J’peux pas croire… (Oui oui, mon journal, numéro 24)

J’peux pas croire qu’on en est encore là, elle et moi.

Ça fait un mois que j’suis ici, pis elle conteste encore ma suprématie. VOYONS! Si j’veux jouer, TU JOUES!

Si je juge qu’il est temps que tu recueilles mes cacas et mes pipis, JUST DO IT!

Je vais finir avec une extinction de voix à force de lui expliquer la vie. Je lui parle sans cesse, je miaule, je roucoule, je vocalise de toutes les façons possibles, je la talonne (littéralement, hahaha! Il m’arrive même de lui attraper les jambes, mais j’fais ça tout en douceur, tsébin, avec pas de griffes, vu que je suis parfaite).

Elle est OBLIGÉE de jouer à Ratatouille avec moi. Sinon, watch out!

J’vois bien qu’elle a une petite fatigue. Elle me dit souvent que je dois apprendre à jouer toute seule. CRISSE! Jouer toute seule. Voyons? À quoi ça sert? Qui a envie de faire ça?

En tout cas, tant qu’elle m’aura pas donné exactement TOUT ce que je veux, j’irai pas lui ronronner dans le cou, non messieurs-dames, pantoute. C’est tout juste si j’lui permets de me gratter doucement (DOUCEMENT) le menton et le dessus de la tête, après une dure journée d’apprentissage (les humains appellent ça le renforcement positif, ça veut dire que tu récompenses les bons comportements, hahahahaha! J’peux-tu te dire qu’ils ont rien inventé?)

Bref, quand elle fait c’que j’veux, j’lui donne une récompense.

L’impératrice icitte, c’est moi.

Le journal de Sissi (23)

Je trouve que la tatie se casse pas trop le bécik pour faire de moi une vedette internationale (le lien qui précède, c’est pour mes admirateurs étrangers qui savent pas ce que ça veut dire, se casser le bécik, ou le bicycle).

J’veux dire: c’est quoi, ces titres de marde, «Le journal de Sissi 8, 9, 10…» ? Jusqu’où on se rend comme ça? Elle a pas travaillé dans un grand quotidien, elle? Genre, grassement payée pour trouver des titres inspirants? VOYONS!

La preuve que c’est nul, ce soir, elle a mis «22» alors que c’était «23».

Elle a corrigé, mais bon, c’est trop tard.

À partir de maintenant, j’exige que ça change.

Mieux que ça: je veux mon propre blogue.

Elle a besoin de s’atteler, déjà que je lui fais faire ce que je veux avec mes miaulements, roucoulements et autres vocalises. T’en reviendrais pas, j’ai un registre de fou, je m’étonne moi-même. Je suis en train de la conditionner solide. Elle nettoie ma litière, change mon eau, remplit mon bol de croquettes, joue à Ratatouille, tout ça à volonté. Hahahaha! J’aurais jamais cru que c’était aussi facile d’élever un humain!

En tout cas, elle a pas fini avec moi.

Je continue de la priver de mes câlins, juste pour qu’elle apprenne.

Aujourd’hui, elle a essayé de m’amadouer avec ses fameuses super-croquettes, celles qui sont full-umami. HEILLE! J’me souviens trop bien de celles-là. C’est avec ça qu’elle m’a appâtée pour m’emmener chez le VÉTÉRINAIRE!

Elle me prend vraiment pour une petite sotte. (Mets donc ça dans ton vocabulaire, toi. J’suis petite, mais j’ai des lettres!)

Ça fait que j’en ai accepté une ou deux, pis j’ai couru me cacher sous le canapé. Pas question d’en faire plus. Faut pas me prendre pour une imbécile, Chose.

J’suis petite, mais j’ai de la mémoire.

Là, c’est clair qu’y aura pas de photo ni rien parce qu’elle le mérite pas.

Mais toi, j’t’aime quand même (et elle aussi, franchement, je l’aime, mais j’te dis ça en toute confidentialité, pis farme ta yeule).

Le journal de Sissi (22)

Allô.
Fait longtemps, hein?
C’est parce que la tatie a passé presque trois jours à se traîner de son lit aux toilettes au canapé à son lit aux toilettes et ainsi de suite.
Je te donnerai pas de détails, mais bon, disons que j’étais contente de pas l’avoir dans ma litière.
Elle jouait presque plus avec moi ni rien. C’est pour ça que j’ai rien écrit: j’avais rien à conter!
Bon, disons que j’ai pas tellement grand-chose à dire ce soir non plus, mais j’voulais pas que tu m’oublies ou que tu t’ennuies de moi. Je sais que tu t’es attaché, on peut pas faire autrement: je suis IRRÉSISTIBLE. C’est pour ça que je suis impératrice, tsé.
En tout cas.
Est-ce que je t’ai dit qu’elle m’a apporté un nouveau jouet? Il est turquoise avec des plumes et de petites ailes, comme un genre d’oiseau à la con.
Elle l’a fixé à une fenêtre, d’où il pendouille sans bouger au bout d’une perche. J’comprends pas ce que je suis censée faire avec ça.
J’veux dire: si la tatie joue pas avec moi, où est l’intérêt?
Pis qu’est-ce qu’elle comprend pas dans l’idée de JOUER?
Elle me dit que je peux jouer toute seule.
VOYONS DONC!
Depuis quand on laisse une impératrice jouer toute seule?
J’hayis ça, jouer toute seule.

Pis elle passe ben qu’trop de temps assise à sa table, devant son ordi! Voyons! C’est pas bon pour la santé, tout le monde sait ça!
Je monte parfois voir ce qu’elle fait. Je trouve un stylo à jeter par terre, ou une pièce de monnaie, n’importe quoi pour la déranger. Mais aujourd’hui, au secours! J’suis tombée sur quelque chose qui m’a vraiment troublée. Regarde ça:

J’sais pas ce qu’elle essaie de faire, mais j’espère que c’est pas mon portrait. Avec mon péteux en évidence, HEILLE!
J’vais appeler la SPCA!

Le journal de Sissi (21)

Allô.

J’ai une question. Qu’est-ce que ça veut dire, TOC?

La tatie m’a dit ça aujourd’hui, que j’avais peut-être un TOC. J’arrive pas à savoir si c’est un compliment ou un reproche ou autre chose. Elle m’a aussi demandé si j’avais un «déficit d’attention», pis elle m’a dit que j’étais «dépendante affective» pis que j’avais un «trouble de l’attachement».

Voyons donc!

C’est quoi, ce vocabulaire-là? D’abord, je peux pas avoir un trouble de l’attachement parce que j’ai jamais été attachée.

Pis dépendante affective, hahaha! On peut pas être plus indépendante que moi! Aussitôt qu’elle s’approche de ma bulle, j’m’éloigne juste assez pour qu’elle puisse pas me toucher. La distanciation, ça me connaît! Pis j’connais ça!

C’est vrai que, d’un autre côté, dès qu’elle bouge, j’me lève pis je la suis partout. C’est parce que JE LA SURVEILLE, au cas où elle préparerait des affaires croches. Elle m’en a déjà fait une couple, j’me méfie. (Une impératrice doit toujours être sur ses gardes, surtout quand elle n’a pas de gardes.)

En tout cas. Pour le reste, j’vais essayer de trouver des réponses moi-même, vu que j’sais ben que t’es juste un journal. L’important, c’est de se poser les bonnes questions, y paraît. J’suis p’tite, mais j’sais ça.

À c’t’heure, parlons des vraies affaires. Y a quelque chose de nouveau dans la cabane, j’ai pas encore compris ce que c’est. Regarde ben ça:

Je capote! Dès que j’entends le petit cri, wow! J’ai beau dormir comme une bûche, je me réveille pis j’accours comme une malade! C’est trop cool!

J’ai au moins compris d’où ça vient, pis je laisserai pas la tatie tranquille tant qu’elle me donnera pas full accès à ce truc.

Ça fait que c’est ça qui est ça. J’espère que t’as remarqué que j’ai arrêté de sacrer. C’est pas comme si la tatie sacrait jamais, hein: «Fais c’que j’dis, mais fais pas c’que j’fais», c’est ça, son principe d’éducation (comme si j’avais besoin d’être éduquée, estie).

En tout cas. J’suis l’impératrice, faut que je donne l’exemple.

Le journal de Sissi (20)

Salut.

Coup de théâtre: Ratatouille est revenue.

Finalement, mon histoire avec l’autre n’aura été qu’une aventure. Ratatouille est pas mal plus l’fun. Depuis qu’elle a réapparu, j’arrête pas d’achaler la tatie pour qu’elle joue avec nous. Je la suis partout en miaulant, hahaha! Elle finit toujours par faire ce que je veux: j’suis p’tite, mais j’suis tenace!

Pis c’est moi la boss.

Ça fait qu’on a joué! Des vraies débiles. Là, je suis mourute, j’vais faire une bonne sieste. Quand même, je me demande si j’ai pas joué un peu trop fort avec Ratatouille. Ses plumes sont toutes déplumées.

J’espère que la tatie va pouvoir la raccommoder. Ce serait plate de la reperdre maintenant qu’on s’est enfin retrouvées.

Sinon, l’autre, ben j’sais même pas où il est, c’est pour dire comment c’est fragile, tout ça.

En tout cas.

Aujourd’hui, il tombe plein d’eau dans le grand dehors, y a pas un seul oiseau dans l’arbre (et plus une seule feuille non plus, by the way). C’est PLAAAAATE!

Raison de plus pour aller dormir.

Le journal de Sissi (19)

Cher journal,

Je commence à croire que je pourrais entamer un processus de réflexion en vue de penser à essayer de former le projet de peut-être envisager la possibilité de faire un début de plan pour jeter les bases d’une éventuelle relation avec la tatie.

Pour le dire tout cru: je peux pas m’empêcher de la suivre partout.

J’ai pas encore cédé à la tentation de plus en plus brûlante de me coucher avec elle la nuit, parce que j’ai ma fierté, tsé. Mais oooohhh… À 5h du matin, quand j’ai fini mon dodo à moi, j’peux pas résister. Je monte sur son lit, je descends, je remonte, je passe et repasse derrière sa tête en reniflant ses cheveux au passage et en ronronnant à mort, tout en échappant avec art à toutes ses tentatives de me toucher.

J’vais la rendre complètement folle, hahahaha!

Ce matin, elle a ouvert la fenêtre de sa chambre, j’ai eu tellement de parfums dans le nez et d’oiseaux à observer, à travers cette petite grille mince dont je t’ai déjà parlé, j’ai vraiment trippé.

Mais quand la tatie s’en va (elle continue de m’abandonner quelquefois, mais comme elle revient toujours, j’ai cessé de lui en vouloir), bref, quand elle sort, elle ferme tout, j’comprends pas pourquoi.

J’pourrais toujours bin pas déchirer la p’tite maudite grille?

Oh, wow!

Je viens de comprendre quetchose.

JUST WATCH ME!

Ce disant, j’me rends compte que j’ai entendu cette expression dans quelques trucs que la tatie a regardés sur son estie de machin avec lequel elle passe plus de temps qu’avec moi. La Crise d’octobre, ça s’appelle. Elle est encore plus obsédée par ça que moi par mon nouvel ami, ce qui n’est pas peu dire.

Apparence qu’y s’est passé là des trucs qui étaient graves, mébon.

As-tu remarqué que j’ai amélioré mon vocabulaire, en passant? J’essaie de sacrer moins parce qu’y paraît que ça se traduit mal. Pis si je veux devenir une vedette dans le monde entier, faut que j’soigne mon langage.

La tatie m’a expliqué que c’est comme ça que Carole Laure a eu une carrière internationale, avec juste un beau body, une belle tite face pis un fake accent français.

J’sais pas pantoute qui elle est, celle humaine-là, mais si la tatie dit vrai, j’ai tout pour réussir.

Le journal de Sissi (18)

JE LE SAVAIS!

Elle m’a trahie encore une fois. Elle m’a attirée avec ses super croquettes full umami. Je me méfiais, j’ai hésité, j’avais encore le mot «vétérinaire» en tête, tsé.

Je me suis quand même approchée vu que ces croquettes-là, ben, disons… c’est dur de résister. Elle a pensé (quelle conne) que si elle en mettait dans son estie de sac de transport, j’y entrerais tout bonnement.

Heille. J’sais pas si je te l’ai déjà dit: j’suis petite, mais j’suis futée.

J’ai rien voulu savoir. Ça fait que là, encore une fois, elle m’a prise en traître. Estie que j’me suis débattue! Une vraie lionne! J’suis petite, mais j’ai du caractère! Sauf qu’elle a été plus forte que moi pis elle a fini par réussir à m’enfermer dans la patente. Je lui ai laissé quelques bonnes grafignes bien saignantes sur les mains, ça lui apprendra.

Ça fait que là, elle m’a encore barouettée d’un bord pis de l’autre, je savais pu pantoute où j’étais quand la machine s’est arrêtée.

On m’a mise dans une salle avec plein d’autres camarades d’infortune (parmi lesquels j’ai même cru reconnaître un de mes fils, imagine l’horreur!), pis j’ai attendu. Des gens m’ont saisie, m’ont fait une piqûre de je sais pas quoi et m’ont remise dans mon estie de cage rose. Mais rendue là, j’étais quasiment contente de m’y retrouver.

Là, je suis crevée mourute, mais je suis quand même heureuse d’être rentrée à la maison, parce que je savais vraiment pas où j’aboutirais quand on m’a remise dans la cage pis que la tatie m’a encore barouettée d’un bord pis de l’autre.

J’viens de dire que je suis rentrée à la maison.

Wow.

C’est l’fun de pouvoir dire ça.

En tout cas, j’étais tellement contente d’être ici que j’ai même pas eu envie d’aller me cacher sous le divan.

La tatie, finalement, est pas si pire.

Le journal de Sissi (17)

Oh well, comme disaient mes chums du West Island. The shit is hitting the fan.

Ça veut dire que la marde est en train de pogner. Ou que ça commence à aller vraiment mal. (J’suis en train de m’internationaliser.)

Aujourd’hui, elle est partie genre à 11 h sans me dire où elle allait ni quand elle rentrerait. Bon, à la limite, c’est son droit, pis même si elle me disait où elle va, c’est pas comme si j’avais envie d’y aller ni qu’elle avait l’intention de m’emmener (merci le dieu des chats).

En tout cas. Comme la tatie est une traîneuse de calibre olympique (ça, ça veut dire qu’elle laisse tout traîner, genre que sa maison est un bordel permanent), j’me suis prise d’affection pour un petit tapon de laine qui sentait bon, abandonné sur le canapé.

Ça fait que, quand elle est rentrée, j’avais pas fini de tripper, elle m’a interrompue dans mon histoire avec ce que j’ai appris qui était un cardigan de mérinos (heille, on se torche pas avec des pelures d’oignon, icitte!), pis j’ai pas pu m’empêcher de continuer une fois qu’elle a enfin eu arrêté de s’agiter.

Donc, quand elle a fini par poser son cul sur le divan, y était trop tard, je voulais pu bouger, pis c’est là que tout a chié.

Elle a profité de ma vulnérabilité pour me faire plein de caresses sous le menton et derrière les oreilles, ça m’a rappelé quand j’étais petite pis que ma mère me faisait ça à la sauvette pis que j’en avais jamais assez.

J’ai craqué, qu’ess tu veux que j’te dise?

Là, j’vais me coucher, mais j’ai quand même une inquiétude pis j’sais pas si j’vais dormir. La tatie a dit aujourd’hui le mot «vétérinaire», pis elle a sorti le petit nid dans lequel elle m’avait mise pour m’emmener ici. Je crains le pire.

Le journal de Sissi (16)

Salut.

J’pense que j’suis en amour.

La tatie m’a présenté aujourd’hui un nouvel ami. J’sais pas son nom, j’sais pas d’où il vient, mais ooooohhhhh! Il est drôle, il est poilu, il sent bon, j’ai un fun fou avec lui! J’ai même pu besoin de la tatie pour jouer, on fait ça ensemble tous les deux, en toute intimité. C’est génial!

OK, oui, c’est un peu plate pour Ratatouille, mais elle arrête pas de disparaître (pis où, au fait, hein?), donc j’suppose qu’elle et moi, c’était pas vraiment possible. En tout cas, c’était sûrement un amour à sens unique, sinon pourquoi elle me laisserait tomber comme ça à tout bout de champ?

Bien sûr, mon nouvel ami et moi, on se cache encore un peu (des fois que Ratatouille nous pognerait, tsé: j’aime bien ménager mes arrières), mais c’est dur. ON RIT TROP!

Je l’aimeeeeee!

Dire que j’sais même pas son nom!

Sinon, avec la tatie, ben ça va comme c’est mené, PIS C’EST MOI QUI MÈNE, hahahaha!

Je continue de suivre mon plan: une journée, je garde soigneusement mes deux mètres de distance, je la laisse même pas s’approcher (tout en me roulant à terre de tout mon long avec l’air de lui demander des câlins). Le lendemain, je la laisse me prendre un tipeu dans ses bras, durant quelques secondes de ronrons, juste assez pour lui donner le goût, pis je décrisse.

A va finir par apprendre.

En attendant, j’suis contente de t’annoncer que j’ai désormais des croquettes à volonté.

Fini le chantage. J’savais que j’finirais par régner icitte.

Le journal de Sissi (15)

Salut.

Ça va mal.

Mon plan est en train de dérailler solide.

Aujourd’hui, la tatie a joué avec moi et Ratatouille pendant chépas combien de temps (voyons, j’t’ai dit que chuis pas bonne pour compter le temps!), mais en tout cas vraiment longtemps, pis on a eu un fun noir.

Pourquoi on dit ça, un «fun noir», au fait? D’où ça vient?

J’ai ma p’tite idée, mais j’te laisse réfléchir là-dessus. Penses-y ben comme faut.

En tout cas, on a eu ben du fun.

Mais elle finit toujours par s’arrêter pis me laisser à moi-même.

C’est une forme d’abandon! C’est limite un mauvais traitement! Je songe à me plaindre à la SPCI. Oui oui: la Société pour la prévention de la cruauté envers l’Impératrice.

Comment ça, ça existe pas? Tu vas voir que ça va exister dans pas long.

Enfin, bref, à force de me faire abandonner, j’ai fini par être obligée de m’intéresser au jouet débile qu’elle m’a présenté sans que je demande rien.

Pis c’est là que j’me suis fait avoir.

J’me demande vraiment comment tout ça va finir.