«Vilaine fille!»

Salut.
Ça fait des semaines que la Tatie me tanne pour que je lui permette de publier le fond de mes pensées (ben oui, parce que j’en ai plus qu’une, de pensée, imagine-toi donc).
OK, j’ai dit. Mais tu vas tout raconter.
«Vilaine fille», c’est comme ça qu’elle m’appelle, maintenant.
Juste parce que, l’autre jour, j’ai fait l’erreur de fureter jusqu’au rez-de-chaussée après qu’elle a eu laissé la porte entrouverte (oui, c’est un bon verbe bien conjugué, va voir ton Grevisse pis tanne-moi pas avec ça).
Une fois en bas, j’me suis retrouvée les quatre pattes dans une matière blanche pis frette vraiment bizarre, j’ai pas souvenir d’avoir jamais vu ça dans ma vie. Ça sentait pas grand-chose, tout était aveuglant, j’avançais à tâtons, j’aimais pas trop ça. Je voulais remonter quand la Tatie m’a appelée, je le jure. Et c’est là que je l’ai vu, LUI.
LUI! Le gros Guimauve! J’ai eu la peur de ma vie. Je me suis cachée vite fait dans une vraie bonne cachette, mais pas assez vite: Guimauve m’a vue. Il m’a fait «BOUH!» pis j’ai détalé, avec lui à mes trousses.
Mais DÉTALÉ! Je savais même pas que je pouvais courir aussi vite.
J’ai vaguement entendu la Tatie qui criait mon nom, mais j’avais une urgence, crisse: trouver une nouvelle cachette!
J’en ai trouvé plusieurs, l’une après l’autre (le secret, c’est de ne jamais rester longtemps au même endroit). Guimauve m’a cherchée pendant un bout de temps, mais il a cessé de jouer, pis je suis restée toute seule.
Longtemps.
Y faisait frette en estie. J’entendais la Tatie qui m’appelait en secouant mon bol de croquettes (mes croqueeetttes!!!), mais y avait tellement de bruit partout, je me suis tenue coite et recoite, même quand elle passait à un mètre de moi (la pauvre innocente!), parce que, rendue là, je ne me fiais plus à rien ni personne.
J’ai fini par rentrer quand tout a été silencieux et que je l’ai entendue clairement crier mon nom. C’était la nuit noire encore plus noire que Guimauve. Faut dire, j’étais pas loin: je suis pas une imbécile, hé. J’attendais le bon moment, c’est tout.

J’ai appris plus tard qu’elle avait capturé et séquestré le gros Guimauve pour me laisser le champ libre.
CAPTURÉ ET SÉQUESTRÉ! Hahahahahahaha! Le King du jardin a été neutralisé pour moi! Quand j’te dis que je suis l’Impératrice de Rosemont, tsé.

OK, astheure, je vais te confier quelque chose: le Guimauve, il est pas gros. Il est costaud. Il fait deux fois ma taille. Il est tout noir, tout complètement absolument partout, un beau pelage uni, lisse et en santé. Il est le boss de la place. Il patrouille le jardin en permanence. Il vient même parfois sur NOTRE balcon. Il a fait ça il y a seulement trois jours. Il s’est assis là, comme pour prendre le frais, bien tranquille, comme si j’existais pas. HEY!
La Tatie a entrouvert la porte, juste assez pour qu’on puisse se sentir le museau, des fois qu’on pourrait devenir amis. Je capotais complètement. Il est beau, quand même, ce Guimauve, tsé…
Ben tu me croiras si tu veux, l’estie de gros maudit con, tout ce qu’il a trouvé à faire, c’est de passer sa grosse patte dans l’ouverture avec l’air de vouloir me griffer!
Maintenant, la Tatie dit qu’il est hors de question qu’elle me laisse sortir parce que le gros Guimauve va me faire la peau. Je sais bien que c’est pas vrai. Je cours vite pis j’ai le don de trouver de bonnes cachettes. Mais elle me croit pas.

Fait que là, je boude. J’ai un plan. Je la réveille à 5h du matin avec des ronrons et de petits coups de pattes, puis je la fuis toute la journée. Je la harcèle pour jouer, mais si elle s’approche, je file. Je me laisse prendre 15 secondes à la fois, pas une de plus.

Elle va finir par être tellement tannée qu’elle va me laisser sortir. JUST WATCH ME!

Attachiante

Elle m’a dit ça, cette semaine: paraît que j’suis «attachiante».

J’ai pas compris exactement ce que ça voulait dire, mais j’ai l’impression que c’est pas tout à fait un compliment. Elle a pas dit avec sa tendresse habituelle, mettons, comme quand elle fond devant ma belle p’tite face d’impératrice et mon corps parfait de déesse féline.

C’est sûr qu’elle manque de patience. Depuis un p’tit bout de temps, quand elle se lève enfin de son lit, le matin, elle dit qu’elle se sent comme si le gros camion qui ramasse les poubelles chaque semaine lui avait passé sur le corps.

Je le connais, ce camion-là. Dans mon ancienne vie, quand j’étais obligée de fouiller dans les déchets pour manger et que je l’entendais arriver, je déguerpissais à une vitesse supersonique, peu importe ce que j’étais sur le point de découvrir.

Jamais j’aurais pensé que ce gros crisse de camion-là pouvait passer sans faire de bruit, en pleine nuit, sur le corps d’une humaine bien couchée dans son lit de luxe avec des draps roses pis toute. Ce qui m’étonne, en fait, c’est qu’il l’ait pas ramassée avec le reste puisque, selon elle, est pu bonne à rien. J’veux dire, heille, un peu de cohérence, icitte?

Faut dire, ça ferait pas mon affaire pantoute. Elle est p’t’être maganée, la tatie, mais elle me donne quand même des croquettes pis des caresses (j’suis un peu moins friande de ça, par contre).

Quoi qu’il en soit, moi, comme je t’ai déjà dit, quand elle se lève enfin, j’veux juste une chose: qu’elle joue avec moi!

Mais non. Faut que Madâââme prenne son café. Faut qu’elle fasse ses p’tites affaires. Comme si j’étais pu l’impératrice, crisse! Ça fait que je réclame mon titre dans tous les registres dont la nature m’a dotée, pis laisse-moi te dire que des registres, j’en ai, de droit divin par-dessus le marché, vu que j’suis une impératrice.

Pis c’est là qu’elle m’a lancé ça: «AAAAHHH! Ma Sissi, t’es vraiment attachiante!»

L’art de la fugue

Hello.

Je prends le temps de t’écrire même si j’suis complètement à boutte, épuisée, fatikée-morte.

Aujourd’hui, la tatie a fait ce qu’elle appelle du «ménage». Essentiellement, d’habitude, ça veut dire qu’elle s’agite dans toutes les pièces avec une estie de machine à roulettes qui fait un bruit d’enfer, et puis elle met plein de vêtements et de linge dans une autre machine dotée d’une petite fenêtre ronde où on peut les voir tourner et brasser, et caetera. Bref, elle s’agite.

Mais là, elle a fait beaucoup moins de choses, supposément parce qu’elle a toujours terriblement mal à son épaule. Donc, à un moment donné, elle s’est reposée sur son lit pour lire un peu. Mais oh! Ah! Elle avait entrouvert la porte-fenêtre de sa chambre ridiculement rose pour aérer. Pas la première fois qu’elle fait ça, mais j’avais jamais pu y glisser plus que mon nez pour humer toutes les odeurs démentes qui montent jusqu’ici.
J’sais pas ce qui s’est passé (ou pas) dans son pauvre cerveau d’humaine, mais aujourd’hui, elle a ouvert ça juste assez pour que j’y passe mon magnifique petit corps de liane.

Elle n’a rien vu.

Je suis sortie, j’ai prudemment parcouru le balcon d’un bout à l’autre, aucun danger à l’horizon.

J’ai descendu l’escalier pas à pas, en tout anonymat. Un autre balcon, nouvelle inspection; toujours rien. J’ai poursuivi jusqu’en bas.

Et là! LÀ! J’me suis retrouvée dans un endroit de fou, débile, vaste, avec de l’herbe à pu finir, des parfums qui venaient de partout, des sons inconnus… et j’ai capoté complètement. Je l’avoue, j’ai eu un peu peur. Je marchais style commando, ventre au sol, toutes vibrisses* déployées, les oreilles tellement pointues et mobiles que j’savais même pas que ça se pouvait. Heureusement, y avait plein de cachettes pour me mettre à couvert et analyser le terrain avant de poursuivre ma progression.

* Les vibrisses, c’est le vrai nom de ce que les humains, dans leur insondable ignorance, appellent «moustaches». Heille! Depuis quand les impératrices ont-elles des moustaches? Estie que chuis tannée. En tout cas.

Pis là, au bout d’un certain temps (je sais pas combien de temps! J’t’ai déjà dit que j’suis pas bonne pour mesurer le temps, arrête de me tanner avec ça!) bref, au bout d’un moment, la tatie est sortie sur le balcon. Elle s’est mise à m’appeler par mon nom (auquel je mets un point d’honneur à ne pas répondre). Moi, je restais bien cachée, j’avais peur de me faire chicaner, tu penses bien!

C’est là que je me suis fait trahir. Une madame qui lisait dehors m’a dénoncée: «Une belle petite chatte tigrée, là? Avec des pattes blanches? Je l’ai vue passer, elle allait par là! Mon doux, si j’avais su!» Quoi, madame, si t’avais su? Tu penses que t’aurais pu m’approcher? Hahaha! Elle est bonne, celle-là!

En tout cas, à force de beugler mon nom, la tatie a ameuté tout l’immeuble. Crisse! Elle a descendu l’escalier en agitant sa boîte de super-croquettes (j’les aime même pas tant que ça, ses maudites croquettes), elle avait même sorti Ratatouille dans l’espoir de m’amadouer. Pauv’tite Ratatouille! Elle a dû geler! Pis moi, dans tout ça, j’avais l’air de quoi, hein?

Je dois dire que, rendue là, j’avais réalisé mon erreur. Le Grand Dehors, finalement, c’est pas si l’fun que ça. Ça m’a rappelé des tas de mauvais souvenirs. Y fait frette. Les cachettes sont sombres, souvent ça sent pas super bon. Y a des gros chats que j’connais pas pis que j’ai pas envie de connaître.

Ça fait que, après avoir changé d’abri en chatimini une couple de fois, j’me suis finalement roulée en p’tite boule derrière une poubelle, tout en laissant stratégiquement dépasser juste un micro-bout de mon admirable postérieur. Quand la tatie m’a eu trouvée, j’ai émis quelques miaulements de détresse, pour l’attendrir. Et là, VLAN! Elle s’est saisie de moi presque aussi vite que quand je capture Ratatouille. J’ai été impressionnée.

J’me suis quand même débattue comme la diablesse que je peux être, j’ai miaulé comme une désespérée pour qu’on appelle la SPCA, les pompiers, la police, la DPJ, que sais-je. Mais au fond, si j’avais vraiment voulu lui échapper, je lui aurais arraché les mains, les bras, même la face. Je te dis ça à toi, répète jamais ça à personne.

Bref, je suis de nouveau dans ma belle maison, pis va pas t’imaginer que j’vais être plus fine que d’habitude avec la tatie.

J’ai ma fierté.

Mais là, franchement, j’suis vraiment à boutte de toute, pis la tatie aussi. On dirait que le stress a aggravé sa douleur à l’épaule. Pour un peu, je la plaindrais.

C’est lourd

C’est ce qu’elle me dit souvent, quand je la harcèle pour jouer (et je suis championne toutes catégories pour ça), ou quand je m’enfuis devant ses tentatives de caresses après que je me suis roulée par terre comme une estie de dépendante affective.
Mais c’est lourd? Kessé qui est lourd au juste?
C’est-tu elle qui me fuit quand je veux jouer et qui me tanne pour me toucher?
Ou c’est moi qui veux juste vivre en paix ma vie de chatte: manger, jouer, dormir?
VOYONS!
Amène-la, ta balance, on va ben voir ce qui est le plus lourd. Mais j’suis p’tite, pis je suis l’impératrice, fait que c’est moi qui gagne anyway.
En tout cas. Ce soir, on a quand même eu un rare moment d’harmonie. Je sais pas ce qui s’est passé, mais j’me suis blottie en p’tite boule tout près d’elle, et je l’ai laissée me caresser le menton, le dessus de la tête, les joues et même les pattes, et j’ai ronronné comme quand j’étais vraiment p’tite et que ma mère me léchait partout pour me réconforter.
Je veux pas faire trop de liens, mais j’ai cru voir la tatie mettre des gouttes sur notre couverture préférée (quand c’est pas elle qui y est, c’est moi, mais jamais les deux ensemble, j’ai ma fierté). Ça s’est soudain mis à sentir le bonheur. Le souvenir de ma mère et de mes p’tits frères m’est revenu… J’étais vraiment petite dans ce temps-là, pis j’ai été abandonnée vraiment trop tôt, mais c’est le genre de chose qu’on n’oublie jamais.
Bref, j’ai pas pu me retenir.
Pis je dois te dire que, en fin de compte, c’était pas mal le fun. J’en ai profité à plein.
J’suis en train de la mettre à ma main, hahaha!

Y en aura pas de facile

Je sais que j’ai rien écrit depuis longtemps, pis c’est pas faute de vouloir. J’ai plein de choses à raconter. Sauf que, depuis quelque temps, la tatie me dit souvent qu’a «file un mauvais coton». Je sais pas exactement ce que ça signifie, mais j’peux voir qu’est à boutte.

Dès qu’a lève le bras pour jouer avec moi, a sacre: «AYOYE, CRISSE!» (Dire qu’a me demande d’améliorer mon vocabulaire, estie!)

Y paraît que la madame a mal à l’épaule.

Ça fait qu’on a encore beaucoup de chemin à faire avant de devenir vraiment amies parce que, pendant ce temps-là, moi, j’ai mal à ma Ratatouille.

OK, j’ai du bon manger (mais pas à volonté, contrairement à ce que je t’ai déjà raconté), pis la tatie continue de recueillir religieusement mes cacas et mes pipis (cré-moé ou pas, elle fait ça avant même de prendre son estie de café, alors que moi, j’veux juste jouer! Youhou? Les priorités?)

J’ai des spots de fou pour observer les oiseaux, j’ai des jouets en masse pis toute. En principe, j’ai pas à me plaindre.

Mais j’aime trop Ratatouille.
Pis Ratatouille, sans la tatie, c’est pas pareil.

Ça fait que je harcèle la tatie sans répit dès son lever, et je fuis toutes ses tentatives de caresse jusqu’à la fin du jour, et là, au moment où j’en peux pu moi-même, je deviens la plus câline des minettes. Elle fond, elle me grattouille le menton, je ronronne à mort, elle pense que ça y est, pis BAM! Je la laisse là comme une vieille guenille. Je t’ai déjà expliqué que c’est la méthode des pushers, non?

Ça s’appelle du conditionnement, pis cré-moé, j’sais comment ça marche.
Elle m’aura pas avec ses friandises. I KNOW BETTER, hahahaha!

Un jour, j’aurai mon propre blogue (mon journal, chapitre 27)

Je l’achale, je la tanne, je la harcèle, elle va finir par comprendre. JE SUIS UNE PERSONNALITÉ! Je veux mon propre blogue!

Par-dessus le marché, c’est elle qui a dit que je deviendrais certainement une vedette internationale, ça fait que HEILLE! GROUILLE! Me semble que c’est pas trop demander?

Mais bon, c’est vrai que la tatie est un peu lente. Je l’ai vue ramer aujourd’hui avec son estie de machin devant lequel elle passe le plus clair de son temps. Elle essayait, d’après ce que j’ai compris, de communiquer avec deux autres taties qui avaient un accent vraiment bizarre. Elle a fini par y arriver, pis là, elle a passé une heure et demie à jaser avec ces deux madames-là.

Tout ce temps-là, moi, j’attendais comme une bonne.

Elle a voulu prendre une photo de moi pour leur montrer comment je suis irrésistible. Hahaha! Bonne chance! Elle a pas réussi, t’imagines bien.

Après, quand elle a eu enfin fini cette interminable conversation, elle s’est préparé une friture de petits poissons qui sentaient le ciel. Mais tu croiras pas ça: elle a osé ne m’offrir que les têtes et les tripes des petits poissons. VOYONS! Si je les mange pas, elle fait quoi avec? Elle les crisse aux poubelles! Est-ce que j’ai l’air d’une poubelle?

J’ai levé le nez là-dessus, comme il se doit.

Elle a pas fini de m’entendre.

En tout cas.

Au moins, aujourd’hui, elle a beaucoup joué avec moi, même si c’est jamais assez à mon goût. On va finir par se faire une vie, mais estie que c’est de l’ouvrage. J’arrête pas d’essayer de l’éduquer. J’pensais que, après avoir sevré mes quatre petits crisses de chenapans, j’aurais enfin la paix, mais on dirait que ça finit jamais.

Y en aura pas de facile.

Pis oui, je dis beaucoup de gros mots, mais c’est sa faute: a tient pas ses promesses. Fait que j’vois vraiment pas pourquoi j’me censurerais.

En tout cas. J’vais me coucher, pis j’peux te garantir qu’elle sera debout à 5-6h demain matin pour me donner des croquettes.

D’ailleurs, ça, c’est un autre contentieux (ben oui, CONTENTIEUX, j’t’ai déjà dit que j’ai des lettres! Cherche dans le dictionnaire!).

Elle prétend que j’vais devenir grosse si elle m’en donne plus. Aujourd’hui, elle a réussi à s’emparer de moi pour me peser. Je pèse apparemment tout juste 5 livres. Soit 2,68 kg. Elle dit que, selon les indications du sac de croquettes, elle peut pas m’en donner plus de 50g par jour.

Estie que c’est cheap.




J’ai vu un gros minet!

(Le journal de Sissi, chapitre 26)

Cher journal,

Aujourd’hui, j’ai eu un choc.

Je regardais dehors, tranquille, comme je fais souvent, par la porte-fenêtre de la chambre ridiculement rose de la tatie. Un oiseau ici ou là, une feuille qui s’envole, same old same, rien pour m’exciter le poil du dos.

Pis là… LÀ! J’ai vu arriver sur NOTRE balcon une énorme bête au pelage blanc beaucoup trop long parsemé de grandes taches noires posées n’importe comment, avec un nez noir assez vulgaire. Elle s’est avancée comme une rombière très sûre de son bon droit et… et… (tu croiras pas ça) ELLE A PISSÉ SUR LE POT DE FLEURS! Drette de même, un long jet parfaitement horizontal, en me regardant en pleine face! 

Tabarnak!

C’est clair qu’elle voulait m’intimider. J’étais gueule bée. La tatie était là, elle a tout vu, on était scandalisées toutes les deux.

Mais j’ai des petites nouvelles pour elle, la grosse Pongo (c’est la tatie qui m’a dit son nom, tu parles d’un nom pour une fille, d’abord!). La tatie, elle a dit qu’on n’allait pas se laisser faire oh que non et qu’elle allait me protéger. HA!

Sa stratégie: rentrer les pots de fleurs. 

Bon, OK, comme mesure coercitive ou même dissuasive, j’trouve ça un peu faible. Perso, je lui aurais tendu un piège, à la Pongo, un véritable guet-apens, genre que la prochaine fois elle se prend un seau d’eau sur la tête. Mais bon, apparence que c’est un peu compliqué de faire le guet tout le temps pour y arriver pis que l’humaine de la grosse Pongo serait pas contente. Là, j’dois dire, la tatie a un peu raison. 

En tout cas, je comprends mieux l’odeur qui m’avait tant affolée la première fois que j’ai pointé mon élégant petit nez rose dans le grand dehors de mon empire. C’était celle de c’te grosse crisse-là. Mettons que ça m’excite pas mal moins.

À c’t’heure que j’sais qui c’est, j’pense pas qu’on puisse devenir amies. La tatie m’a dit que c’était une redoutable chasseuse (c’est très vulgaire, ça, chasser comme une vagabonde quand t’as une bonne maison), pis je la trouve vraiment baveuse, le genre à t’attendre dans la ruelle à quatre heures pour te crisser une volée. C’est sûr que je fais pas le poids, mais de toute façon, les bagarres, c’est vraiment le comble de la vulgarité, franchement. Pis elle a décidément mauvais genre avec son estie de nez tout noir au milieu de sa grosse face blanche. J’lui ferais jamais confiance.

Ça fait que j’pense que j’vais attendre encore un peu avant d’explorer le reste de mon domaine. 

À part ça, je veux te dire qu’on est en train de devenir bonnes copines, la tatie et moi. Elle m’achète plein de jouets, elle passe beaucoup de temps avec moi, elle me donne des croquettes une à une en me disant plein de choses gentilles, pis on rit vraiment comme des folles avec notre nouveau jeu, regarde ça:

Mais parmi tous les jouets qu’elle m’a achetés ou bricolés (à part ma Ratatouille d’amour, que rien ni personne ne remplacera jamais même si elle n’a plus aucune plume et qu’elle est de plus en plus couettée), voici un de mes préférés:

Ça fait que c’est ça qui est ça. Là, j’ai vraiment eu une grosse journée, je vais me rouler en petite boule sur mon coin de canapé favori et je vais peut-être accepter que la tatie vienne se poser pas trop loin de moi (mais pas trop proche non plus, j’ai ma fierté).

P.-S. : La tatie voudrait me censurer parce que je traite la Pongo de grosse pis y paraît que ça se fait pas. Crisse, elle est trois, peut-être même quatre fois plus grosse que moi! Pis elle est méchante! Pis si t’as regardé la dernière vidéo, tu as vu que la tatie est mal placée pour me réprimander: c’est qui qui dit que j’ai une grosse bedaine, HEIN? En plus, c’est même pas vrai! J’AI PAS DE BEDAINE!

OK, j’ai (un peu) flanché (journal de Sissi, chapitre 24)

Je l’avoue: la nuit dernière, j’ai dormi un peu avec elle sur son lit (un tout petit peu, pas longtemps). Faut le dire, j’ai un alibi: il commence à faire frisquet. Je sais pas pourquoi la tatie laisse la fenêtre entrouverte la nuit.
Crisse, y fait frette, la nuit! Je le sais, j’ai dormi dehors trop longtemps. Je la comprends pas. C’est vrai qu’elle dort sous un tas de choses douces et moelleuses que j’ai jamais eues. D’où ma flanchitude.

En tout cas. J’vais pas me sentir coupable de ça, c’est elle qui devrait se sentir coupable de toute, pis cré-moé que j’y travaille.

En tout cas.

Parlant de fenêtre.

Hier, elle l’a ouverte. En plein jour. Cette fenêtre qui est aussi une porte, qui mène au grand dehors. Celle qui a une petite grille que je croyais infranchissable. Elle a ouvert tout ça, et elle m’a laissée sortir.

Pas longtemps, pis pas loin, mais OOOOOHHHHH!

Toutes ces senteurs dans mon petit nez rose! (C’est elle qui dit que j’ai un petit nez rose; j’étais pas au courant, mais, comme je t’ai déjà dit, elle aime le rose au-delà du possible, pis y paraît que ça fait partie de mon charme d’avoir un petit nez rose, fait qu’envoye le petit nez rose, surtout que tout le monde sait que les adjectifs sont la clé d’une écriture vivante, donc, bref, oui, toutes ces senteurs sont entrées en tempête dans mon petit nez rose.)

J’ai pu humer avec mon adorable petit nez rose (adjectifs, adjectifs!) des plantes que j’avais jamais humées auparavant. Et j’pense aussi qu’il y avait le pipi d’un monsieur chat qui sent vraiment trop bon. J’aurais voulu aller un peu plus loin, mais quand la tatie a vu que je trippais, elle m’a fait rentrer d’aplomb.
C’est vraiment chien.

Aujourd’hui, j’ai chialé un max pour qu’elle me laisse sortir encore, mais elle a pas voulu. Elle m’a dit qu’elle avait créé un monstre et qu’elle avait ouvert une boîte de pain d’or. J’sais pas pantoute ce que ça veut dire, du pain d’or. Mais j’sais une chose: elle a pas fini avec moi.

Le journal de Sissi (23)

Je trouve que la tatie se casse pas trop le bécik pour faire de moi une vedette internationale (le lien qui précède, c’est pour mes admirateurs étrangers qui savent pas ce que ça veut dire, se casser le bécik, ou le bicycle).

J’veux dire: c’est quoi, ces titres de marde, «Le journal de Sissi 8, 9, 10…» ? Jusqu’où on se rend comme ça? Elle a pas travaillé dans un grand quotidien, elle? Genre, grassement payée pour trouver des titres inspirants? VOYONS!

La preuve que c’est nul, ce soir, elle a mis «22» alors que c’était «23».

Elle a corrigé, mais bon, c’est trop tard.

À partir de maintenant, j’exige que ça change.

Mieux que ça: je veux mon propre blogue.

Elle a besoin de s’atteler, déjà que je lui fais faire ce que je veux avec mes miaulements, roucoulements et autres vocalises. T’en reviendrais pas, j’ai un registre de fou, je m’étonne moi-même. Je suis en train de la conditionner solide. Elle nettoie ma litière, change mon eau, remplit mon bol de croquettes, joue à Ratatouille, tout ça à volonté. Hahahaha! J’aurais jamais cru que c’était aussi facile d’élever un humain!

En tout cas, elle a pas fini avec moi.

Je continue de la priver de mes câlins, juste pour qu’elle apprenne.

Aujourd’hui, elle a essayé de m’amadouer avec ses fameuses super-croquettes, celles qui sont full-umami. HEILLE! J’me souviens trop bien de celles-là. C’est avec ça qu’elle m’a appâtée pour m’emmener chez le VÉTÉRINAIRE!

Elle me prend vraiment pour une petite sotte. (Mets donc ça dans ton vocabulaire, toi. J’suis petite, mais j’ai des lettres!)

Ça fait que j’en ai accepté une ou deux, pis j’ai couru me cacher sous le canapé. Pas question d’en faire plus. Faut pas me prendre pour une imbécile, Chose.

J’suis petite, mais j’ai de la mémoire.

Là, c’est clair qu’y aura pas de photo ni rien parce qu’elle le mérite pas.

Mais toi, j’t’aime quand même (et elle aussi, franchement, je l’aime, mais j’te dis ça en toute confidentialité, pis farme ta yeule).

Le journal de Sissi (22)

Allô.
Fait longtemps, hein?
C’est parce que la tatie a passé presque trois jours à se traîner de son lit aux toilettes au canapé à son lit aux toilettes et ainsi de suite.
Je te donnerai pas de détails, mais bon, disons que j’étais contente de pas l’avoir dans ma litière.
Elle jouait presque plus avec moi ni rien. C’est pour ça que j’ai rien écrit: j’avais rien à conter!
Bon, disons que j’ai pas tellement grand-chose à dire ce soir non plus, mais j’voulais pas que tu m’oublies ou que tu t’ennuies de moi. Je sais que tu t’es attaché, on peut pas faire autrement: je suis IRRÉSISTIBLE. C’est pour ça que je suis impératrice, tsé.
En tout cas.
Est-ce que je t’ai dit qu’elle m’a apporté un nouveau jouet? Il est turquoise avec des plumes et de petites ailes, comme un genre d’oiseau à la con.
Elle l’a fixé à une fenêtre, d’où il pendouille sans bouger au bout d’une perche. J’comprends pas ce que je suis censée faire avec ça.
J’veux dire: si la tatie joue pas avec moi, où est l’intérêt?
Pis qu’est-ce qu’elle comprend pas dans l’idée de JOUER?
Elle me dit que je peux jouer toute seule.
VOYONS DONC!
Depuis quand on laisse une impératrice jouer toute seule?
J’hayis ça, jouer toute seule.

Pis elle passe ben qu’trop de temps assise à sa table, devant son ordi! Voyons! C’est pas bon pour la santé, tout le monde sait ça!
Je monte parfois voir ce qu’elle fait. Je trouve un stylo à jeter par terre, ou une pièce de monnaie, n’importe quoi pour la déranger. Mais aujourd’hui, au secours! J’suis tombée sur quelque chose qui m’a vraiment troublée. Regarde ça:

J’sais pas ce qu’elle essaie de faire, mais j’espère que c’est pas mon portrait. Avec mon péteux en évidence, HEILLE!
J’vais appeler la SPCA!