Attachiante

Elle m’a dit ça, cette semaine: paraît que j’suis «attachiante».

J’ai pas compris exactement ce que ça voulait dire, mais j’ai l’impression que c’est pas tout à fait un compliment. Elle a pas dit avec sa tendresse habituelle, mettons, comme quand elle fond devant ma belle p’tite face d’impératrice et mon corps parfait de déesse féline.

C’est sûr qu’elle manque de patience. Depuis un p’tit bout de temps, quand elle se lève enfin de son lit, le matin, elle dit qu’elle se sent comme si le gros camion qui ramasse les poubelles chaque semaine lui avait passé sur le corps.

Je le connais, ce camion-là. Dans mon ancienne vie, quand j’étais obligée de fouiller dans les déchets pour manger et que je l’entendais arriver, je déguerpissais à une vitesse supersonique, peu importe ce que j’étais sur le point de découvrir.

Jamais j’aurais pensé que ce gros crisse de camion-là pouvait passer sans faire de bruit, en pleine nuit, sur le corps d’une humaine bien couchée dans son lit de luxe avec des draps roses pis toute. Ce qui m’étonne, en fait, c’est qu’il l’ait pas ramassée avec le reste puisque, selon elle, est pu bonne à rien. J’veux dire, heille, un peu de cohérence, icitte?

Faut dire, ça ferait pas mon affaire pantoute. Elle est p’t’être maganée, la tatie, mais elle me donne quand même des croquettes pis des caresses (j’suis un peu moins friande de ça, par contre).

Quoi qu’il en soit, moi, comme je t’ai déjà dit, quand elle se lève enfin, j’veux juste une chose: qu’elle joue avec moi!

Mais non. Faut que Madâââme prenne son café. Faut qu’elle fasse ses p’tites affaires. Comme si j’étais pu l’impératrice, crisse! Ça fait que je réclame mon titre dans tous les registres dont la nature m’a dotée, pis laisse-moi te dire que des registres, j’en ai, de droit divin par-dessus le marché, vu que j’suis une impératrice.

Pis c’est là qu’elle m’a lancé ça: «AAAAHHH! Ma Sissi, t’es vraiment attachiante!»

L’art de la fugue

Hello.

Je prends le temps de t’écrire même si j’suis complètement à boutte, épuisée, fatikée-morte.

Aujourd’hui, la tatie a fait ce qu’elle appelle du «ménage». Essentiellement, d’habitude, ça veut dire qu’elle s’agite dans toutes les pièces avec une estie de machine à roulettes qui fait un bruit d’enfer, et puis elle met plein de vêtements et de linge dans une autre machine dotée d’une petite fenêtre ronde où on peut les voir tourner et brasser, et caetera. Bref, elle s’agite.

Mais là, elle a fait beaucoup moins de choses, supposément parce qu’elle a toujours terriblement mal à son épaule. Donc, à un moment donné, elle s’est reposée sur son lit pour lire un peu. Mais oh! Ah! Elle avait entrouvert la porte-fenêtre de sa chambre ridiculement rose pour aérer. Pas la première fois qu’elle fait ça, mais j’avais jamais pu y glisser plus que mon nez pour humer toutes les odeurs démentes qui montent jusqu’ici.
J’sais pas ce qui s’est passé (ou pas) dans son pauvre cerveau d’humaine, mais aujourd’hui, elle a ouvert ça juste assez pour que j’y passe mon magnifique petit corps de liane.

Elle n’a rien vu.

Je suis sortie, j’ai prudemment parcouru le balcon d’un bout à l’autre, aucun danger à l’horizon.

J’ai descendu l’escalier pas à pas, en tout anonymat. Un autre balcon, nouvelle inspection; toujours rien. J’ai poursuivi jusqu’en bas.

Et là! LÀ! J’me suis retrouvée dans un endroit de fou, débile, vaste, avec de l’herbe à pu finir, des parfums qui venaient de partout, des sons inconnus… et j’ai capoté complètement. Je l’avoue, j’ai eu un peu peur. Je marchais style commando, ventre au sol, toutes vibrisses* déployées, les oreilles tellement pointues et mobiles que j’savais même pas que ça se pouvait. Heureusement, y avait plein de cachettes pour me mettre à couvert et analyser le terrain avant de poursuivre ma progression.

* Les vibrisses, c’est le vrai nom de ce que les humains, dans leur insondable ignorance, appellent «moustaches». Heille! Depuis quand les impératrices ont-elles des moustaches? Estie que chuis tannée. En tout cas.

Pis là, au bout d’un certain temps (je sais pas combien de temps! J’t’ai déjà dit que j’suis pas bonne pour mesurer le temps, arrête de me tanner avec ça!) bref, au bout d’un moment, la tatie est sortie sur le balcon. Elle s’est mise à m’appeler par mon nom (auquel je mets un point d’honneur à ne pas répondre). Moi, je restais bien cachée, j’avais peur de me faire chicaner, tu penses bien!

C’est là que je me suis fait trahir. Une madame qui lisait dehors m’a dénoncée: «Une belle petite chatte tigrée, là? Avec des pattes blanches? Je l’ai vue passer, elle allait par là! Mon doux, si j’avais su!» Quoi, madame, si t’avais su? Tu penses que t’aurais pu m’approcher? Hahaha! Elle est bonne, celle-là!

En tout cas, à force de beugler mon nom, la tatie a ameuté tout l’immeuble. Crisse! Elle a descendu l’escalier en agitant sa boîte de super-croquettes (j’les aime même pas tant que ça, ses maudites croquettes), elle avait même sorti Ratatouille dans l’espoir de m’amadouer. Pauv’tite Ratatouille! Elle a dû geler! Pis moi, dans tout ça, j’avais l’air de quoi, hein?

Je dois dire que, rendue là, j’avais réalisé mon erreur. Le Grand Dehors, finalement, c’est pas si l’fun que ça. Ça m’a rappelé des tas de mauvais souvenirs. Y fait frette. Les cachettes sont sombres, souvent ça sent pas super bon. Y a des gros chats que j’connais pas pis que j’ai pas envie de connaître.

Ça fait que, après avoir changé d’abri en chatimini une couple de fois, j’me suis finalement roulée en p’tite boule derrière une poubelle, tout en laissant stratégiquement dépasser juste un micro-bout de mon admirable postérieur. Quand la tatie m’a eu trouvée, j’ai émis quelques miaulements de détresse, pour l’attendrir. Et là, VLAN! Elle s’est saisie de moi presque aussi vite que quand je capture Ratatouille. J’ai été impressionnée.

J’me suis quand même débattue comme la diablesse que je peux être, j’ai miaulé comme une désespérée pour qu’on appelle la SPCA, les pompiers, la police, la DPJ, que sais-je. Mais au fond, si j’avais vraiment voulu lui échapper, je lui aurais arraché les mains, les bras, même la face. Je te dis ça à toi, répète jamais ça à personne.

Bref, je suis de nouveau dans ma belle maison, pis va pas t’imaginer que j’vais être plus fine que d’habitude avec la tatie.

J’ai ma fierté.

Mais là, franchement, j’suis vraiment à boutte de toute, pis la tatie aussi. On dirait que le stress a aggravé sa douleur à l’épaule. Pour un peu, je la plaindrais.

C’est lourd

C’est ce qu’elle me dit souvent, quand je la harcèle pour jouer (et je suis championne toutes catégories pour ça), ou quand je m’enfuis devant ses tentatives de caresses après que je me suis roulée par terre comme une estie de dépendante affective.
Mais c’est lourd? Kessé qui est lourd au juste?
C’est-tu elle qui me fuit quand je veux jouer et qui me tanne pour me toucher?
Ou c’est moi qui veux juste vivre en paix ma vie de chatte: manger, jouer, dormir?
VOYONS!
Amène-la, ta balance, on va ben voir ce qui est le plus lourd. Mais j’suis p’tite, pis je suis l’impératrice, fait que c’est moi qui gagne anyway.
En tout cas. Ce soir, on a quand même eu un rare moment d’harmonie. Je sais pas ce qui s’est passé, mais j’me suis blottie en p’tite boule tout près d’elle, et je l’ai laissée me caresser le menton, le dessus de la tête, les joues et même les pattes, et j’ai ronronné comme quand j’étais vraiment p’tite et que ma mère me léchait partout pour me réconforter.
Je veux pas faire trop de liens, mais j’ai cru voir la tatie mettre des gouttes sur notre couverture préférée (quand c’est pas elle qui y est, c’est moi, mais jamais les deux ensemble, j’ai ma fierté). Ça s’est soudain mis à sentir le bonheur. Le souvenir de ma mère et de mes p’tits frères m’est revenu… J’étais vraiment petite dans ce temps-là, pis j’ai été abandonnée vraiment trop tôt, mais c’est le genre de chose qu’on n’oublie jamais.
Bref, j’ai pas pu me retenir.
Pis je dois te dire que, en fin de compte, c’était pas mal le fun. J’en ai profité à plein.
J’suis en train de la mettre à ma main, hahaha!

Y en aura pas de facile

Je sais que j’ai rien écrit depuis longtemps, pis c’est pas faute de vouloir. J’ai plein de choses à raconter. Sauf que, depuis quelque temps, la tatie me dit souvent qu’a «file un mauvais coton». Je sais pas exactement ce que ça signifie, mais j’peux voir qu’est à boutte.

Dès qu’a lève le bras pour jouer avec moi, a sacre: «AYOYE, CRISSE!» (Dire qu’a me demande d’améliorer mon vocabulaire, estie!)

Y paraît que la madame a mal à l’épaule.

Ça fait qu’on a encore beaucoup de chemin à faire avant de devenir vraiment amies parce que, pendant ce temps-là, moi, j’ai mal à ma Ratatouille.

OK, j’ai du bon manger (mais pas à volonté, contrairement à ce que je t’ai déjà raconté), pis la tatie continue de recueillir religieusement mes cacas et mes pipis (cré-moé ou pas, elle fait ça avant même de prendre son estie de café, alors que moi, j’veux juste jouer! Youhou? Les priorités?)

J’ai des spots de fou pour observer les oiseaux, j’ai des jouets en masse pis toute. En principe, j’ai pas à me plaindre.

Mais j’aime trop Ratatouille.
Pis Ratatouille, sans la tatie, c’est pas pareil.

Ça fait que je harcèle la tatie sans répit dès son lever, et je fuis toutes ses tentatives de caresse jusqu’à la fin du jour, et là, au moment où j’en peux pu moi-même, je deviens la plus câline des minettes. Elle fond, elle me grattouille le menton, je ronronne à mort, elle pense que ça y est, pis BAM! Je la laisse là comme une vieille guenille. Je t’ai déjà expliqué que c’est la méthode des pushers, non?

Ça s’appelle du conditionnement, pis cré-moé, j’sais comment ça marche.
Elle m’aura pas avec ses friandises. I KNOW BETTER, hahahaha!

Grosse fatigue (Sissi, chapitre 28)

Estie que j’suis tannée.

Elle arrête pas de me dire que je grossis.

Là, elle m’assomme avec un bol supposément interactif qui m’oblige à puiser mes croquettes une à une avec ma patte au lieu de m’en mettre plein la gueule quand j’en ai envie.

Mon calvaire n’aura donc jamais de fin? J’vais porter plainte!

À BAS LA GROSSOPHOBIE!

La tatie est une tortionnaire!

Mais elle a pas fini avec moi: la soirée commence, la nuit m’appartient, hahaha! Déjà, j’apporte tous mes jouets dans sa chambre la nuit, juste au cas où ça éveillerait quelque chose dans son cerveau embrumé, mais jusqu’ici, par pure pitié, je faisais pas trop de bruit.

Là, si elle continue de m’affamer, elle va savoir comment j’m’appelle.

Sinon, hier, on a quand même passé un p’tit boutte de soirée l’fun. Elle regardait un immense truc lumineux avec plein de choses qui bougeaient, j’avais jamais remarqué ça ici. Wow!

Elle m’a dit que c’était les élections américaines. J’ai pas compris ce que ça voulait dire au juste, mais j’peux te dire que ça la stressait au boutte. J’ai senti ça très bien à cause des hormones qu’a dégageait. Estie! WOW! Comme moi quand elle essaie de me prendre dans ses bras! La même crisse d’affaire! Hahahaha! J’espère que ça va lui servir de leçon. Mais ça m’étonnerait, sa courbe d’apprentissage est remarquablement longue.

Pis nous autres, les félins (et surtout les félines), on a le nez fin, au cas où tu saurais pas.

Ça fait que, à un moment donné, la tatie en a pu pu et elle a éteindu tout ça. (Oui, je dis «éteindu» parce que ça me tente. J’fais c’que j’veux.)

J’dois aussi reconnaître, dans un autre ordre d’idée, que je commence à aimer ses caresses. J’suis vraiment pas au point de les quémander (est-ce qu’une impératrice devrait même «demander» quoi que ce soit?), mais le jour où j’vais les exiger, hahaha! JUST WATCH ME!

Un jour, j’aurai mon propre blogue (mon journal, chapitre 27)

Je l’achale, je la tanne, je la harcèle, elle va finir par comprendre. JE SUIS UNE PERSONNALITÉ! Je veux mon propre blogue!

Par-dessus le marché, c’est elle qui a dit que je deviendrais certainement une vedette internationale, ça fait que HEILLE! GROUILLE! Me semble que c’est pas trop demander?

Mais bon, c’est vrai que la tatie est un peu lente. Je l’ai vue ramer aujourd’hui avec son estie de machin devant lequel elle passe le plus clair de son temps. Elle essayait, d’après ce que j’ai compris, de communiquer avec deux autres taties qui avaient un accent vraiment bizarre. Elle a fini par y arriver, pis là, elle a passé une heure et demie à jaser avec ces deux madames-là.

Tout ce temps-là, moi, j’attendais comme une bonne.

Elle a voulu prendre une photo de moi pour leur montrer comment je suis irrésistible. Hahaha! Bonne chance! Elle a pas réussi, t’imagines bien.

Après, quand elle a eu enfin fini cette interminable conversation, elle s’est préparé une friture de petits poissons qui sentaient le ciel. Mais tu croiras pas ça: elle a osé ne m’offrir que les têtes et les tripes des petits poissons. VOYONS! Si je les mange pas, elle fait quoi avec? Elle les crisse aux poubelles! Est-ce que j’ai l’air d’une poubelle?

J’ai levé le nez là-dessus, comme il se doit.

Elle a pas fini de m’entendre.

En tout cas.

Au moins, aujourd’hui, elle a beaucoup joué avec moi, même si c’est jamais assez à mon goût. On va finir par se faire une vie, mais estie que c’est de l’ouvrage. J’arrête pas d’essayer de l’éduquer. J’pensais que, après avoir sevré mes quatre petits crisses de chenapans, j’aurais enfin la paix, mais on dirait que ça finit jamais.

Y en aura pas de facile.

Pis oui, je dis beaucoup de gros mots, mais c’est sa faute: a tient pas ses promesses. Fait que j’vois vraiment pas pourquoi j’me censurerais.

En tout cas. J’vais me coucher, pis j’peux te garantir qu’elle sera debout à 5-6h demain matin pour me donner des croquettes.

D’ailleurs, ça, c’est un autre contentieux (ben oui, CONTENTIEUX, j’t’ai déjà dit que j’ai des lettres! Cherche dans le dictionnaire!).

Elle prétend que j’vais devenir grosse si elle m’en donne plus. Aujourd’hui, elle a réussi à s’emparer de moi pour me peser. Je pèse apparemment tout juste 5 livres. Soit 2,68 kg. Elle dit que, selon les indications du sac de croquettes, elle peut pas m’en donner plus de 50g par jour.

Estie que c’est cheap.




Le journal de Sissi (22)

Allô.
Fait longtemps, hein?
C’est parce que la tatie a passé presque trois jours à se traîner de son lit aux toilettes au canapé à son lit aux toilettes et ainsi de suite.
Je te donnerai pas de détails, mais bon, disons que j’étais contente de pas l’avoir dans ma litière.
Elle jouait presque plus avec moi ni rien. C’est pour ça que j’ai rien écrit: j’avais rien à conter!
Bon, disons que j’ai pas tellement grand-chose à dire ce soir non plus, mais j’voulais pas que tu m’oublies ou que tu t’ennuies de moi. Je sais que tu t’es attaché, on peut pas faire autrement: je suis IRRÉSISTIBLE. C’est pour ça que je suis impératrice, tsé.
En tout cas.
Est-ce que je t’ai dit qu’elle m’a apporté un nouveau jouet? Il est turquoise avec des plumes et de petites ailes, comme un genre d’oiseau à la con.
Elle l’a fixé à une fenêtre, d’où il pendouille sans bouger au bout d’une perche. J’comprends pas ce que je suis censée faire avec ça.
J’veux dire: si la tatie joue pas avec moi, où est l’intérêt?
Pis qu’est-ce qu’elle comprend pas dans l’idée de JOUER?
Elle me dit que je peux jouer toute seule.
VOYONS DONC!
Depuis quand on laisse une impératrice jouer toute seule?
J’hayis ça, jouer toute seule.

Pis elle passe ben qu’trop de temps assise à sa table, devant son ordi! Voyons! C’est pas bon pour la santé, tout le monde sait ça!
Je monte parfois voir ce qu’elle fait. Je trouve un stylo à jeter par terre, ou une pièce de monnaie, n’importe quoi pour la déranger. Mais aujourd’hui, au secours! J’suis tombée sur quelque chose qui m’a vraiment troublée. Regarde ça:

J’sais pas ce qu’elle essaie de faire, mais j’espère que c’est pas mon portrait. Avec mon péteux en évidence, HEILLE!
J’vais appeler la SPCA!

Le journal de Sissi (20)

Salut.

Coup de théâtre: Ratatouille est revenue.

Finalement, mon histoire avec l’autre n’aura été qu’une aventure. Ratatouille est pas mal plus l’fun. Depuis qu’elle a réapparu, j’arrête pas d’achaler la tatie pour qu’elle joue avec nous. Je la suis partout en miaulant, hahaha! Elle finit toujours par faire ce que je veux: j’suis p’tite, mais j’suis tenace!

Pis c’est moi la boss.

Ça fait qu’on a joué! Des vraies débiles. Là, je suis mourute, j’vais faire une bonne sieste. Quand même, je me demande si j’ai pas joué un peu trop fort avec Ratatouille. Ses plumes sont toutes déplumées.

J’espère que la tatie va pouvoir la raccommoder. Ce serait plate de la reperdre maintenant qu’on s’est enfin retrouvées.

Sinon, l’autre, ben j’sais même pas où il est, c’est pour dire comment c’est fragile, tout ça.

En tout cas.

Aujourd’hui, il tombe plein d’eau dans le grand dehors, y a pas un seul oiseau dans l’arbre (et plus une seule feuille non plus, by the way). C’est PLAAAAATE!

Raison de plus pour aller dormir.

Le journal de Sissi (14)

C’est pas pour me vanter, mais je suis en train de rendre la tatie complètement accro à ma délicieuse personne.

Elle fait tout c’que j’veux, hahahahaha!

Mais le plus important, c’est que MOI, Sissi impératrice de Rosemont, je fasse exactement tout ce que JE veux. Hier, je l’ai comblée de câlins et de ronrons. Je lui ai même donné quelques bisous avec mon irrésistible petit nez de satin rose.

Aujourd’hui? RIEN!

Bon, oui, OK, je me suis un peu roulée par terre pour lui montrer ma belle petite bedaine blanche, mais PAS TOUCHE!

Mes chums de ruelle m’ont appris que c’est comme ça qu’on se fait une clientèle.

Pis d’abord, c’est un juste retour des choses parce que la tatie arrête pas de me priver de Ratatouille. Elle joue 15 minutes ici et là, pis elle m’abandonne. Ça fait que quand j’dis qu’elle fait tout ce que je veux, c’est pas encore tout à fait vrai. Mais elle perd rien pour attendre. Elle a pas le droit de me faire ça! J’veux dire, si elle joue pas avec moi à Ratatouille, c’est moins l’fun. Pis j’ai le droit d’avoir du fun après tout ce que j’ai vécu, pis elle m’a toujours ben pas adoptée pour m’abandonner, sacrament!

OK, j’sais que j’dis beaucoup de gros mots, la tatie arrête pas de me reprendre en me répétant que si je veux devenir une vedette internationale, faut que je soigne mon langage pis toute.

Blablabla…

Mais well, devenir internationale, quand même, pour une chatte de ruelle… Ça serait une consécration! J’gagnerais peut-être des prix, on sait pas.

En tout cas.

Pour changer de sujet, j’veux juste te dire que, hier soir, la tatie a laissé ouverte la mince petite grille qui me sépare du grand dehors. Pas longtemps, pis sans doute par accident, mais heille. J’peux-tu te dire que j’en ai profité? J’ai juste eu le temps d’explorer un peu le territoire immédiat et de humer l’air. Ça sentait toutes sortes d’affaires, j’aurais perdu la tête si la tatie m’avait pas rappelée. J’suis rentrée vite vite parce que, au fond, j’aime pas trop l’insécurité, tsé.

Même si la tatie m’énarve souvent, j’dois reconnaître qu’elle me veut pas de mal. Elle me nourrit, elle recueille mes cacas et mes pipis comme si c’était de l’or, pis elle me gratte doucement le menton quand je la laisse faire (et oooohhh, mon doux que c’est dououououx!).

Ça fait que j’sais pu trop où j’en suis, pour te dire la vérité.

Là, j’sens qu’elle est sur le point d’aller se coucher, pis moi aussi. Reste à savoir si j’vais la rejoindre ou pas.

HAHAHAHA! Tu penses vraiment que j’suis rendue là? Voyons! Pour qui tu me prends?