La princesse à Versailles

La princesse, évidemment, c’est moi.  Bon, vous me direz que je suis quand même un peu vieille pour être une princesse.

Ouais, pis? La Margaret, là, la petite soeur de la reine du Canada, elle a vécu jusqu’à quel âge?

Donc ça se peut, une vieille princesse, CQFD.

D’ailleurs, je me reconnais en elle bien plus que dans la princesse au petit pois, à laquelle mon Pierre ne cessait de me comparer.

T’essaieras de faire du camping sauvage avec la princesse au petit pois, toi.

Margaret et moi partageons en effet un  penchant pour la liberté, les accrocs à la bienséance et les boissons enivrantes, et j’imagine que nous avons aussi en commun une certaine incertitude existentielle, ceci expliquant cela.

Mais bon, tel n’est pas mon propos, pis je me psychanalyserai peut-être un jour, mais sans vous.

Bref, je suis donc à Versailles, chez mon amie Anne, que j’ai connue par des amis d’amis. Une très longue histoire qui commence au Village Vacances-familles de Petit-Saguenay il y a quelque 30 ans (bonjour, Roberto et Marcelle!). C’est merveilleux, ce réseau qui se crée presque par magie.

Qu’il me suffise de vous dire que Roberto et Marcelle m’ont fait connaître Brigitte et Jean-Noël, qui m’ont fait connaître Anne, qui m’a présentée à son amie Michèle.

La fille d’Anne, Isabelle, a vécu quelque temps chez moi, il y a plusieurs années, alors qu’elle était en stage d’ostéopathie. Je l’ai aimée et traitée comme ma propre fille, parce qu’elle est aimable comme ça, la belle Isabelle. J’ai aussi vu Anne et Michèle à Montréal, séparément, alors qu’elles y étaient pour le boulot. Et nous nous sommes vues à Paris, aussi en coup de vent, une ou deux fois, pendant que j’étais en reportage ici ou là.

Elles ont toujours été fidèles lectrices de ce blogue, m’ont toujours répondu et donné des nouvelles, elles se sont inquiétées pour moi quand j’étais au Pérou… Leur fidélité, leur amitié m’a toujours touchée, elles qui me connaissaient si peu. Ni l’une ni l’autre ne sont sur Facebook, alors je dois leur amitié à quelque chose de plus profond qui me confond et m’honore tout à la fois.

Je suis donc chez Anne depuis mercredi, et comme je l’ai écrit avant-hier sur Facebook (vous me pardonnerez de me citer moi-même, mais vous savez comme je suis paresseuse):

Sa maison est celle que j’imaginais dans les romans de ma jeunesse, avec de très hautes fenêtres qui s’ouvrent sur le jardin, des pièces où je me perds et dont les parquets craquent impitoyablement, des meubles anciens, des secrets dans tous les coins, des portraits un peu mystérieux, des âtres condamnés, des armoires immenses aux portes camouflées sous le papier peint et repeint, bourrées de livres et de revues.

C’est la maison de sa jeunesse à elle, elle n’y voit sans doute pas tout ce que j’y vois.

Moi, je suis chez Colette, ou dans Le roman d’Élisabeth de Berthe Bernage ou dans La clé sur la porte de Marie Cardinal… J’ai carburé à ça toute ma vie et, chaque fois que je viens en France, je me sens comme au cinéma. Mais chez Anne, je suis DANS le film.

Je ne m’habitue pas, et c’est ça qui est fabuleux.

Fin de mon auto-citation.

Avant-hier, nous sommes allées faire à vélo un grand tour dans Versailles, jusqu’au château, que j’avais déjà vu il y a très longtemps (salut, Madeleine!), et surtout jusqu’au Petit Trianon et au Hameau de la reine, un incroyable décor de proto-cinéma que Marie-Antoinette avait fait construire pour se rappeler la campagne de son enfance et pour échapper aux fastes de la Cour. Nous étions comme des gamines, c’était épatant.

Hier, je suis allée rejoindre Michèle à Paris et nous avons marché dans Montmartre (infesté de caricaturistes qui semblent tous avoir suivi le même mauvais cours de dessin par correspondance) et pris un verre au bar des Deux Moulins, rue Lepic (oui, celui d’Amélie Poulain) après avoir visité le très joli petit musée Montmartre (Michèle est la championne des petits musées secrets).

Là, je suis seule dans la grande et merveilleuse maison de mon amie Anne, je pars tout à l’heure pour Le Mans, où je vais rejoindre un autre excellent ami que je connais depuis des années et que je n’ai vu que deux ou trois fois.
J’dis ça, j’dis rien.

Vie de riche

J’ai longuement hésité, au moment de mettre la dernière main à mon petit bagage, à savoir si j’emporterais mon MacBook ou seulement ma tablette. Un Mac, ça pèse, quand même. Pour quelqu’un qui se targue de voyager léger, ce n’est pas rien. Mais c’est mieux pour écrire (ce qui m’est indispensable), et c’est indispensable pour traiter des photos au fur et à mesure (ce qui est quand même mieux que de les laisser dormir jusqu’au retour).

Problème de riche, comme l’a souligné mon ami Hubert.

J’ai fini par mettre les deux dans mon sac de cabine. À présent que me voici confortablement installée au salon VIP Banque Nationale (gracieuseté de ma MasterCard World Elite), je me réjouis d’avoir fait ce choix: j’ai tenté d’écrire ces quelques lignes sur ma tablette, j’y ai renoncé au bout de deux phrases.

Le poulet chasseur (probablement mort de peur) proposé au buffet du salon n’aura pas réussi à me réconcilier avec la volaille, que j’ai bannie de mon alimentation depuis mon retour du Pérou. Mais le vin est correct, il fait frais, on a du wifi supersonique et un personnel qui ne serait pas plus attentionné si on était aux soins palliatifs.

D’ailleurs, j’ai toujours trouvé que, dans les aéroports et les avions, on nous traite soit comme de grands malades, soit comme du bétail. Tout dépend de ton statut. Moins t’as de fric, plus t’es du bétail (ça tombe sous le sens).

Pour commencer, à l’étape de l’enregistrement, si tu n’es pas en classe affaires, oublie la perspective de parler à un être humain. Scanne ton passeport ici, imprime là ton étiquette de bagage et ta carte d’embarquement, fais la file pour déposer ta valise en tête à tête avec un écran tactile, pis scramme. Même plus moyen de tenter de charmer un préposé pour obtenir un surclassement, merdalors! (Ça marche jamais, anyway.)

La seule chose qui est la même pour tous, c’est le contrôle de sécurité, qui ressemble de plus en plus à une zone de tri de cochons destinés à l’abattoir. Des barrières qui s’ouvrent et se ferment, des scanners qui bipent, des gardiens pareils à des robots qui dirigent le troupeau vers la machine qui va lire ton matricule.

On vit dans un monde d’humanoïdes.

Même la gentillesse du préposé à l’accueil du salon BN semble suspecte, télécommandée, comme un discours de Justin Trudeau ou un point de presse du ministre de l’Environnement du Québec. J’oublie son nom, mais c’est pas grave, c’est pas un humain.

Je ne me plains pas, hein. Ce serait indécent. D’autant plus que j’ai le front de PRENDRE L’AVION! En ces temps troublés, malgré l’apocalypse annoncée, en dépit des exhortations de ma conscience environnementale, sans égard à l’opprobre que ne manquera pas de me valoir cet accroc à la bien-pensance environnementaliste.

Oui, oui, j’étais à la manif du 27 septembre. Mais chacun ses contradictions, tsé. J’ai l’outrecuidance de croire que ce voyage de six semaines, qui me mènera essentiellement chez des amis que j’ai rencontrés au hasard de mes voyages ou des circonstances, n’est qu’une goutte (voire une molécule) d’eau dans l’océan en furie des catastrophes environnementales qui nous guettent.

Ce voyage est bâti sur l’amitié, sur la richesse de coeur de ces personnes aimées que je vais enfin revoir. Cette richesse qui vaut bien mieux que toutes les autres.

C’est ça, ma vie de riche.

Le reste n’est que poussière de plastique.

Tranche de vie

Photo tirée de la page Facebook «Les amoureux de la piste des Carrières»

Hier après-midi, pleine d’entrain et d’allant comme vous me connaissez (et tous ceux qui ont eu à se battre contre mon invincible force d’inertie ont le droit, ici, d’éclater de rire), j’ai décidé d’enfourcher ma fidèle vieille bécane et d’aller faire un tour dans le Mile-End. Objectif prétendu (il m’en faut un pour bouger): acheter des bagels. But réel (à plus forte raison): observer la faune locale, nommément les Juifs hassidiques, en cette veille de sabbat.

Ça me plonge toujours dans une perplexité sans bornes, de voir tous ces gens qui vivent dans un autre siècle, dans un autre monde, au beau milieu de la ville. Les petits vélos jetés pêle-mêle devant les maisons, les innombrables enfants uniformément pâles aux yeux uniformément cernés, les femmes sans âge habillées comme en 1940, les hommes tout de noir vêtus, affairés, sérieux, enfermés dans leur bulle…

Enfin. J’ai donc emprunté, sans me presser, la piste cyclable qui longe le chemin de fer. Il était 15h, il faisait beau, j’allais arriver juste à l’heure où tout le monde sort faire ses courses en prévision du sabbat. Je sentais déjà le doux parfum des bagels au sésame fraîchement sortis du four à bois, leur tendre chaleur à travers le sac de papier brun… je songeais au sandwich au saumon fumé qui se profilait à l’horizon de mon souper, je me laissais dépasser par tous ces excités en lycra qui pédalent comme s’ils étaient poursuivis par un troupeau de rhinocéros en furie, quand j’ai aperçu un corps.

Là, à droite, étendu tout de travers dans une espèce de caniveau de béton qui longe la piste. Il bougeait par soubresauts, comme pour essayer de se lever sans y parvenir, et personne ne semblait le voir.

Je me suis arrêtée, je l’ai observé quelques secondes. C’était un tout jeune homme. Un air de jazz émanait de son iPhone, ses écouteurs bluetooth étaient tombés de ses oreilles, deux bouteilles de bière vides (dont l’une venait manifestement de se renverser) gisaient près de lui.

Je l’ai interpellé.

«Ça va?»

Pas de réponse.

J’ai répété plus fort. «Hé! Ça va?»

Je lui ai touché le bras, je l’ai secoué doucement, il a ouvert les yeux et s’est redressé péniblement.

«Tu as besoin d’aide?» ai-je demandé.

Il a plissé les yeux pour me considérer gravement et m’a répondu que non.

On a entamé une sorte de conversation — je voulais voir jusqu’à quel point il était intoxiqué, pour savoir si je pouvais le laisser à lui-même. Il a répondu à mes questions avec une relative lucidité, bien que je sois certaine qu’il ne se souviendra d’absolument rien demain.

Je lui ai demandé où il habitait, s’il avait bu ou pris autre chose que les deux bières qui traînaient là (qui n’avaient assurément pas suffi à le mettre dans cet état) et comment il comptait rentrer chez lui.

J’ai songé à appeler une ambulance, mais il est étudiant, il n’aurait évidemment pas eu de quoi payer la facture, et il n’était pas en détresse à proprement parler. J’ai essayé d’appeler sa blonde avec son téléphone mourant, mais je n’ai pas obtenu de réponse.

Je lui ai donc proposé de l’accompagner vers un endroit plus confortable, un petit parc où il pourrait dessoûler à l’ombre, sur l’herbe, en attendant de pouvoir rentrer chez lui.

Je voulais quand même toujours aller acheter mes bagels, tsé.

Nous avons commencé à marcher. Il m’a raconté qu’il étudiait en philosophie, il m’a parlé de Dostoïevski, de Tolstoï, de Nietzsche, de l’anxiété qui le rongeait, de son père et de sa mère. Je le retenais d’une main tandis que je tenais mon vélo de l’autre, tant bien que mal.

Il titubait, saluait cérémonieusement tous les passants, m’échappait parfois parce qu’il avait hélé quelqu’un et que ce simple geste le déséquilibrait complètement, et alors je le rattrapais de justesse.

Finalement, le petit parc auquel je songeais se trouvait plus loin que je ne croyais, si bien que nous sommes arrivés, cahin-caha, à la rue De Lorimier, près de laquelle il habite, à quatre ou cinq coins de rue au sud de là où nous étions.

Il avait encore quatre bières dans son sac à dos, la pile de son téléphone était presque morte, le temps fraîchissait, je me suis dit que je n’allais pas le laisser là comme un chien: soûl comme il l’était, il se serait réveillé transi à Dieu sait quelle heure, incapable d’appeler un taxi, ou alors il se serait achevé avec les bières restantes, ou un mélange de tout ça.

J’ai pensé que, si j’étais sa mère, j’aurais été bien contente que quelqu’un se soit occupé de mon fils en de telles circonstances (même si, ou justement parce que, selon ce qu’il m’a dit, sa mère ne s’occupe guère de lui). J’ai donc résolu de le raccompagner jusque chez lui.

C’est probablement le kilomètre de marche le plus long de ma vie.

Il a fallu contourner les poubelles vides jetées n’importe où par les éboueurs, louvoyer à travers une interminable enfilade de cônes orange posés sur le trottoir, éviter deux énormes crottes de chien, toujours avec mon vélo d’un côté et lui de tous les autres.

Nous sommes enfin arrivés devant sa porte. Je l’ai retenu in extremis tandis que, penché sur son sac, il a failli tomber en tentant d’en extraire sa clé. Je l’ai aidé à monter l’escalier de terrazzo dans lequel il a trébuché deux fois. J’ai repoussé l’incroyable montagne de linge qui occupait son lit et il s’est couché en me remerciant sans fin.

Puis j’ai pris congé.

Et il s’est mis à crier: NOOOOON! Ne t’en va paaaaaaas! Fabieeeeeeennne! Fabieeeeeeeennne!

Je suis sortie quand même en lui intimant l’ordre de dormir.

Quand je suis arrivée sur le trottoir, le sacripant était sur son balcon, dangereusement penché sur la balustrade, et il beuglait mon nom comme un perdu tandis que je détachais mon vélo.

«Je t’aaaaiiiiiime!»

C’était à la fois hilarant et pathétique.

Je crois bien qu’il n’est rentré que quand j’ai eu disparu au loin.

Fait que je ne suis jamais allée acheter de bagels.

Je n’aurais peut-être pas dû…

Je n’aurais peut-être pas dû rentrer si vite. Il faisait beau à Portneuf-sur-Mer, rien ne me pressait. Mais on annonçait de la pluie aux Escoumins, où je voulais camper ce soir. J’avais aussi songé à un joli petit gîte au Cap-aux-Oies, dans Charlevoix, mais il n’existe plus. J’ai donc fait la route d’une traite jusqu’à l’Anse-au-Sac, près de Saint-Irénée, où m’attendaient une centaine de capelans congelés par les soins de la belle Julie Gauthier, qui a repris la petite affaire familiale de pêche à la fascine.

Vous dire la beauté de cet endroit! Le fleuve turquoise et moiré de l’ombre des nuages, les vallons tout brodés de fleurs sauvages, l’air doux comme un velours, le ciel de cristal… J’ai failli demander à Julie de m’adopter, mais j’ai l’âge d’être sa mère, et elle a déjà une maman.

En tout cas. Paraît qu’elle aura besoin de main-d’oeuvre au printemps prochain. J’dis ça, j’dis rien.

Bref, j’ai parcouru les kilomètres qui me séparaient de Montréal en me remplissant de beauté tant que j’ai pu, c’est-à-dire jusqu’à Baie-Saint-Paul. Après, je les ai avalés comme une médecine amère, en sacrant contre les conducteurs arrogants, les justiciers autoproclamés de la route, les @@#$&$** d’autocaravanes débilement énormes, ces plaies de nos routes.

Me voici donc à la maison, où il fait chaud, mais pas trop. Il pleut un peu, mes fines herbes ne sont pas mortes, j’ai du vin blanc et, pour souper, une portion de tourtière de Charlevoix (ou du Lac-Saint-Jean, c’est pareil) achetée à l’épicerie Dufour de La Malbaie avec du boudin salé.

J’ai aussi du fromage en grains de Saint-Fidèle et une demi-bouteille de gin Betchouan, le meilleur que j’aie jamais goûté.

J’ai surtout le coeur et les yeux remplis de bonheur et de beauté, le cerveau aéré… et l’auto encore chargée de mon équipement de camping, prête à repartir!

Les Cadets de la forêt

Enfant, je regardais passionnément cette émission, qui était probablement assez mauvaise et pleine de clichés, comme tout ce que nous avions à regarder en ce temps-là.

C’est, assez bizarrement, l’indicatif musical de cette série qui me trotte dans la tête depuis tantôt. J’imagine que c’est à cause des 24 heures de camping sauvage de luxe que je viens de vivre grâce à ma nouvelle amie Sylvie et à ses amis à elle, qui ont un campement pas tout à fait légal mais pas non plus complètement illégal dans l’une des îles auxquelles la ville de Sept-Îles doit son nom.

Vous dire le bonheur qui s’est improvisé là demanderait des heures.

On a mangé des homards monstrueux que les gars sont allés capturer en plongée sous-marine (moi, je veux un homme comme un de ceux-là, pour vrai, ils ont été trop parfaits, et pas seulement à cause du homard). On a joué au Scrabble (et comme j’avais décrété que la gagnante devrait se jeter à l’eau, je me suis baignée, oui mesdames et messieurs, et c’était délicieux). On a évidemment trop bu, fait un feu de fou sur la plage, déjeuné ce matin avec du boudin, du bacon, du café en abondance, des toasts sur le feu de bois… Je résume, hein.

Bref, nous étions des Robinson Crusoë en mieux puisque nous étions en gang.

Tous mes habits sentent le feu de bois, je porte les mêmes vêtements depuis trois jours, je n’ai pas été aussi outrageusement bronzée depuis des lustres. Je suis une sauvageonne aux pieds de vieux cuir, et je suis au comble de la joie.

Je couche ce soir à Portneuf-sur-Mer, au gîte La Nichée, tenu par un couple absolument délicieux. Camille a 81 ans, Joachim, 83, ils s’aiment et se taquinent comme des jeunesses, tutoient tout le monde, ont mille histoires à raconter… pour un peu, je resterais collée ici comme je l’ai fait à Natashquan.

Je viens de prendre une bonne douche chaude et savonneuse (ne sous-estimons pas les avantages du monde moderne).

Je suis prête pour toutes les aventures.

Adieu, Natashquan

Je suis partie comme une voleuse. J’ai bien sûr fait mes adieux à Raymonde et à Jean-Louis, qui m’ont reçue avec tant de gentillesse et même d’amour que c’est à n’y pas croire. Je laisse aussi Gabriel, Hélène et leur petite Jeanne de cinq ans, qui venait me coller comme un chaton, chose qui me fait toujours fondre.

Je n’ai pas dit adieu à Clara et William, qui tenaient à bout de bras L’Échouerie, ce café où tout le monde qui vient à Natashquan finit par arriver, non plus qu’à Géraldine, qui m’a permis d’avoir une bicyclette pendant mon séjour, ni à combien d’autres jeunes et magnifiques personnes…

J’ai sérieusement pensé à m’installer là-bas pour une année, pour voir. L’hiver y est long, c’est vrai, mais il est blanc. Pas comme à Montréal, où on patauge dans la bouette et le brun pendant au moins trois mois.

Pour l’heure, j’ai repris la route, je dors au Havre-Saint-Pierre, où il pleut comme vache qui pisse. Moi qui voulais voir l’île aux Perroquets demain, j’en serai quitte pour revenir. Pas vrai que je vais prendre un bateau emmitouflée dans des vêtements de flottaison sous la pluie pour voir zéro rien.

Je rejoins demain à Sept-Îles une nouvelle amie, Sylvie, que j’ai connue grâce à Anne-Marie et Sylvain, nous jouerons au Scrabble en buvant du vin blanc, et la vie sera parfaite, comme elle l’est depuis que je suis partie.