Oscars…

Je suis entrée, je ne voyais personne, j’ai lancé un «Buenas tardes?» et la proprio a émergé de derrière la porte, je pense que je l’ai réveillée. Je lui ai expliqué mon problème, elle m’a montré des modèles, je lui en ai montré d’autres et, comme d’habitude, j’ai fini par dire: «Haz lo mejor» (fais de ton mieux), et vogue la galère.

Un genre de lâcher-prise qui m’a (presque) toujours servie.

En tout cas.

Mary (prononcez Maaaaari) a été teeeellement fine! On a papoté (rien que ça, papoter en espagnol, je peux vous dire que c’est bon pour mon moral), elle m’a demandé quel shampooing j’utilise, elle a trouvé que je n’étais pas du tout au bord de la calvitie, et elle m’a fait une vraiment belle coupe dans les règles de l’art, en prenant tout son temps.

Quand elle m’a enfin enlevé l’affreuse cape noire qui fait qu’on a tous l’air de condamnés à mort, j’ai vu comme elle avait bien travaillé. J’avais peut-être 10 grammes de cheveux en moins, mais oh! Comme je me suis sentie légère, rajeunie, rafraîchie!

Elle a beaucoup ri de voir mon contentement, et j’espère qu’elle sait à quel point elle m’a fait du bien.

Je regrette de n’avoir pas pris sa photo, qui serait bien plus intéressante que la mienne, mais voilà.

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